CHAPITRE 2 Le début d'une amitié
Richelieu réfléchissait, il ne voulait pas perdre un homme aussi talentueux que D'Artagnan, détenant de nombreux secrets en plus de cela. Il pouvait essayer de l'amadouer tout en continuant ses manigances en douce... Quel dommage que D'Artagnan ressemble trop à son père ! Et cette histoire avec Dujon, heureusement qu'il avait fait en sorte que Dujon soit réduit au silence dans leur intérêt à tous.
Gaudet était mort de toute façon, il faudrait lui trouver un remplaçant, D'Artagnan était un peu jeune... mais bon... Il arriverait peut-être à l'influencer.
Richelieu avait fait signe à un autre homme derrière lui de fermer la porte afin de les laisser seuls.
Richelieu s'était assis en face de son bureau et avait commencé à avancer les possibilités qui s'offraient à D'Artagnan.
Ce dernier le rassura de finir son travail de coursier jusqu'à ce qu'il trouve quelqu'un pour le remplacer, mais qu'ensuite tout serait fini .Il rentrerait en Gascogne avec la ferme intention d'oublier toute cette histoire.
- D'Artagnan, je ne vous vois pas en fermier. Ce serait du gâchis de faire cela !
Après quelques instants, il sortit du Palais et se rendit chez les Mousquetaires. Certaines recrues l'avaient encouragé à venir chez eux. Athos lui avait aussi fait savoir qu'il voulait lui parler ce que D'Artagnan ne trouvait pas encourageant. Athos avait fait connaître de façon claire ce qu'il pensait des hommes au service du Cardinal et D'Artagnan en faisait partie. Il ne voulait pas se faire des ennemis d'Aramis et de Porthos.
D'Artagnan arriva dans la cour et trouva Athos Aramis et Porthos à table devant un repas de taille respectable et plusieurs bouteilles de vin. Athos avait un verre en main et semblait avoir bu plusieurs verres.
Aramis lui fit signe de s'asseoir et l'interrogea :
- Alors, comment cela s'est-il passé chez le Cardinal ? Tu vas rentrer en Gascogne ?
Athos leva les yeux vers lui, il attendait visiblement la réponse d'un air intéressé.
- Je lui ai dit que je continuerais à remettre le courrier tant qu'il n'aurait pas de remplaçant satisfaisant. Je ne peux pas tout quitter comme cela, Richelieu était une connaissance de mon père. Il n'aime pas les Mousquetaires, c'est un secret pour personne. Cependant c'est un excellent ministre qui voit l'intérêt de la France.
Athos le regarda attentivement, Aramis qui connaissait son ami depuis longtemps, savait que c'était le moment de laisser Athos et leur nouvel ami seul pour parler.
Athos lui adressa la parole d'un air froid
- Je ne vais pas vous cacher la vérité. Je me méfie de vous. Un homme du Cardinal comme vous, c'est impossible que vous n'ayez pas une arrière-pensée. Aucun homme de la Garde Rouge n'est honorable honnête, je crois que beaucoup d'entre eux ne le font que pour des intérêts peu reluisants. Aramis et Porthos vous aiment bien et vous font confiance, apparemment d'autres mousquetaires semblent vous apprécier. Je réserve mon jugement.
D'Artagnan souffla de soulagement, le premier test était passé. La suite était de se faire respecter par cet homme afin que sa confiance et sa loyauté ne soient plus mises en doute.
D'Artagnan rassura cet homme sur ses intentions, en l'assurant qu'il comprenait ce qu'il pensait et ferait tout pour se montrer à la hauteur. Aramis revint après, conscient qu'une discussion importante avait eu lieu.
Porthos arriva avec un jeu de cartes et proposa à D'Artagnan de jouer contre eux, ce qu'il accepta de bonne grâce. Quelques heures après, Porthos avait gagné.
Quelques jeunes mousquetaires qui connaissaient D'Artagnan lui proposèrent alors de croiser le fer. D'Artagnan sortit alors son épée et en affronta d'abord un. Ce dernier leva son épée dans un geste précis et rapide qu'il para facilement, il agrippa plus fermement son épée et observait le jeune en face de lui, essayant de deviner ce qu'il pensait afin de prévoir son prochain coup. Le jeune enchaînait attaque sur attaque que D'Artagnan bloquait avec plus ou moins de facilité, il était conscient que ses nouveaux amis Aramis et Porthos, mais aussi Athos étaient assis et observaient la scène.
Il avait attendu que le jeune se fatigue, maintenant il était temps de riposter. D'Artagnan attaqua son adversaire en levant son épée vers la gauche tout en laissant supposer que son coup partirait vers la droite afin de le tromper. Il réussit ainsi à le surprendre et à le désarmer sans grandes difficultés. Le jeune homme en face de lui était trop fatigué pour réellement résister. Il avait mis toute son énergie dans les premiers coups, et cela avait été son erreur.
D'Artagnan l'aida à se relever et attendit qu'il récupère son épée avant de lui parler. Le jeune était essoufflé. D'Artagnan regarda son adversaire avant de lui dire
- C'était pas mal, vous êtes Frédéric Perront c'est cela ?
- Effectivement. Je savais que l'on s'était déjà vu mais je ne savais pas que vous connaissiez mon nom.
- Cornette avait parlé de vous. Il vous considérait comme une très bonne recrue. Si je peux néanmoins me permettre un conseil, je sais bien que mon expérience est sans doute moindre que celles de mes nouveaux amis ici présent, cependant vous donnez beaucoup trop d'énergie dans vos premiers échanges. Vous vous êtes très vite épuisé et cela m'a permis de vous désarmer.
Si vos adversaires ne sont pas très forts, cela ne posera aucun problème.
Athos lui coupa la parole
- Ce qui est souvent le cas, sois en sûr. La majorité du temps, cela demande peu de temps pour vaincre un ennemi. Je suis d'accord avec l'analyse de D'Artagnan, tu as été trop agressif et c'était une erreur. Des coups plus précis et moins hasardeux auraient permis de faire reculer ton adversaire et de l'éviter de te désarmer avec autant de facilité.
Athos jeta un œil à D'Artagnan avant de rajouter en regardant Charles cette fois-ci
- Vous avez été excellent monsieur, n'en doutez pas. Cependant, un adversaire plus expérimenté ne se laisserait pas avoir par une telle ruse.
D'Artagnan s'amusa d'une telle remarque, s'il savait le nombre de fois où cette même ruse avait fonctionné en Gascogne mais aussi lors de ses nombreux voyages. Il est vrai que ses adversaires étaient moins expérimentés.
Les jours passaient renforçant les liens d'amitié formés entre Aramis Porthos et D'Artagnan.
Ils se rencontraient dans le bar pour boire de temps en temps. Athos les évitaient dans ces moments-là, il ne lui faisait toujours pas confiance.
D'Artagnan s'était laissé convaincre que cela viendrait avec le temps. D'Artagnan partit quelque temps en Bretagne transmettre un message de Richelieu à un juge de la région. Il partit également vers Marseille pour transmettre un message à un noble fidèle au Cardinal.
D'Artagnan était à peine entré dans l'hotel des Mousquetaires pour s'entraîner avec quelques hommes que Porthos lui fit signe de les rejoindre. Athos était là également avec un chapeau déposé sur la table et une bouteille de vin bien entamé posé sur la table en face de lui. Cependant malgré la grande quantité d'alcool ingurgité, Athos ne semblait pas ivre mais bien lucide.
D'Artagnan s'assit à côté de lui et ils discutèrent. D'Artagnan évoqua les personnes rencontrées sur la route notamment.
Aramis et Porthos lui racontèrent quelques anecdotes, D'Artagnan était convaincu depuis longtemps que les Mousquetaires étaient plus fidèles et loyaux que les Gardes Rouges. La vérité est que D'Artagnan doutait de ses talents d'escrimeur et de ses capacités à rentrer chez les Mousquetaires même s'il ne l'avouerait jamais. Les Gardes Rouges embauchaient plus facilement, il lui fallait un revenu fixe et c'est ce qu'il avait obtenu en transmettant les messages du Cardinal jusqu'à présent.
C'est alors qu'ils furent interrompus, effectivement le Capitaine de Tréville venait de faire son entrée. Il avait remarqué la nouvelle personne qui était présente dans son hôtel. Il fit signe à ses trois meilleurs hommes, mais aussi à ce nouvel intrus de venir le voir.
Il alla dans son bureau en attendant qu'ils montent le rejoindre. Il s'était renseigné sur D'Artagnan avant de faire un tel choix, il avait même été jusqu'à discuter avec le Cardinal de cette affaire. Ce dernier avait approuvé sa décision. Tréville se demandait comment le Cardinal avait réussi à s'attacher les services d'un homme comme D'Artagnan alors qu'il ne ressemblait en rien aux hommes de main ordinaires de l'homme d' Église.
Aramis Porthos et Athos firent alors leur entrée dans la pièce. D'Artagnan les suivit de près tout en faisant le tour de la pièce pour en juger le contenu.
C'était une grande pièce simple, avec quelques bougies disposées ici et là. Un grand bureau trônait dans la pièce avec une bonne pile de papiers. Des missives et des missions pour les Mousquetaires sur ordre du Roi sans doute.
Il y avait également un lit dans le coin de la pièce avec quelques couvertures. On pouvait voir plusieurs étagères dont certaines inoccupées et une grande derrière le bureau avec des livres, un bougeoir. La lumière était suffisante mais la pièce était loin d'être lumineuse. Cependant D'Artagnan aimait bien cette pièce, simple et fonctionnelle.
Il vit que Tréville lui lançait un regard insistant, comme s'il savait que D'Artagnan n'avait pas été attentif à ce qu'il venait de dire à ses Mousquetaires. Il fut donc obligé de se répéter.
Tréville remarqua alors :
- D'Artagnan, comme je le disais je crois que vous êtes l'homme de la situation. Le Cardinal à mon plus grand désespoir est d'accord avec moi. Vadim est un homme dangereux, nous savons qu'il a dérobé de la poudre à l'armurerie et aussi qu'il haït le Roi plus que nul autre. On craint qu'il ne tente de faire un attentat ou tout du moins de faire une révolte en soulevant la population avec lui. Il nous faut gagner sa confiance afin de faire échouer ses plans. Aucun Mousquetaire ne peut y aller, il n'aura pas assez confiance. Les hommes du Cardinal ne sont pas assez forts pour cette mission, c'est ainsi que le Cardinal m'a proposé votre concours. Il m'a dit que vous étiez l'homme de la situation.
Je me suis renseigné à votre sujet, vous semblez être un homme d'honneur avec une morale et une façon d'agir assez irréprochable sur certains aspects de votre vie. Je pense que je n'ai pas le choix, nous sommes obligés de vous choisir vous.
Je vais être encore plus honnête avec vous en vous rappelant que cette mission si vous l'acceptez est dangereuse, Vadim est connu pour sa façon peu commune de s'occuper des traîtres qu'ils soient amis ou même de très vieux alliés.
D'Artagnan acquiesça à chacune des paroles du Capitaine. Il n'était pas idiot, il savait que cette mission était périlleuse, qu'il pouvait mourir. S'il y arrivait, alors il aurait contribué à protéger la famille royale et donc la France. Il savait ce que son père dirait et ce qu'il devait faire.
- Je ferais ce qu'on me demande. Je comprends les enjeux, mais également du fait que ma vie pourrait être menacée et que je pourrais très bien mourir.
Athos paraissait prêt à protester, visiblement contre ce qui venait d'être dit.
- Ce n'est pas à lui de faire cela, laissez un des nôtres y aller. Il ne devrait pas faire notre travail. On a certainement des nouvelles recrues plus à même de réaliser ce genre de choses. Vadim ne les connaît pas tous.
- Attends-moi je pense qu'il en a les capacités, tu n'as pas vu comment il était avec Dujon ajouta Aramis.
Porthos ne dit rien mais acquiesça à ce que son ami venait de dire et tout cela afin de montrer son accord avec ces paroles.
Tréville finit par donner son accord.
- Mettons les derniers détails au point avant que je vous laisse partir. Comment comptez -vous-vous y prendre pour que D'Artagnan se retrouve dans la même cellule ?
- On a plusieurs solutions qui s'offrent à nous en réalité proposa Porthos
- Il faut que cela soit suffisamment crédible, il faut que Vadim n'ait aucun doute. Pourquoi pas un duel ?
- Un duel? Mais avec qui ? Questionna Tréville
- Peu importe avec qui, il faut qu'on le laisse derrière nous. D'Artagnan pourra proclamer à tout va qu'il a été trahi.
Tréville écouta attentivement ces hommes discuter de la marche à suivre. Il était impressionné.
Les trois Mousquetaires qu'on appelait aussi les Trois Inséparables avaient toujours été plus doués que la moyenne mais avec D'Artagnan, on avait l'impression que l'équipe avait gagné quelque chose en plus, comme une partie qui manquait.
Tréville était convaincu qu'Athos finirait par accorder sa confiance au jeune. Cela avait déjà commencé même si Athos lui-même ne s'en rendait pas compte.
Le lendemain
D'Artagnan était prêt à faire ce duel stupide et à se laisser attraper pour être conduit en prison. Il espérait vraiment que tout allait marcher à la perfection. Il n'avait pas le droit à l'erreur, la vie du Roi en dépendait, la sienne aussi accessoirement.
