Bonjour : )

Voici la deuxième case du calendrier ! Je suis désolée qu'elle n'arrive que ce soir (journée de travail oblige), ça ne devrait pas être le cas des suivantes.

J'espère que ce petit texte vous plaira. Je vous en souhaite en tout cas une très bonne lecture.

Disclaimer : les personnages et l'univers appartiennent à J.K. Rowling.

Rating : K


Avant la prochaine tempête

Les larges bottes de cuir usé s'enfonçaient profondément dans la neige à chaque pas, dans un craquement annonçant combien l'hiver serait rude cette année. Le vent était retombé, laissant enfin un peu de répit. Mais le froid, vif depuis le lever de ce pâle soleil de décembre, avait réussi à s'insinuer jusque sous les multiples couches de vêtements rapiécés de l'homme.

Un dernier flocon, d'ailleurs, vint s'insinuer sournoisement entre les cheveux broussailleux, pour glisser par un interstice de l'écharpe jusque sur la peau pourtant épaisse du garde-chasse.

Un éternuement -proche du barrissement- éclata alors dans le parc, faisant fuir à tire d'ailes cinq oiseaux nichés les uns contre les autres dans un pin tout proche.

En entendant les volatiles protester tout en volant vers la Forêt Interdite, Hagrid s'écria, les pommettes autant empourprées de froid que d'embarras :

« Oh, pardon ! »

Mais il n'avait pas le temps de s'arrêter pour partir à la rencontre des oiseaux qu'il venait de déloger. Dumbledore avait été très clair sur ce point : la mission qu'il avait confiée au géant était urgente -d'autant plus urgente que l'accalmie ne durerait pas. D'autres chutes de neige étaient prévues pour la fin d'après-midi. Il fallait faire vite.

Aussi, après avoir resserré son écharpe de laine effilochée autour de son large cou, et soufflé sur ses mains pour tenter -vainement- de les réchauffer un peu, il reprit sa route. Aussi pénible soit sa tâche, jamais le géant n'aurait songé à s'en plaindre. Il était travailleur, toujours appliqué dans la moindre de ses missions -fût-elle la plus ingrate. Et puis, le travail qu'il effectuait aujourd'hui n'était pas des moindres ! Le directeur de Poudlard avait bien précisé que la réussite de cette mission capitale était cruciale pour tous les élèves -et même les professeurs !

Il y avait de rares moments, comme celui-ci, où Hagrid se sentait important. Il sentait qu'il faisait partie de la grande famille de Poudlard quand il pouvait apporter sa contribution à l'œuvre imaginée par ce grand sorcier qu'était Albus Dumbledore.

Soufflant pour se donner du courage, Hagrid tenta d'ignorer la vapeur d'eau qu'il dégageait -rappelant cruellement la morsure du froid. Tout comme il essaya de reléguer loin dans son esprit les engelures qui enserraient ses orteils, la chair de poule qui semblait disputer aux tremblements chaque centimètre de sa peau, et la piqûre vive et douloureuse du froid sur son visage.

Il avait l'impression de ne plus sentir ses pieds tant le froid les enveloppait et la minute d'après, il lui semblait ne plus éprouver que la douleur cinglante de ses membres et le poids de ses lourdes bottes. Mais il avançait, se concentrant sur le crissement de la neige durcie dans laquelle il imprimait ses vastes empreintes. Amusé un instant, Hagrid songea que si le froid figeait la neige, le creux de ses pas resterait incrusté dans le sol plusieurs jours durant, créant de petites crevasses.

Enfin, après un long périple, il arriva sur le perron du château. La porte était résolument close, mais le soulagement se peignit sur le visage du demi-géant. Il s'accorda alors enfin sa première vraie pause. Il ne l'avait pas volée ! Secouant sa lourde crinière pour se débarrasser des flocons givrés qui s'accrochaient encore à ses cheveux, ses sourcils et sa barbe, il s'ébroua comme l'aurait fait un vieux chien ou un cheval fourbu. Puis, tapant lourdement des pieds sur le perron, il tenta de décoller la croûte de neige qui s'était insinuée dans le moindre pli de ses bottes fatiguées.

Hagrid était si massif que ce geste fit trembler la porte, décrochant de la lanterne sise en son sommet un petit paquet de neige… qui tomba directement sur le nez du géant, le faisant à nouveau éternuer avec fracas !

Une exclamation inquiète, suivie de chuchotements fébriles, se firent entendre derrière le double battant en bois. Enfin, la porte s'entrouvrit prudemment, révélant quelques têtes interrogatives mais bravant courageusement leur peur.

« Harry ! Ron, Hermione… c'est vous ? » s'exclama alors Hagrid, avec une joie non dissimulée. « Ouvrez en grand, je dois rentrer ça à l'intérieur… »

Les jeunes sorciers s'exécutèrent prestement, dévorés de curiosité en observant leur grand ami soulever de nouveau le lourd chargement qu'il avait un instant posé, le temps de reprendre son souffle.

Mais, à mesure que le trio, puis leurs camarades -accourus voir qui arrivait-, découvraient le trésor ramené par le demi-géant, les chuchotements devinrent exclamations émerveillées et cris de joie.

« Le sapin de Noël ! » s'écria, ravi, Colin Crivey, en se détachant du groupe qui suivait le garde-chasse vers la Grande Salle.

Alors qu'il amenait l'immense arbre jusqu'au bout du réfectoire, sous les regards brillants des étudiants et de leurs enseignants, Hagrid sentit son cœur se réchauffer d'une douce et pleine chaleur : rien ne le comblait davantage que de rendre heureux les occupants de Poudlard. Et quand il aperçut le jeune Crivey le prendre en photo, sous les hourras de tous, alors qu'il redressait dans un dernier effort le sapin à la place d'honneur sur l'estrade, Hagrid songea, non sans émotion, que ce moment de joie était déjà en train de devenir un merveilleux souvenir.

Un souvenir, parmi tant d'autres, à garder et à chérir pour toutes les années à venir.