Cottage Weasley-Granger, 22 Décembre 2022

La neige tombait dans le jardin des Weasley. Nöel était proche, et pourtant, les cœurs n'étaient pas à la fête. Hermione Weasley-Granger était de ces femmes qui ne s'avouaient jamais vaincues. Jamais. Pourtant, elle était avachie sur le canapé, emmitouflée dans un plaid et dans les bras de son mari, qui n'osait la quitter des yeux, de peur de la voir s'effondrer.

- Ce n'est pas l'avenir que je souhaite pour nos enfants Ron !

- Je le sais…, murmura-t-il en caressant les cheveux de sa femme.

- J'ai tout essayé. Vraiment tout. Mais le Ministère est corrompu, ils ne voient tous que des chiffres, des statistiques. Mais ce sont des personnes, des jeunes adultes !

Hermione se libéra de l'emprise de son mari, pour faire les cent pas dans le salon. Et dans sa tête, il y avait cette vieille chanson qui tournait en boucle, des mots fredonnés qui ne s'arrêtaient jamais. « L'amour est enfant bohème, il n'a jamais jamais connu de lois » Et le « jamais », c'était arrêté hier, parce que désormais, l'amour connaissait la loi et la loi connaissait l'amour.

- Le fossé entre les moldus et les sorciers va encore plus se creuser. Les sorciers avec les sorciers, les moldus avec les moldus… C'est de la pure discrimination. C'est une interdiction tacite du mariage mixte. Et attribuer un mari ou une femme à quelqu'un… Interdite le divorce ?

Ron grimaça. Il ne voyait pas sa petite fille se marier d'ici les trois ans à venir. Et pourtant, il le faudrait. Les conséquences d'un refus étaient bien trop graves…

- Envoyer les opposants et les contrevenants à la loi à Azkaban, comme s'il s'agissait de criminels ou de délinquants… C'est.. C'est monstrueux ! s'emporta la brune.

Elle s'approcha de la table basse, s'empara d'un vase et le fracassa contre le mur d'en face. Elle qui n'avait jamais été violente… Ron sursauta, sans rien dire. Il restait muet, incapable de parler.

- Je croyais qu'après tout ce qu'il s'était passé avec la Guerre, que les progrès que nous avions fait durant ces quinze années… Je croyais que tout irait bien, que tout irait toujours mieux ! Que l'on aurait pu être enfin heureux.

Sa voix se brisa. Elle revoyait Rose et Hugo courir dans les escaliers, jouer à chat dans le jardin, en train de s'arroser avec tous leurs cousins dans la piscine gonflable qu'ils avaient installé un été de canicule… Hermione ne se sentait plus redevable de la communauté sorcière, qui lui avait tout prit. Son énergie, son temps, son ancre et sa dignité. Et qui pourtant, il y n'a pas si longtemps on dirait, lui avait tant donné. Une nouvelle vie, la véritable Hermione, pleine de magie, et plus encore, un foyer. Aujourd'hui, elle restait redevable de ses enfants, ses merveilleux enfants, qui valaient bien mieux que la misérable vie qu'on leur offrait. Une vie de contrainte, sans liberté, sans choix, sans amour, ou les enfants ne seraient plus que la progéniture et l'assurance d'un avenir pour le monde sorcier.

- Comment est-ce qu'on va annoncer ça à Rose à Hugo ? Comment leur annoncer qu'ils ne seront plus que des reproducteurs ?

Elle voulait une vie d'amour et de rire pour eux. Elle voulait une vie de joie, dans la continuité de celle qu'elle leur avait donné quand ils étaient enfants.

- Et si on s'enfuyait ? proposa alors Ron.

- Impossible. Nous sommes tous recenser, et cette crapule de Grahamfiled a pensé à tout : les sorties de territoires sont restreintes. J'y ai songé Ron… J'ai vraiment tout envisagé.

- Les gens ne vont pas se laisser faire… Percy est détruit, il prévoit de…, s'arrêta Ron subitement.

Des petits pas se firent entendre et la voix de Rose , inquiète, ébranla le cœur d'Hermione et de Ron :

- Tout va bien maman ?

Hermione frotta ses yeux qui s'étaient remplis de larmes. Ceux de sa fille tombèrent sur le pauvre vase, victime de la colère de sa mère :

- Je sais que les cadeaux de tante Muriel ne t'ont jamais plu, mais il était pas trop mal ce vase ! tenta de plaisanter la rousse.

Ron lançant un reparo, dans un silence pesant alors que les morceaux cassés du vase se recollaient bruyamment et tintaient presque joyeusement.

- Rosie, chérie… Il va falloir qu'on parle.

- Moi aussi je voulais vous parler, avoua l'adolescente.

Hermione se rassit, prenant sa fille dans ses bras qui se laissa faire malgré son âge. Coincée entre son père et sa mère, Rose resta ainsi quelques instants. Et le cœur et le cerveau d'Hermione s'étaient presque calmés… Jusqu'à ce que Rose pose sa question :

- Comment est-ce qu'on sait quand on aime quelqu'un ? demanda tout doucement l'adolescente. Comment vous avez su, vous ?

Hermione ferma douloureusement les yeux, pour empêcher les larmes de revenir. Finalement, la tempête ne s'arrêterait jamais et il était temps d'expliquer à sa fille que l'amour n'était plus enfant de bohème, et que désormais, il connaissait la loi.


Une petite review ? :)

C'est le meilleur moyen pour moi de savoir si ce petit recueil vous plaît !

Et c'est mon anniversaire aujourd'hui !

A vendredi prochain pour un nouveau chapitre :)