Bonjour :) Je suis vraiment désolée pour ce retard dans la publication ... Quoiqu'il en soit, voila Bellatrix vue par sa famille ...


Narcissa soupira. C'était la troisième fois. Elle frotta délicatement ses doigts sur son front, puis reposa ses mains nouées sur ses jambes. Son dos était droit, ses chevilles croisées. Ses yeux baissés. Drago et Lucius échangèrent un regard. Elle se tenait exactement comme tous les jours. Mais jamais, jamais auparavant elle n'avait gardé le regard au sol. Doucement, son fils s'approcha, s'assit sur le fauteuil à côté du sien, et la contempla. Elle poussa un nouveau soupir, plein d'une nostalgie dont elle ne semblait pas se rendre compte elle-même. Alors Drago fit ce qu'il avait juré ne jamais faire. Il ouvrit la bouche, et posa la question qui le démangeait depuis des mois. Celle qui comprenait le prénom maudit. A l' instant où le mot franchit ses Lèvres, Lucius se retourna, le regard flamboyant, plein de colère contre cet enfant incapable de retenir ses mots. Mais un fin sourire naquit sur le visage de Narcissa, qu'elle tourna vers le garçon qu'elle avait mis au monde. Ses yeux étaient pleins de larmes, et soutenaient le regard qu'on leur lançait.

« -Comment elle était, ma tante ? Bella, je veux dire, comment elle était ?

-Drago ! Enfin ! De quel droit prononces-tu ce nom devant ta mère ?

-Bella ? Tu t'intéresses à Bella ?

-Bien sûr, maman. C'était ta sœur, et je sais combien elle te manque. Elle me manque aussi.

-Elle t'a appris tellement de choses… »

Le sourire de Narcissa se fit plus franc. Elle regarda son fils un instant, essayant de jauger son réel intérêt.

« -Je ne serais certainement pas un aussi bon sorcier si elle n'avait pas été là. Je regrette de ne pas l'avoir mieux connue.

-Bella était … Ô, Drago, tu l'aurais tellement aimé, tu sais, si tu l'avais connue comme moi je l'ai connue.
Enfant, elle était toujours là pour moi. Pour m'aider, me pousser à réussir, me sauver, me protéger. Elle prenait son rôle de grande sœur au sérieux, tu sais. Elle veillait sur moi. Et je l'admirais tellement… Bella a toujours été une personne magnifique, mais si tu avais pu avoir la chance de la voir à ton âge… Elle prenait grand soin de ses cheveux, et ils étaient superbes. Noirs ébènes, longs, bouclés, ils cascadaient dans son dos et formaient autours d'elle une sorte de halo, qui la protégeait, quelque chose qui la rendait inatteignable et plus belle encore. Je passais des heures à la coiffer, la peigner, l'admirer, pendant qu'elle m'expliquait la vie. Je me haïssais d'être si blonde, si différente de ma sœur si belle… Ses yeux, ses magnifiques yeux noirs étaient tellement expressifs, tellement pleins de vie et d'amour lorsqu'elle me regardait… Et ses lèvres … Elle passait sa vie à les mordiller, de façon presque incontrôlable, ce qui leur donnait une teinte rose soutenue. Elle était, pour moi, la représentation terrestre de la perfection. Lorsque nous étions petites, avant que Nymphadora ne commette son infamie, nous jouions toutes trois, et elle nous répétait combien nous étions belles, et combien elle nous aimait. Et nous regardions Bella, et posions toutes deux une main sur sa joue, et nous lui disions combien meilleure que nous elle était. Si tu savais, si tu l'avais vu … Elle riait toujours, tout le temps, nous protégeais de tout. Elle était si belle, si vivante … Toujours prête à courir avec nous, à jouer et a danser, à faire des grimaces pour nous faire rire. Quand je suis entrée à Poudlard, elle a passé tout son temps libre avec moi, le temps que je prenne mes marques et que je me fasse de nouvelles amies. Elle était tellement grande, et elle prenait soin de sa sœur cadette avec une telle patience, un tel amour … Elle me montrait les secrets de l'école, m'apprenait des sortilèges et m'aidait pour mes potions, me faisait réviser mes cours… Drago, elle était si parfaite que j'en aurai pleuré. Parfois, la nuit, quand nos parents me manquaient trop, elle entrait en douce dans mon dortoir et me tenait serrée contre son cœur jusqu'à ce que je m'endorme bercée par l'odeur de sa peau. Tu ne réalises peut-être pas combien cela pouvait me toucher, toi qui est fils unique, mais la voir braver les règlements, elle qui était une si parfaite sang-pur, et ce pour moi …

Au fil des ans, elle m'a fait entrer dans son groupe d'amis, alors même que j'étais de deux ans sa cadette ! Nymphadora en était aussi, évidemment, même si elle n'appréciait peut-être pas le privilège à sa juste valeur. J'étais en cinquième année lorsqu'elle m'a présenté à ton père. J'étais jeune et Merlin que j'étais prude alors. Mais elle prit le temps, tu sais, de m'expliquer l'amour, elle me racontait les regards enflammés échangés, le souffle erratique à chaque frôlements, les murmures qui font battre le cœur si fort qu'il semble prêt à exploser. Et elle faisait ça avec tant de bonheur et de sincérité dans les yeux que je ne pouvais qu'être persuadée qu'elle connaissait l'amour de son côté. Ce n'était pas le cas, tu sais. Pas encore.

Tu as connu la belle maison de Serpentard, tu sais que ce qu'en disent les autres maisons est faux. Ca n'est pas si froid, pas si vaseux, c'est beau, même, quand la salle commune est pleine. Mais je n'ai pas de plus beaux souvenirs que quand Bella état devant cette grande cheminée et qu'elle … Vous l'utilisez toujours la cheminée ?

-Oui, maman. Que faisait ma tante, devant celle-ci ?

-Pas grand-chose. Elle riait, me racontait de belles histoires et me tressait les cheveux. Me parlait des ragots de l'école et de nos parents seuls dans ce grand manoir. Son rire emplissait parfois la salle commune, à tel point qu'on se serait cru chez ces Griffondors. Elle était si belle … Je ne sais pas quand est-ce qu'elle a perdu son rire.

Mes années à Poudlard sans elle sont parmi les plus tristes que j'ai eu le malheur de vivre. Sa présence était partout et le son de ses pas disparut. Peux-tu imaginer la douleur que ce fut pour moi, de me tenir là où elle avait été avec sur mes épaules la terrible tâche de devoir l'égaler? Ton père et moi nous sommes fréquentés pendant quelques temps à la sortie de l'école avant qu'il ne me demande en mariage. Et la seule personne à laquelle il en avait demandé l'autorisation n'était autre que ma sœur, chez qui j'avais couru sitôt après la demande, perdue, déboussolée par le bonheur que ces phrases avaient fait naitre en moi et par la peur panique que je ressentais.

Si tu l'avais vue ce soir-là. Elle a commencé par me réconforter avec douceur, puis par me demander ce que je ressentais pour Lucius. Et comme dans notre enfance, elle m'avait parlé du merveilleux bonheur d'être amoureux. Elle était si rayonnante … j'aurais dû savoir que son propre mariage n'était pas si heureux qu'elle voulait me le faire croire. Je ne comprendrais certainement jamais pourquoi elle ne me disait pas à l'époque à quel point Rodulphus la rendait malheureuse, à quel point elle aurait voulue être jeune et libre à nouveau, à quel point elle était éperdument folle amoureuse de cet homme qui ne le voyait pas.

Le changement c'est fait petit à petit. Elle n'est pas devenue folle du jour au lendemain. Et je n'ai rien vu venir. J'aurais pu empêcher ça. Mais non. J'étais trop occupée à vivre le parfait bonheur de mon mariage pour réaliser à quel point les sourires qui m'étaient offert étaient faux. Je me refuse de te parler de la guerre, Draco, parce qu'elle est encore trop présente dans mon souvenir et dans le tiens. Tu sais de toute façon tout ce qu'i savoir. Toujours est-il qu'elle a fini par faire de Rodulphus son esclave plus que son bourreau, et qu'elle nourrissait cette folle passion pour notre Mage et maitre.

Je crois que c'est ce qui l'a perdue, tu sais ? Elle était si amoureuse, si attachée à cet homme qui ne voulait pas d'elle. Parfois, s'il le voulait, il se servait d'elle pour satisfaire ses besoins masculins, je crois. Je n'en suis pas sure, elle ne m'en a jamais parlé. Toujours est-il que parfois, elle arrivait chez nous au milieu de la nuit, les joues rougies par les larmes et le port altier. Elle ne disait rien, était si discrète que je ne me rendais parfois même pas compte de sa venue, et se couchait simplement sur le canapé pour repartir au petit matin. Nous étions jeunes, alors, si jeunes. Vingt-six, vingt-sept ans peut-être, je ne sais plus. Si jeunes, si ignorants de certaines choses, même alors que la guerre régnait au dehors – parce que nous étions du côté des vainqueurs, pourquoi diable se préoccuper du résultat ? Ton père partait parfois en missions, rarement parce qu'il avait promis à notre Maitre un héritier de mon ventre et qu'il devait pour cela rester auprès de moi. Ma chère sœur, elle, se donnait à corps perdu dans les batailles, peut-être pour oublier la douleur que celui-ci lui faisait ressentir, trop de fois abusé, trop de fois souillé, trop de fois rejeté.

Et puis tu es né. Elle avait l'air si heureux de me savoir enceinte, venait à tout moment de la journée vérifier si je n'avais besoin de rien, et m'apporter des petites gâteries. Elle m'aidait en tout, et laissait une si petite place à mon cher mari qu'il en était presque jaloux. Alors il se contentait de travailler au Ministère et de rentrer tous les soirs avec des gâteaux pour nous deux. Il a été merveilleux. Elle a été la première personne à te tenir dans ses bras. A t'embrasser. A t'aimer, je le réalise maintenant, avec la même démesure qu'elle mettait dans tous ses actes. La même force qu'une mère, la même passion qu'un père, la même adoration qu'une sœur. Je crois, Draco, que tu es arrivé à un moment de sa vie ou elle ne savait plus à quoi se raccrocher et que ton sourire offert à qui voulait, la douceur de ta peau et la blondeur de tes cheveux ont eu raison d'elle. Parce que tu étais si adorable, mon fils, et qu'elle était si perdue.

A partir de ce moment, de ce moment où elle t'a tenu dans ses bras alors que je criais encore, elle n'a plus vécu que pour et par toi, sachant que son amour reviendrait, sachant qu'elle ne lui suffirait pas et qu'il voudrait quelqu'un d'autre, quelqu'un à éduquer et dont se servir. Et elle a mis toute la force qui lui restait à faire de toi l'être parfait selon notre Seigneur, persuadée peut-être que c'était ton désir le plus cher.

Merlin, cette femme à fait de mon enfance, de ma vie entière la plus belle des réalités. Elle était mienne, j'étais sienne, Draco, et je l'aime tellement que j'en étouffe. Je ne sais plus où aller, vers qui me tourner pour évacuer cette boule qui me brûle les poumons et le cœur. Elle a guidé chacun de mes pas, elle a choisi avec qui je passerai ma vie, et il n'est rien que j'ai décidé sans elle. Ma sœur est morte, par la faute d'une Weasley, par la faute d'un homme qu'elle aimait tellement qu'elle ne s'en rendait même plus compte. Elle se jetait toute entière dans le feu de la colère et dans la haine, sans voir qu'elle se consumait déjà dans quelque chose de plus beau, plus vaste et bien pire. Elle était trop amoureuse pour même se ressaisir.

Tu sais mon opinion sur les né-moldus, et tu connais ma dévotion au Lord, n'est-ce pas mon garçon ?

-Bien sur maman.

-Il n'empêche que je le hais plus que je n'ai jamais détesté personne. Je le trouve plus abjecte encore que les sangs de bourbe. Plus méprisable que les moldus. Je le hais de tout mon être, et comme Bella se noyait dans son amour pour lui, je me noie dans la violence et ma rancœur. Il m'a pris ma sœur, ma douce, ma belle, mon adorable sœur. Il me l'a prise et a piétiné mon bonheur. »

Elle s'arrêta un instant, pour maitriser sa voix qui partait dans les aigus et ravaler ses larmes. Femme de la haute société jusqu'au bout des ongles, elle reprit le contrôle de son corps et de ses émotions. Elle tourna un visage calme vers son enfant et murmura :

«Bella était la meilleure personne que j'ai connu. La plus intelligente et la meilleure. Envers sa famille, elle était d'une amitié et d'une constance indéfectible. Et si certains peuvent juger que ces actes étaient fous, je ne les condamne pas. Parce qu'ils ne connaissaient pas l'être merveilleux qu'elle était avec moi. »

Narcissa se tue, les yeux remplis encore de ces souvenirs qu'elle venait d'évoquer.

Draco était toujours assis près d'elle, lui tenant la main, et Lucius s'était approché et s'était installé sur l'accoudoir du fauteuil de sa femme, lui passant un bras chaud et réconfortant dans le dos. Tous deux savaient à quel point les sœurs Black avaient été proches dans leur enfance, et longtemps après.

Lucius revoyait le visage de Bellatrix lorsqu'il lui avait demandé la main de son épouse.

Il avait sonné chez elle, et lorsque Rodulphus avait ouvert la porte il avait dans le regard une lueur de folie et sur le visage une gerbe de sang. C'était avant que sa femme ne réussisse à se faire respecter de lui, avant qu'elle n'arrive à échapper à ses caresses et à ses coups, avant qu'elle ne trouve la force de se dresser contre lui, elle qui avait toujours été élevée dans l'ombre d'un père tout puissant.

Rodulphus l'avait regardé méchamment, lui avait demandé la raison de sa présence ici, et si il était là pour se « taper la putain que j'ai fait la connerie d'épouser ». Il avait été forcé de dévoiler à cet homme qu'il haïssait la demande qu'il comptait faire avant d'être autorisé par le goujat à entrer dans le petit salon ou se trouvait celle qu'il voulait voir.

Bellatrix était assise en face de la porte, et son tressaillement quand celle-ci s'était ouverte n'avait pas échappé à Lucius. Elle lui avait adressé un début de sourire, qu'une grimace avait vite remplacé lorsque le rapide sort qu'elle avait lancé pour camoufler la plaie de sa lèvre s'était levé. Elle était, comme toujours, richement vêtue, et son maintien était des plus impeccables. Elle s'était approché de lui, avait tendu sa main, et l'avait accueilli avec amabilité.

« Lucius, quel bonheur de te voir. Je te pris d'excuser l'état de mon époux, ainsi que celui de ma demeure. Nous étions justement en train d'ordonner à nos elfes de s'occuper de tout ceci. Enfin, tu les connais, toujours si fainéants. Que puis-je faire pour toi ? »

Tout en parlant, elle avait agité sa baguette et aussitôt son visage avait retrouvé sa pâleur habituelle. Lucius n'avait pas insisté, choqué qu'il était d'avoir été témoin – bien que retardataire - de cette scène de violence domestique, et avait respecté le silence de cette femme qu'il savait très à cheval sur les principes de bienséance – dont le premier commandement était de ne surtout jamais donner à voir aux autres les éventuels problèmes d'un foyer. Il savait qu'elle devait concevoir autant de honte à avoir été surprise par lui que de douleur à être battue. Il avait donc commenté le travail des elfes et en était venu à la raison de sa venue.

« Je voudrais épouser Narcissa. Je voudrais qu'elle vienne vivre au Manoir Malefoy, et avoir un hériter avec elle. Une héritière, même, si c'est ainsi que notre engeance se fait. Je voudrais la couvrir de cadeaux, je voudrais la rendre heureuse, voir son sourire au matin et attacher ses bijoux avant que nous sortions. Je voudrais la prendre par la main et la voir recevoir ses amies. »

Il avait continué encore un peu son discours, soigneusement préparé, avant que son interlocutrice ne lève un index impérieux.

« C'est à mon père qu'il faut demander la main de Narcissa. Il est l'homme dont elle relève. Je ne suis que sa sœur. Je ne suis qu'une femme. »

Sa voix était froide et ses yeux remplis de hargne. Lucius se savait congédié mais il n'en resta pas moins planté sur le sol, comme pétrifié par ces paroles, jusqu'à ce qu'il reprenne le contrôle de son corps et qu'il fasse ce qu'il n'aurait jamais cru faire : il avait franchi la distance qui les séparaient et l'avait enlacée. Il l'avait sentie se tendre dans ses bras, impuissante, figée, jusqu'à ce qu'elle ne lève une main et le gifle violement.

« Venge-toi, Bellatrix. Rends-lui coups pour coups. Rebelle-toi. Tu sais le faire. Tu viens de me le prouver. Ne laisse pas cet idiot te gâcher la vie. Tu vaux tellement mieux que ça.»

Elle avait levé vers sa joue rougie un regard surpris mais dénué de peur. Parce qu'elle ne se savait pas si forte. Elle ne se savait pas capable de résister.

« Tu seras un bon époux pour elle. Mais si tu oses, si seulement tu oses faire rouler ne serait-ce qu'une larme sur son adorable visage, je te traquerai, je te retrouverai et je te tuerai. Si tu portes la main sur elle, je te ferai tellement mal que tu me supplieras d'arrêter. Et je continuerai. N'en doutes pas une seconde.

-Je n'en doute pas, Bellatrix. Je n'en doute pas. Merci. »

Il avait transplané sans attendre, espérant l'avoir sortie de sa torpeur malsaine. Il avait demandé Narcissa en mariage le lendemain et n'avait jamais plus reparlé de cette soirée avec qui que ce soit. Ce n'était pas ses affaires, et il ne s'en était déjà que trop mêlé. Il avait caché ses sourires en voyant sa belle-sœur reprendre le pouvoir, avait discrètement levé ses verres à sa rébellion, avait anonymement menacé l'indigne époux. Et lorsqu'elle était venue se cacher dans leur salon, le cœur lourd de ses probables ébats avec le maitre, il s'était toujours levé pour lui tendre sans un mot une couverture douce et une tasse de chocolat, se recouchant ensuite sans même que sa femme ne se réveille.

Il avait apprécié cette femme d'une façon peu commune. Il l'avait admirée, sans aucun doute, lors de leurs années d'étude. L'avait crainte lorsqu'elle été devenue si proche de Mage Noir. L'avait plainte lorsqu'il avait eu ce terrible aperçu de la réalité de sa vie. L'avait détestée lorsqu'elle lui avait volé la grossesse de sa femme, et s'était retiré pour respect pour celle qui ne connaitrait jamais ce bonheur. Il avait été présent pour elle, à sa manière discrète et silencieuse, plus que personne d'autre au monde, l'avait aidé lorsqu'elle n'attendait plus rien, lui avait fait reprendre sa vie en main. Et si, à la fin de sa vie, elle n'était pas tout à fait la personne que Lucius aurait voulu qu'elle soit, elle avait au moins l'avantage de ne pas être une énième femme battue.

Draco se souvenait de la première fois qu'il avait touché une baguette. Ce moment merveilleux ou, du bout de ses petits doigts jusque dans ses jambes, il avait senti cette puissance inouïe qui l'habitait sans qu'il n'en ait jamais eu conscience. Cela avait été comme si il avait passé les premières années de sa vie dans une pièce ou l'air été rationné et qu'il respirer soudain pleinement.

Il n'avait pas alors plus de quatre ou cinq ans, et était couché dans son lit, pendant cette longue torture qu'était la sieste et qu'on lui imposait sous l'absurde prétexte qu'il n'était qu'un enfant. Ses parents recevaient ce jour-là de la famille et des amis, et il aurait tout donné pour rester encore un peu au milieu des robes aux matières douces et des mots prononcés avec attention et calme. Il était sur le point de soupirer pour ce qui lui semblait la cent douzième fois quand il avait entendu des pas dans le couloir. Il n'avait pas pu empêcher son cœur de battre plus vite à l'idée que sa mère venait le chercher pour le ramener dans ce merveilleux monde dont il avait été privé. Il avait été un peu déçu en voyant la chevelure de sa tante dans l'entrebâillement de la porte, mais elle lui avait adressé un sourire si tendre qu'il n'avait pu qu'y répondre.

« -Tu ne dors pas, Dray ? »

Sa voix avait été douce, pleine de tendresse, et s'était approchée du lit pour lui caresser doucement la joue. Contrairement à sa mère et à ses autres amies, sa tante n'était pas vêtue d'une tenue aux couleurs claires et à la coupe moulante. Sa robe était noire, avec de longues manches, et ses cheveux n'étaient pas remontés en une coiffure compliquée, mais retombaient sur ses épaules et sur ses hanches en diverses boucles. Lui qui ne jurait que par la liberté de mouvements et passait son temps à sauter dans les arbres, lui qui avait tant de mal à porter les sages robes de sorcier qu'on lui imposait de peur de les salir ou pire, de les abimer, admirait la façon dont cette femme s'habillait il l'avait déjà vu exécuter pour lui des acrobaties et autres preuves de souplesses que seule sa tenue permettaient.

« Tu es la mieux habillée de la soirée. » Avait-il murmuré, de sa voix fluette d'enfant.

Elle lui avait fait le signe de se pousser un peu, et s'était allongée contre lui, passant un bras autour de ses épaules. Dans ses yeux brillaient l'amour qu'elle lui portait. Agitant sa baguette, elle en avait extrait de brillantes étincelles qui dansèrent devant les yeux émerveillés de l'enfant, qui avait craintivement tendu sa main dans le but absurde de toucher les silhouettes, la regardant avec interrogation. Elle avait ouvert sa paume et y avait glissé la baguette. Elle avait gardé sa main enroulée autour de la sienne, pour le rassurer, et il avait été surpris par le poids de l'objet : il n'avait pas eu de trop de ses deux bras aux muscles bandés pour la hisser à un niveau convenable. Il vérifiait régulièrement sur le visage de sa tante si la même joie paisible s'y lisait, terrifié qu'il était de mal faire. Elle lui renvoyait alors des sourires fiers et l'enfant se rengorgeait de l'attention que cette femme qu'il admirait tant lui portait. Appliqué, la langue tirée, les yeux plissés, il s'était concentré autant que possible sur le morceau de bois qui réchauffait son corps entier, se laissant porté par la magie qui prenait possession de son être tout entier, exactement de la même façon qu'il s'abandonnait au immenses vagues de l'océan en été.

Elle avait fini par récupérer l'objet et s'était contentée de serrer l'enfant contre elle jusqu'à ce qu'il finisse par s'endormir, terrassé qu'il était par la magie qu'il avait senti s'éveiller et bouillonner en lui.

Sa tante avait changé après cette soirée, comme si ce qu'elle avait vu lui avait donné un nouveau but à atteindre. Elle était venue plusieurs fois par semaine mais, en lieu et place de cadeaux, c'était sa baguette qu'elle lui présentait. Elle le laisser jouer avec, s'émerveillait avec lui des étincelles qu'il produisait mais Drago voyait qu'il y avait plus que ça. Qu'elle avait réellement besoin de ces sortes de séances d'entrainement. Dans son cerveau d'enfant, il imaginait sa tante en danger, un terrible danger duquel il était le seul à pourvoir la sortir, et s'entrainait avec autant d'assiduité de possible en attendant le jour où elle lui révèlerait comment la sauver, et surtout de quoi. Il aimait cette femme qui, plus encore que sa tante, était sa préceptrice et son model. Il enviait son aisance en société, sa beauté, sa résistance farouche à certains diktats de la haute société et sa soumission totale à d'autres. Elle était la seule personne au monde à le traiter comme l'adulte qu'il mourrait d'envie d'être, la seule à voir son potentiel.

Il n'avait compris que bien plus tard que la seule personne dont elle avait besoin d'être sauvé était elle-même et que la tâche pour laquelle elle l'avait élevé était loin d'être digne d'un conte de fée. Elle avait fait de lui l'ultime ressource de Voldemort, un homme de main de l'âge de ce Harry Potter, une marionnette, en fait, abandonné à des mains cruelles qui lui rendaient la vie impossible. Et même pour cela, il ne parvenait pas à lui en vouloir.

Il restait désespérément attaché à cette femme qui lui avait appris la Magie.


Une petite Review ?