Disclaimer : les persos ne m'appartiennent pas etc...
Genre : Yaoi, UA, OOC
Un grand merci pour vos reviews !
Bonne lecture.
Kiss me sweet
Trois ans plus tard
Dorothy avait arrêté de compter le nombre de fois où la porte s'était ouverte ce matin.
Elle savait depuis longtemps que l'approche des fêtes de Noël signifiait immanquablement « frénésie d'achat ». Et de toute évidence, la librairie de quartier où elle était employée depuis presque sept ans, ne faisait pas exception.
Dans un sens, c'était une excellente chose. Il était rare que ce genre de petit commerce tienne le coup face aux géants de la branche. Mais d'un autre point de vu, cette période de l'année engendrait forcément une hausse du stress chez la jeune femme. Et si en plus, on ajoutait à ça les cris des enfants, la musique de Noël qui tournait en boucle depuis l'ouverture du magasin ainsi que le fait que son collègue était ENCORE en retard… Il y avait de quoi péter un câble.
Ce fut sur cette note de joie et de bonne humeur que Dorothy sentit un petit air froid lui chatouiller la nuque.
Par réflexe, elle leva les yeux en direction de la porte d'entrée s'attendant à voir débouler un énième client en quête du cadeau idéal.
Mais ce ne fut pas le cas. Et devant la silhouette familière qui se dessinait dans l'encadrement, elle ne put retenir plus longtemps ses paroles de reproches.
« Tu es en retard ! »
« Je sais… je sais… je suis vraiment désolé. »
Le dit retardataire était emmitouflé sous un épais manteau noir, devenu blanc à cause des gros flocons de neige qui tombaient depuis l'aube. Muni d'un bonnet, d'une écharpe et de gants, il avait tout du bonhomme Michelin.
« Je vais finir par t'acheter un nouveau réveil si ça continue ! », marmonna la jeune femme avant de regarder son collègue avec un intérêt à peine dissimulé. « T'as pris de quoi te faire pardonner j'espère ? »
Le nouvel arrivant ouvrit les pans de son manteau et fit apparaître un sachet blanc sur lequel était imprimée une grosse brioche.
« Donne… donne… donne. », chantonna Dorothy en profitant d'une accalmie de la part des clients du magasin pour se jeter tel un fauve affamé sur les croissants chauds.
« Essaye d'en laisser un ou deux pour le patron. »
« On verra. »
« Goinfre. »
« Je sais. », claironna la jeune femme avant d'enfourner une bouchée avec un plaisir non dissimulé.
Son collègue leva les yeux au ciel sachant pertinemment que ça ne servirait à rien de se mettre entre Dorothy et son petit-déjeuner.
« Où est le boss ? »
« Dans la réserve je crois. Il devait chercher un livre pour la commande d'une cliente mais ça fait bien une demi-heure qu'il a disparu. »
« Je vais aller voir. »
« Evite de lui dire que tu es encore arrivé en retard. »
« Mange tes croissants Dorothy ! », répondit-il tout en se dirigeant vers le fond de la librairie.
L'une des pièces attenante était réservée aux membres du personnel. Un petit divan de tissu rouge ainsi que deux fauteuils de la même teinte étaient placés autour d'une table basse. Une machine à café et un réfrigérateur étaient disposés non loin de là.
Le jeune homme se dirigea directement vers le fond de la salle, là où se découpaient trois casiers en métal gris. Sur l'un d'entre eux on pouvait lire le nom « Duo » en belles lettres manuscrites. C'est ce dernier qu'il ouvrit pour y déposer tout son attirail hivernal.
Une fois débarrassé, il quitta la salle de repos pour se rendre vers un escalier en colimaçon qui donnait accès à l'étage inférieur. Le propriétaire des lieux l'avait aménagé pour en faire une réserve, bien pratique durant la période de fêtes. Arrivé aux bas des marches, il n'eut qu'à passer la porte entrebâillée pour se retrouver au cœur d'un véritable océan de livres. Il y en avait partout. Les étagères, remplies à raz bord, montaient jusqu'au plafond. Certains cartons, à demi-éventrés, laissaient apparaître des ouvrages multicolores, tandis que d'autres, plus récents, étaient soigneusement entreposés près de l'entrée.
Habitué à ce capharnaüm, le jeune vendeur passa entre les étagères avec agilité, évitant soigneusement de toucher les piles de livre en équilibre. Au détour d'une allée, il finit par trouver la personne qu'il cherchait.
Perché sur une petite échelle, se trouvait le propriétaire de la boutique. Les yeux rivés sur les livres, il ne semblait pas l'avoir entendu. Il marmonnait les titres des différents ouvrages qui passaient à sa portée sans prêter attention à sa position devenue, au fil des secondes, de plus en plus précaire.
« Bonjour Heero. »
L'interpellé sursauta légèrement, ce qui suffit à faire vaciller l'échelle qui le soutenait. In extremis, son employé empoigna les barreaux métalliques, lui évitant une belle chute.
« C'est ce qui s'appelle une entrée. », s'exclama Heero en s'accrochant aux pans de la bibliothèque.
« Pardon, je voulais pas te faire peur. », répondit le jeune vendeur avant de s'éloigner suffisamment de l'échelle pour que son patron puisse en descendre.
« Il n'y a pas de mal. Je ne t'avais pas entendu arriver. »
« J'aurais peut-être dû frapper. »
« A mon avis… je serais quand même tombé. Je suis beaucoup trop maladroit pour mon propre bien. »
La réponse avait été donnée sur un ton calme. Il n'y avait aucune trace de colère dans la voix de Heero Yuy. C'était d'ailleurs une des grandes qualités de cet homme. Il possédait une patience à toute épreuve. Cela faisait plus d'un an maintenant que Duo avait été engagé dans cette boutique et jamais il ne l'avait vu perdre son calme. Il demeurait imperturbable en toutes occasions.
« Tu es en retard. », fit très justement remarquer le libraire en époussetant son pull et son jeans pour se rendre un peu plus présentable.
« Oui. Je suis désolé. »
« Encore des problèmes pour dormir ? »
Duo acquiesça.
« Tu devrais peut-être penser à consulter un spécialiste. C'est pas normal d'avoir ce genre de troubles du sommeil à ton âge. »
« Tu dois avoir raison. »
« J'ai toujours raison, tu devrais le savoir. », répondit-il sur le ton de la plaisanterie avant de recentrer son attention sur l'une des étagères. « Tu peux m'aider ? J'étais à la recherche d'un livre mais impossible de mettre la main dessus. Je suis pourtant certain de l'avoir commandé il n'y a pas si longtemps. »
Duo lui fut silencieusement reconnaissant pour ce changement de conversation.
« Quel est le titre ? »
Heero lui tendit la carte de commande que la cliente avait remplie.
« Il me semble que ça fait parti des derniers livres qu'on a reçus la semaine passée. Je n'ai pas encore eu le temps de les sortir du carton. »
« Ceux qu'on a réceptionné vendredi ? »
« Oui. Je les ai mis près de la porte. », répondit Duo en montrant d'un geste le colis sagement posé à l'entrée.
Et ce fut sans plus attendre qu'ils se mirent en devoir de le déballer. Le jeune vendeur sortit de sa poche un trousseau de clés et l'utilisa comme coupe-papier improvisé. Le scotch brun, qui avait probablement était mis là par un psychopathe au vue du nombre incroyable de couches d'adhésif superposées les unes aux autres, fini par céder. Heero ouvrit les pans du colis et plongea ses bras à l'intérieur pour en sortir un à un les livres. Duo l'imita et rapidement, il finit par trouver l'ouvrage que le libraire cherchait.
« C'est celui-là ? »
« Oui. », répondit Heero en prenant le recueil entre ses mains. Il laissa doucement ses doigts se promener sur la couverture en cuire marron comme si cet objet avait été un trésors d'une rareté sans égale.
Duo se prit à le regarder à la dérobée comme il le faisait de plus en plus souvent ces derniers temps. Il observa ce regard rêveur qui ne quittait jamais le libraire ou encore la régularité des traits de son visage sur lequel quelques mèches brunes, un peu trop longues, tombaient de manière indisciplinée.
Heero avait beau avoir bientôt trente ans, on lui aurait facilement donné dix de moins. C'était un bel homme… un bel homme qui s'ignorait.
« C'est une édition assez rare. », dit le libraire l'obligeant à sortir de ses pensées. « J'ai eu beaucoup de peine à la trouver. »
« Ca va faire une cliente satisfaite en plus. »
« Oui. »
Quelques secondes s'écoulèrent dans un silence tranquille avant que Duo ne reprenne la parole.
« Heero ? »
« Hn ? »
« On devrait remonter sinon Dorothy risque de venir nous chercher par la peau des fesses. »
Le libraire ne put retenir un rire silencieux avant de lui donner raison.
« J'espère que tu as pensé à amener des croissants. »
« Aucune chance que j'oublie ce détail. Si j'avais osé mettre les pieds ici sans le petit-déjeuner, je pense qu'elle n'aurait pas hésité une minute à me déguiser en lutin de Noël pour me faire chanter des comptines sous la neige. »
« J'aurais bien aimé voir ça. »
« Mords-toi la langue Heero. Mords-toi la langue TRES fort. »
Seul un éclat de rire lui répondit.
« Docteur, votre rendez-vous de 19h00 est arrivé. », dit une voix féminine dans l'interphone.
« Vous pouvez le faire entrer. »
Il ne fallut pas longtemps pour que la porte du bureau s'ouvre, laissant apparaître le dernier patient de la journée.
« Bonsoir Duo. », dit Treize Kushrénada en s'avançant vers lui pour lui serrer la main.
« Bonsoir Docteur. »
« Je vous en prie, prenez place. »
Duo s'exécuta et s'assit dans l'un des confortables fauteuils en cuire marron qui faisaient face au bureau du psychiatre.
« Comment se passe votre travail ? », demanda-t-il avec un sourire engageant. « Avec les fêtes qui approchent, vous ne devez pas manquer d'activité. »
« C'est assez animé. »
« Pas trop de stress ? »
« Non ça va. L'ambiance est bonne. J'ai même l'impression de ne pas voir passer les heures. »
« Ce secteur d'activité semble vous plaire. »
« Oui. J'étais sceptique au départ mais ça a accroché tout de suite. En fait, je me sens bien à la librairie. »
« Ca fait plaisir à entendre. »
« Et ça fait plaisir à dire. »
Nouveau sourire de la part du psychiatre.
« En fait, il y a juste une petite chose qui me dérange. »
« Laquelle ? »
« Les somnifères que vous m'avez prescrits… j'aimerais les arrêter. »
« Une raison particulière à cela ? », demanda Treize en griffonnant quelques mots sur ce qui semblait être le dossier de Duo.
« J'ai beaucoup de peine à me lever le matin et lorsque j'arrive enfin à mettre mon corps en marche, j'ai l'impression ma tête est encore à moitié endormie. »
« Si je me souviens bien, je vous avais prescrit ce genre de médication à cause des troubles sévères du sommeil dont vous souffriez. »
« C'est exact. J'étais arrivé à un stade où je ne passais plus une nuit correcte. »
« Ce manque de sommeil avait été l'un des facteurs aggravants de votre dépression. »
« Oui. »
Treize se cala un peu plus profondément dans son fauteuil. Il scruta quelques instants Duo de son regard azuré avant de dire tout haut ce que tous les deux pensaient tout bas.
« Vous pensez être prêt à faire ce pas en avant ? »
« Honnêtement, je ne sais pas si je suis prêt. Mais j'aimerais essayer. Ma vie a retrouvé une certaine stabilité depuis ces derniers mois et … je sais pas … je crois que j'ai vraiment envie de tenter le coup. »
« Dans ce cas, nous pouvons faire un essai. Je ne vais pas stopper totalement votre médication mais je vais vous prescrire quelque chose de plus léger. Ca permettra à votre organisme de s'habituer peu à peu et, si tout va bien, de faire la transition dans les meilleures conditions possible. »
Duo acquiesça.
Ce changement pouvait, certes, paraître minime mais pour lui c'était un grand pas en avant.
Trois ans auparavant, son esprit avait sombré dans une sorte de lac profond et sombre. Pendant longtemps, il avait été persuadé que jamais il ne pourrait remonter à la surface.
Mais petit à petit, effort après effort, les choses avaient changé.
A présent, il avait l'impression de nager toujours plus vers la surface de ce lac. Il y avait même des jours où il aurait pu jurer voir la lumière s'y refléter.
Il avait recommencé à espérer.
Espérer que, peut-être, dans quelques temps, il arriverait enfin à sortir la tête hors de l'eau et à oublier ce qu'il s'était passé.
Peut-être arriverait-il enfin à se pardonner.
A suivre…
