Quand Borsalino décide de modifier une loi…

"Les privilèges dont on ne bénéficie pas sont absolument inadmissibles."

- Ooooooh…

Ces yeux parcouraient lentement la feuille de papier. Sa bouche laissait entendre des « oh » longs et monotones presque à chaque ligne. De sa main gauche il tripotait une tasse de thé vert, son index retraçant sans cesse les bords du récipient.

Après une bonne demi heure, l'amiral aussi rapide que la lumière finit enfin de lire les quelques dizaines de ligne. C'était juste une mise à jour d'une des nombreuses règles de la marine. A peu près une fois par an ce genre de document passait dans les trois bureaux des amiraux, chacun devait le lire. Ensuite il devait le signer pour valider le fait que la loi n'avait pas besoin de changement ou alors y apporter des modifications qui seront acceptés ou refusés par l'amiral en chef.

L'amiral jaune porta ces yeux sur le bas de la feuille et vit les deux signatures de ces collègues. Ils n'avaient certainement rien lu du document. Le jaune leva ces pupilles vers le haut et un vieux souvenir resurgit dans son esprit :

- Alala faut vraiment lire ces conneries ? Je vais juste signer, avait entendu Kizaru de la bouche de Kuzan quelques années auparavant

- Pourquoi perdre du temps avec ça ? La marine fonctionne très bien depuis des siècles. Pas besoin de changements, avait affirmé Akainu dans le passé

Il porta la tasse fumante à ces lèvres avant d'en boire une gorgée. Lui aussi n'avait jamais pris la peine de lire ces documents. Après tout Sakazuki avait raison non ? La marine était telle quelle depuis plusieurs siècles et tout allait pour le mieux.

Pourtant cette fois ci la feuille l'avait plus que dérangé. Il ne pouvait accepter cette loi. Jamais. Les sourcils froncés il empoigna une plume sur un coin de son bureau et la trempa doucement dans de l'encre noir. Puis il se stoppa subitement.

Que devait il changer exactement ? Il reposa sa plume avant de se lever et de faire les quatre cents pas dans son vaste bureau.

Les congés payés.

Voilà de quoi parlait le document. De ce qu'il connaissait de ces droits en tant qu'amiral, il avait droit à trois semaines de congés payés dans l'année qui était d'ailleurs non cumulable. C'est-à-dire que si lors d'une année il ne prenait aucun congé alors ils étaient perdus et l'année suivante le nombre de semaines qui lui été accordé restait à trois, pas à six. Il sourit, prit sa plume et nota sur un papier vierge que ce serait le premier point qu'il devait changé. Pourquoi n'étaient ils pas cumulable ? Injustice !

Les poumons remplis d'un air de révolution il reprit sa marche circulaire. C'était tout ce qui était précisé quand à ces congés. Les amiraux avaient droit à trois semaines. Il n'y avait pas plus de détails. A part le fait qu'il devait être disponible si la justice avait besoin d'eux et ce à n'importe quel moment dans n'importe quelle situation de vacance. Kizaru accourut à son bureau pour prendre en note qu'il devait changer cela mais s'arrêta…

Après tout il est marine. Si la justice a besoin de lui il doit être là. Vacances ou pas vacances. Sa plume s'écarta de la feuille avant qu'il se rappelle que cette obligation ne concernait que les trois personnes au grade d'amiral. Abus !

Il fit un deuxième tiret sur sa feuille plus tellement vierge. Il devait rétablir la justice. C'était son devoir. Il nota que cette obligation devait s'imposer à tous les marines quel que soit leurs grades, en cas de besoin ils doivent tout abandonner pour la Justice.

Pris dans un élan de super héros il se remit à marcher lentement dans son bureau. C'était tout pour ces propres droits. Mais maintenant il devait s'occuper de modifier le reste du document car c'est là qu'était la plus grande injure de toute l'histoire de la marine.

Les soldats mariés.

Pourquoi avaient ils autant de privilèges ? En plus des six semaines de congés payés qu'on tous les officiers à partir de cinq ans d'ancienneté – sauf les amiraux – ils avaient droit à beaucoup d'autre jour sans travailler. Deux semaines pour les fêtes de fin d'années… Une semaine pour l'anniversaire de chaque enfant, de celui de leur compagne et de celui de leur mariage. Trois semaine après la naissance de chaque enfant. Une semaine si maladie d'un membre de la famille avec justification d'un certificat médical. Deux semaine durant les grandes vacances scolaire.

L'amiral jaune essaya de compter sur ces doigts. Il du s'y prendre huit fois avant de trouver le total – après tout ça en fait des semaines : un officier étant marié avec deux enfants – la moyenne – pouvait jouir au maximum de… 14 semaines de congés payés au MINIMUM ? Alors que lui n'en n'avait que 3 ? Pour peu que les gamins soit à fleur de peau il pouvait facilement monté jusqu'à 18 voir 20 semaines dans l'année !

Il serra les poings. Comment Sengoku pouvait il porter un manteau avec écrit « JUSTICE » alors qu'un tel commandement existait ? Qu'est ce qu'ils avaient en plus, les hommes mariés ? Prendre à part une partie de la marine et leur octroyés de tels privilèges… Le jaune ne pouvait pas le supporter. Il prit le document d'origine en voulant gribouiller toutes ces modifications dessus mais il se ravisa, il était préférable de faire un brouillon avant. Les poings serrés, les nerfs à cran et la respiration coupé, il réussit à se retenir et posa doucement la feuille sur le meuble de bois.

Ses yeux tombèrent sur la dernière phrase du document : « Pour les officiers mariés, les congés sont cumulables. »

Pris d'un sentiment d'injustice et de colère cette fois ci totalement incontrôlable, il empoigna la feuille, se leva et commença son travail : modifier ce document écrit par les mains du diable. Il devait rétablir la justice.

Dix minutes plus tard, la feuille ressemblait davantage à un torchon. Outre le fait que la tasse de thé vert se soit renversé dessus, l'amiral s'était tellement acharné qu'il avait troué la feuille à plusieurs endroits. L'encre de chine dégoulinait tant elle était abondante. Les mains de l'amiral jaune étaient elle aussi entièrement tâchées de noir. Pourtant le haut gradé regarda le résultat en poussant un « oh » bienheureux. Son attitude et son sourire semblaient traduire qu'il était pleinement satisfait de son travail.

Il se leva subitement de son bureau, déterminé à se faire entendre par la force si nécessaire. Une fois la porte de son bureau ouverte il prit à droite. Le bureau de Sengoku se trouvait à l'extrémité du couloir. Laquelle ? Aucune idée. Même après toutes ces années Marineford restait un véritable labyrinthe pour lui, une simple intersection est un véritable supplice. Il avait une chance sur deux de tomber sur le bon bureau.

Une fois la porte envoyé en l'air d'un coup de pied de rage il vit Garp et Aokiji en train de manger des biscuits sur un canapé blanc.

Bon visiblement il n'avait pas de chance. Le bureau de Sengoku se trouvait à l'autre extrémité. Il se souvint que Sengoku avait souhaité mettre le plus de distance entre son bureau et celui de Garp.

Il y eu cependant quelques secondes de blanc. Kizaru se sentant stupide de s'être trompé et ne pouvant pas réellement justifier le cassage de porte. Aokiji se demandant ce qu'il venait foutre là et pourquoi n'avait il pas ouvert la porte en utilisant la poignée comme le font habituellement les êtres civilisés. Puis Garp en train de débattre intérieurement si il valait mieux le tuer à coup de poings ou à coups de pied.

- Je crois que ce sera à coups de poings, marmonna le vieil homme visiblement très mécontent d'être dérangé en pleine dégustation de biscuits

Le jaune compris vite de quoi il parlait. Plus une seconde à perdre. Il utilisa son fruit du démon à sa vitesse maximum. Le couloir des hauts gradés faisait à peu près 500 mètres, il y avait le bureau de tous les vices amiraux, des trois amiraux et de l'amiral en chef.

L'amiral jaune mit plus ou moins la moité d'une nano-seconde afin de traverser cette distance. Par mégarde il oublia totalement que « la vitesse a un poids » comme il aime le rappeler à ces adversaires. Ainsi il arriva devant Sengoku certes rapidement, très rapidement. Mais en ayant démoli non seulement la porte mais aussi le mur dans lequel était castré la porte..

Le plafond menaçait de tomber, non en fait il commençait déjà à tomber. Pour le plus grand bonheur de Kizaru car cela permettait de bloquer l'accès à Garp qui venait de lui envoyer un boulet de canon sortit de… Sortit d'où ? Mystère. Le héros avait cependant oublié de l'induire de haki de l'armement, ainsi l'objet traversa l'homme lumière et explosa en plein dans la tête de l'homme Bouddha.

Dans cette scène rempli d'un nuage intense et opaque à la fois de fumée mais aussi de poussière, les deux hommes face à face attendirent. Enfin Kizaru essayait de se rappeler ce qu'il venait faire ici. Sengoku – le visage noir à cause du boulet de canon – lui essayait de réaliser ce qui se passait. Pour commencer la porte et un de ses murs venait de se faire détruire par son subordonné. Ensuite il se prenait un canon en pleine face. Puis ce même subordonné restait devant lui, en se grattant la tête sans dire le moindre mot.

« Est ce que je les tue un par un ou tous en même temps ? » se demanda Sengoku en se craquant les doigts de sa main droite

- Ah ! s'écria Kizaru qui venait de se rappeler

La révolution. Ces revendications. Toussa toussa. Il prit un air sévère, il n'était pas là pour rire. Il claqua sa main si fort sur le bureau de l'amiral que ce dernier se brisa en milles morceaux.

- Il y en a A-SSSSSSS-EZ ! hurla le jaune en détachant les syllabes de façon incroyablement lente

Sengoku qui précédemment avait les coudes sur son bureau resta totalement stoïque. La position de ces bras n'avait pas changé bien qu'ils n'étaient plus retenus par un quelconque morceau de bois. Il fit craquer les doigts de sa main gauche.

Kizaru lui tendit devant le visage la feuille de papier mouillé, troué et plus noir que blanche. Sengoku ferma les yeux en la voyant : Outch, ça pique cette mocheté. Cependant il est vrai que l'odeur du thé vert mélangé à l'encre de Chine avait un certain charme.

Avant qu'il pu réagir davantage il se prit un projectile rempli de haki de l'armement en pleine face. En effet Garp avait réussi à se débarrasser du plafond tombé devant la porte de l'amiral en chef. Il avait immédiatement reprit sa quête de tuer celui qui était censé – censé… – être son supérieur. Sauf que Kizaru était à l'affût il avait sans peine esquiver, sachant que le haki de l'armement du héros était plus que destructeur.

Et pis voilà comment ça a atterris sur la tête de Sengoku. Encore. Ce dernier resta d'ailleurs une fois de plus totalement stoïque. Mais le haki c'est le haki. Encore plus quand c'est celui de Garp. Dire qu'il n'avait pas eu mal était un mensonge. D'ailleurs sa lèvre ouverte et son nez cassé pouvaient en témoigner.

Kizaru décida qu'il était peut être préférable d'oublier sa révolution pour le moment. Garp songea qu'il pourrait tuer le singe n'importe quand et qu'à l'instant présent le mieux était sûrement de fuir. Mais aucun ne pu mettre leurs pensée en application.

Sengoku se déchaîna.

.

oOo

.

- Alala c'était un après midi mouvementé, dit doucement le faisan bleu

Comme tous les soirs dans les alentours de vingts ou vingts et une heure, les soldats mangeaient au réfectoire. Les hauts gradés avaient évidemment leur propre salle, très souvent vide du à leurs absences. Garp avait devant lui une soupe dans une assiette plate accompagné d'une pomme.

« Privé de viande ! » avait hurlé Sengoku. C'était le pire cauchemar de Garp et il le savait.

Kizaru se retrouvait à jouer avec ces pouces. Lui il avait été carrément privé de repas. Au début il était simplement privé de dessert. Puis Sengoku avait quand même essayé de comprendre pourquoi il était venu le voir. Et quand il comprit il voulu alléger sa punition.

En effet il s'y était mal, très mal prit. Cependant pour une fois il faisait son travail ! Il voulait changer une loi. Pourquoi pas ? C'est son droit et son devoir. Sengoku était fier. Il savait que 100 % de temps cette tâche de vérifier et mettre à jour les règles étaient chiantes et que les amiraux signaient sans prendre connaissance du contenu. Alors il voulait l'écouter. Le soutenir. Jusqu'à que Kizaru lui en parle :

- Alors en fait ça concerne les congés payés j'ai pensé que…

Le poing en or du Bouddha s'écrasa sur la mâchoire du jaune sans qu'il n'ai pu dire un mot de plus. L'amiral en chef hurla qu'il été entouré d'incapables. Que la seule fois où il le voyait bosser c'était pour les congés. Qu'il était bon à rien et d'autres mots pas très jolie à entendre. Le jaune fut surpris mais il ne réagit pas davantage. Jusqu'au fameux « PRIVÉ DE REPAAS ! » où il supplia son supérieur de ne pas lui faire ça. Tout mais pas ça. En vain.

Ainsi il était devant Aokiji qui lui mangeait sans se soucier de son camarade. Il avait une feuille vierge devant lui et une plume trempé d'encre noir. Il devait réécrire le papier qu'il avait bousillé. Il soupira. Comment c'est trop nul la révolution, jamais il ne rejoindra les révolutionnaires c'est sûr et certain, ça doit être beaucoup trop chiant et prise de tête.

- Pourquoi elle t'embête tant cette loi sur les congés payés ? Tu voudrais qu'on ai plus de congés ? demanda Aokiji qui s'ennuyait à mourir

- Nooon je voulais juste que tout le monde soit égauuuux…, soupira tristement le jaune

Et c'était la vérité. Les soldats mariés n'avait pas à avoir autant d'avantages par rapport aux autres. Avoir presque vingts semaines de congés payés dans l'année soit plus d'un tiers de l'année c'est tout bonnement scandaleux. Aokiji haussa les épaules. Il ne se doutait pas que le mariage soit la cause de ces privilèges. Il pensa naïvement que si ces soldats avaient plus de semaines c'est juste parce qu'ils travaillent plus ou un truc du genre. Il lança innocemment:

- T'as qu'à leur ressembler, proposa Aokiji en mâchant un bout de viande grillé sous les yeux affamés de Garp

Voyant que son collègue ne comprenait pas il expliqua :

- Ceux qui ont plus de congés. Fait comme eux, dit le bleu en haussant les épaules

Kizaru réfléchit un instant. Ils sont privilégiés parce qu'ils sont mariés. Faire comme eux… Une ampoule s'illumina au dessus de son crâne. Il se leva subitement faisant trembler la table et donc tomber l'assiette plate de Garp.

- Mais ouiiii ! Moi aussi je vais me mar…

Le poing de l'amour s'écrasa contre son visage avant qu'il ne pût finir sa phrase. Mais même encastré dans le mur le nez et l'arcade en sang il ne perdit pas son grand sourire. Il allait se marier. Sa décision était prise.

À lui les vingts semaines de congés payés.