Chapitre deux, paré au lancement. Accrochez-vous, et merci de me suivre !

Disclaimer : bis repetita


Oh captain !

Le businessman

Une fois à destination, Sakura quitta l'ascenseur et aventura ses talons beiges sur le plancher du 59e étage. Le moelleux du tapis étouffait le claquement des escarpins affutés tandis que la jeune femme passait en revue les numéros des suites, qui défilaient à l'infini. Clé à la main, elle cherchait avec anxiété le nombre 230, qui refusait obstinément de se manifester.

« C'est pas trop tôt, » souffla-t-elle enfin arrivée au but de ses tribulations hôtelières.

Un glissement adroit de carte dans la fente installée à cet effet et une sonnerie de bon augure plus tard, elle pénétrait dans le vestibule de sa suite. Elle déposa sa veste en cachemire sur le dossier d'une chaise, abandonna son sac sur la console qui faisait le coin entre l'entrée et le salon et se dirigea d'un pas las vers la machine à expresso, encastrée entre les livres de la bibliothèque. Elle jeta une dosette à l'intérieur et entreprit de s'approprier les lieux, le temps de la filtration. Le salon très cozy, dans la prolongation du vestibule, donnait sur trois pièces : un bureau à la pointe de la technologie, une salle à manger, donnant elle-même sur une cuisine d'appoint, et une chambre, équipée de sa propre salle de bain. Un bruit trop familier informa Sakura que le café était fin prêt. Reniflant avec gourmandise l'arôme de son ristretto, elle prit sous un bras la tablette mise à sa disposition et grimpa quatre à quatre l'escalier, accès à la seconde chambre.

Le lit faisait face à une baie vitrée occupant l'entièreté du mur. Des points lumineux lévitaient dans l'obscurité du soir, indiquant la présence au loin de bateaux. Sakura posa son café sur une table de chevet sculptée dans un style oriental, saisit une télécommande, qui siégeait sur le minibar planté devant la baie vitrée, sauta allégrement sur le lit après avoir balancé de deux coups de pied ses escarpins à l'autre bout de la chambre et appuya sur un bouton au hasard. Un écran sortit sans bruit du minibar.

« Appelons l'autre truie, » murmura-t-elle pour elle-même.

Quelques manipulations expérimentales plus tard, un lourd chignon blond occupait une grande partie de l'écran,

« Grand front, qu'est-ce que tu me veux ? » demanda l'interlocutrice de Sakura, un sourire taquin aux lèvres.

« Je viens t'éclabousser avec mon bonheur. »

« Je vois ça ! » rétorqua la blonde, jetant un œil critique au décor. « Tu t'embêtes pas, dis-moi. »

Sakura haussa les épaules.

« Ca va. »

Elle saisit sa tasse en émaille bleue.

« Montre. »

Ino se leva en titubant et joignit les mains sous le gros ventre qui crevait désormais l'écran.

« Voilà l'étendu des dégâts ma belle. »

Sakura se redressa afin de mieux contempler la scène. Le motif fleuri de la robe d'Ino se déformait gracieusement sur l'arrondit. Elle eut un pincement au cœur. Son amie se rassit péniblement, tentant sans succès de retenir son chignon trop lourd pour sa tête.

« Vous avancez, avec Sai… » lâcha Sakura entre deux gorgées.

Elle balaya la chambre du regard, le ristretto toujours au bord des lèvres. Une petite cage dorée, débordant d'un superflu agréable, d'excroissances de bois et de métaux précieux. Une frise relatant de mystérieux épisodes antiques grimpait en travers des murs, déployant sa myriade de couleurs comme des plumes de paon.

« Comme toi tu avances avec Gaara, » compléta Ino.

Nouveau haussement d'épaules.

« Sakura… » soupira la jolie blonde. L'intéressée plongea de nouveau son nez dans sa tasse. « Tu es fiancée à la huitième merveille du monde. »

« Qui ne dort même pas avec sa future, » ajouta Sakura tout en tapotant la couverture du lit queen-size.

« Pour ne pas te déranger avec son boulot, » renchérit Ino. « Ca s'appelle être attentionné, ma belle. » Elle réfléchit brièvement à la suite de ses propos.

« Attends. »

Ino se leva une seconde fois et souleva la jupe de sa robe à fleurs, dévoilant ses nouvelles rondeurs de maman.

« Tu vois ça ? »

Elle effleura d'une main la peau rayée de cicatrices opalescentes.

« Tu crois que ça me plait, d'avoir une carte routière sur le ventre ? »

Elle rabattit son vêtement.

« Ce bébé vaut toutes les vergetures du monde. Et tu sais à quel point je suis obsédée par mon physique. Gaara et toi, c'est la même chose. Il y a des sacrifices à faire dans toute relation. Be patient ! » Elle lui adressa un clin d'œil.

La dernière goutte de ristretto s'envola.

« On dit ça. »

L'amertume se lisait sur le visage de Sakura, et cette fois ce n'était pas à cause du café. Ino croisa les bras, signe qu'il fallait s'attendre à quelque vérité.

« Ecoute, cocotte. Gaara n'est pas de plus en plus occupé par son taf. C'est toi qui as du tout arrêter. »

Sakura saisit de nouveau la télécommande, qui traînait entre deux coussins brodés de perles.

« Nan nan, tu m'écoutes maintenant, » gronda Ino. « Toi aussi, tu passais ton temps à travailler. T'étais mariée à ton boulot. Et ca te manque. »

Elle pointa son index en direction de sa meilleure amie.

« C'est pas Gaara le problème. C'est toi ! »

L'écran redevint soudain noir. Sakura avait rageusement mis fin à la vidéoconférence avant de s'engouffrer en trombe dans la salle de bain.


« … innover dans les techniques de fracturation hydraulique. Il faut forer plus profond et de façon plus concentrée, Gaara. Gaara ? »

L'homme du désert ne détourna pas son regard du flot bleu du golfe persique, à peine visible à cette heure du soir.

« La chute des prix est inévitable. »

« Faites ce qui s'impose, » commanda-t-il, sans même se retourner en direction de la table de réunion. « La société doit réduire les prix de production pour survivre. »

« Bien, » souffla le consultant. Il rassembla les feuilles, imparablement éparpillées au cours de leur lutte contre le dumping, et les mit de côté avant d'attraper un nouveau dossier.

« Maintenant, place à l'opération ''redorage'' de blason. »

Il fouilla à travers les innombrables papiers de la chemise en carton. Victorieux, il brandit une liasse en direction de Gaara, qui s'était rassit à la table ronde.

« Le ''SOS worldwide art project''. Evénement incontournable de l'année, idéal pour montrer que Suna Inc. aussi verse dans la philanthropie. The place to be ! »

Le jeune directeur général attrapa sans grande conviction les papiers qu'on lui tendait. Y étaient listés les différents objectifs de la société, fraichement pondus pour l'occasion.

« Et vous y êtes déjà, Gaara, puisque c'est vous qui financez en partie la convention. »

Le jeune prodige du monde des affaires parcourut d'un œil affuté la dizaine de pages, qu'il crucifia ensuite sur le tableau de liège au mur.

« Pas assez précis, » jugea platement Gaara. « Je veux plus d'implication dans l'événement en lui-même. »

Il se releva et fit le tour de la pièce, mains dans le dos et esprit à cent à l'heure.

« Vous me planifierez un dîner d'affaire avec le président du comité des artistes présents à la convention. »

« Très bien, » convint le consultant, blessé par la critique.

Les yeux du businessman reprirent leur exploration de la nuit tombante, qui s'épanchait progressivement sur les têtes festives de Dubaï.


L'eau se déversait comme un rideau de pluie sur la tête rose de Sakura, immobile entre la paroi de verre et la mosaïque murale. Les gouttes rebondissaient en carillonnant sur le sol en granit de la douche à l'italienne, fond sonore parfait pour calmer le sang brûlant de la jeune femme.

Dans son cocon d'eau, elle en voulait à Ino. Cette blonde peroxydée jouait les pythies, délivrant ses oracles doucereux. C'était sans doute la maternité qui, à coup de bouffées de chaleur, devait lui monter à la tête. Elle abhorrait cette nouvelle tendance à la chaperonner, qui lui faisait sentir à quel point elle avait besoin d'aide, tandis que son amie nageait dans un bonheur sans nuages. Le ventre rond d'Ino hantait les pensées de Sakura, qui, défaite, finit par s'écrouler sur le sol mouillé, genoux serrés contre sa poitrine à l'aide de deux bras trop blancs.

Ce n'était pas de la faute d'Ino si elle se sentait ainsi mais bien de la sienne. Sakura n'avait jamais vraiment voulu d'enfants, mais maintenant qu'elle ne pouvait plus travailler, qu'elle voyait qu'elle n'avait rien construit en dehors de sa carrière, elle paniquait. Les absences de Gaara, son planning chargé lui posaient problème pour la première fois, alors que cela avait auparavant participé de l'équilibre de leur couple. Elle n'aurait pu se douter de la solitude d'une fiancée mise à pied à l'époque où sa réussite représentait tout pour elle.

Une sonnerie de téléphone résonna dans la suite. Soudain alerte, la jeune fille se précipita hors de la douche, attrapa une serviette sur le rebord d'une des vasques, se cognant une hanche au passage, et accourut en clopinant vers la source du bruit. Elle intercepta l'appel de justesse.

« Allo ? » haleta-t-elle.

« Sakura ? »

C'était la voix de Gaara, étrangement rassurante après ce tumultueux débat intérieur.

« Oui. » L'exclamation de soulagement lui échappa.

Un silence se fit à l'autre bout du fil. Le cœur de Sakura manqua un battement, pressentant le pire.

« J'ai eu …quelques problèmes… ce soir, » hésita son fiancé. « Je vais sûrement rentrer très tard ».

La main de Sakura se crispa autour du combiné.

« On avait dit film en amoureux ce soir, » se brisa sa voix.

« Je sais, » soupira Gaara. Il semblait sincèrement embêté par la situation. « Tu sais là où je préfèrerais être, chérie. »

Il n'utilisait que très rarement les surnoms affectueux, mais ce petit « chérie », glissé au hasard d'une discussion, serra davantage le cœur de la jeune femme, en proie à une détresse de fiancée éconduite.

« Je passe toujours après ton boulot… »

Nouveau silence au bout du fil.

« Je sais que tu peux comprendre ce genre de situation, » lui dit-il posément, comme à son habitude. Il n'était pas du genre à élever la voix. Son tempérament calme ne manquait jamais de rassurer Sakura.

« C'est aussi pour cela que je t'ai demandé ta main. Parce que tu connais la valeur d'une carrière, et parce que tu cherchais aussi quelqu'un de passionné par ce qu'il fait. Parce que tous les deux, nous pouvons nous aimez tout en sacrifiant une part de l'intimité d'un couple "normal ". »

Sakura se mordit la lèvre. Elle-même avait prononcé ces mots, au début de leur relation, cinq ans auparavant. Elle avait signé pour cela.

« Je dois y retourner, » continua-t-il. « Je sais que c'est une période difficile pour toi. Mais sache que si je ne suis pas avec toi, ça ne veut pas dire que je ne t'aime pas, ni que je ne pense pas à toi. » Il marqua un temps, avant de reprendre. « Tu sais que je t'aime. »

Des larmes coupables roulèrent sur les joues de Sakura. Elle renifla légèrement avant de conclure.

« Moi aussi je t'aime. Ne rentre pas trop tard. »

Gaara raccrocha son téléphone portable et le glissa dans la poche de son pantalon de costume. Il desserra sa cravata, tira sur son col avec un doigt. Il pouvait désormais voir très nettement son reflet dans la vitre. Il y aperçut un homme cerné, probablement trop habitué à veiller tard à cause du boulot. Son visage quant à lui, inexpressif, ne reflétait pas la réalité de ses sentiments. Il s'inquiétait beaucoup pour Sakura, qu'il sentait de plus en plus dépressive. Une brève sonnerie lui indiqua qu'il avait reçu un message. Après un dernier soupir silencieux, il retourna à ses papiers, seul.

Dans la suite, Sakura souriait au travers de ses larmes. Cette conversation, aussi brève fut-elle, lui avait procuré un bien immense. Gaara se montrait rarement aussi démonstratif. Un juron lui échappa cependant lorsqu'elle constata la traînée d'eau qu'elle avait laissée derrière elle dans sa course au téléphone. Tant pis, elle appellerait le room service. Quant à son programme du soir : sans doute pourrait-elle profiter des commodités de l'hôtel.


Deidara se contemplait, las, dans le miroir du dressing attenant à sa chambre. Il avait enfilé son uniforme, constellé de décorations, comme autant de furoncles clinquants. Les cheveux noués en catogan derrière son dos, la veste sur une épaule, les manche de sa chemise retroussées jusqu'aux coudes, c'était comme cela qu'il irait socialiser au milieu des nantis. Il en avait décidé ainsi. Si lui-même ne pouvait être comme eux, des artistes vivant de leur passion, il ferait tout pour ne leur ressembler en rien.

« T'as fini de te reluquer ? » lui demanda Sasori, appuyé contre l'encadrement de la porte. Deidara l'ignora copieusement, vissant sa casquette sur sa tête.

« Descends tes manches, » lui conseilla son ami. « Ils ont le cœur sensible. »

Deidara, qui faisait toujours semblant de ne pas l'écouter, retroussa de plus bel ses manches, dévoilant deux avants-bras brûlés par le soleil.

« C'est toi qui as choisi le thème de la soirée, » supposa Deidara, monotone. « Le bluff c'est ton truc, bitchy resting face. »

« L'hôtel lance le poker night, pas moi. »

Sasori se décolla de l'encadrement et prit les devants. Le blond allait être une vraie plaie ce soir, pour son plus grand bonheur.


Un dernier coup de poudre sur le bout du nez et elle serait prête à affronter la vie nocturne du Burj al Arab, rassemblement de la crème de la crème du gratin. Elle s'observa brièvement dans le miroir au-dessus de la console, à l'entrée. Fagotée dans une petite robe aubergine, qui jurait magnifiquement avec ses cheveux roses, elle chassait l'éventuel mauvais pli, tournicotant du haut de ses Valentino noires. Ne sachant pas quoi faire d'autre pour se rendre présentable, elle sortit de la suite, attrapant sa minaudière au vol. Elle fit une pose au milieu du couloir. Qu'allait-elle bien pouvoir faire au milieu de tout ce beau monde, dont elle faisait théoriquement partie ? Elle inspira. Il était temps qu'elle redresse la barre, toute seule. N'ayant plus rien à perdre, elle décida que, ce soir-là, elle allait prendre son pied comme jamais.


Toi ! oui, toi ! N'hésite pas à me donner ton avis.

Chapitre 3 : bientôt. Je suis embourbée dans des oraux, donc je ne sais pas quand exactement. Mais j'y travaille.