Celui-ci a été écrit sur le thème "encre", il y a environ... 4 mois ? Je sais plus.

Il est bien plus court que le précédent, aussi : il contient 300 mots.


Encre

Riza avait toujours aimé les livres.

Surtout les contes de fées. Ceux que ses parents lui lisaient, le soir, quand pour elles les lettres n'étaient qu'un entrelacs de courbes, indéchiffrables. Ceux qu'elle lisait à présent d'elle-même, depuis que sa mère s'était éteinte et que son père avait oublié jusqu'à son existence. Entre autres.

Mais, par-dessus tout, elle adorait les images. Celles qu'on ne pouvait trouver uniquement dans les ouvrages anciens. Pas les illustrations, souvent fades, présentes dans les livres imprimés en série.

Le papier sous sa paume était lisse, comme après des années de feuilletage intensif. Les traits étaient toujours très nets, les visages expressifs, les robes des dames parées de couleurs chatoyantes, qui la fascinaient. Bien plus que les histoires qui allaient avec, et ce depuis qu'elle avait compris que la vie n'était pas un conte de fée.

Longtemps, elle avait essayé de reproduire les dessins qu'elle voyait, mais le résultat n'était jamais à la hauteur de ses espérances. Cependant, le plaisir qu'elle avait eu à les faire compensait.

Aussi, quand son père l'avait appelée dans son bureau, par un morne matin d'hiver, les encres aux couleurs multiples, qui scintillaient à la faible lueur des bougies, avait tout de suite attiré son regard. Elle n'avait pas imaginé à quoi elles serviraient. Elle n'aurait jamais pu, de toute manière.

Aujourd'hui encore, quand elle essaie de regarder le tatouage dans son dos, ses yeux sont toujours captivés par ces couleurs, si chaudes et si froides à la fois. Elle les revoit, encore à l'état de liquide, dans leurs pots en verre légèrement fumés, avant qu'elles ne soient imprimées à même sa peau. Elle regrette aussi de ne pas pouvoir passer ses mains dessus. Mais ce dernier point n'est pas le plus important. L'apprenti de son père a les mains si douces…