Faute de savoir exactement l'ordre chronologique de textes non datés, ou peut-être parce que cela n'a aucune importance, Ils sont mis dans l'ordre ou ils ont été trouvé, qui ne correspond d'aucune façon à leur ordre d'écriture...

Je crois que par la suite, ces textes se passeront de commentaire. L'auteur qui est derrière vous salue bien bas et va se cacher, très, très loin...


Il pleut.

Six mois que tu m'as dit adieu.

Six mois, déjà… seulement…

Combien en faudra-t-il encore pour que je t'oublie ?

Beaucoup, j'en ai peur.

Tout était si bien, avant…

Avant que je réalise que je t'aime.

Avant que tout aille trop loin.

Avant que les choses commencent à se dérégler.

Nous étions en déséquilibre perpétuel.

Je m'en foutais, tant que c'était toi et moi. Nous deux. Ensemble. J'essuyais les malheurs, mais ton amour, même partiel, mal foutu, égoïste, suffisait à me réconforter. J'avais juste besoin de toi.

D'ailleurs, tout allait si bien…

Avant.

Tu te rappelles, notre première rencontre ?

C'était un jeu pour nous.

Depuis le début.

Quand j'y repense, n'as-tu pas fait que jouer, d'un bout à l'autre ?

Moi pas…

Peut-être n'étais-je qu'un divertissement, de temps en temps, un amusement, puis, l'habitude aidant, une charge, un poids dont tu as préféré te débarrasser.

Cette idée m'étouffe. Je me sens m'asphyxier, peu à peu…

Il pleut.

Cette phrase… Tu la disais pour cacher ta douleur.

Mais devant moi, tu as pleuré. Tu as rit. Tu as crié. Tu t'es bourré la gueule. Nous avons parlés tous les deux, dans le noir, là où se font le mieux les aveux. Avant, ou après l'acte de trop.

Alors je pensais te connaître mieux que personne…

A tord.

Sottises.

Ou plutôt

Pauvre con.

Tu es naïf vraiment, Ed…

Il pleut à verse maintenant. Je vais sortir, laisser les gouttes couler sur mes joues pour me donner l'illusion que ce sont des larmes. Peut-être que je me sentirais un peu mieux.

Rien n'y fait. Je hais la pluie, qui a l'audace de tomber à torrents alors que pas même une larme franchit la barrière de mes cils. Elle me rend jaloux. Et en même temps, elle me soulage. Quand je la regarde tomber, j'ai l'impression que c'est ma tristesse qui tombe sur le monde, ruisselle sur les pierres, gonfle la terre et la liquéfie, qui rend le monde gris et froid comme mon cœur. Grâce à toi.

Je crois que personne ne m'a fait pleurer autant que toi, finalement. Je me rappelle, que je n'arrivais plus à pleurer, depuis des années. C'était tant mieux pour moi, j'avais l'illusion d'être fort. Très fort. Mais souvent, j'aurais voulu pleurer, sans pouvoir.

Tu m'as fait lire les histoires les plus pathétiques que tu trouvais. Certaines pages des tragédies que tu me faisais lire étaient gondolées par les larmes que tu avais versé dessus. Pourtant, tu ne pleurais pas tant que ça, non ?

Et moi, j'avais parfois les larmes aux yeux, qui frôlaient la cascade, et finalement, rien ne sortait. Les larmes restaient emprisonnées dans mon cœur et me hantait. Ce fut un échec total. La première fois que j'ai vraiment failli pleurer, c'est en pensant à toi. Mais pour une fois, j'ai retenu ces sanglots au lieu de les provoquer.

C'est amusant quand on y pense. Tu avais essayé en vain de me faire exprimer mes peines pendant longtemps… C'était si facile finalement…

Il suffisait que tu me blesses… Juste un peu…

Tu ne l'as pas fait qu'un peu.

Je n'ai jamais autant pleuré qu'après tes adieux.

Non, c'est faux… avant déjà.

Quelque part, je l'avais déjà deviné.

Sans que je comprenne pourquoi, la peur de te perdre me faisait verser ces petites gouttes d'eau tellement vaines, tellement désirées, tellement repoussées.

Pas si différentes des gouttes de pluie qui battent la fenêtre.

Le temps passant, mon cœur s'apaise.

Mes larmes ne demandent plus à couler.

Je sais qu'il n'y a pas de retour pour nous.

Je sais maintenant que s'il y en avait un, il serait encore plus douloureux.

Peut-être pourrais-je me libérer de tout ça, finalement.

Après tout, l'eau ne demande plus à s'écouler de mon cœur.

Peut-être qu'il est glacé…