Note de traducteur : Cette histoire ne m'appartient pas. Je ne suis que la traductrice de 'Apple Pies and Other Amends' de ToEatAPeach.
Disclaimer : Rien n'est à moi. Tout appartient à la grande J.K Rowling. Sauf l'histoire. L'histoire, elle, est de ToEatAPeach.
Chapitre 2
Elle n'avait pas vraiment prévu que Ron soit le début. Mais très vite, elle s'aperçoit qu'il l'est. Ce n'est qu'après avoir apporté une génoise à la fraise et au basilic à Neville Londubat et sa nouvelle petite-amie, Hannah Abbott, une dizaine de tartelettes à la rhubarbe à Luna et Xenophilius Lovegood et un nouveau panier de muffins couverts de ganache à Dean et Seamus, qu'Hermione réalise qu'un rituel est en marche. Elle s'est mise à rendre visite intentionnellement, méthodiquement, à tous ceux qui se sont battus, qui ont enduré cette maudite Guerre. Tous ceux qui ont perdu quelqu'un, ceux qui ont souffert ou ont dû faire souffrir quelqu'un d'autre. Tous ceux qui ont défendu une cause en laquelle ils croyaient - ou ne croyaient pas - et ont survécu. C'est une véritable tournée au goût de Syndrome de Stress Post-Traumatique - ou SSPT. Avec des pâtisseries. Et de la crème fouettée maison. Elle ne sait pas bien pourquoi elle s'est lancée dans cette croisade, mais il est clair maintenant qu'elle y est bel et bien engagée.
Alors elle accepte de reconnaître l'existence de sa Tournée Pâtissière SSPT, mais elle refuse de réfléchir aux causes qui la motivent, à la durée qu'elle prendra, ou au pourquoi de la cuisine comme point central de sa mission. Son travail au Ministère l'occupe toute la semaine et les visites pâtissières sont réservées aux samedis.
Avec chaque samedi viennent une ou deux nouvelles visites et tout autant de nouvelles recettes.
Après Dean et Seamus, Hermione rend visite à Andromeda Tonks. La vieille sorcière a droit à un gâteau à la banane et un trifle à la crème fouettée recouvert de gaufrettes à la vanille, gaufrettes que Teddy Lupin approche une à une de sa toute petite bouche. Puis c'est au tour de Kingsley Shacklebolt et de sa femme de dévorer un gâteau au miel et à la fleur d'oranger, joliment décoré de pétales de sucre en forme de coeur. Lavande Brown et Parvati Patil, qui vivent ensemble, se partagent un lassi à la mangue, marié délicatement avec des biscotti à la lavande. Lavande aime tout particulièrement le lassi et trouve qu'il anesthésie agréablement la morsure de loup-garou à peine cicatrisée qui lacère sa gorge. Padma, malheureusement, n'hérite que d'une petite version de la même recette et Hermione tente de se rassurer en se répétant que les jumelles semblent avoir les mêmes goûts, tant pour les garçons que pour les desserts.
Lee Jordan se voit offrir un plateau de loukoums, Ernie Macmillan une boîte de caramels et Cho Chang de la crème anglaise aux myrtilles. Hermione prépare pour Dennis Crivey - qui est toujours blême et apathique quand il lui ouvre la porte de sa maison familiale - une banoffee pie crémeuse qui sent si bon, même dans son emballage, que le garçon parvient à rire. Katie Bell, Terry Boot, Michael Corner, Anthony Goldstein, chaque membre de l'A.D. empoche un délicieux dessert concocté aux petites heures du matin dans la cuisine d'Hermione. Cormac McLaggen, lui, n'écope que d'une mince pie un peu fade et Hermione prétend éluder 'accidentellement' son étreinte de remerciement.
Pour Madame Rosmerta c'est un gâteau au rhum, bien sûr. À Hagrid, Hermione offre la plus grande tarte à la citrouille que son four de taille standard lui ait permis de préparer, et il l'avale en à peine une bouchée. Professeur McGonagall mange son éclair avec un enthousiasme mal dissimulé et demande à Hermione de l'appeler 'Minerva'. Cela fait pleurer la jeune fille, ce qui en retour fait larmoyer la Directrice. Avant de quitter Poudlard ce jour-là, Hermione donne à Irma Pince des scones à la pâte de coings. Enfin, elle laisse un mot et une assiette de biscuits parfumés au Earl Grey devant la porte de Sibylle Trelawney, remerciant Merlin que la Professeur de Divination n'ait pas prédit sa venue de cette après-midi.
C'est seulement après être arrivée à bout de sa croisade d'amis, lesquels se changent en connaissances au fil des années, qu'Hermione se sent le courage de se lancer dans les visites les plus difficiles.
Elle utilise un Portoloin pour rejoindre le joli appartement de Bill et Fleur à Paris. Tous les trois passent l'après-midi à savourer des biscuits à la cardamome en rêvant devant des photos d'échographie moldue qui cachent la toute petite forme du premier petit-enfant Weasley. Avec Charlie, en Roumanie, Hermione mange des chamallows enrobés de chocolat et le suit d'enclos en enclos, ébahie quand il fait dorer sa guimauve sous la flamme d'un dragon Vert Gallois. Ses poils de bras ont noirci et le chocolat est complètement fondu, mais il prétend que c'est meilleur ainsi et Hermione parvient presque à le croire. Sa visite à Percy est plus superficielle, c'est un échange de civilités et de shortbreads au lemon curd. Ils se disent au revoir en se promettant de discuter bientôt, tout en sachant tous deux que 'discuter' se limitera à se dire bonjour de temps en temps dans les couloirs du Ministère.
Sa journée au Terrier est probablement la plus difficile. Hermione reste près de douze heures, pendant lesquelles Molly, Arthur et elle pleurent, à intervalles réguliers, dans leur gâteau au caramel au beurre salé. Harry et Ginny viennent un long moment. Ron aussi. Et cela fait des mois qu'elle ne s'est pas sentie aussi détendue en sa présence.
Son passage à 'Weasley, Farces pour Sorciers Facétieux' est terrible lui aussi, mais si différemment. D'abord George est frénétique et l'emmène de gadget en gadget, exposant chacune de ses nouvelles inventions. Mais quand le rideau de fer se baisse pour la nuit et qu'elle métamorphose deux boîtes de Bataille Explosive en fauteuils confortables, il accepte de s'assoir et mange le premier plat salé qu'elle n'ait jamais préparé. La quiche fait près de sept centimètres de haut et est couverte d'une pâte dorée et croustillante fourrée au fromage de chèvre, aux champignons, aux tomates séchées et au jambon. George gémit de plaisir dès la premiere bouchée. Et avant de terminer sa deuxième part, il a déjà rit plus de huit fois et versé au moins une larme. Contrairement à ses parents, il ne pleure jamais vraiment. Mais quand Hermione s'en va, il sert sa main si fort que ses os lui font mal.
Le week-end suivant, elle reste chez elle et résolument hors de sa cuisine. Mais elle est fébrile chaque fois qu'elle tente de se reposer et elle a beau se maudire, elle sait ce qu'il lui arrive. Ce n'est pas fini, pas vraiment. Elle s'appelle Hermione Granger, elle s'est engagée à rendre visite à tout le monde pour sa Tournée Pâtissière SSPT et elle ira jusqu'au bout. Même avec les individus les plus déplaisants.
Assisse sur le plus douillet de ses fauteuils de lecture, une tasse de son thé préféré à la main, Hermione se demande pourquoi elle a gardé ces personnes pour la fin. Pourquoi elle n'a pas commencé avec les grands méchants pour terminer avec les bons, les gentils, les heureux. Elle sirote son thé, songeuse, et se dit que c'est sans doute la même raison qui la poussait à réviser ses matières préférées en premier à Poudlard. Les choses qu'on aime sont toujours bien plus amusantes. Même quand ces choses sont des Runes ou des presque-séances-de-thérapie autour de pâtisseries trempées de larmes.
Mais peut-être a t-elle aussi attendu parce que ces personnes exigeront plus d'elle, s'ils daignent lui ouvrir leurs portes bien sûr. Ils sont tout bonnement devenus des parias dans ce nouveau et courageux Monde des Sorciers, parias dont on a saisi les biens et emprisonné les parents, parias qui ont subi une terrible suite de conséquences pour avoir eu le malheur d'être du camp des perdants de la Guerre. Il va sans dire que ces sorciers-là vont lui demander du travail. Peut-être a t-elle eu besoin d'abord de ces visites amicales pour recoudre son propre coeur avant d'essayer de soulager le leur.
Ou tout simplement c'est parce que ces gens n'étaient rien d'autre que des imbéciles racistes par le passé et qu'elle a donc pris le temps d'aiguiser ses compétences culinaires, de les rendre aussi tranchantes que ses couteaux. Dans l'idée de découper métaphoriquement ses vieux ennemis à l'aide d'une part de gâteau.
Mais au fond, qu'importe la raison. Elle a bien l'intention de mener à bien cette étape de la Tournée.
Par instinct de survie Hermione commence au plus facile. Marietta Edgecombe reçoit un pot de compote aux fruits rouges et un à peine audible « pardon pour ces marques sur ton front ». C'est en toute franchise plus que ce qu'elle ne mérite. Elle ne s'est même pas présentée à la dernière bataille. Rita Skeeter, elle, trouve dans son bureau à la Gazette du Sorcier un panier anonyme rempli de poires pochées au safran. Elle ne remarque pas que sur les fruits se sont glissées, discrètement, quelques gouttes de Veritaserum.
Plus tard, sa baguette stratégiquement placée sous sa robe, Hermione se prépare à affronter Blaise Zabini et Théodore Nott. Elle offre au premier une tarte à la frangipane sur lit d'abricots et au second une boîte de macarons. Quoique désarçonnés, tous deux sont parfaitement cordiaux. Ils la saluent poliment et balbutient des remerciements gênés.
Mais c'est Théodore Nott qui lui réserve la plus surprenante réaction de la Tournée quand il l'invite à boire le thé dans son manoir a moitié vide. Bien sûr, il ne comprend pas la raison de sa venue et encore moins son offrande de macarons à la pistache, mais ses bonnes manières et son éducation de Sang Pur surpassent les réserves dictées par son bon sens. D'abord le Serpentard a l'air déboussolé et ils n'échangent que des banalités et des silences embarrassés. Mais Hermione finit par prendre son inconfort en pitié et le renseigne sur le motif de sa visite.
« SSPT ? » demande t-il, ignorant visiblement le terme.
Alors elle lui explique. Plus elle parle, plus elle raconte, plus les traits du garçon se font compréhensifs. Et à sa plus grande surprise, Théodore Nott se met à parler à son tour.
Il lui parle de l'accident de sa mère quand il avait cinq ans, de son père Mangemort, fou à lier, de son refus de recevoir la Marque des Ténèbres. Il lui raconte son dessert préféré à Poudlard - un gâteau à la pistache justement - et les matchs de Quidditch amicaux dans le jardin du Manoir Malefoy quand il était enfant. Il lui dit comme il rêve parfois de remonter le temps, que tout soit comme avant. Hermione lui avoue qu'elle aimerait, elle aussi, revenir en arrière. Mais que c'est impossible. Et qu'un jour peut être, ils seront heureux de leur présent.
« Peut-être, dit-il.
— Peut-être », répète-elle.
En repartant, Hermione tombe des nues quand Nott l'étreint en signe d'au revoir. Mais il lui annonce aussi qu'il aimerait aller boire un verre avec elle un de ces jours et elle le croit. Ils conviennent d'un horaire et quand elle le retrouve le mercredi suivant en sortant du travail, il est accompagné de Blaise et Pansy Parkinson.
Sans surprise, Pansy n'est que soie noire, fourrure grise et sourires goguenards. Chaque tentative d'approche d'Hermione est couronnée d'un sauvage « Fous-moi la paix, Granger ». Mais malgré tout, Hermione sort de son sac une boîte de tuiles au vinaigre balsamique qu'elle avait mise de côté pour la sorcière. Alors que leurs bières se changent peu à peu en verres de Whisky Pur Feu, Pansy vient à bout de la boîte. Et quand Hermione la croise par hasard chez Madame Guipure le dimanche suivant, Pansy hoche légèrement la tête. Ce n'est pas grand chose, mais Hermione sait que ce petit mouvement lui a coûté bien plus que tous les « Fous-moi la paix » du monde. Alors ce n'est pas rien non plus.
Deux semaines passent avant la prochaine étape de sa Tournée Pâtissière SSPT, étape qui lui demande moins de courage qu'elle ne l'avait imaginé.
L'appartement de Gregory Goyle se situe dans un quartier miteux du Londres sorcier, entre la boutique défraîchie d'un apothicaire et un étal vendant des cornets de frites sans fin. Goyle ne répond qu'après plusieurs coups répétés et ne fait qu'entrebâiller la porte. Par la mince ouverture Hermione distingue son bas de survêtement et son marcel tâché, si différents de ses robes de Serpentard bien repassées. Elle fait de son mieux pour ne pas sourire.
« Qu'est-ce que tu veux ? » demande t-il après un long et inconfortable silence.
Elle tend un long paquet entouré de ruban. « Je t'ai apporté une forêt noire ».
Noire comme ton âme, pense-telle tout bas.
Il grimace, l'air plus incertain que haineux. « Pourquoi ?
— C'est un truc que je me suis mise à faire. Pour… la réconciliation. Avec des gâteaux et des douceurs. C'est… c'est une sorte de projet.
— Recon… quoi ? »
Hermione s'apprête à lui répondre mais une autre voix venue de l'intérieur lui coupe la parole.
« Greg, c'est qui ? »
Derrière l'imposante figure de Goyle, surgit Millicent Bulstrode, les yeux noirs de méfiance.
« Qu'est-ce qu'elle veut ? » Elle s'adresse à Goyle sans quitter pourtant Hermione de son regard sidéré. Lui aussi la fixe encore quand il hausse les épaules évasivement.
« Elle dit qu'elle veut la récon… réconcisia…
— La réconciliation, corrige Hermione, tendant à nouveau la boîte. La guérison aussi, peut-être. Sous forme de gâteau au chocolat. »
Millicent laisse échapper un grognement peu flatteur, presque porcin et contourne Goyle - son colocataire ? son petit-ami ? - pour prendre le gâteau des mains d'Hermione.
« Considère-nous réconciliés alors », aboie t-elle avant de pousser Goyle et de claquer la porte au nez d'Hermione.
Après un instant, Hermione constate à haute voix « Ça s'est quand même passé bien mieux que prévu. » Puis elle rit bêtement et transplane vers son appartement, prête à profiter d'une pause bien méritée.
Et c'est une vraie pause qu'elle prend, une pause qui dure deux mois. Mais elle ne se tourne pas les pouces et ce n'est pas simplement parce que les vacances de Noël approchent, qu'elle passe son temps à travailler, à faire les magasins ou à rendre visite à ses parents - qui ont enfin, ENFIN retrouvé la mémoire. Non, elle est surtout occupée à s'entraîner. Car Merlin sait qu'elle va avoir besoin d'être préparée pour la prochaine et dernière visite, si redoutée, de sa tournée.
Pendant cette période, elle voit Harry et Ginny quatre fois pour dîner, Ron trois fois pour prendre le thé au bureau et Théodore Nott deux fois pour boire des verres à la sortie du travail. Dans sa tête, il est devenu 'Théo' et elle lui présente Erik, un charmant employé du Ministère. Après son premier rendez-vous galant avec lui, Théo lui envoie une bouteille d'eau de rose et un petit mot qui dit :
« Peut-être que tu avais raison. »
Hermione reçoit aussi une lettre, bien plus inattendue, de Millicent Goyle - née Bulstrode -, la remerciant pour le gâteau. Sous l'écriture assurée de Millicent, une ligne tracée grossièrement ajoute : « Meilleur putain de truc que j'ai jamais mangé. »
Ce ne sont que de bonnes nouvelles. De très bonnes nouvelles. Mais Hermione ne perd pas de vue la tâche à venir. Pendant dix longues semaines, elle épluche toutes les recettes les plus compliquées qu'elle trouve, de la panna cotta au baclava. Elle s'essaie aux mets français les plus délicats, aux desserts indonésiens, à toutes sortes de douceurs dont elle ne peut prononcer le nom même aidée d'un dictionnaire phonétique.
Quand elle s'estime fin prête elle a appris tant de choses qu'elle est sûre qu'elle pourrait obtenir un stage de chef pâtissier à peu près n'importe où. Mais le matin de la dernière étape de sa Tournée Pâtissière SSPT, ce n'est pas un mille-feuille, un baumkuchen ou des monts-blancs qu'elle prépare, mais quelque chose de bien plus simple. Quelque chose, elle le craint, qui lui sera renvoyé au visage, peut-être même au sens littéral.
Alors au cas où, elle enfile un imperméable étanche par dessus son pull mauve, sa jupe anthracite et ses collants opaques. Ce n'est que le début du mois de février, ce manteau n'est pas assez chaud. Mais pourtant elle ne peut se défaire de cette précaution. Elle enroule une écharpe d'un violet vif autour de son cou, pousse de longs soupirs pour se calmer, attrape sa boîte à gâteaux et transplane enfin vers un endroit qu'elle avait espéré ne jamais revoir.
