CHAPITRE II

Détester

*

- Tu ferais comment pour te défiler si tu devais te rendre à une leçon de piano à laquelle tu n'as absolument pas envie d'aller, demandai-je à Angela comme nous quittions le lycée à bord de ma Chevrolet.

Elle haussa un sourcil bien haut dans une expression interrogatrice.

- Qu'est-ce que tu ferais ?

- Je dirais que je me suis cassée un doigt?

Plausible contenu de ma maladresse...

Aujourd'hui était le grand jour, j'avais rendez-vous avec le fameux Edward, ou plutôt Mr Cullen comme on l'appelait au lycée, pour une leçon de piano qui me rendait plus nerveuse que réellement heureuse.

La veille j'avais décidé de ne pas aborder le sujet de ces cours plus amplement avec mon père, car je pensais que cette idée lui sortirait de la tête et qu'il finirait par l'oublier. Néanmoins, il m'avait rappelé avec un enthousiasme non feint que Edward m'attendrait chez lui à vingt heures trente précises, il avait été jusqu'à prendre rendez-vous pour moi.

Je savais que Charlie faisait de réels efforts pour me distraire, et je m'en voulais vraiment de ne pas les apprécier. Sa mine avait été si heureuse et enjouée quand il m'avait annoncé cette nouvelle que je n'avais pas eu le cœur de lui avouer que je n'en avais strictement plus rien à cirer des pianos.

J'étais réellement la pire des filles, non contente d'être ingrate, j'étais lâche.

- Idée : on s'arrête sur le bas côté de la route, je pose mes doigts sur le montant de la porte de la voiture et tu claques violemment la portière. Je devrais bien avoir deux ou trois doigts cassés de cette manière ?

Angela leva les yeux au ciel.

- Depuis quand tu prends des cours de piano, toi ?

- Ma mère m'en a fait prendre quand j'avais douze ou treize ans... J'ai vite laissé tomber... Maintenant, c'est mon père qui s'y met... Il a pris rendez-vous avec un prof pour moi...

- Un prof ?

Le ton d'Angela était septique, cette fille était trop perspicace.

- Un prof, répondis-je évasivement.

- Bella...

- OK ! OK! Ce fameux Mr Cullen dont vous n'avez pas arrêté de parler aujourd'hui... Et bien... C'est mon voisin...

Je fis une grimace dépitée.

- OH MON DIEU !

Angela éclata de rire.

- Quand Jessica et Lauren vont apprendre ça, elles vont être vertes...

- Hé, pas question qu'elles le sachent ! Angela, promets-moi que tu ne diras rien!

- D'accord, mais tu me raconteras tout...

- Oui, d'accord, cédai-je de mauvaise grâce. Je préférerais qu'il n'y ait rien à raconter, mais soit, rétorquai-je en me garant devant chez elle.

- Souris Bella, tu vas passer ta soirée en compagnie d'un dieu vivant!

- Je demande à voir... Et il est casé ton dieu vivant, mon père est tombé sous le charme de sa minette, d'ailleurs. Il veut les inviter à dîner, tu te rends compte ?

- Mais ce n'est pas parce que la marchandise est achetée, que tu ne peux pas apprécier la qualité, chère Bella.

- Une phrase de plus dans ce genre et je me ferai un devoir de prévenir ton père que tu as des pensées perverses envers un de tes professeurs...

- Si tu veux avoir ma mort sur la conscience, vas-y je t'en prie.

Nous sortîmes de la voiture, la mère d'Angela nous attendait avec un cake aux pommes tout chaud et c'est l'estomac bourré de cochonneries que nous nous mîmes à travailler sur notre exposé de biologie.

Je rentrai en traînant des pieds à la maison, il était déjà plus de sept heures et l'échéance approchait tout doucement. J'avais renoncé à me coincer les doigts volontairement dans la portière en réalisant que celle de mon antique véhicule n'avait pas été fabriquée aux mêmes normes de sécurité que celles des voitures modernes, le métal risquait d'entailler ma peau. Je détestais la vue du sang, son odeur me rendait malade et je m'évanouissais dès que j'en rencontrais une goutte.

J'allais donc endurer ce cours.

Mon père avait commandé des pizzas et nous avons un peu discuté tout en dînant. Cinq minutes avant l'heure fixée, il s'empressa de me faire enfiler ma veste et me jeta presque dehors en me faisant les recommandations d'usage.

- N'oublie pas de le remercier!

- Oui, papa, dis-je sur un ton sarcastique et enfantin.

Il leva les yeux au ciel et me regarda traverser la rue avant de rentrer dans la maison. Je pénétrai dans le minuscule jardin clôturé de barrières de bois peintes en blanc pour m'avancer vers la porte d'entrée. La maison avait l'air austère et impersonnelle, mais sur la sonnette une étiquette indiquait déjà « Edward et Carlie Cullen ». C'était si mignon que ça m'en flanquait la nausée, la soirée allait être agréable.

La porte d'entrée s'ouvrit avant que j'ai eu le temps de pousser sur le bouton et je fis un petit saut en arrière, surprise.

- Bonsoir, murmura un ténor parfait.

- Euh... Bonsoir, dis-je également tout bas en levant les yeux vers l'inconnu.

Angela n'avait pas menti. Ce mec était d'une beauté indécente. Il était grand, peut-être un mètre quatre-vingt-cinq, mince, mais musclé. Son visage était empreint de délicatesse, une peau pâle, les lignes d'une mâchoire bien dessinée, un nez droit, une bouche pleine, et des yeux qui auraient probablement étés les plus beaux que j'eus l'occasion de rencontrer s'ils n'avaient pas été marqués d'une telle froideur.

- Isabella ?

J'aurais voulu répondre « simplement, Bella », mais j'avais l'étrange impression que cet homme ne souffrirait pas la moindre familiarité entre nous.

J'hochai la tête et serrai la main qu'il me tendait.

- J'imagine que tu peux m'appeler Edward dans ce cadre...

Nous venions à peine d'échanger quelques mots et je me sentais déjà mal à l'aise, tout en lui criait une telle froideur, une telle animosité.

- Entre, souffla-t-il toujours d'un ton bas comme s'il prenait garde à ne pas faire trop de bruit.

Il me tint la porte et la ferma derrière moi. La maison était plongée dans le noir, seule une petite lampe posée sur un carton non déballé éclairait la pièce principale qui servirait apparemment de salon et de salle à manger.

- Le piano est dans mon bureau, cette pièce possède une meilleure isolation phonique, chuchota-t-il en m'indiquant la direction à suivre dans la pénombre.

Je pris garde de ne pas me prendre les pieds dans quoi que ce soit, cet homme tenait apparemment au silence et une chute bruyante aurait été mal venue. Il me tint une fois de plus la porte ouverte et il pris soin de la refermer derrière moi avant d'appuyer sur l'interrupteur.

Nous étions dans une petite pièce encombrée de cartons de déménagement, il n'y avait aucun meuble si ce n'est un superbe piano à queue et son banc. La pièce était pourvue d'une baie vitrée qui donnait sur le jardin à l'arrière de la maison, ce qui devait la rendre très agréable les jours d'ensoleillement.

- Nous pouvons parler plus fort ici.

J'eus envie de demander pourquoi, mais je ne me le permis pas.

- Installe-toi, dit-il en indiquant le banc.

Je m'exécutai les mains tremblantes. Il resta debout et s'appuya contre le piano à ma gauche.

- Commence par me montrer ce que tu sais faire, déclara-t-il.

- Euh... Je... C'est-à-dire... Je n'ai plus touché à un piano depuis plus de cinq ans, avouai-je précipitamment.

Il hocha la tête d'un air entendu.

- Bien. Joues, s'il-te-plait.

Mes doigts se posèrent sur les touches d'ivoire et j'expirai doucement en cherchant dans ma mémoire la succession de notes d'un morceau que j'aurai pu jouer d'une manière potable, et je n'en trouvai aucun.

Mes doigts poussèrent maladroitement sur les touches et entamèrent les quelques notes d'un morceau pour débutant dont je me souvenais vaguement. C'était maladroit et désorganisé, juste horrible. Je sentais son regard froid me vriller, et j'étais tellement gênée que je me contentai de fixer les touches quand j'eus réalisé quelques notes.

Ce type me rendait mal à l'aise, je n'y pouvais rien, c'était plus fort que moi. Il y avait une telle aura de mystère et d'étrangeté qui planait autour de lui.

- Hum. Tu sais lire une partition ?

- C'est un exercice que je ne me suis plus imposée depuis quelques temps, balbutiai-je.

- Bien. Nous avons du travail. Je vais chercher du papier à musique. Autant recommencer par les bases.

Ces phrases simples et courtes prononcées sur d'une manière atone et laconique me firent trembler de tous mes membres. Ô Dieu, qu'est-ce que j'étais impatiente de sortir d'ici!

Il revint quelques minutes plus tard et entreprit de m'expliquer des notions de bases qui me semblaient profondément abstraites. Je n'osais pas lui dire que je ne suivais pas ses explications et le reste de l'heure se déroula tel un véritable calvaire.

- Samedi onze heures, dit-il en me raccompagnant sur le pas de la porte.

- Je travaille le samedi.

- Bien. Dimanche à la même heure, alors ?

- Dimanche vingt heures trente, confirmai-je.

Il me fit un signe de la tête pour confirmer et je marmonnai un bonsoir avant de m'éloigner, quand je jetai un œil par dessus mon épaule après avoir traversé la rue, il avait déjà disparu.

Je rentrai en soupirant, tentant d'évacuer toute la tension que j'avais accumulée au cours de la dernière heure.

Mon père était endormi sur le canapé, je lui secouai l'épaule et lui conseillai d'aller se coucher avant de grimper l'escalier pour monter dans ma chambre.

En tirant les rideau, mon regard s'attarda sur la bâtisse de l'autre côté de la rue. Son air austère, froid et désuet était à l'image de son propriétaire.

Edward Cullen était une bien étrange personne, et il me tardait peu d'être à dimanche.

Un coupé cabriolet sombre qui ne m'était pas inconnu déboula à vive allure dans la rue et pila net devant la demeure de mon nouveau voisin. Une jeune femme en descendit et je reconnus immédiatement cette personne, c'était Alice Whitlock, la patronne de la boutique de décoration où je travaillait le samedi.

Je me demandai ce qu'elle pouvait bien venir faire là. Edward parut sur le pas de la porte et elle se jeta dans ses bras, il répondit fort à son étreinte et l'emmena dans la maison en la gardant calée contre lui.

Un sentiment de dégoût me prit à la gorge, elle était mariée, avec un très gentil mari qui plus est ! Et lui aussi était avec quelqu'un, une superbe jeune femme selon mon père ! Comment pouvaient-ils...

Je fermai les rideaux d'un coup sec.

C'était officiel, je détestai Edward Cullen.

Fin du chapitre II

Alors ? Satisfaits ?

Carlie ne va pas apparaître tout de suite, et les Cullen seront bien présent, sauf peut-être Rose et Emmett, mais ils n'auront pas une place primordiale.

Les chapitres sont un peu courts, mais ils devraient s'allonger au fur et à mesure...

J'avais pas envie de vous faire attendre, et j'avais vraiment besoin de me changer les idées donc, je vous ai rapidement écrit ce petit chapitre...Je me mets de ce pas à FSC...

Un grand merci pour avoir été au rendez-vous une fois de plus, c'est vraiment super. Je vous en suis reconnaissante.

PS : Pour ceux qui penseraient que la propension de Bella à l'ennui et à vivre dans la fiction est un trait de mon caractère, rassurez-vous ma vie est pas si minable... J'aime ma vie, et même si j'écris beaucoup, j'ai vraiment vraiment une vie sociale, plutôt bien remplie même.