Note : J'avais promis à Nuity une série d'OS sur le Zemyx, et voici le second ! Pour toi, Nuity ! Et pour tous ceux qui aiment ce pairing. Ce deuxième chapitre, totalement distinct du premier, est le fruit d'une nuit blanche et d'un manque cruel d'inspiration pour TCÂ. Je suis vidée. Mais j'espère que ça ne se ressentira pas trop ! Pleins de bisous.
Wa étant absent en ce moment, veuillez pardonner les quelques fautes d'orthographes ayant osé se camoufler entre les lignes. Uh.
Mention d'AkuRoku et de Rokushi !
Disclaimer : Les personnages ne sont évidement pas les miens. Ils sont la propriété des Studios Square Enix et Disney.
Edit du 5/05/2019 : Idem que pour le chapitre précédent. J'ai adoré recorriger cet OS, à l'heure actuelle c'est encore un de mes préférés. Bisous !
A story of nothing
« …La mer est éternelle. Et Demyx aime la mer. Ses remous scintillants, ses éclats salés. La souplesse de l'écume qui s'étale sur le sable brûlant, comme le chat qui se couche sur la pierre.
La mer, c'est la fin de son voyage, et le début d'un autre. Cette grande étendue, aussi cruelle que la mort, aussi sereine qu'une mère, est sa plus grande amie. Elle l'aidera, toujours.
Parce qu'il l'aime et, qu'un jour, elle le lui rendra. Il le sait. Il le sens. Alors Demyx saute et nage, au risque de se noyer, avalant des litres d'eau qui lui brûlent la langue, lui éreintent la gorge, buvant chacune des larmes salées de la mer, confiant et fou à la fois, échappant encore une fois à ses ennemis qui hurlent, sur la berge. Qui le traitent de lâche. Qui crient sa solitude, bavant de haine, écumant de rage.
Mais lui le sait, il n'est pas seul. L'eau coule sur son corps et l'englobe, formant une bulle protectrice autour de lui, un peu brillante dans la clarté obscure de la lune. Elle lèche son corps avec hargne et douceur, lui bouffe la peau et lui réchauffe le cœur.
Demyx aime la mer. Et tant qu'elle sera là, jamais il ne mourra.
Fin. »
« Zexion ! Eteignez votre lampe, il est bien plus que l'heure. Et n'oubliez pas de réviser votre arithmétique juste avant de dormir, c'est bon pour la mémoire ! »
Arithmétique. Mémoire. C'est tout ce qu'il a retenu. Car Zexion, depuis quelques mois, n'est plus un enfant sage.
Zexion, c'est ce jeune homme d'un âge respectable, de constitution plutôt faible, de taille plutôt petite, de mémoire plutôt large, assis sur le bord de son lit, les doigts crispés sur la couverture en cuir noir d'un livre à peine achevé. Un ouvrage anonyme écrit à l'encre brune des pauvres, un livre qu'il repose sous la première latte de son lit avec déférence, caché sous tous les autres.
Ce garçon nommé Zexion se ensuite couche sur le côté, pousse un soupir, presse le doigt sur la tige de sa lampe à huile et s'endort, la tête plus pleine de rêves que de chiffres.
Le lendemain, à l'aube, voilà venir quatre gouvernantes qui le pressent, l'habillent de maintes façons différentes, louent son visage de poupée et ce teint cireux qui lui donne l'air d'un homme de cabinet. Elles admirent ses yeux intelligents, peint du gris de l'orage, coiffent ses cheveux bleus d'une hideuse raie au milieu. Elles sourient, elles piaillent, pareilles à des poules devant leur beau poussin, mouillant ses joues de baisers graisseux alors même qu'il approche des seize ans.
Oh, voilà déjà bien longtemps qu'il ne s'en formalise plus. Glacial, il lève une de main de maitre à peine menaçante, pince les lèvres en une délicieuse mimique et déjà elles se bousculent et sortent, le travail terminé. Il est quatre heures.
Le pas lent, Zexion descend, marche raide jusqu'à son cours de latin dans la fraîcheur du cloitre. Après une heure d'étude, il retourne dans le salon. Là, il salue son bienfaiteur à la chevelure blonde, au visage d'aigle, lui récite trois vers de L'Iliade en grec, fait un demi-tour exact sur lui-même avant d'aller s'assoir à sa place au bout de la grande table en bois de rose où l'attend son couvert et sa soupe, rutilants. Puis vient l'équitation, la musique, le bain de dix heures, le déjeuner, le cours de botanique, l'enseignement de l'arithmétique, l'évasion drastique de l'astronomie, la leçon de littérature, l'heure du thé, la promenade au jardin, le recueillement, un double cours de langues, l'apprentissage de la rhétorique jusqu'au dîner et enfin, après la soupe de vingt-et-une heure suivie d'une prière le plus souvent marmonnée, un moment de lecture fort attendu par cet adolescent très occupé.
Là, il est seul. Là, alors que la nuit dévore les carreaux de sa chambre et que l'air du petit matin embaume sa chambre, Zexion se décoiffe, retire sa robe de chambre trop blanche, nettoie la poudre qui lui encrasse le nez. Peu à peu, il redevient celui qu'il voudrait être. Il se met nu, attrape la couverture moelleuse à pleines mains et la tire vers lui, au-dessus de sa tête. Sa petite lampe à huile calée près de son épaule, il soulève le matelas d'une main et fouille parmi une pile d'ouvrages épais, à la recherche de son trésor.
Un seul livre, un seul héros, mille histoires différentes.
Soudain, il le trouve. Le petit carnet de cuir, abîmé à la reluire, jaune comme les dents de Lucifer, corné comme sa tête. Un petit objet pas plus grand que la paume de la main, sale, vieux et tâché, mais d'une valeur inestimable. Depuis maintenant quelques mois, Zexion a remarqué que quelque chose de différent habitait ce carnet. Un esprit, une fée, un feu follet de rêve et d'amusement, un événement absolument indécent pour qui, comme lui, tente de ne pas croire à la magie.
Tous les soirs, à la tombée de la nuit, un autre texte remplace celui écrit précédemment. C'est une autre aventure, d'autres affreux à combattre, une autre fin après cent pages de lecture intense. Mais toujours le même garçon pour affronter ses peurs, triompher de la mort, déjouer les sorts ou les coups d'un meurtrier ennemi, fidèle au poste.
Et quoi de mieux pour un véritable lecteur qu'une série qui ne finit jamais ? Dont jamais on ne se lasse ? Qui toujours se renouvelle ? Avide de découverte, la tête pleine de ce monde trop adulte qui le maintien chaque jour enfermé, Zexion s'échappe. Il part, loin, à chaque fois qu'il ouvre ce petit livre et, au matin, le retrouve sous son lit, comme s'il n'y avait jamais touché.
C'est magique. Les yeux de l'adolescent s'illuminent. Reposé, il se sent comme complet.
Zexion avait fait la découverte de ce cahier par le plus grand des hasards et, longtemps, l'avait délaissé comme un vulgaire manuscrit. Dédaigneux, il avait même été jusqu'à le jeter au feu, un matin d'hiver, persuadé qu'une futilité démoniaque dans ce genre-là ne pouvait servir qu'à faire gronder les flammes dans l'âtre.
Le jour suivant, en fouillant par hasard dans l'immense bibliothèque, il avait tiré des rayons un exemplaire étrangement similaire au petit feuillet, brûlé, torturé, tordu. Il l'avait touché, palpé, puis avait crié sous le coup d'une brûlure mystérieuse. La côte du livre, comme une vengeance, lui avait malicieusement carbonisé le creux de la main. Fort contrarié, Zexion avait soufflé sur la mèche de cheveux bleutée qui lui pendait du front, puis était parti après avoir rangé le petit livre exactement là où il l'avait trouvé.
Le surlendemain, il y était retourné, l'avait cherché, l'avait retrouvé. Et, comme par enchantement, au moment où il avait saisit le livre, sa blessure d'hier avait disparue. A la fois fasciné et intrigué, le jeune garçon avait depuis récupéré l'ouvrage dans sa chambre et, tous les soirs, le lisait avec une avidité sans bornes, allongé dans son lit.
Ce soir, il allait à nouveau découvrir une aventure de l'étrange Demyx, cet imprudent jeune homme au sourire candide plus triste que la pluie.
Il inspira doucement. Ouvrit le livre. Plongea.
« La Forêt de Feu.
Si tu n'as pas de cœur, brûles toi les ailes. La lune t'aidera. Xem. Livre I.
[x]
Il lui fallait courir. Sauter plus haut, courir plus loin, rire plus clair et hurler plus fort. Sinon, il ne passerait pas. C'était écrit, partout sur les murs des catacombes de la Cité Kindomèrts.
Voilà déjà trois jours que Demyx arpentait les caves de la mystérieuse ville de lumière, une torche en main, quelques esprits des eaux dans les poches profondes de sa sombre veste et une idée en tête : trouver la Forêt de Feu. Voilà ce qu'avait dit la jeune nymphe qui s'était ri de lui au détour d'une source, des éclairs pleins les yeux, la haine au bout des lèvres.
Même s'il avait d'abord hésité à lui faire confiance, Demyx ne pouvait que l'admettre. Larxène avait raison. Car pour sauver les habitants de la ville voisine, Sillusiopolis, il devait retrouver Azel, le démon du Feu. Ce fourbe se cachait depuis des millénaires au fond de sa forêt maudite, brûlant d'une douleur sans limite et amer d'une peine lancinante, comme blessé chaque jour à vif par il ne savait quel mal foudroyant. Oh, bien sûr, le jeune homme connaissait sa légende. Mais comment y croire ? Comment ne pas douter ? Azel faisait le mal depuis plus de mille ans, maintenant.
Et Demyx se demandait : « Comment peut-on porter un deuil aussi longtemps ? »
Vous qui lisez, connaissez-vous la légende ? Si ce n'est pas le cas, laissez-moi donc vous la raconter.
Il y a bien longtemps, Sillusiopolis était belle. Ce n'était point la ville sombre et vide que nous connaissons aujourd'hui et dont les pavés craquent désormais sous le poids du silence. A l'époque ses rues n'étaient pas grises, l'atmosphère plus légère qu'un nuage et les gens accueillants, dorés comme le soleil qui inondait leur cité nuit et jour, sans discontinuer. Partout s'étalaient rivières et vie, fruits et fleurs, joie et sourires. Des millions d'éclats de lumière baignaient les trois bastions qui composaient la ville. Twinlight Town et ses levers de soleil roses et bleus, aussi sublime que reposante, Destinîlands et ses longues plages de sable turquoise, aux ressacs d'une blancheur éclatante. Enfin venait les Radieux jardins, un endroit magnifique et coloré, gonflé de fleurs de toutes les couleurs et de rêves de tous horizons. On y vivait bien.
Voisine de Sillusiopolis, appelée la cité du Réveil, s'étendait Kindomèrts, autrefois connue sous le nom de cité Lunaire, aussi sèche et déserte que la lune elle-même.
Un jour, un démon paisible apparut près de Twinlight Town. Puissant comme la lune, rieur comme les étoiles. Ce n'était en ce temps qu'un être sans forme et sans pacte, voletant ça et là dans Sillusiopolis à la recherche d'un ami, d'un amusement, d'un plaisir inassouvi.
Comme tous les démons, ses yeux reflétaient les tréfonds de son âme. Celui-ci possédait d'incroyables prunelles vert olive, très douces et limpides, qui trahissaient une malice pétillante et une franchise sans nom. Ce démon portait le simple nom d'Azel, et contrôlait le feu. Il ne semblait pas vouloir s'en servir outre mesure et restait parfois inactif des mois durant, se délectant de la chaleur simple d'un lever de soleil, savourant la quiétude et le bonheur au sein de Twinlight Town.
Un matin, alors qu'il s'étirait sous le clocher de la ville où il avait élu domicile, un bruit assourdissant le réveilla de sa torpeur matinale, résonnant par tous les pores de son être de flammes. Il hurla de frayeur, se cogna contre la grande cloche de cuivre, brailla mille prières soufflées d'une flammèche, paniqué.
Qu'elle ne fut pas sa surprise lorsqu'il découvrit un jeune homme aux cheveux d'or, ses yeux plus mer que bleus englués par le sel du sommeil, la bouche grande ouverte et le corps lié d'une corde. Il s'agissait du fils du sonneur de cloches, Rozace, qui, comme à son habitude, venait nettoyer la cloche principale dans la fraîcheur du petit matin. Perplexe et effronté, l'humain descendit alors de ses hauteurs, et dit au démon :
« — Quel est ton nom ? Et que fais-tu ici ? Dégages de mon chemin.
Et Azel, rassuré, lui répondit du miel dans la voix :
— On me nomme Azel, le démon du Feu. J'habite ici depuis deux jours, et jamais encore tu n'avais sonné aussi fort. Je m'en irais, pour sûr, à une seule condition. »
Et Rozace, borné comme une truffe et délicat comme une plume, n'écouta point la condition d'Azel, trop pressé d'accomplir son devoir avec le plus de justesse possible. Il accepta.
Ainsi se conclut le pacte chimérique entre Azel et Rozace, où l'un avait promis chaque jour une glace à l'eau de mer à l'autre, et ou l'autre avait juré de ne jamais le quitter.
Les mois s'écoulèrent ainsi et peu à peu Azel et Rozace se lièrent d'amitié. Pour lui le démon prit même forme humaine, se changeant parfois en un humain famélique à la crinière rouge feu et aux yeux très verts, deux petites fentes de lumière verticales brillant sur ses pommettes tel un rappel de sa condition éternelle. Au bout d'un an, Rozace confia ses sentiments au démon. Azel, qui n'avait plus rien éprouvé depuis cent ans, lui avoua tout en joie ressentir la pareille, et une passion sans merci les dévora pendant trois cent cinquante-huit jours, pas un de plus.
Trois cent cinquante-huit exactement car, au bout du trois cent cinquante neuvième jour, Rozace raconta à Azel avoir rencontré une jeune femme, Shione, et en être dès le premier regard tombé désespérément amoureux. Bien sûr, cela ne plut pas à l'être de feu qui, devenu bleu de rage, voulu retenir Rozace. Mais ses efforts furent vains. Alors, au crépuscule du trois cent cinquante neuvième jour, Azel regarda Rozace partir au bras de la douce demoiselle à la chevelure noire, sans un dernier regard. Et il pleura, son cœur magique se consumant faiblement dans sa poitrine flottante, stoppant net la course du soleil.
Il n'y eut depuis plus que des couchers de soleil rougeoyants à Twinlight Town, parfois éclatants, presque dorés, mais jamais de jour clair.
En bon démon qu'il était, Azel lâcha de lui-même les règles du pacte au départ de Rozace. Cependant, un autre incident survint. Quelques temps après le départ de son amour, Azel apprit que celui-ci avait amené Shione à la tour de l'horloge, lui faisant goûter les fabuleuses glaces à l'eau de mer, fruit du précieux pouvoir d'Azel auquel seul Rozace n'avait jamais eut droit.
Furieux, le démon du Feu se rendit donc un soir à la tour de l'horloge. Il les surprit tous les deux en plein festin et, grandissant, pareil à un volcan de vengeance, immense oiseau de feu où percerait à peine deux belles pierres vertes, il brûla Shione. Dévorant ses souvenirs, sa mémoire et son cœur, déchirant sa peau et cramant ses entrailles, il les laissa ensuite tomber, pas encore cendres mais encore fumantes, aux pieds de Rozace.
Le fils du sonneur de cloche, fou de douleur, se jeta alors du haut de la tour, s'écrasant sur la place en contrebas. Son cœur, à demi sorti de sa poitrine, avait implosé dans la chute.
On ne sut décrire la douleur du démon après ça. Celui-ci grandit encore, embrasant tout sur son passage, ouvrant les corps des habitants de chacune des cités de Sillusiopolis à la recherche d'un cœur pour remplacer celui de Rozace. Il flamba les fleurs, détruit les jardins, immola les enfants. Petit à petit, sous les assauts incessants du démon blessé, tous les cœurs de Sillusiopolis s'envolèrent vers Kindomèrts.
Alors, la ville, autrefois cité Lunaire, devint la ville de lumière et Sillusiopolis, sa jumelle, devint la cité Sommeil. Le monde qui n'a jamais été. Un univers endormi où les spectres sommeillent et crient leur désespoir, face à l'injustice de l'histoire d'Azel et Rozace. Aujourd'hui, de nombreuses Nymphes encore résidentes à Kindomèrts prétendent qu'Azel, devenu fou, ce serait enfermé dans la Forêt de Feu, sanctuaire créé par à partir d'une immense forêt vierge.
Cette forêt se trouverait par de là les catacombes de la ville lumière, perdue depuis plus de mille ans.
Et c'est ce que Demyx cherchait dans l'espoir de pouvoir, un jour, réveiller Sillusiopolis, afin de lui rendre sa gloire et sa beauté d'antan. Récupérer les cœurs de tous ces gens et sauver le trio maudit. Azel, Rozace et Shione.
Mais pour l'instant, Demyx cherchait et il ne trouvait pas. Il sautait, courait, riait et hurlait comme indiqué partout sur les murs lisses d'humidité, faisait tout comme lui murmuraient les perles d'eau qui tombaient au-dessus de sa tête, en vain. Tout à coup, alors qu'il se grattait la tempe en cherchant une solution, Demyx accusa le coup d'une goutte plus lourde que les autres, qui s'écrasa sur son crâne avant de terminer sa course bien plus bas, sur le sol calcaire des catacombes.
Intrigué, Demyx baissa les yeux. La solution lui apparut claire sous la fine pellicule d'eau qui maquillait la roche, gravée juste à la surface de la pierre. Pas haut-dessus, pas sur les murs, mais en dessous. « Sauter plus haut, courir plus loin, rire plus clair et hurler plus fort, inverser le temps et descendre l'amie. Petite chose deviendra torrent et la forêt de Feu se fondra dans la pluie. »
Il avait beau sauter, courir, rire et hurler, cela n'était fait que pour lui indiquer de se souvenir. Demyx sourit. Cette énigme n'avait de sens que pour celui qui connaissait les moindres détails de l'histoire. Azel avait été un feu follet, qui coure et qui saute. Avec Rozace, il avait ri. A sa mort, il avait hurlé. Pleuré. Le temps à inverser n'avait donc aucun rapport avec la métaphysique.
Il s'agissait juste d'inviter Azel à ressentir. Changer la météo de son cœur pour, enfin, pénétrer dans son sanctuaire.
Une petite loupiote continua d'éclairer gracieusement le cerveau de Demyx tandis qu'il réfléchissait. Puisque qu'il pouvait, grâce aux esprits d'eau qui l'accompagnaient, changer les deux saisons de Sillusiopolis, cela voulait dire que… faire monter l'amie ? Euh. Sa seule amie ici, c'était l'eau.
Mais oui ! Les deux saisons de Sillusipolis ! Si Azel était le feu, Rozace était la pluie.
Persuadé de la logique absolue de son raisonnement Demyx fit apparaitre ses esprits des eaux, leur demandant gentiment de bien vouloir inonder la caverne pour y créer le plus grand maelstrom jamais vu. Lentement d'abord, les petites gouttes se mêlèrent aux jets puissants des Reflets d'eau qui firent croitre un petit ruisseau, une rivière sauvage et, enfin, grossissant toujours, un fleuve bouillonnant. L'eau se fondait partout, gonflant la pierre sous les pieds de Demyx tel un ballon mou et rocheux, où son corps s'enfonçait en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Suffoquant, le jeune homme prit violement élan sur le bord d'une grosse pierre pour maintenir sa tête hors de l'eau, son front se rapprochant dangereusement du plafond creux de la caverne.
Pareil à un abcès géant, la roche mouillée creva presque instantanément sous la pression de l'eau, libérant les flots à travers une fente béante d'un blanc nitescent.
Recraché hors de la caverne magique, Demyx toussa longuement avant de se lever, nullement inquiété d'être passé si près de la mort. Devant ses yeux ébahis se dressait la Forêt de Feu. Plusieurs milliers d'arbres écarlates saluaient le mince chemin de terre sombre sur lequel il avait atterri, figés dans un automne éternel. La Forêt entière brûlait, brûlait encore, renaissant constamment de ses cendres dans un cercle mauvais et infini. Les animaux crevaient et dansaient dans les flammes crépitantes, étouffaient sous la braise ponceau dans des souffrances inimaginables avant de revenir à la vie. Demyx écarquilla les yeux.
C'était beau. C'était l'Enfer.
Le ciel, bas et aussi épais qu'un nuage de poix, diffusait des vapeurs entêtantes, vermeilles et grasses. La terre n'avait pas d'horizon. Trop fasciné pour avoir peur, Demyx plissa les yeux pour examiner la matière noire qui maculait ses chaussures de marche, en porta un échantillon à ses lèvres avant de le recracher aussi sec.
La moindre parcelle d'humus était imprégnée de suie, de larmes et de sang.
Le jeune homme soupira, avant de s'essuyer la bouche. Il avait presque réussi. Il allait sauver la cité. Ne restait plus qu'à trouver Azel et lui faire entendre raison, en somme. Avec précaution, Demyx longea des heures durant le chemin de terre noire en sifflotant dans sa tête. Après une éternité seulement, il se rendit compte que quelque chose clochait. Ce monde. Il tournait en rond. Le jeune héros pesta.
C'est à ce moment précis qu'un rire monstrueux choisit de monter de toute part, ricochant dans les écorces vides, faisant vibrer l'air et trembler les oiseaux. C'était un rire acide, un rire cru et fatigué, amer et insipide. Presque las, aurait juré Demyx. Un rire de bête blessée.
Le rire du démon.
Une voix, gutturale et profonde, l'apostropha tandis qu'il tentait de rebrousser chemin, saisit d'une terreur viscérale.
« — Tires toi. Maintenant, c'est retenu ? Tu n'aurais jamais dû entrer ici.
Son ton était sec, comme si aucune émotion n'avait jamais attisé la flamme de son cœur. Pourtant, songea Demyx, c'était faux. Azel avait éprouvé, un jour. Azel avait ressenti, Azel avait aimé.
Il devait lui parler comme il savait le faire. Spontanément et cœur à cœur.
— Je suis Demyx, articula t-il finalement avec calme et douceur. Et je suis venu te voir, en fait. Pour… un pacte. Pour faire un pacte. Pardon de t'avoir dérangé.
— Je ne fais plus de pactes, cracha Azel pour toute réponse. Avec personne. Jamais, tu m'entends ? Va-t'en, Demyx. Ou qui que tu sois. »
La dernière phrase d'Azel semblait avoir été soufflée, presque comme une bougie que l'on éteint. C'était infime, mais les flammes merveilleuses commençaient à diminuer autour de Demyx jusqu'à ne plus former qu'un large cercle à la fois étroit et étincelant, fait de rouge, de bleu et d'or.
Le cœur de la Forêt de Feu. L'être d'origine d'Azel ou du moins, ce qu'il semblait avoir été. Devant Demyx se dressa presque au même instant une silhouette squelettique, bientôt recouverte par la carcasse en chair et en os d'un homme d'une vingtaine d'années, le visage creusé et mince, l'allure dégingandée, des cheveux de sang et deux prunelles sans iris, couleur de poison. Sur ses pommettes hautes, ce qui semblait avoir été des fentes paraissait désormais comme des larmes noires de peine et de suie, dégoulinantes, haineuses.
Au centre du cercle la forme humaine d'Azel le toisait du haut de ces siècles d'âge, tout gonflé de sa tristesse et de son amour perdu.
Seulement armé de la tranquillité des fous, et malgré la peur panique qui lui labourait les entrailles, Demyx lui rendit son regard avant de, lentement, réitérer sa demande.
« — Je voudrais faire un pacte s'il te plait, Azel.
Brusquement, le démon fut pris d'un rire nerveux. La tête dans une main, il convulsa à l'écoute de la demande, se répétant silencieusement ces quelques mots sortis d'un passé trop lointain.
— J'ai dit non. T'es incapable de t'en souvenir ? Les humains ont vraiment des mémoires d'escargot.
Demyx ne releva pas, indifférent au sarcasme brut qui perçait dans la voix du démon. Il préféra poser une question, les yeux vrillés dans ceux d'Azel qui commençait à perdre patience, en dépit de sa curiosité à l'égard de celui qui venait marcher sur ses terres sans aucune retenue.
— Je suis venu ici parce que je me demandais : comment est-ce que l'on peut porter un deuil aussi longtemps ? »
Les paupières d'Azel se fermèrent, quasiment fondues dans le lait de son teint, et Demyx crût voir passer comme une ébauche de souvenir sur les traits du démon. L'espace d'un instant, celui-ci lui parut indiciblement plus amical malgré l'horreur que lui inspirait son apparence monstrueuse.
Mais cette image fut éphémère et Azel, rouvrant les yeux, recouvrit rapidement son masque de colère.
« — Tu ne sais pas ce que c'est de vivre plus de mille ans sans jamais trouver ce que tu recherches, siffla t-il sombrement. D'être vide, inlassablement, indubitablement, impitoyablement vide. Vide comme avant. Creux, sans rien, plus rien ! Ni chaleur, ni émotions, pas même des bribes d'existence. Rozace était le seul que j'aimais. Avec lui j'avais…
L'homme devant lui s'était plié, serrant sa poitrine de toutes ses forces, essayant tant bien que mal de faire sortir quelques larmes du fond de ses yeux secs. Fin fil de désespoir, sa voix mourut dans sa gorge. Cela fit de la peine à Demyx. Il criait silencieusement, la bouche tordue d'une douleur indicible.
Azel, depuis mille ans, était malheureux.
— J'avais l'impression d'avoir un cœur, et il m'a trahi. Il est parti, souffla-t-il faiblement, braise à peine chaude courbée au ras du sol. »
Alors Demyx s'approcha et, avec tendresse, le releva. Azel le dévisagea un moment, toute rage envolée et le jeune homme aux cheveux blonds y vit quelqu'un de bon. Meurtri, certes. Mais aussi plein de malice, vif et amoureux. Décidément non, Azel n'était pas mauvais. Pas pour Demyx, en tous cas.
« — On va faire un pacte, toi et moi, affirma l'humain avec un sourire joyeux, comme débarrassé de sa peur. Ici, dans ta Forêt de Feu.
Il poursuivit en touchant de la paume sa propre poitrine, désignant de l'autre main le trou abyssal qui transperçait celle du démon.
— Je t'offre mon cœur, et je te promets que tu vas revoir Rozace. En échange, tu libères le cœur de Shione ainsi que tous ceux prisonniers de Kindomèrts. D'accord ? »
Azel haussa les épaules mais ses iris se parèrent soudain d'un faible espoir, si maigre et déjà si brûlant. Après un long moment de réflexion, il acquiesça.
Autour d'eux, les tortures infernales s'étaient tues.
— C'est retenu. Mais… Tu vas mourir, non ?
Demyx lui offrit un joli sourire, avant de tracer une croix sur sa poitrine. Un pacte était un pacte et puis c'était pour ça qu'il était venu, pas vrai ? Sauver Kindomèrts, même si pour ça il devait le payer de sa vie. Il supposait que c'était l'apanage des héros mais lui voulait juste apaiser les cœurs, alors à quoi bon réfléchir. Il était prêt.
— Bien sûr, mais je tiendrais ma promesse. Tu peux me faire confiance, je ne sais pas faire autrement. Bon voyage, Azel ! »
Le démon cligna des yeux, une fine perle sombre mouillant sa joue, un éclat de sourire illuminant son regard de joie et de reconnaissance.
— Merci, rit-il d'une voix enrouée par le fond des âges. Bon voyage, Demyx ! »
Brusquement l'enveloppe d'Azel se dispersa en une kyrielle d'étincelles de vert, déployant avec elle une gigantesque marée de flammes denses, son corps factice se noyant dans cet ensemble onduleux et inconstant comme autant de feux d'artifices. Il enveloppait Demyx, aspirait son cœur scintillant en millions d'éclats minuscules quand soudain, alors qu'il lui tendait son propre cœur pour conclure, il se retrouva nez à nez avec le souvenir de Rozace.
De stupeur, Axel en oublia même de tuer Demyx en échange de tous les cœurs perdus.
Rozace était dans son cœur, et ce, depuis tout ce temps. Son cœur à lui. Son cœur de démon. Juste là. Alors Azel éclata d'un rire franc, un rire chaleureux et brûlant, un rire vivant. Et soudain, il explosa. Le souffle incandescent terrassa la Forêt de Feu, tant que la caverne des catacombes s'écroula sans espoir de retour.
Enfin, Kindomèrts s'ouvrit. De la terre blanche de la Cité Lunaire jaillirent des cœurs de lumière, éclatant par centaines de milliers vers Sillusiopolis, piquant d'étoiles le ciel ténébreux de la Cité Sommeil, provoquant son réveil. Le cœur de Shione vola lui aussi très haut et, dans le ciel, Rozace et Azel virent qu'elle souriait.
Demyx aussi le vit. C'était la fin de son voyage, il le savait.
Et bientôt, il rentrerait à la maison, dans le cœur de quelqu'un digne de l'aimer. Comme Rozace pour Azel.
Fin. »
[x]
Le jour pointait le bout de son nez quand Zexion ferma le livre, les larmes aux yeux.
Et lui, était-il digne d'aimer Demyx ? Il lui avait fait une place dans son cœur. Grâce à ce minuscule carnet miteux, il se sentait revivre, chaque nuit qui passait. C'était comme si, à l'image d'Azel, il n'avait pas eu de cœur jusqu'à aujourd'hui.
Zexion regarda l'heure. Trois heures quarante. Bientôt quatre heures. Dans peu de temps, il lui faudrait se lever, dire adieu à ce monde merveilleux. Dire au revoir à son livre, à ce soir à Demyx. Et ça, Zexion ne le voulait pas. Il aimait Demyx, maintenant. Il le savait, lui aussi.
Tout comme Demyx aimait la mer, et les autres.
Alors Zexion, au détriment de ses habitudes, au détriment des gouvernantes, ferma la porte à double tour. Il n'attendit pas le soir. Si Demyx existait, alors il allait lui écrire.
Oui, ce jeune garçon que l'on appelait Zexion se saisit de la plume posée dans le plumier qui reposait sur sa table de nuit et commença à écrire, juste après l'histoire que je viens de vous conter. Il allait devenir une part de l'histoire de Demyx. Une part de votre histoire.
Ne vous en faites pas, c'est pour bientôt. Vous verrez ce soir, sous les lattes de votre lit. Regardez bien.
Après tout c'est moi l'auteure, non ?
Je fais ce que je veux. Vous lirez mon histoire.
« Fin. »
