Avant même que les débris de verre multicolores aient touchés le sol, tous les invités s'étaient levés, et avaient dégainés une arme. Le père d'Annabeth a bondit de son siège et s'est placé devant sa fille, revolver au poing.
Ma pire crainte était devenue réalité. La protection d'Athéna n'avait pas suffit, d'une manière ou d'une autre. Nous étions attaqués.
Un rugissement a fait trembler l'église jusque dans ses fondations, couvrant la rumeur paniquée qui montait parmi les invités. Je me suis retenu à grande peine de lâcher Turbulence pour me couvrir les oreilles. Je vous jure que le cri a résonné jusque dans mes os. Un instant plus tard, l'immense porte de la cathédrale a commencé à trembler sous des coups de plus en plus puissants. Quelqu'un ou quelque-chose cherchait à défoncer la porte.
-PREPAREZ-VOUS À VOUS BATTRE !, a clamé Chiron en extirpant deux longues épées de sa veste de cérémonie, sous le regard outré d'Annabeth.
Et puis soudain, la porte a explosé en un million de copaux de bois, livrant le passage à un des géants les plus immondes qu'il m'ait été donné de voir, si grand qu'il peinait à se glisser par l'immense porte. Il était velu, vêtu d'un simple pagne en peau de bête, couvert de croutes et de cicatrices, son immonde visage déformé par la haine et la faim. De la bave visqueuse coulait continuellement de sa bouche ouverte sur des dents noires de crasses et de ce qui ressemblait beaucoup (trop) à du sang frais. Il serrait dans sa main difforme une immense batte de base-ball mâchouillée de toute part. J'ai à peine eu le temps de me demander ce qu'un géant faisait avec une batte de base-ball géante en aluminium qu'il a poussé un autre hurlement à glacé le sang.
Aussitôt, l'enfer tout entier a déferlé dans la salle.
Cyclopes, harpies, drakainas, telchines, lestrygons, sphinxs, griffons, manticores, des dizaines de monstres se sont rués sur mes amis avec des cris de guerres sauvages. Et la bataille qu'était devenu mon mariage a commencé.
Avec des cris de guerre, les invités se sont jetés sur les monstres qui envahissaient l'église, tirant leurs armes de leur cachette. Les demoiselles d'honneur ont plongés la main dans leurs bouquets de fleurs pour en tirer chacune une dague redoutablement aiguisée avant de se ruer en avant avec des cris de guerre suraigus. Clarisse a arraché sa robe de bal à mains nues (à ma grande horreur), dévoilant une armure noire rutilante, et s'est précipitée sur un énorme cyclope en poussant des cris de gorets. J'espérais que la protection magique d'Athéna, qui n'avait pas su retenir les monstres, pourrait au moins empêcher les sons de parvenir aux mortels en dehors du bâtiment. Ils auraient beaucoup de mal à ne pas le remarqué si des rugissements et des explosions retentissaient dans tout le quartier.
En quelques secondes à peine, la bataille s'étendit à la salle toute entière. Une femme-serpent armé d'un trident s'est jeté sur moi en sifflant. Mes reflexes devaient être bien moins bon qu'au temps où je m'entraînais à la colonie, parce-que j'ai senti la pointe de sa fourche effleuré le bout de mon nez quand j'ai bondis en arrière, avant de me fendre pour lui planter mon épée dans le ventre, la désintégrant en un tas de poussière scintillante.
-ANNABETH !, ai-je hurlé.
Je ne la voyais nulle-part. Une marée de combattants s'affrontait en s'invectivant tout autour de moi, impossible de retrouver ma fiancée dans ce chaos. J'ai aperçu Tyson roulé au sol avec deux chiens des enfers en leur beuglant des insultes à propos de cacahuètes. Il a fini par se relevé avec un monstre dans chaque mains avant d'entreprendre de les frapper l'un contre l'autre. Un peu plus loin, Grover bondissait autour d'un cyclope avec des bêlements furieux, si vite que celui-ci était incapable de le toucher et abattait son gourdin dans le vide à chaque tentatives. Une chimère a filé devant moi, aux prises avec Connor et Travis Alatir qui ont fini par sauté à terre un instant avant que leur adversaire n'explose dans une déflagration de feu grec. Acculé dans un coin de la pièce, Argos avait enlevé sa chemise : torse nu, il n'avait plus aucuns angles morts. Il envoyait les monstres au tapis comme un catcheur professionnel sous caféine, et dans le silence le plus total. Au milieu de la mêlée, Clarisse, entourée de cette étrange aura rouge sang qu'elle maîtrisait à la perfection depuis quelques années, poussait des hurlements à glacé le sang en faisant tournoyer son immense épée noire comme le jais, pourfendant les ennemis qui l'entourait avec une telle sauvagerie qu'elle évoluait au milieu d'un amas de poussière de monstre qui lui montait jusqu'aux genoux.
Soudain, deux empousas ont surgis de nulle-part, leur griffe tendues vers mon visage. J'ai paré leurs deux premiers coups avec facilité avant d'être frappé entre les omoplates par une troisième démone surgis de nulle-part. Vifs comme l'éclair, les deux autres m'ont saisi chacune un bras et immobilisé tandis que la dernière levait une main griffue. Elle m'aurait tranché la gorge si une boule de feu ne lui avait pas soudain explosé au visage. Elle s'est désintégrée avec un hurlement d'incompréhension.
-D'enfer, ton mariage, mec !, s'est exclamé Leo en surgissant près de moi, les mains en feu.
Le pauvre était déjà dans un état pitoyable. Il était plus décoiffé que jamais, et son costume était à moitié brûlé et déchiré de toute part. Malgré tout, il arborait un large sourire.
Profitant de la surprise des deux empousas restante, j'ai brutalement libéré ma main gauche et planté mon épée dans le ventre de l'une d'elle avant d'aussitôt trancher la tête de la dernière.
-Combien on a d'invités mortels ?, ai-je crié à Léo pour couvrir le bruit des combats.
-J'en sais rien, a-il haleté, je m'occupe pas de l'organisation, je me suis juste pointé pour la fête !
-Ecoute-moi bien, prends deux ou trois invités avec toi et faites sortir les mortels de là, le plus vite possible ! Ma mère est quelque-part là-dedans !
-Je crois que les mortels se débrouillent très bien tout seul !, a rétorqué Leo en pointant d'un doigt enflammé un des coins de la grande salle.
Mon cœur a manqué un battement. Dans un coin de la pièce, maman et le père d'Annabeth étaient acculés contre un mur par une dizaine de telchines. Mais, comme je l'ai compris un instant plus tard, ils n'étaient nullement en position de faiblesse pour autant. Monsieur Chase était même d'un calme exemplaire pour un homme encerclé par une bande d'hommes-chiens palmés affamés qui avait une femme à protéger derrière-lui. Armé de deux pistolets argentés, il abattait un par un chacun des monstres qui osaient s'approcher d'eux avec une précision diabolique, d'une balle en bronze céleste en pleine tête. Derrière-lui, ma mère, équipée elle aussi d'un pistolet chargé, tentait avec maladresse d'en faire autant. Ils n'avaient pas encore besoin de nous.
-On a besoin de renfort !, ai-je hurlé à Léo. Débrouille-toi pour contacter les chasseresses, ou alors…
Avant que j'aie pu continuer, un telchine s'est jeté sur Léo et ils disparurent ensemble dans la mêlée des combattants. J'ai tranché en deux une harpie qui tentait une attaque surprise depuis le ciel avant de tenter de me frayer un chemin vers lui à grands renfort de coups d'épées, mais il semblait s'être évaporé au milieu de l'océan de combattants qui m'entourait de toute part. J'ai baissé la tête pour éviter les esprits de l'air qui planaient au-dessus de moi, poursuivis par les éclairs de Jason et Thalia, avant d'être interpelé par les aboiements de détresse de Kitty O'Leary, sur le dos de laquelle étaient juchés deux telchines qui tentaient de la transpercer de leurs javelots. Je me suis jeté sur son dos à mon tour pour les déloger, mais aussitôt, sentant un poids supplémentaire, la chienne des enfers a roulé au sol, nous écrasant tous les trois.
Un instant plus tard, je m'étouffais au milieu d'un nuage de poussière jaune souffre, le souffle coupé, écrasé par 100 kilos de viande infernal. Kitty s'est relevé et a gémit une excuse à mon égard avant de replonger dans la mêlée. Avant même que j'ai le temps de me relevé, une manticore m'est rentré dedans.
Au bout de quelques minutes de combats interminables, mes bras me semblaient déjà lourds comme du plomb. La vérité, c'est que je manquais terriblement d'entraînement. J'avais laissé la paix me ramollir, ca faisait des mois que je n'avais plus tenu une épée. C'était sûrement le cas de la plupart des invités également. J'ai vite compris que c'était les monstres qui avaient l'avantage. On s'était préparé à affronter des imprévus, mais certainement pas une armée toute entière : nous n'avions aucunes stratégies, aucun plan de bataille, seulement de quoi nous défendre et quelques pièges disséminés à travers la salle.
Soudain, une ombre s'est profilée sur le sol sous mes pieds. J'ai percuté juste à temps. Je me suis jeté sur le coté tandis que la plus grande batte de base-ball qu'il m'ait été donné de voir s'abattait sur le sol avec un sinistre fracas, écrasant les deux harpies que j'affrontais. J'ai levé les yeux. C'était le géant qui avait défoncé la porte. Slip de Fourrure se tenait derrière-moi, me dominant de toute sa hauteur. Il arborait un sourire béat édenté et dégoulinant de bave qui ne présageais rien de bon. Avant même que j'ai pu me relevé il levait déjà à nouveau sa batte au-dessus de sa tête. Aussitôt, j'ai lancé Turbulence, visant un de ses immenses yeux bleu. Mauvaise idée. Slip de Fourrure a évité l'épée d'un simple mouvement de la tête, puis son sourire carié s'est élargi. Et il a à nouveau abattu sur moi sa batte de base-ball. Cette fois-ci, elle est passé si près de ma tête que j'ai senti un courant d'air dans mes cheveux en me jetant une nouvelle fois sur le coté. Sans réellement avoir de plan, j'ai bondis sur sa batte écrasée au sol avant de m'y cramponner. Quelques secondes plus tard je me suis élevé dans les airs avec elle quand Slip de Fourrure l'a relevé. Aussitôt, j'ai lâché la batte pour atterrir sur son énorme tête. Le géant, sûrement un des plus stupides de l'espèce, a commencé à tourné mollement la tête en poussant des beuglements surpris. Son déjeuner venait de disparaître. C'est seulement là, perché sur son crâne chauve et complètement démuni, que je me suis souvenu que je n'avais plus d'épée à lui planter dans la tête pour encore quelques minutes. Dans quelques instants, il comprendrait où était passé le goûter, et là j'étais fichu.
Soudain, je me suis souvenu qu'il me restait encore une arme. Si je m'entraînais beaucoup moins souvent qu'avant, j'avais cependant appris un ou deux trucs utiles, depuis mon adolescence. J'ai sorti un flacon de la poche de ma veste. Un flacon rempli d'eau de mer tout ce qu'il y avait de plus ordinaire. Il fallait faire très vite, s'il se rendait compte qu'il avait un passager il ne ferait qu'une bouchée de moi. D'un mouvement sec, j'ai fais éclater le flacon sur la tête du géant, qui n'a même pas poussé un couinement de douleur, puis j'ai posé la main dans la flaque qui s'est brièvement formé et pressé ma paume dessus. Aussitôt, l'eau a commencé à se propagé sur tout le corps du monstre, le recouvrant peu à peu. J'ai lentement inspiré en fermant les yeux. C'était quelque-chose que je n'avais jamais essayé en situation de combat, mais je m'en savais capable. Le froid. Il suffisait de penser à quelque-chose de froid. Un bonhomme de neige. L'hiver. Une glace à la vanille. Le Canada. J'ai rouvert les yeux. Le colosse commençait à s'agiter. Tout son corps était trempé à présent, recouvert d'une très fine pellicule d'eau de mer. Sous ma main, l'eau était en train de se solidifier, remplacée par une couche de glace de plus en plus dure. Le cyclope a rugit et commencé à tâter son large crâne. La glace se formait beaucoup trop lentement.
Un lac gelé, le pôle nord, une pluie de grêle, le souffle d'un géant boréen, ma belle-mère.
Enfin, la glace a gagné tout son corps. Et Slip de Fourrure a compris. Avec un rugissement de colère il a levé une main recouverte de givre, de plus en plus lente, et a voulu l'abattre sur son front. J'ai poussé un hurlement de terreur. Les dieux soit loués, son bras a achevé de se figer à l'instant même où il allait frapper l'endroit où je me trouvais. J'ai soupiré de soulagement. Je me tenais maintenant au sommet de la plus grande statue de glace que l'Histoire ait connue, un œuvre carrément digne d'un concours de sculpture, figée dans une position ridicule. De là-haut, je dominais toute la bataille, me suis-je soudainement rendu compte. Et depuis ce poste avantageux, il était évident que nous étions en train de perdre. On tiendrait le coup encore un bon moment, mais peu à peu, nos troupes ployaient sous le nombre des attaquants. Pour chaque monstre qui s'évaporait, deux demi-dieux s'effondraient sans connaissance – du moins c'était ce que je voulais croire. De tout mon cœur.
Grover gisait sur le sol, protégé par Thalia qui grillait tout ce qui osait l'approcher, la sueur perlant sur son front. Du sang coulait d'une profonde entaille à son bras gauche. Les quelques dryades encore debout tentaient de tenir en respect un géant qui se libérait des lianes qu'elles faisaient poussé sur son corps aussitôt qu'elles les invoquaient. Finalement, il est parvenu à délivrer sa jambe et a frappé le sol de son énorme pied, envoyant valdingué ses opposantes. Acculé dans le fond de l'église, les Héphaïstos, armés de lourdes masse, s'étaient regroupés pour faire face aux lestrygons, mais ils s'écroulaient un à un terrassés par les coups de leurs adversaires deux fois plus nombreux qu'eux. Un éléphant – sûrement Frank – combattait une énorme chimère en barrissant avec force, mais il a commencé à flancher quand une manticore a rejoint le combat. Kitty O'Leary s'est jeté sur celle-ci, rétablissant l'équilibre, mais il était clair que ces deux là ne pourraient jamais vaincre un duo de monstres en pleine forme, pas dans leur état. C'était un véritable désastre, même si j'en avais le pouvoir je ne pourrais jamais aider tout le monde.
J'ai aperçu Reyna armé de deux longues épées en or impérial, combattant sauvagement aux cotés de ses deux chiens, Aurum et Argentum, un instant avant qu'elle ne disparaisse sous une dizaine de drakainas. Piper et Léo combattaient côte à côte, se soutenant mutuellement, près à s'effondrer, couverts de blessures diverses. Léo a fait jaillir de sa paume un dernier torrent de flammes avant de s'effondré dans les bras de Piper, sans connaissance. A la tête des Apollons, Chiron hurlait à ses troupes des encouragements qui se perdaient parmi les hurlements sauvages des cyclopes et des sphinx qui les entouraient de toutes parts. Ma mère semblait avoir disparue. Et toujours aucunes traces d'Annabeth.
Un peu plus loin, Hazel et Nico étaient encerclés par un véritable troupeau d'empousas. J'ai vu Hazel passé une gifle à son frère, sûrement pour l'empêcher de succomber à l'hypnose.
Lentement mais sûrement, les invités étaient repoussés au fond de l'église. Malgré toutes mes précautions, nous n'étions tout simplement pas préparés à une attaque d'une telle envergure.
Et puis soudain, peut-être pour la première fois, j'ai eu une idée brillante.
-Chiron !, ai-je hurlé. Fait apparaître le festin !
La stupeur et l'incompréhension se sont peintes sur le visage de mon ancien professeur quand il a levé les yeux vers moi.
-Percy, a-il crié à son tour, ce n'est pas le moment de…
-Fait-le !
Sans comprendre, il a levé les bras au-dessus de sa tête, et frappé dans ses mains. Un écho surpuissant a résonné à mes oreilles, puis soudain, les bancs de bois qui parcourait la vaste salle ont disparus pour laisser place à de longues tables de marbre alignés le long des murs et couvertes d'aliments en tout genre, plus succulents les uns que les autres.
-PERCY !, a hurlé Hazel, acculée.
Elle était seule à présent, Nico gisant à ses pieds. Avant de perdre connaissance, le fils d'Hadès semblait avoir eu le temps de séparer Hazel des empousas en créant autour de lui et sa sœur un large cratère, mais les démones sautaient par-dessus une à une.
Un buffet, ca peut paraître dérisoire, comme arsenal. Mais entre les mains des bons demi-dieux, chacun des objets sur ces tables pouvait devenir une arme mortelle.
-HAZEL !, ai-je hurlé. La vaisselle est en argent !
L'espace d'un instant, elle m'a regardé avec des yeux ronds, hébétée. Puis elle a compris, et elle a levé la main. Chacun des couteaux et des fourchettes argentés disposés sur les tables se sont élevés dans l'air au-dessus d'elle dans une petite tornade de vingt-milles dollars, leurs pointes effilées pointés sur les monstres qui l'entouraient. Puis, elle a brutalement baissé le bras, et les couverts ont fusés sur les empousas comme autant de poignards. Elles se sont désintégré une à une, une fourchette ou une petite cuillère plantée en plein cœur.
Dé que la dernière est tombé en poussière, la fille d'Hadès s'est effondrée au sol, sans connaissance. Ca avait du lui demander beaucoup plus d'énergie que je l'avais supposé. Un instant plus tard, la statue de glace sur laquelle je me tenais a lentement basculé et s'est fracassé au sol, écrasant une dizaine de monstre dans sa chute. Soudain, une violente bourrasque a soufflé sur la salle. Non loin de moi, suivant l'exemple d'Hazel, Jason s'est élevé au-dessus de la bataille sur un coussin d'air et a écarté les bras, poings fermés. Aussitôt, les débris des vitraux de l'église, qui avaient explosé lors de l'assaut, ont quittés le sol un à un pour aller tournoyer autour du fils de Zeus. Nous avions toujours su que les enfants des trois grands étaient des demi-dieux puissants, trop peut-être. Mais c'est seulement une fois que les quelques gamins concernés avaient grandis qu'on avait réellement compris pourquoi notre naissance avait été interdite. Devenus adultes, les enfants des trois grands devenaient des demi-dieux terriblement destructeurs.
Jason a ouvert les mains. Aussitôt, les éclats de verres ont fusés à travers la pièce comme une pluie de couteaux tranchants, bien que ratant pour la plupart leur cible. Le fils du dieu du Ciel devait être épuisé, après tout ces éclairs de foudre. J'ai compris à quel point quand il a soudain perdu le contrôle de l'air et a commencé à tomber vers le sol en chute libre. Je me suis précipité en dessous de lui pour le rattrapé, mais alors que je pensais le réceptionné il s'est écrasé sur mon dos. Je me suis effondré sous lui avec un grognement de douleur.
-Merci…, a haleté Jason, à bout de souffle.
-Y a pas de quoi, mec…, ai-je rétorqué en l'aidant à se relevé.
Soudain, il a écarquillé les yeux et fixé un point derrière-moi. Heureusement pour moi, les demi-dieux sont programmés pour le combat : j'ai eu le reflexe insensé de me jeter aussitôt au sol. Une table de buffet entière, qui m'aurait sûrement fracassé le crâne, a filé au-dessus de ma tête comme un boulet de canon et est allé s'écraser contre le mur d'en face.
-Fait-gaffe, derrière-toi !, a enfin crié Jason, un peu tard.
J'ai fais volte-face à temps pour voir une autre table fusé dans ma direction, et l'ai évité de peu en roulant au sol, avant de lever la tête. Un peu plus loin devant moi, un homme avec une tête de taureau s'amusait à jouer au bowling avec le mobilier. Le Minotaure.
C'est marrant comme il était toujours dans le coin durant les pires moments de mon existence. Cette fois-ci, il était venu sans sa hache, arborait une fois encore une armure de combat toute neuve et semblait deux fois plus gros qu'à notre dernière rencontre.
J'ai croisé le regard de Jason, et hoché la tête. Aussitôt, puisant dans ses dernières forces, il a décollé du sol et fusé sur le monstre comme un boulet de canon, des éclairs parcourant tout son corps, l'épée en avant, tandis que je m'élançais moi aussi dans la direction de l'homme taureau. Mais alors que Jason allait le transpercer, le Minotaure a attrapé son épée à main nue, en plein vol. S'il n'a pas semblé souffrir une seconde du tranchant de la lame, il a poussé un rugissement de rage quand la foudre qui courrait sur l'arme qu'il venait d'attraper s'est propagé à tout son corps. Sautant sur l'occasion, j'ai tenté de lui enfoncer turbulence en plein ventre, mais avec un beuglement, il a jeté l'épée de Jason au loin et nous a tout les deux attrapés par la gorge avec une rapidité stupéfiante.
Aussitôt, un très désagréable souvenir a surgi des tréfonds de ma mémoire. La dernière fois que je l'avais vu faire ca, les conséquences avaient été désastreuses. Je me suis débattu dans son étreinte tandis qu'il resserrait lentement les doigts. En vain. C'était comme avoir le cou lentement broyé par un boa constrictor. Je commençais déjà à suffoqué, de plus en plus faible. Jason, lui, continuait à poussé de faibles cris de rage en donnant des coups de pieds dans le torse du monstre, qui restait imperturbable. Avec un peu de chance, être le fils du dieu de l'air permettait d'avoir un peu plus d'oxygène dans les poumons. En attendant, moi, je me sentais viré au bleu violacé. Soudain, j'ai eu une idée complètement stupide.
-Ja… son…, ai-je articulé dans un souffle. La… foudre… envoie le jus…
Il m'a lancé un regard effaré tout en continuant à se débattre, et a baragouiné :
-Si je fais ca tu vas…
-F… fa… Fais-l…le…
Le minotaure a poussé un meuglement de triomphe en resserrant encore ses immenses paluches sur nos cous tandis que je me sentais perdre connaissance un peu plus à chaque instants. Soudain, les éclairs ont recommencés à parcourir le corps de Jason, avec de plus en plus de puissance, et il a semblé explosé. Le minotaure a poussé un long meuglement guttural tandis que toute son immense carcasse subissait une décharge de plusieurs centaines de volts, des étincelles jaillissant par intermittence entre ses poils bruns.
A moins que ce que j'ai entendu à ce moment-là n'ai été mon propre cri de douleur. Vous savez, la sensation désagréable et la douleur qu'on ressent en mettant les doigts dans une prise électrique ? Imaginez la même chose multipliée par plusieurs millions, et vous aurez une vague idée de ce que j'ai pu ressentir à ce moment-là. La foudre de Jason s'est propagée à moi en passant par le minotaure, et la douleur que j'ai alors ressentie a traversé la moindre cellule de mon corps. C'était comme être transpercé encore et encore par un millier d'aiguilles chauffés à blanc, une souffrance absolument abominable, interminable, si grande que j'en ai oublié l'étau de l'homme taureau autour de mon cou. Quand enfin ce dernier nous a lâchés, je me suis effondré au sol, sonné par le choc. De mes vêtements émanait une désagréable odeur de saucisse grillée.
Dans un état proche de l'inconscience, j'ai senti Jason m'attrapé par le col et me tiré en arrière un instant avant que l'immense carcasse du minotaure ne s'abatte là où je me trouvais un instant plus tôt. Face contre terre, le monstre a poussé un dernier faible cri de rage est s'est désintégré dans l'air.
-J'ai fais de mon mieux pour limiter le voltage qu'il te transmettait, a haleté Jason en se massant le cou. Normalement, tu devrais t'en remettre maintenant. Ca va ?
Limité le voltage ? J'avais peut-être eu moins mal en portant le poids du ciel sur mon dos ! Cependant, en effet je sentais mes forces revenir, peu à peu.
-J'ai connu mieux…, ai-je simplement grogné.
Il allait répondre quand soudain un invité est passé entre nous dans un vol plané, projeté par son adversaire, et s'est écrasé contre un mur. Le sphinx qu'il combattait s'est jeté sur Jason et moi, deux cibles faciles. D'un mouvement vif, j'ai sorti mon stylobille de ma poche, l'ai transformé en épée de bronze et jeté sur le monstre. Heureusement, Turbulence s'est plantée en plein ventre, le tuant sur le coup.
Je me suis relevé avec l'aide de Jason, les jambes tremblantes. J'ai senti du sang coulé de mon front. La lutte semblait sans fin, même après l'intervention de Jason avec les débris de verre le nombre de monstre avait à peine diminué. Ils étaient faibles pour la plupart et pas le moins du monde organisés, mais il en arrivait toujours plus, ils continuaient à affluer par la porte et les fenêtres brisés alors que notre nombre ne cessait de diminuer. On était en train de perdre cette bataille.
