X-Factor

Note de l'auteur : Voilà le deuxième OS de cette série, qui pose cette fois les bases de la création de l'Institut lui-même.

Remerciements : Merci à fidjet et à Gentiane94 pour la relecture. Cette fois-ci, c'est tout particulièrement cette dernière que je remercie, pour son idée de mutante. Elle aussi m'aide depuis tellement longtemps que j'avais envie de l'inclure un peu plus directement dans ce projet par le biais d'une de ses idées (qui sont nombreuses). ;-)

Sur ce, bonne lecture !


Chapitre 2 : Montrer patte blanche

Cela faisait un mois que Charles s'était officiellement décidé à ouvrir son école « pour jeunes surdoués » et il devait bien avouer qu'il avait rarement connu des semaines aussi chargées. Même dans les derniers jours avant le rendu de sa thèse, il n'avait pas été aussi occupé. Il avait d'abord fallu se procurer les autorisations nécessaires à l'ouverture d'une école privée, autorisations qui s'avéraient extrêmement difficiles à obtenir si on n'avait pas la chance d'être télépathe. Il avait ensuite fallu réaménager le manoir aux normes de sécurité, le ranger, engager du personnel pour faire la cuisine et le ménage, vider certaines pièces pour les transformer en dortoirs et en salles de classe, dégager quelques étagères de la bibliothèque pour y mettre des livres de cours et des livres adaptés à un jeune public, ménager des espaces d'entraînement qui autoriseraient aux mutations les plus explosives de s'exprimer...

Heureusement, sur d'autres plans le manoir convenait particulièrement à ce type d'établissement. Il possédait déjà une salle à manger assez grande pour accueillir une centaine de personnes, suffisamment de salles pour abriter autant d'élèves et il avait pu aménager un salon en véritable salle de jeux et un autre en salle d'études. Il avait fait installer un ascenseur discret à côté de l'escalier qui lui permettait enfin de se déplacer sans encombre, ainsi que des rampes à certains endroits. Par ailleurs, la demeure se trouvait au milieu d'un terrain assez grand pour organiser des activités d'extérieurs dignes de ce nom et il avait fait rénover la piscine que sa mère avait jadis installée à l'arrière du manoir. L'un dans l'autre, il était assez fier de tout le travail accompli en un mois, grâce à l'aide précieuse de Hank qui avait transformé une partie de son laboratoire en infirmerie, de Sean, d'Alex et d'Ellie.

Bien sûr, il avait aussi fallu s'assurer que les élèves de tous les niveaux pourraient recevoir une éducation convenable, au-delà de l'aide qui serait apportée pour apprendre à contrôler sa mutation. Charles savait qu'il était capable d'enseigner à peu près toutes les matières à des enfants qui étaient encore dans le primaire, mais cela se compliquait légèrement après leur entrée au collège. Dans cette optique, il avait pris contact avec certains établissements scolaires de la région pour savoir s'il était éventuellement possible que les élèves y suivent certains cours avec un emploi du temps aménagé. Quelque rendez-vous avec les directeurs et quelques techniques de persuasion plus ou moins légales plus tard, il avait réussi à obtenir que les collégiens puissent avoir cours la moitié de la semaine, et les lycéens les trois quarts.

Charles était parti du principe que les plus jeunes auraient davantage besoin d'apprendre à contrôler leurs mutations tandis que les plus âgés eux seraient davantage tournés vers leurs études et l'obtention du diplôme qui leur permettrait éventuellement d'accéder à l'université. À terme, il espérait de toute façon que son Institut serait assez réputé pour que des professeurs, mutants ou humains, acceptent de venir enseigner directement sur place. Il savait déjà qu'il pourrait enseigner la biologie et que Hank saurait se charger de la physique et des mathématiques, mais il manquait pour l'instant cruellement de professeurs dans les matières littéraires.

Les choses en étaient là lorsque Charles estima qu'il était maintenant en mesure de commencer à accueillir des étudiants. Suivant les coordonnées récupérées par Charles et Hank dans ce qui semblait avoir été une vie antérieure, Alex, Ellie et Sean partirent en voiture quadriller le Nord-Est des États-Unis, laissant les deux scientifiques seuls au manoir. Alors que le télépathe roulait lentement au rez-de-chaussée, errant sans but parmi les salles et regardant distraitement les quelques équipements flambants neufs qui s'y trouvaient, il tenta d'apprécier la quiétude qui ne serait sans doute plus d'actualité bien longtemps. Sans y prendre garde il laissa déambuler son esprit, effleurant délicatement celui de Hank qui était comme toujours en ébullition, et s'apprêtait à tenter d'atteindre la ville lorsqu'il tomba sur des pensées qu'il ne connaissait que trop bien et qu'il ne se serait jamais attendu à retrouver aussi tôt.

Il se déplaça le plus vite possible jusqu'à la porte d'entrée et il s'arrêta juste derrière pour prendre une grande inspiration. Lentement, il tourna la poignée et ouvrit le battant, s'attendant presque à ce que ce ne soit qu'un mirage, une illusion fournie par son cœur malade. Une boule se forma dans sa gorge. Sur le perron se tenaient plusieurs personnes, parmi lesquelles les deux qui lui étaient le plus cher et qu'il n'aurait pas pensé retrouver ailleurs que sur un champ de bataille.

Raven, toujours aussi bleue mais désormais complètement nue, avait les épaules légèrement voûtées et oscillait presque imperceptiblement d'un pied sur l'autre, une habitude qu'elle avait déjà quand elle n'était qu'une enfant et qu'elle voulait cacher quelque chose à son frère adoptif. À sa droite, Angel avait replié ses ailes et croisé les bras sur sa poitrine, dans un geste à la fois défensif et penaud. Et à gauche de Raven, un peu en retrait, Erik, tendu comme un arc, les bras le long du corps et son horrible casque sur la tête.

« Charles... » souffla sa sœur d'une voix blanche.

Le télépathe ne répondit rien, mais cessa de fixer Erik qui était resté aussi immobile qu'une statue pour tourner les yeux vers la mutante, à qui il ouvrit les bras sans un mot. Raven fut sur lui en un instant et le serra dans ses bras avec force. Il lui rendit son étreinte et l'embrassa dans le cou, luttant pour ne pas trembler. Elle lui avait tellement manqué.

« Je suis désolée, bégaya-t-elle presque sans y faire attention. Je n'avais aucun idée... Je ne pensais pas que ce serait si grave, je ne savais pas que les choses tourneraient comme ça. Je voulais prendre de tes nouvelles mais c'était compliqué puis nous avons croisé Alex et Sean et ils nous ont dit que tu ne pouvais plus... Oh Charles je suis tellement désolée ! »

Ses paroles étaient entrecoupées de sanglots et son esprit, habituellement si difficile à lire en raison de sa mutation, évoquait au télépathe la peur, la tristesse, l'affection. Il tenta de la rassurer mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Il avait tant essayé d'occulter ce qui s'était passé à Cuba – d'abord en s'enfermant dans un passé révolu puis en se projetant dans le futur avec son projet d'école – qu'il n'avait pas vraiment pris le temps de s'arrêter sur ce qu'il avait ressenti quand il s'était réveillé à l'hôpital, privé de ses jambes, de celle qui avait partagé sa vie et de celui avec qui il aurait voulu partager beaucoup plus. Par dessus l'épaule de Raven, Charles jeta un rapide coup d'œil à Erik, qui n'avait toujours pas bougé et qui le fixait avec une expression indéchiffrable. Dans son dos, il entendit des bruits de pas précipités puis Hank dire, d'un air abasourdi :

« Raven ? Mais qu'est-ce que... ? »

Lâchant son frère comme à contrecœur, la jeune femme se releva lentement et recula légèrement. Ne sachant trop que faire elle s'approcha un peu de l'autre mutant qui la prit sans prévenir dans ses bras. Celle-ci hésita un instant avec de lui rendre son étreinte. Ils se séparèrent sans un mot, gênés, et Hank donna une accolade un peu plus brève à Angel qui lui fit un sourire timide. Après s'être concertés du regard, comme s'ils étaient toujours sur la même longueur d'ondes même après plusieurs mois de séparation, ils entrèrent dans le manoir, laissant derrière eux Charles et Erik qui continuaient de se fixer.

Après le départ des autres, ce dernier fit un pas de côté et le télépathe se rendit compte qu'ils n'étaient pas seuls. Une petite fille qui ne devait pas avoir plus de dix ans semblait avoir décidé de se cacher derrière les jambes d'Erik et de ne plus en bouger. Menue, la peau mate, elle arborait autour de l'œil gauche une tâche noire qui lui mangeait un quart du visage et qui devait sans aucun doute être liée à une quelconque mutation. Après avoir dévisagé silencieusement Charles, l'enfant leva la tête pour jeter un regard interrogateur au plus âgé qui lui passa délicatement une main dans les cheveux.

« Tu devrais aller retrouver Raven à l'intérieur, dit-il doucement.

- Tu viens avec moi ? demanda la fillette avec de grands yeux.

- Bientôt, il faut d'abord que je parle avec mon ami. »

L'enfant ne protesta pas plus et se détacha lentement du mutant. Elle jeta un regard méfiant à Charles avant d'entrer dans la demeure d'un pas léger, sans faire aucun bruit. Il y eut un petit silence, puis :

« Où as-tu...commença Charles.

- Dans un petit laboratoire privé, l'interrompit Erik, à une centaine de kilomètres au Nord d'ici. Elle était enfermée dans une cage, comme un animal. C'est là que nous avons croisé Alex et Sean qui nous ont dit pour tes jambes et pour l'ouverture de l'école. Raven a insisté pour venir te voir et j'ai pensé que t'amener la petite était la meilleure chose à faire.

- Tu es venu seulement pour ça ? rétorqua le télépathe avec amertume. Dois-je m'attendre à ce que ton téléporteur personnel apparaisse pour te récupérer d'une minute à l'autre ?

- Il ne viendra pas, répondit simplement l'autre. Azazel et Riptide nous ont quittés rapidement après Cuba et Emma est partie quand elle a su que Raven et moi viendrions te voir.

- Emma Frost ? s'exclama Charles avec une surprise teintée de mépris. Il te fallait donc absolument un télépathe, finit-il avec un dégoût mal dissimulé.

- Ne raconte pas n'importe quoi, répondit Erik avec exaspération. Tu sais très bien que tu es le seul que je voulais vraiment à mes côtés, ne viens pas me reprocher tes propres choix.

- Parce que je suis le coupable ? s'énerva le plus jeune dont les joues s'empourpraient à vue d'œil. C'est de ma faute si tu m'as abandonné sur cette plage en me laissant agoniser et en emmenant avec toi la personne qui m'était le plus cher ? Et maintenant tu reviens chez moi comme une fleur, en prenant pour prétexte Raven et une enfant de dix ans ?

- Pourquoi faut-il que tu cherches toujours à avoir le dernier mot Charles ! Mystique est bien assez grande pour venir toute seule, je ne suis pas son chaperon ! Si je suis venu avec elle c'est parce que j'avais envie de te voir, est-ce si difficile à comprendre ?

- Prouve-le, déclara l'autre avec un regard de défi. Enlève ce casque, tu n'en as pas besoin ici.

- Quelle importance que je le garde ou non ? répliqua Erik avec ennui. Dans les deux cas tu n'entreras pas dans ma tête.

- Parce que quand tu portes ça j'ai l'impression de discuter avec un cadavre ! cria Charles en se passant une main nerveuse dans les cheveux. Tu es en face de moi mais je ne capte rien, c'est comme si un de mes sens disparaissait, comme si tu n'existais pas », acheva-t-il dans un souffle.

Erik ne répondit rien, se contentant de regarder son interlocuteur avec une expression impénétrable. Soudain, sans qu'il ait fait un geste le casque s'éleva au-dessus de son crâne et lévita lentement jusqu'aux genoux de Charles où il se posa. Aussitôt, le télépathe fut envahi par sa présence. Il ferma les yeux et inspira profondément. Il n'avait jamais pu l'expliquer, mais l'esprit d'Erik, même lorsqu'il était focalisé sur sa rage aveugle, avait toujours réussi à le calmer. Quand ils avaient commencé à coucher ensemble, enrouler ses pensées autour de celles de l'autre mutant avant de s'endormir avait été comme se blottir sous une couverture moelleuse, ou comme boire une tasse de chocolat chaud. Ce sentiment d'appartenance, cette impression d'avoir enfin un point d'ancrage était sans doute ce qui lui avait le plus manqué au cours des semaines qui s'étaient écoulées. Erik avait pris tant d'importance dans sa vie en si peu de temps...

« Puisque nous avons échangé les premières politesses, déclara ce dernier en tirant Charles de sa rêverie, nous pourrions peut-être trouver un endroit plus agréable pour discuter.

- Oui, répondit pensivement le télépathe, nous serons mieux dans mon bureau. »

Secouant la tête, il fit faire demi-tour à son fauteuil et se fit rouler à l'intérieur. Sans prêter attention à la pointe de culpabilité qui traversa brutalement l'autre mutant, il se dirigea vers l'ascenseur quand l'homme derrière lui marqua une pause.

« Je devrais aller voir comment va Kate d'abord.

- Kate ? répéta Charles en se retournant.

- Katlyn Brown, explicita Erik, l'enfant. Elle risque de ne pas aimer être entourée d'autant d'inconnus.

- Tu sembles bien attachée à elle, remarqua Charles sur un ton qui laissait entrevoir un certain étonnement et une pointe de jalousie.

- Ma fille aurait eu son âge », éluda Erik en se dirigeant vers les bruits de voix qu'il entendait.

Charles déglutit. Il n'ignorait rien du premier mariage d'Erik avec une femme nommée Magda avec qui il avait eu deux enfants, et qui avaient tous trois un jour mystérieusement disparus, mais il n'aurait jamais pensé que la blessure puisse être encore si vive. Il le suivit dans la cuisine, où Hank, Raven et Angel avaient entrepris de préparer un grand goûter pour Katlyn qui était assise recroquevillée sur une chaise. À la vue d'Erik, son visage s'éclaira et elle en descendit prestement pour venir se coller à lui. Soudain, l'enfant laissa place à un félin tacheté, de la taille d'un gros chat, qui se frotta contre les jambes du mutant en ronronnant. Celui-ci esquissa un sourire imperceptible avant d'attraper la petite panthère par la peau du cou pour la remettre sur la chaise en lui recommandant d'être sage. La petite fille reprit sa forme originelle mais garda une paire d'oreilles et une queue couvertes de fourrure, et acquiesça vivement, sans doute pour ne pas le décevoir.

Charles pouvait imaginer sans mal que l'enfant avait dû voir apparaître Erik comme un sauveur quand il s'était rendu dans ce laboratoire et qu'elle devait désormais lui porter une grande affection. Après tout, il était bien placé pour savoir que celui-ci possédait un cœur parfaitement fonctionnel pour peu qu'on arrive à le dénicher derrière sa carapace. Une fois que Katlyn eut commencé à laper littéralement son verre de lait, les deux hommes sortirent de la pièce pour se rendre dans le bureau du télépathe.

À l'intérieur, Charles se dirigea vers la cheminée pour y déposer le casque qu'il avait gardé sur ses genoux, sous le regard neutre d'Erik. Ce dernier fit lentement le tour de la pièce du regard, et il s'arrêta sur le plateau d'échecs posé dans un coin. À la configuration des pièces, il devina que Charles ne devait pas y avoir touché depuis la dernière nuit qu'ils avaient passé ensemble. Dédaignant les sièges qui faisaient face à la table de travail, il alla s'asseoir du côté des pions noirs et déplaça le fauteuil de l'autre côté pour que le télépathe puisse se mettre du côté des blancs, ce que que fit lentement celui-ci.

Et puis ils parlèrent.

Charles raconta les premières semaines compliquées qui avaient suivi le retour de Cuba, toutes les complications qu'avait engendrées sa paralysie et la patience des trois adolescents qui avaient dû le supporter. Il ne cacha rien de son état dépressif, ne voulant pas épargner l'autre mutant, et revint sur l'arrivée d'Ellie McKenzie qui avait semblé rompre le sort de morosité qui était tombé sur le manoir et sur la manière dont le projet d'école avait de nouveau été exhumé. Il expliqua toutes les modifications et tous les travaux qui s'étaient tenu au cours du mois et à mesure qu'il parlait, une flamme semblait se rallumer dans ses yeux. Comme si les mois qui venaient de s'écouler n'étaient pas arrivés, comme si parler avec l'autre mutant de l'Institut en devenir était la plus naturelle des choses. Au bout d'un moment, il s'interrompit, rougissant légèrement d'avoir tant monopolisé la conversation, et il eut soudain l'air d'avoir cinq ans de moins. Sans pouvoir s'en empêcher, Erik sourit.

Celui-ci raconta à son tour la base qu'ils avaient formée avec Raven et les autres, la manière dont ils avaient épié les actualités pour tenter de trouver une occasion d'intervenir. Mais étrangement, ce qui était arrivé à Cuba avait suscité plus de réactions positives que négatives – les mutants étant davantage vus comme des héros – et bientôt, Janos et Azazel avaient décidé de les quitter pour aller parcourir le monde. Ils s'étaient alors résolus à s'attaquer à des affaires de moindre envergure et c'était ainsi qu'ils s'étaient retrouvés au même endroit qu'Alex, Sean et Ellie qui se déplaçaient de coordonnées en coordonnées. Ils avaient mené l'assaut sur le petit laboratoire de concert et ils avaient alors appris pour Charles. Ils avaient recueilli Kate qui s'était rapidement attachée à lui pour de mystérieuses raisons et ils étaient rentrés à la base. Raven avait mis deux jours avant de craquer et d'annoncer qu'elle voulait rentrer à Wetchester, ce qu'il s'apprêtait de toute façon à faire.

« Et que vas-tu faire maintenant ? demanda le télépathe avec une forme de sérénité qu'il n'avait plus ressentie depuis longtemps.

- Je ne sais pas, répondit honnêtement Erik en croisant les bras. Le grand bouleversement auquel je m'attendais n'a pas eu lieu et je me sens un peu inutile. Je sais que j'ai raison, ajouta-t-il après un petit silence, et que les humains finiront par nous craindre et prendre des mesures restrictives contre nous mais dans l'immédiat il n'est rien que je puisse faire sans accélérer le processus, ce qui n'est pas non plus mon but.

- Tu pourrais rester, suggéra Charles à voix basse en le regardant droit dans les yeux.

- Tu accepterais que je revienne après ce que je t'ai fait ? demanda Erik avec un petit rire désabusé.

- Je ne t'en ai jamais voulu pour ça, répondit l'autre doucement, c'était un accident. Et si je dois être parfaitement honnête, je devrais surtout m'en vouloir à moi-même d'avoir failli tout abandonner. Ça ne me ressemble pas de renoncer aussi vite.

- Je suis désolé, laissa rapidement échapper l'autre. Quand bien même nos points de vue différaient, je n'aurais jamais dû partir avec Raven, pas comme ça, pas après tout ce qui s'était passé.

- Reste, s'il te plaît », se contenta de dire Charles en tendant une main au dessus du plateau.

Erik s'en saisit et se pencha pour déposer ses lèvres sur les doigts froids, teintés d'une légère odeur métallique en raison des roues en fer qu'ils faisaient tourner à longueur de journée. Le mutant garda la main dans la sienne mais releva la tête.

« Si je reste, sourit-il, tu n'auras de cesse de me voir partir.

- Je suppose que nous devrons attendre pour en avoir le cœur net, répondit Charles les yeux brillants. Par ailleurs, reprit-il sur un ton plus léger, il se pourrait que nous ayons actuellement un poste de professeur de littérature à pourvoir, poste qui conviendrait particulièrement bien à une personne versée dans les langues étrangères.

- Intéressant », murmura Erik en se levant lentement pour se rapprocher du télépathe.

Il s'appuya sur les accoudoirs de son fauteuil et l'embrassa doucement, comme il en avait eu l'habitude, comme si c'était la plus naturelle des choses. Charles s'apprêtait à répondre au baiser quand un grand fracas se fit entendre. Les deux hommes se séparèrent aussitôt et sortirent du bureau pour aller voir de quoi il retournait, Erik utilisant sa mutation pour faire léviter l'autre et lui permettre d'avancer plus vite, geste qu'il accomplit presque inconsciemment. Quand ils arrivèrent sur le palier qui donnait sur le hall, ils virent la jeune Katlyn, apparemment ravie de son nouveau terrain de jeu, sauter de tables en armoires sous sa forme animale, sous les regards effrayés et amusés des trois autres. Visiblement, elle avait renversé une étagère dans son enthousiasme.

« J'imagine qu'en tant qu'élève du prestigieux Institut Xavier elle va désormais devoir se retenir de sauter sur tous les meubles, soupira faussement Erik.

- Ça me semble une évidence, confirma Charles qui observait les bonds de la jeune panthère avec une légère inquiétude. Ce qui me fait penser, continua-t-il d'un ton songeur, pour citer notre cher Alex, que maintenant qu'elle va rentrer dans ce que j'appellerais improprement la famille, il va falloir lui trouver un surnom.

- En ce qui me concerne, répondit l'autre en se tournant vers le télépathe, il est déjà tout trouvé.

- Ah oui ? souffla Charles en soutenant son regard. Et tu penses à... ?

- Pandora.

- Pour quelle raison ?

- Parce que quand j'ai ouvert la porte de sa cage, une ombre immense a semblé s'envoler pour ne plus laisser derrière elle que des yeux emplis d'espoir. »

Et pour la première fois depuis longtemps, Charles Xavier se fendit d'un grand et vrai sourire.


Et voilà pour la base ! À partir de demain, les OS seront vraiment plus centrés sur les élèves eux-mêmes, histoire de développer un peu les mutations que je me suis tuée à rendre crédible dans ma tête. ;-)

Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à laisser un message, à demain !