(Je remercie les premiers followers et les reviews, merci du fond du coeur ! :D Une précision avant de commencer : je ne mettrai pas de noms à mes chapitres, pas par manque d'inspiration mais pour ne rien révéler des contenus de ceux-ci. Bonne lecture à vous tous ^^)

Rappel (que je ferai avant chaque chapitre pour vous replonger dans le contexte et éviter le "mais de quoi elle parle, déjà ?" x)) : les Tyler sont rentrés chez eux, accompagnés du nouveau Docteur humain. Après un échange entre ce dernier et Rose, la jeune femme semble avoir un tas de questions dans sa tête à son propos mais est interrompue dans ses réflexions par la sonnerie de son téléphone : Jake, collègue de Torchwood, qui lui demande de la rejoindre. Une fois sur place, elle constate qu'une sorte de plaie noire déchire l'espace. Elle décide alors de faire intervenir le Docteur.


Chapitre 2

La douleur. L'obscurité. Et encore, la douleur.

oOo

- Docteur ? Docteur, réveille-toi !

- Rose ? Tu vas bien ?

- J'ai besoin de toi. A Torchwood. Il y a un problème.

oOo

Une odeur de brûlé, de poussière, de sang, de mort.

Et ce poids qui l'écrasait, littéralement. Elle se sentait partir et ne pouvait lutter.

Et la douleur, impitoyable. Elle pourrait vendre son âme au plus offrant pour qu'elle soit réprimée, ne serait-ce quelques instants.

oOo

- De la neige ?! Oh non, pas maintenant...

En avril. Il neigeait, en plein mois d'avril. Les premiers paradoxes. Les premiers signes d'une distorsion temporelle, prémisse de la fin. La fautive frissonna et enclencha la vitesse supérieur, roulant toujours plus vite vers Canary Wharf.

- Quand comptes-tu m'expliquer ce qu'il est en train de se passer ?

- Je pense avoir ouvert une faille.

oOo

Vinrent les cris, les sirènes, l'air frais. Mais son enfer ne cessait, même à l'entente de ce cœur qui battait, tout contre le sien : on l'avait tiré de sa prison, certainement pas des mains du diable.

« Reste avec moi, Rose, je t'en supplie… »

Elle crût l'entendre. Elle ne savait pas, elle n'était plus sûre de rien.

Sauf de la douleur.

oOo

Jake se pétrifia devant le Seigneur du Temps, perplexe.

- Docteur ? Mais…

- Ce n'est pas lui, rectifia Rose. Pas… Vraiment lui. On t'expliquera plus tard. Donne-nous…

oOo

Elle vit les gens autour d'elle, des inconnus, des amis. Mais elle ne put donner des noms, ni même des émotions. Il n'y avait que son monde qui s'évanouissait et cette souffrance qui la dévorait, implacablement.

Une main tenait la sienne, douce, familière. Un baume se coucha sur son cœur ; ce baume devint rapidement de l'acide lorsque cette main si douce, si familière, lui fut sauvagement arrachée.

On posa un masque sur son visage, cribla ses veines de tubes. Mais les tentatives étaient vaines. Tout était loin, si loin à présent.

Et en un battement de cil, même l'incessante douleur disparut.

oOo

Le Gallifreyien posa ses lunettes sur son front, examinant le peu de renseignements que Jake avait collectés. Ils reculaient dans le temps ; à chaque avancé que l'aiguille faisait, le futur se confondait au passé, au risque d'une implosion prochaine avec Londres comme épicentre. Les secondes étaient des minutes en arrière, des heures, des jours. Bientôt, des années.

Et le film se rembobinait de plus en plus vite : le temps, divisé par trois, fut divisé par trente, par trois cents, par trois mille. Il fit une moue qui inquiéta les deux jeunes gens.

- Une fission temporelle. D'accord… Ok. Tiens Rose, donne-moi un pulsateur chronométrique, je peux peut-être…

Il fouilla ses poches avant qu'un amer constat ne le suspende dans son geste. Il n'avait pas de tournevis sonique. Ni même un truc similaire. Une claque lui aurait fait le même effet.

oOo

Il n'y avait rien. Rien que ce néant, cette obscurité sans fin. Le règne des ténèbres commençait là où ses yeux se posaient et enduisait de cendre l'encre de ces enfers.

Elle n'avait peur, ni froid ; elle était surprise, seulement surprise. Que faisait-elle ici ?

Elle avança, d'un pas nonchalant. Où allait-elle ? Quelque part, c'était certain. Mais un nom, ce lieu prochain n'en avait pas. Là-bas, la pénombre était seulement plus pénétrante qu'ailleurs et l'attirait irrévocable.

Au début, elle marchait. Puis, elle se mit à courir. A voler. A mourir. Elle se sentait comme un oiseau dans le vent, libre, toujours plus libre à chaque mètre parcourus. Seul ces chaînes qui retenaient ses chevilles l'empêchaient d'aller plus haut ; elle voulait s'en défaire.

Mais une force l'en empêchait. Et l'image du Docteur lui revenait sans cesse, tourmentant sa pauvre conscience. Que devait-elle faire si elle ignorait jusqu'à l'endroit où elle se trouvait ?

oOo

- Réfléchis, aller !

Pauvre Docteur, qu'était-il sans son sonique ? Un sorcier sans baguette magique. Il se figea. Mais c'était avant qu'une brillante idée ne l'illumine.

- Mais oui, idiot, Docteur idiot ! Vous me faites confiance ?

Il expliqua son plan, ses risques, ils sourirent avec lui.

- T'es sûr que ça marchera ? s'écria-Rose, contaminée par sa bonne humeur.

- Oh que non ! N'est-ce pas excitant ? Allez, avoue que je t'ai manquée.

oOo

Elle devait rentrer chez elle mais elle ne savait la direction de la vie, ni celle de la mort : comment ne pas se tromper ?

Comment choisir entre le noir et le noir ?

Une explosion souffla tout son être, son souffle se coupa. Il lui semblait que la foudre venait de tomber en elle.

« Ne résiste pas, laisse-toi faire. C'est la vie qui revient. »

Le Docteur aux deux cœurs, debout devant elle. La jeune femme faillit.

- Il a besoin de toi. Plus que de quiconque. Retrouve-le.

Le choc l'électrisa à nouveau. Elle se redressa, le Seigneur disparut. Elle cria son nom, tendant sa main dans le vide. Au lieu de quoi, une brûlure étouffa ses hurlements et la douleur revint, plus lancinante que jamais.

Elle cria encore.

oOo

- Partez, je vous rejoindrai ! Dépêchez-vous ?!

- C'est hors de question, je te sortirai de là ! Jake, va chercher des secours, je m'occupe de Rose. Vite !

Le séisme s'intensifia, elle manqua de se faire écraser par un pan du mur qui s'effondrait. Le plafond ne tenait plus que par les éboulis qui séparait Rose et les deux hommes. Elle était coincée.

- Ecoute, ça va aller, je vais maintenir manuellement la faille, vous devriez avoir assez de temps pour trouver de l'aide. Re… Rejoins-le. Je me débrouille.

- Je ne t'abandonnerai pas.

- Si tu touches au moindre rocher, on mourra tous les deux. Alors laisse-moi, c'est pas grave.

- Je ne te quitterai pas.

- Fais ce que je te dis ?!

Un grincement l'inquiéta.

- Rose, s'il t'arrivait quelque chose et que je te perdais ?

- Pars. S'il te plaît. Tout ira bien.

Elle l'entendait soupirer.

- Je reviens. Je te promets de vite revenir. Va te protéger.

oOo

Un bip. Un bip régulier sonnait loin, très loin. Désespérément, elle s'y accrocha.

Des voix. Des voix qui grondaient, qui lui parlaient. Elles dégageaient quelque chose de bon, d'encourageant. Mais, paralysée, la jeune femme ne pouvait bouger, ni parler. Alors, elle attendait. Et se rendormit.

oOo

Aussi seule qu'avant, elle retrouva le laboratoire devenu champ de ruine et la faille qui, peu à peu, se refermait. Ils avaient réussi, Canary Wharf n'était qu'un dommage collatéral. Peut-être qu'elle en était un, elle aussi ; mais on ne jouait pas impunément avec l'espace-temps.

Rejetant la déception qui lui donnait la nausée, la peur qui faisait de son cœur, un tambour percuté par un fou, elle tapa une série de codes et d'algorithmes susceptibles de ralentir la destruction de cet endroit -sa destruction, tant qu'à faire-. Mais plus rien ne marchait, la brèche était une bombe à retardement, qui pouvait, à tout moment, lui exploser au visage. Il n'y avait ni fil bleu, ni fil rouge.

« Qu'aurait fait le Docteur ? »

Il t'a abandonné. Ils t'ont tous les deux abandonnés.

Non. C'est faux.

Elle s'acharna, les secondes défilèrent, lourdes. Elle s'acharna désespérément, puisqu'elle n'avait plus rien à perdre. Elle ne réussit qu'à presser la fermeture de la faille, qui produisit alors, une plus grande quantité d'énergie. Cette énergie doubla la violence du séisme ; elle n'accélérait que l'échéance, l'échéance de sa mort.

Alors, elle se cacha sous le bureau, réfléchissant, réfléchissant à s'en donner des migraines. Mais ses migraines ne contenaient pas les effondrements, ni la puissance de la fission.

Dans le couloir, une explosion : elle ferma les paupières. Qui du feu ou de la pierre allait être son exécuteur ?

- Rose, que fais-tu, dépêche-toi ?!

Elle ouvrit les yeux pour voir un Docteur couvert de poussière, dans l'embrasure de la porte. Elle ne put s'empêcher de sourire.

- Tu croyais vraiment pouvoir te débarrasser de moi comme ça ? Allez, viens, nous n'avons pas beaucoup de temps.

Il pointa du menton, le plafond qui se fissurait et aida son amie à se lever.

Comme au bon vieux temps, tandis que tout n'était que ravages autour d'eux, ils courraient. Ils courraient, emplis d'adrénaline et de nostalgie.

- Rien ne change, avec toi, elle ne pût s'empêcher de dire. On est toujours en train de…

Son sourire disparut sous un monticule de pierre, emportant avec lui, l'insouciance du nouvel homme.

- ROSE ?!

Il contempla le tas de ruine où, quelques secondes plus tôt, son amie se tenait. Et ces cauchemars qu'il pensait fuir en redevenant humain lui revinrent, assassins.

oOo

La chambre était plongée dans le noir lorsque la blonde reprit connaissance. L'heure avancée expliquait ce silence, seulement troublée par le son de l'électrocardiogramme et des draps qu'elle froissait. Elle se redressa, examinant son nouvel environnement. La sobriété enduisait les murs clairs de sa chambre d'hôpital ; elle ne pouvait se tromper quant à sa localisation, les appareils, le lit, l'agencement de la pièce, tout vomissait la sympathie forcée des polycliniques.

Elle posa une main sur sa tête, prise d'un vertige. Et le rythme précipité de son cœur, le sifflement dans ses oreilles, les petites douleurs désagréables qu'elle ressentait un peu partout, intarissable par la morphine, lui donnaient la nausée. Elle voulait quitter son lit et rejoindre les toilettes mais ses muscles ankylosés l'empêchaient de bouger. Résignée, elle se rallongea, priant pour que cette désagréable sensation cesse.

Elle regarda dehors, le téléphone hors d'atteinte, contemplant l'aube grignoter la capitale britannique. Puis soupira. Fichu plafond, n'avait-il pas pu attendre avant de la réduire en bouilli ? Ils y étaient presque, si près de la sortie… Ses pensées allèrent vers le Docteur, son estomac se noua plus qu'il ne l'était déjà. S'il était blessé, si, pire… Elle refusa d'y songer et pressa le bouton d'urgence qu'elle avait derrière son oreiller. Si personne ne venait, elle avait bien peur que le blanc de ses draps ne change de couleur.

La porte s'ouvrit, la lumière s'alluma, un homme en blouse blanche apparut.

- J'ai envie de vomir, murmura-t-elle au médecin.

Jeune médecin : vingt-cinq ans à tout casser, un étudiant très certainement. Il était surpris de la voir éveillée mais ne posa aucune question et l'aida à se lever.

- Je m'en occupe, interrompit une voix qu'elle ne connaissait que trop bien.

Le Docteur se précipita sur elle et l'emmena aux toilettes, juste avant qu'elle ne recrache toutes ses tripes.

- Appelez Monsieur et Madame Tyler, ordonna-t-il à l'interne. Et fermez la porte derrière vous. S'il vous plaît.

Il tenait les cheveux de la jeune femme et après qu'elle s'est rincée la bouche, la guida jusqu'à sa couchette.

- Comment te sens-tu ?

Seringue à la main, il injecta un produit dans l'intraveineuse, sans la quitter du regard ; ses yeux… Ils étaient définitivement différents, plus humain : la crainte et la fatigue y régnaient en maître.

- Juste horriblement mal mais… je pense que ça va. Et toi ?

Elle pointa du doigt sa fraîche cicatrice à l'arcade sourcilière, vestige de cette nuit-là.

- Je n'ai eu que des blessures partielles, ne t'en fais pas. C'est surtout toi qui…Tu nous as… fait peur. Vraiment très peur. J'ai pris en charge, avec la permission de ton père, l'équipe qui s'occupait de toi mais… Ce n'était pas gagné.

Il s'assit délicatement sur le bord de son lit et serra sa main. Il n'y avait eu que le sang, l'effroi plus froid que l'hiver, la nuit et l'ombre glaciale de la Faucheuse sur la sienne, lorsque le plafond était tombé sur son amie. Son cœur s'était comme arrêté de battre ; "comme" ? Il s'était vraiment arrêté de battre (métaphoriquement parlant). Et de revoir ses yeux lui sourire, ses lèvres lui parler, ses doigts autour de ses doigts, empreint de feu et de vie, amena à son âme une bouffée d'air nouveau.

- Depuis… Combien de temps je…

- Vingt jours. Je pensais que tu sortirais du coma d'ici quelques mois, c'est bizarre… surprenant surtout. C'est bien.

Bizarre, ça l'était, c'est certain. Traumatisme crânien. Lésions internes. Quelques factures, plusieurs plaies profondes. Elle avait eu de la chance. Beaucoup de chance. Beaucoup trop de chance. Il était le Docteur et de toute sa vie, jamais il n'avait vu un rétablissement si rapide ; survivre à ça, pourquoi pas. Mais une guérison de vingt jours pour pareil accident, c'est humainement impossible.

Il se redressa et lâcha sa main : une amélioration ne signifiait pas que tout allait bien, il ne devait pas se laisser distraire par son réveil inattendu. Le médecin procéda à un tas d'analyses mais même après ce temps, elle ne perdit connaissance ni ne montrait des signes de désorientation. L'illusion persistait, ajoutant une couche de noir là où la lumière ne passait déjà plus.

- Il y a un problème ? s'inquiéta Rose devant sa mine déconfite.

- Non. Tu vas très bien.

Ses lèvres se plissèrent.

- Tu n'es pas content ?

- Bien sûr que si.

Mais la joie n'animait pas ses mots, arrachant un rire forcé à la patiente.

- Je t'ai connu plus convaincant, ricana-t-elle.

Il se mura dans un silence de mort et recommença ses examens : peut-être que quelque chose lui échappait ? Mais il ne trouva rien, même après approfondissement.

- T'es sûr que ça va ? Tu me fais peur.

- Tu ne trouves pas ça étrange, toi aussi ? Si j'avais le TARDIS, j'aurais pu comprendre mais… Je t'ai vu disparaitre sous ces pierres, je t'ai tiré de là sachant que le moindre faux pas t'aurait tué, ton sang… Tu perdais tout ton sang, tu étais comme un cadavre dans mes bras. Et vingt jours plus tard, tu es totalement rétablie.

- Je n'irai pas jusque-là, marmonna-t-elle.

- Tu devrais être morte !

- Peut-être que t'aurais préféré, vu ta réaction.

- Ne sois pas ridicule.

Jamais de la vie, qu'était-il sans elle ?

- Regarde-moi, je vais bien, je suis en vie, tu devrais t'estimer chanceux !

- Je ne crois pas à la chance.

- Oh quel rabat-joie ?!

La jeune femme, renfrognée, croisa les bras devant sa poitrine, soufflant bruyamment. L'électrocardiogramme s'emballa quelque peu, avant d'émettre à nouveau, des sons réguliers.

- Je suis désolé.

Elle haussa des épaules et prit le verre d'eau qui trônait sur la table. Sa nausée était partie, la douleur, amoindrie. Le Docteur avait raison, ce rétablissement était pour le moins étrange, mais elle n'allait pas être celle qui allait s'en plaindre. Changeant de sujet, elle revint sur un point qui, terrait dans un coin de son esprit, faisait mine de rien :

- J'ai vu ton double.

L'ancien Gallifreyien fronça les sourcils.

- Comment ça ?

- Je sais pas. Il était là, il m'a dit… C'était vraiment lui.

- Tu es presque morte, Rose. Il arrive qu'en dernier recours, le subconscient s'accroche à… Une image, un visage que le sujet apprécie pour survivre.

"Impossible que ce soit lui" résumait cette phrase.

Encore une fois, elle haussa des épaules, gommant sa frustration en détaillant le pli de ses draps. Où se trouvait son chaleureux, son dynamique Docteur, qui jamais ne s'arrêtait de parler, de rire ? Peut-être qu'il avait raison, l'inverse lui plaisait juste ; peut-être qu'elle avait rêvé, c'est vrai. Mais en aucun cas il n'avait le droit d'être aussi brutal, aussi froid. Qu'avait-elle fait de mal ? Il mettait plus de distance entre eux qu'un univers avait réussi à le faire: on aurait dit deux opposants qu'on confrontait de force.

- Et t'as commencé à construire ton TARDIS ?

Le Gallifreyien, qui était déjà bien sombre, devint carrément une ombre. La Londonienne, pensant que détourner la conversation vers un thème qui le préoccupait personnellement se heurta à un mur ; encore une fois. Elle s'enfonça dans l'oreiller, les yeux rivés sur ses ongles, calmant la rage qui montait en elle.

- Je dis ça, je ne dis rien.

Elle ne se sentirait pas mieux que lui, si les rôles avaient été inversés, en colère, démunie, effrayée, triste. Mais à son réveil, elle se serait efforcée de sourire, de mentir, d'être rassurée. C'était comme si le Gallifreyien avait fait place à un fantôme sans couleur, une coquille vide.

- C'est compliqué, avoua-t-il après un long mutisme. Plus encore que ce à quoi je m'attendais. Je sais comment faire, j'ai fini de dessiner les plans mais il manque trop de pièces que le XXIème n'aura jamais et sans matériels… ça va être difficile. Très difficile.

- Tu penses y arriver ?

- Je suis à cheval entre Torchwood et UNIT, ils me fourniront tout ce dont j'ai besoin… donc oui. Oui, j'y arriverai. Ça devrait aller.

Il n'aimait pas lui mentir mais il ne voulait pas lui faire perdre espoir non plus. Le défi était de taille, lui-même doutait quant à son succès ; sans la science Gallifreyienne, sans l'énergie nécessaire pour permettre au cœur de grandir, pour alimenter le feu du vaisseau, la mission se voyait soldée à l'échec par avance. Mais pourquoi pas, qu'avait-il à perdre à part un temps fou et peut-être sa tête ?

Elle posa sa main sur son bras et lui sourit. Il ne répondit que par une brève esquisse.

Le soleil apparaissait dans un ciel sans nuage, mai brillait dans sa chambre : un beau mardi de printemps comme l'Angleterre n'en avait pas eu depuis longtemps. Dommage qu'il faisait aussi froid dans la pièce.

- Mon père a pu te faire des papiers ?

Elle essaya une dernière fois de le faire parler, de retrouver un semblant de son alien préféré en lui : après ça, s'il persistait dans sa mascarade, elle abandonnerait.

En guise de réponse, il passa sa nouvelle carte d'identité. Elle tût le soupir agacé qui menaçait de sortir.

John Smith -il avait déjà utilisé ce nom ; comme le navigateur anglais ; comme ce prof, qui, enfant, l'aidait à ses devoirs-, né le 18 avril -sa date de création- 1974 -il n'allait pas mettre 2012 tout de même ; la différence d'âge se raccourcissait considérablement-, à Nottingham. Nottingham ?

- Pourquoi Nottingham ?

- Longue histoire.

Sa courte humanité, avant la Première Guerre. Joan. Martha. Oui, longue histoire : il espérait que ce cours répit se reflète dans cette nouvelle vie près de la jeune blonde.

- J'ai encore le droit de t'appeler Docteur, au moins ?

- Tu peux m'appeler comme tu veux.

Il reprit la carte qu'elle lui tendait et la rangea dans ses affaires, ignorant le regard suppliant qu'elle lançait : elle souhaitait un sourire sincère. Une marque de chaleur, un mot doux. Mais rien de bien ne sortait de sa bouche, c'était plus fort que lui. Comprenant que ses attentes étaient vaines, elle se retourna dans son lit et s'enfonça dans ses souvenirs.

Il ne voulait pas être froid. Il ne voulait pas la fuir. Plus que tout, il ne voulait pas la blesser. Et comme s'il n'avait pas été détruit par son absence, comme s'il n'y avait pas eu d'absence du tout ; comme s'il n'avait rien à lui dire alors qu'un millier de mots pressaient la barrière de ses lèvres, il se terrait dans son mutisme, dans sa douleur qui le déchirait de tout son être. Pourtant, la voie était libre, maintenant : plus d'univers entre eux, plus de petit-ami, plus de différence raciale. Mais sa culpabilité de Seigneur du Temps ne le quittait pas : alors que son humanité aurait dû l'aider à surmonter ses craintes, à assumer ces sentiments qui l'avaient tant rongé, il reculait face à elle : il avait toujours aussi peur qu'avant et l'accident n'avait rien arrangé. Il pouvait encore la perdre : finalement, rien ne changeait.

Posant une main sur son front pour calmer sa migraine, épuisé, lassé, il se laissa tomber dans le fauteuil, près de la fenêtre. Il réfléchissait trop, il n'avait qu'à foncer, l'épouser, lui donner tous les enfants qu'elle souhaiterait avoir. Oui, il n'avait qu'à la faire sourire, l'étonner, lui vendre du rêve ; il n'avait qu'à faire en sorte qu'elle soit sienne et que plus jamais elle ne lui échappe. Au lieu de quoi, il la rejetait : encore une fois. Plus froidement. Parle-lui ! Explique-lui ! Mais il n'en fit rien.

Et les Tyler arrivèrent, brisant la tension en un claquement de doigt ; ils ne la remarquèrent même pas.

- Rose ! s'écria Tony, se précipitant sans ménagement sur sa sœur.

Cette dernière, qui foudroya du regard, son compagnon, accueillit volontiers le turbulent petit garçon dans ses bras -non sans grimacer-.

- Hey, comment ça va ?!

- Bien !

Il fut tout sourire pour elle et ne laissa de place à ses parents, qui durent attendre bien cinq minutes.

- Ma chérie…, murmura sa mère. Oh mon amour, tu vas bien, tu te sens bien ? Mais qu'est-ce que tu as fait, tu aurais dû nous en parler, enfin ! Regarde ce qui…

- Je suis désolée, maman.

- Je suis tellement contente de te voir… Plusieurs fois… Oh mon dieu, on a failli te perdre plusieurs fois… C'est un miracle que tu… Je suis tellement rassurée, contente, heureuse de voir que tu vas mieux…

Pete Tyler la serra à son tour dans ses bras, presque tremblant. Il ne l'avait connu que peu de temps et voilà qu'il avait failli la perdre. Ses phrases restèrent prisonnières de ses émotions, les clouant dans le fond de sa gorge.

- Tu ne m'en veux pas ? demanda-t-elle d'une toute petite voix.

- Non Rose. Puis tu as été bien largement sanctionnée.

Elle baissa de la tête, honteuse.

Passées les retrouvailles chaleureuses, la famille, Jackie plus précisément -Pete et le Docteur conversaient dans le couloir- l'informa des dernières nouvelles : elles n'étaient pas nombreuses, elle n'avait raté qu'un mois à peine : le renouvellement du mandat d'Harriet Jones, l'organisation -du moins, le début- des JO 2012 -arrachant un sourire nostalgique à la voyageuse-, les projets d'installation de Torchwood à Illford -le quartier de Canary Wharf étant totalement détruit-, ainsi qu'une énumération des nouveaux mots de Tony. Puis les deux hommes rentrèrent et la conversation prit une autre tournure : le déménagement de Rose au manoir des Tyler en était le centre. Etant prévu depuis plusieurs jours, son réveil n'y changeait rien.

Une ambulance vint chercher la jeune femme en milieu d'après-midi, après qu'elle eut avalé son déjeuner -une petite partie, elle n'eut pas assez de force pour finir son assiette-. Encore trop faible pour se déplacer, le Gallifreyien poussa son fauteuil jusqu'au camion : le peu de fois où leurs regards se croisèrent, il pût y lire une colère folle. Mais il l'avait méritée ; il s'efforça de lui sourire en retour, les yeux brillant d'excuses.

A son arrivée, elle alla directement se coucher. Et dormit trois jours consécutifs.

Le quatrième jour, lorsqu'elle ouvrit les yeux, toutes traces de l'accident, si ce n'est une fraîche cicatrice sur le ventre, avaient disparu. La miraculée ne sentait ni étourdissement, ni douleur, un parfait petit miracle.

Pourtant, une ombre meurtrît violemment son cœur : le Docteur. Son Docteur l'avait abandonnée avec un homme qui, trait pour trait, lui ressemblait. Il lui avait fait des promesses, jurant que ce clone avait besoin d'elle, tout comme lui. Mais ça n'en était rien. Sinon, comment expliquer ce froid, cette aptitude qu'elle ne lui avait jamais vu ?

Il était parti. Tout à fait parti. Laissant derrière, un fantôme sans couleur. Comment allait-elle faire ? Comment supporter son regard si pénétrant sans faillir sous le poids des souvenirs ?

Un poids naissait dans sa poitrine. Et l'écrasa cruellement.


Voilà ! Bon, je sais, pour un espacement d'un mois entre chapitre, l'histoire commence plutôt lentement mais patience !

J'ai, par contre, une question pour vous : la longueur de mes chapitres vous convient-elle ? J'ai tendance à écrire beaucoup plus et à réduire à la correction (sinon, vous auriez eu le double de mots...) : voulez-vous plus court encore, comme ça, ou plus long (vu que je ne publie que tous les 14 du mois) ?

Je vous dit au 14 décembre :D