Chapitre 2.
Neal fut soulagé que Peter n'ait pas insisté pour obtenir des réponses mais il était aussi blessé que son ex-partenaire ait émis des doutes sur ses capacités à faire son travail. Il était conscient que Peter avait essayé de provoquer une réaction. Il avait déjà usé de ce stratagème par le passé. En blessant son amour-propre, il était parvenu à lui faire admettre des faits qu'il avait cherché à cacher.
Mais, aujourd'hui, les enjeux étaient bien trop élevés pour qu'il prenne le moindre risque. Il était prêt à tout entendre et à tout supporter pour épargner son ami. Il devait réfléchir à la manière dont il allait obtenir les informations demandées par Hagen. Il devait trouver la personne qui aurait les renseignements et qui serait susceptible de se confier à lui sans méfiance.
Il finit par s'endormir sur le canapé et, comme chaque nuit depuis des semaines, une fois réveillé, il ne parvint pas à retrouver le sommeil. Il passa le reste de la nuit à peaufiner son plan pour le lendemain. A la pointe du jour, il alla trouver l'agent chargé de la surveillance du local des preuves. Muni d'un café et de viennoiseries, il espérait l'amener à parler du transfert des pièces du dossier Talib.
Neal n'avait aucune idée de ce qui pouvait bien intéresser Hagen dans ce dossier mais il devait exécuter les ordres s'il voulait éviter de retourner en prison et perdre définitivement la confiance de Peter. Il ne connaissait l'agent à qui il rendait visite que de vue mais Neal savait que l'homme aimait bavarder. Il passait ses journées de travail seul dans un local à l'écart et les visites étaient rares.
Il ne fut pas donc pas difficile pour le jeune homme de le faire parler. L'homme s'était plaint du surplus de travail occasionné par ce transfert non prévu. Quelques minutes plus tard, Neal était assis à son bureau, attendant les instructions d'Hagen pour lui transmettre les informations.
Siegel arriva alors que Neal avait repris la lecture méthodique de vieux dossiers.
-Bonjour, Neal.
-Agent Siegel. Comment s'est passée votre recherche de logement ?
-Bien, Je crois avoir mis la main sur la perle rare. Un appartement avec terrasse et une vue magnifique…La journée d'hier s'est bien passée ?
-Rien à signaler. J'ai revu quelques dossiers…Rien de nouveau.
-Parfait.
Siegel se dirigea vers le bureau de Peter qui était arrivé quelques minutes auparavant. Neal les observa mais il fut distrait par les vibrations de son téléphone. Un message d'Hagen lui indiquait leur lieu de rendez-vous et fixait celui-ci à 18 heures. Hagen ne semblait pas douter du résultat des investigations de Neal.
La journée se passa sans problème même si Neal pouvait sentir peser sur lui le regard attentif de Peter. Il se sentait surveillé. Jusqu'à présent ça ne lui avait pas posé problème mais c'était différent. Neal devait être vigilant. Peter avait toujours su lire en lui et il ne doutait pas que celui-ci n'abandonnerait pas facilement.
L'heure de son rendez-vous avec Hagen approchait et Siegel ne semblait pas prêt à le laisser partir. Il devait trouver un moyen de quitter le bureau sans éveiller les soupçons. Peter lui offrit une excuse sur un plateau alors qu'il s'apprêtait à aller voir Siegel avec une excuse bidon.
Siegel s'approcha de son bureau, les sourcils froncés.
-Je viens de parler à Peter.
-A quel propos ?
-A propos du fait que tu passes tes journées derrière ce bureau sans même prendre le temps de manger.
-J'ai juste sauté un repas…
-Bien sûr. Hors d'ici…Un bon repas et au lit. J'ai besoin de toi en pleine forme. Il est hors de question de faire baisser les statistiques du bureau…
Neal fut touché par l'attention de son nouveau surveillant. Il ne se fit pas prier et se dirigea vers la sortie. Une fois dans l'ascenseur, son sourire s'effaça. Toutes ces années à se tordre l'esprit pour monter des plans plus ou moins complexes l'avaient rendu méfiant. Et si Siegel et Peter s'était mis d'accord pour le laisser partir plus tôt et pouvoir mieux le suivre.
Il écarta ces pensées de son esprit. De toute façon, il n'avait pas vraiment le choix.
Le rendez-vous avec Hagen se passa relativement bien. Il ne s'éternisa pas même si Hagen semblait avoir envie de bavarder. Moins il en savait sur ses intentions d'Hagen moins il aurait à mentir à Peter. En rentrant chez lui, il suivit les conseils de Siegel à quelques détails prêts. Une fois encore, il s'endormit sur son canapé pour se réveiller deux heures plus tard. Il savait parfaitement qu'il n'arriverait pas à se rendormir.
Ses insomnies commençaient à avoir des conséquences sur sa santé. Il avait perdu du poids et il avait de plus en plus de mal à contrôler les tremblements de ses mains. Il n'arrivait plus à peindre ou dessiner. Ça ne le chagrinait pas vraiment. Il n'avait plus trop le goût pour ces activités artistiques qui parvenaient auparavant à le détendre.
Ses pensées tournaient en rond à l'intérieur de son crâne et il aurait fallu bien plus que quelques pinceaux pour l'en distraire.
Le lendemain matin, en arrivant au bureau, Neal sentit immédiatement que quelque chose de grave s'était passé. Il chercha Peter du regard et poussa un soupir de soulagement en voyant son ami sain et sauf. Il croisa Jones et Diana. Ses collègues les plus proches étaient là mais une personne manquait. Peter passa à côté de lui et lui fit signe de le suivre.
-C'est Siegel.
Neal n'eut pas besoin de plus de précision pour comprendre que l'agent David Siegel était mort. Ils montèrent en silence dans la voiture. Peter se glissa dans le trafic. La pluie n'avait pas cessé de tomber depuis la veille. Neal regardait par la vitre, à travers les gouttes de pluie mais il ne voyait pas vraiment les rues ou les passants qui défilaient autour de lui.
Il savait où Peter le conduisait, il savait ce qui était arrivé. Siegel l'avait suivi hier soir et Hagen l'avait éliminé. Une fois devant le corps de son partenaire, Neal dut se concentrer pour retenir la nausée qui lui secouait l'estomac. Peter parlait, énumérant les premières constatations de l'équipe technique. Siegel avait été tué d'une balle en pleine poitrine à la suite de ce qui ressemblait à une tentative de vol qui a mal tournée.
-Neal…Tout va bien ?
Neal fut sorti de ses pensées par la voix de Peter. Il lui avait probablement posé une question à laquelle il n'avait pas répondu.
-Ça va…
Peter n'ajouta pas un mot jusqu'à qu'ils rejoignent le bureau. Toute l'équipe était réunie dans le bureau de Peter. Ils avaient tous besoin de faire le point et de partager la douleur d'avoir perdu un collègue.
Neal écoutait distraitement leurs commentaires et leurs interrogations. Aucun d'eux ne s'adressait à lui et il en était plutôt soulagé. Il ne se sentait pas capable de donner le change. Il pouvait sentir, par moment, le regard de Peter posé sur lui. Avait-il des soupçons ? C'était impossible à dire mais Neal était certain qu'il aurait droit tôt ou tard à un interrogatoire en règle.
Après de longues heures d'échanges et de recherches, ils décidèrent de rentrer se reposer. Neal ne fut pas surpris que Peter lui propose de le raccompagner jusque chez lui. L'agent du FBI semblait ne pas vouloir attendre pour le soumettre au feu de ses questions. Il n'eut pas longtemps à attendre. A peine avait-il fermé la porte que Peter commença son interrogatoire.
-Je n'ai rien dit devant l'équipe mais j'aimerais que tu me parles de ce que Siegel faisait dans cette ruelle en pleine nuit.
-Comment pourrais-je le savoir ?
Neal vit Peter froncer les sourcils. La tentative de diversion était futile et Neal savait bien qu'il ne servait à rien d'essayer de berner Peter mais il cherchait surtout à gagner un peu de temps.
Il n'était pas à l'aise dans cet espace clos que constituait l'habitacle de la voiture. Il n'avait aucune possibilité de fuite, aucun moyen d'éviter le regard de Peter. Il se sentit brusquement oppressé, sa respiration s'accéléra.
-On a vérifié les derniers appels de Siegel. Peu de temps après ton départ, il a vérifié la localisation de ton bracelet électronique.
-Il faisait ça plusieurs fois par jour. Ça n'a rien d'anormal. Il m'avait ordonné de rentrer et il voulait vérifier si j'avais obéi.
-Et c'est le cas.
-Je suis rentré, j'ai mangé un sandwich et je me suis endormi sur mon canapé.
Ce n'était pas réellement un mensonge. Il avait seulement omis de dire ce qu'il avait fait avant de rentrer chez lui. Peter pourrait facilement vérifier l'exactitude de ces faits et il finirait par se rendre compte que Neal s'était rendu à l'endroit exact où Siegel avait été tué.
Neal se rendit compte que ce n'était qu'une question de temps avant que la vérité ne soit révélée et qu'on lui demande de s'expliquer.
-Assez bizarrement, les données de ton bracelet électronique ont été effacées pour la soirée d'hier. Il va donc falloir que je te crois sur parole.
-Et c'est certainement quelque chose que tu as du mal à faire.
Peter arrêta brutalement la voiture. Malgré sa ceinture de sécurité, Neal fut projeté violemment vers l'avant et il lui fallut quelques secondes pour reprendre son souffle.
-Neal…Il ne s'agit pas d'un cambriolage, ni d'une fraude à l'assurance…Un Agent a été assassiné. Siegel est mort quelques minutes après avoir vérifié où tu te trouvais. Ça fait des jours que ton attitude est étrange. Alors..oui…je vais avoir du mal à te croire sur parole.
Neal hésitait entre partir en courant et hurler sa colère contre Peter. Une fois encore, il opta pour un silence résigné.
-Tu comptes rester muet… ?
-Je n'ai rien à dire Peter. Je ne sais pas ce que Siegel faisait là-bas. Je ne sais pas qui lui a tiré dessus.
Peter garda le silence et redémarra la voiture.
Une fois chez lui, Neal s'autorisa à nouveau à respirer. L'angoisse lui serrait la poitrine. Il devait trouver un moyen de se tirer de ce cauchemar. Il devait trouver une manière de récupérer les preuves en possession d'Hagen et de le mettre hors d'état de nuire. Il avait contribué à remettre cet homme en liberté et il avait tué un agent fédéral…un homme bien qui ne faisait que son travail.
Il avait besoin de se détendre et il se dirigea vers la salle de bains. Une longue douche bien chaude lui ferait sans doute beaucoup de bien. Il se déshabilla lentement. Ses gestes étaient maladroits et lents. Une lancinante douleur lui enserrait la poitrine et il comprit d'où elle venait en se regardant dans le miroir.
La ceinture de sécurité avait laissée une marque violacée sur sa poitrine. Neal porta une main sur l'hématome qui se formait juste à l'endroit où David Siegel avait reçu une balle. Une larme coula, silencieuse le long de sa joue. Il n'avait pas eu le temps d'apprendre à connaître David Siegel mais il avait apprécié son humour et la manière dont il abordait son métier.
Après sa douche, Neal se glissa sous l'épaisse couverture posée sur son canapé depuis la veille. Il savait qu'il ne pourrait pas dormir. Il devait mettre fin aux agissements d'Hagen sans mettre Peter en danger et sans impliquer ses amis. Il ne pouvait pas mettre en danger d'autres vies.
Il devait l'appâter avec une affaire en or et s'arranger pour le faire prendre. L'idée semblait simple et, s'il avait été libre de ses mouvements, il n'aurait eu aucun mal à échafauder un tel plan. Mais Peter ne le lâcherait pas et il ne voulait pas demander l'aide de Mozzie. Il devait s'occuper d'Hagen seul.
