Commentaire d'auteur :

Coucou mes petits artistes, comment ça va ? :D moi génial, je suis heureuse de voir que ce premier chapitre a fait l'unanimité ! Bien évidemment, je ne peux pas répondre aux reviews anonymes mais sachez que je vous vois, merci aussi à vous ! :)

Quoiqu'il en soit j'ai finalement décidé de poster le second chapitre aujourd'hui (contrairement à mes autres histoires, j'aime bien publier celle-ci le samedi au lieu du dimanche!) puisque le troisième chapitre est bien avancé de mon côté ! :)

On va maintenant entrer dans le vif du sujet ! Je dois avouer ne pas y connaître grand-chose à l'apprentissage de la musique (même si, comme Steve, j'ai toujours voulu apprendre le piano) donc j'espère que ça ira ! Si certains qui s'y connaissent repèrent des choses qui ne vont pas de ce côté là, n'hésitez pas à m'envoyer un MP pour que je puisse arranger cela :)

Tant que j'y pense, essayez d'écouter si possible les chansons citées à chaque fois, surtout en fin de chapitre ! :) Je n'en dis pas plus et je vous laisse lire, bonne lecture ;)


Chapitre 2 : Sunshine is for everyone

Steve fixa le bout de papier froissé entre ses mains d'un air légèrement dubitatif, les sourcils froncés. Il était présentement en train de se demander ce qu'il faisait là, devant ce café dans l'une des rues les plus fréquentées de New York, en se disant qu'il devrait sûrement manger des pâtes pendant une semaine pour pouvoir prendre un simple cappuccino ici.

Soupirant, il finit par avancer vers la porte et se glissa à l'intérieur, remarquant presque aussitôt la silhouette de Tony Stark, dans un coin du petit établissement, près d'une fenêtre. Hésitant, il avança jusqu'à lui pour s'installer sur le siège d'en face, attirant son attention par la même occasion.

- Rogers, souffla le brun en guise de salutation.

L'ancien soldat retint la grimace, ayant toujours du mal à se faire appeler de la sorte et se contenta de répondre d'un signe de tête.

- Comment allez-vous depuis hier ? questionna Tony, remarquant que le blond ne semblait pas très enthousiaste pour lancer la conversation.

- Aussi bien qu'à l'accoutumée, fit ce dernier en haussant une épaule, un léger sourire néanmoins présent au bord des lèvres.

Le brun acquiesça d'un air satisfait avant d'attirer un serveur et de commander un café et des viennoiseries - si Steve était loin de le savoir encore, Tony adorait manger, en particulier des choses sucrées - alors que le blond se contentait de son fameux cappuccino, tentant de faire abstraction du prix astronomique dans un tel lieu.

- Alors, pour ces fameuses leçons de piano... commença Steve, désireux d'entrer dans le vif du sujet sans attendre. Combien me demandez-vous ? Il faudra que j'organise mon budget en fonction...

L'informaticien lui renvoya un étrange regard, comme s'il ne s'attendait pas à un tel sujet, et cela se confirma lorsque ses sourcils se froncèrent et qu'il questionna, intrigué :

- Pourquoi voudriez-vous que je vous fasse payer les leçons ?

Alors que Steve ouvrait la bouche pour lui faire remarquer que généralement, on ne rendait pas ce genre de service à un inconnu gratuitement, Tony le devança et lâcha :

- Je n'avais aucune intention de vous faire payer quoi que ce soit. Si je vous l'ai proposé la veille, c'est parce que vous aviez l'air motivé, et que vous avez eu la bonté de m'écouter jusqu'au bout en train de jouer, ce qui est chose rare.

- Cela n'a aucun sens, n'importe qui aimerait vous écouter jouer ! protesta le blond en guise de réponse.

Tony lui adressa un léger sourire à ces mots, teinté d'une tristesse qu'il perçut à peine, comme s'il était persuadé que ses paroles n'étaient pas vraies, que l'artiste ne savait pas de quoi il parlait. Détournant le sujet de sa propre musique, il s'exclama :

- La seule chose que je vous demanderai en échange, c'est de toujours chercher à faire de votre mieux et de vous appliquer, car je déteste perdre mon temps, lâcha le brun.

Ce dernier le dévisagea, comme s'il cherchait à voir s'il était sérieux, et qu'il comptait se donner à fond, et ajouta finalement :

- Alors, marché conclu ?

Steve avait du mal à croire en sa chance, à penser pouvoir prendre des leçons de piano sans débourser un seul dollar. Il n'hésita pas longtemps avant d'attraper la main tendue du plus vieux avec un sourire, scellant ainsi leur accord. Le serveur de tout à l'heure revint avec leurs commandes et une fois le nez devant son café et ses viennoiseries, Tony commença à jouer avec la cuillère d'un air distrait tout en lui faisant remarquer :

- Je vais devoir évaluer un minimum votre niveau avant de commencer, pour voir le temps que cela prendra... connaissez-vous le solfège ?

- Je l'ai appris il y a quelques années de cela grâce à quelques livres, expliqua le blond. Je manque un peu de pratique, et je n'avais pas totalement terminé mais je pense que c'est juste une question de se souvenir.

A ces mots, le brun lâcha un véritable soupir de soulagement. Apprendre la musique sous forme de théorie, savoir comment lire et écrire les notes était un calvaire pour beaucoup, ennuyeux car n'ayant au final plus grand-chose à voir avec les instruments en eux-même. Même si Rogers ne semblait avoir qu'une connaissance partielle, ce serait bien plus utile pour débuter tout de même.

- Vous ne vous rendez pas compte à quel point cela me soulage, avoua Stark avec un léger sourire, mordant dans un croissant français par la même occasion. J'avais détesté apprendre le solfège étant jeune, je suis heureux de voir que nous n'aurons qu'à passer rapidement dessus.

- Aviez-vous appris le solfège seul à cette époque là ? demanda l'ancien soldat, curieux.

Tony secoua la tête avant d'expliquer :

- Ma mère avait décidé de me payer des cours. Je lui avais demandé de m'apprendre, mais elle n'avait malheureusement pas le temps, souffla le brun, l'air légèrement rembruni.

Voyant que l'ambiance c'était légèrement refroidie, Steve toussa un peu pour cacher son malaise et changea de sujet :

- Quand pourrais-je venir chez vous pour commencer les leçons ? Combien de temps, et quelle fréquence par semaine ?

Le brun sourit légèrement face à l'avalanche soudaine de questions et prit le temps de prendre une gorgée de son café, reposant ensuite la tasse sur la table pour proposer :

- Pourquoi pas deux fois par semaine pour débuter ? Je pense que deux heures peut être pas mal, on a tendance à être moins concentré après deux ou trois heures...

Attrapant son téléphone, Tony consulta son agenda, vérifiant ses horaires qu'il connaissait pourtant déjà par coeur et fit :

- Que dites-vous du mardi et jeudi soir, de dix-sept à dix-neuf heures ?

- C'est parfait pour moi, lui assura aussitôt le blond, acquiesçant d'un air satisfait.

Le côté positif d'un métier comme le sien, c'est qu'il pouvait travailler aux horaires qu'il souhaitait et libérer des heures pour d'autres choses.

- Puisque nous sommes mardi, commençons-nous donc ce soir ? continua-t-il.

Malheureusement, Tony secoua légèrement la tête et lança :

- Je dois encore préparer cela, voir comment je vais m'y prendre, on va donc commencer à partir de jeudi, ce sera mieux pour moi.

- Pas de problème, confirma l'ancien Marine.

Une fois tous les derniers détails réglés, ils continuèrent de boire leurs consommations en parlant de sujets bateaux - et l'un comme l'autre remarquèrent comme ils évitaient tout ce qui était trop personnel. Néanmoins, c'était normal - ils se connaissaient depuis la veille seulement, c'était loin d'être suffisant pour parler d'eux. Pour être honnête, Tony ne savait pas encore pourquoi il lui avait proposé ces leçons : est-ce que c'était le fait que l'autre l'ait écouté avec joie, ou que le voir dans l'incapacité d'apprendre le piano juste à cause de son budget réduit l'avait fait le prendre en pitié, alors qu'il avait déjà deviné que Rogers devait détester cela ? Il ne savait pas.

Quoiqu'il en soit, ils finirent par décider de rentrer chez eux au bout d'un certain temps, et si Steve protesta lorsque Tony décida de payer son cappuccino hors-de-prix, le brun l'ignora royalement, se contentant de lui serrer la main en lui donnant rendez-vous chez lui dans deux jours pour la première leçon.


Si le lendemain, Steve avait définitivement un sourire aux lèvres alors qu'il était allé chercher des fournitures supplémentaires dans son magasin d'art préféré, il ne l'avait pas remarqué, contrairement à l'une des vendeuses et habituée des lieux qui s'approcha de lui alors qu'elle rangeait les pinceaux en désordre par la finesse de ces derniers, soufflant du bout des lèvres :

- Dis-moi Steve, tu as un air particulièrement niais sur le visage, tu en as conscience ?

Le blond, jusqu'à présent occupé à toucher différents papiers pour tester leur grain et épaisseur, sursauta légèrement avant de se tourner vers la jeune femme. Natasha était assez grande - mais pas autant que lui qui était une masse impressionnante, il le savait - même si elle semblait quand même avoir de la poigne, son joli visage encadré de boucles rousses qu'elle avait souvent tendance à lisser, le tout malheureusement gâché par le regard froid qu'elle arborait en permanence sans même y prendre garde - mais Steve aimait à penser que ce dernier s'adoucissait légèrement lorsqu'elle le voyait dans la boutique. Ils étaient en quelque sorte amis, la première qu'il s'était fait en revenant dans cette ville après son service, et cela avait été un soulagement pour lui de ne pas se sentir totalement seul.

- Je n'ai pas l'air niais, protesta-t-il finalement en récupérant une feuille épaisse de deux cent vingt-quatre grammes, parfaite pour les aquarelles.

Un sourire moqueur s'étira sur le visage de la vendeuse, le nez toujours plongé dans ses pinceaux en désordre.

- Bien sûr, tout comme je ne suis pas rousse, répliqua-t-elle, ne le prenant absolument pas au sérieux.

Steve se contenta de grimacer à ces mots, même si la jeune femme remarqua avec facilité la manière dont la bouche de l'ancien soldat s'était parée d'un léger sourire en coin.

- Alors, qu'est-ce qui te mets de si bonne humeur ?

- J'ai trouvé un moyen de prendre des cours de piano, lâcha-t-il en se dirigeant vers les pastels, recherchant deux couleurs, car les siennes chez lui étant devenues trop petites pour être utilisées.

La jeune femme le suivit, faisant mine de ranger les articles à côté du blond pour ne pas être prise à trainasser par son patron qui se trouvait un peu plus loin à la caisse, et demanda :

- Je croyais que tu n'avais pas les moyens pour ça ?

Certains auraient été vexés par cette question, mais Steve s'en souciait peu - à vrai dire, Natasha était la seule au courant de sa situation financière qui pouvait parfois être un peu précaire, même s'il n'était clairement pas le plus à plaindre dans le quartier, et cela ne le dérangeait pas d'en parler librement avec elle, sachant qu'elle ne le jugeait pas, ni ne le prenait en pitié.

- Justement, c'est là qu'est la meilleure partie ! Je n'aurai pas besoin de payer le moindre dollar !

Surprise, la jeune femme se tourna vers lui et il entreprit de lui raconter brièvement ce qu'il s'était produit, lui arrachant un rire amusé.

- Tu es sérieusement aller squatter chez cet inconnu ?

- Je ne- commença à protester le blond avant de s'arrêter et d'avouer : bon, peut-être un peu, mais je ne pensais pas à mal !

- Alors ça, je me doute bien, tu es quelqu'un de bien trop gentil pour ça, fit-elle avec un sourire amusé, plus que déstabilisant sur un visage aussi froid que le sien.

- Quoi qu'il en soit, c'était une superbe opportunité, il était hors de question que je rate une chance pareille, souffla le blond en guise de réponse.

- Tu ne trouves pas ça louche, que ce parfait inconnu te propose de t'apprendre le piano, comme ça ? demanda-t-elle, les sourcils légèrement froncés.

- Si, un peu, avoua-t-il en haussant les épaules. Mais il faut parfois apprendre à faire confiance aux gens, je ne pense pas qu'il me veuille le moindre mal. Et puis tu sais, je reste prudent malgré tout, alors tout ira bien.

- C'est vrai que tu restes un soldat... marmonna-t-elle pour elle-même, semblant apparemment plus rassurée grâce à cela.

Le blond acquiesça à ces mots, finissant de récupérer les quelques fournitures dont il avait besoin avant de saluer la jeune femme - après que cette dernière lui ait bien demandé de se voir d'ici une semaine pour lui raconter ses premières leçons de piano - et de se diriger vers la caisse, soufflant légèrement en voyant que ce qu'il avait pris lui revenait moins cher que le budget prévu pour cette semaine. Finalement, il récupéra tout ce qu'il venait d'acheter et se dirigea vers sa voiture, avant de rentrer chez lui.


- Vous êtes pile à l'heure, constata Tony en ouvrant la porte à l'ancien marine, un oeil fixé sur sa montre qui semblait valoir une petite fortune, et un sourire au coin des lèvres.

- Bonjour à vous aussi, répliqua Steve avec amusement, avant de passer après que le brun lui ait cédé le passage. Je ne suis pas du genre à être en retard lorsque je suis attendu, ajouta-t-il.

- Moi si, avoua aisément le brun en refermant la porte, le guidant jusque dans le séjour qu'il avait déjà eu l'occasion d'apercevoir quelques jours plus tôt pour la première fois.

S'appuyant sur le chambranle de la porte, il continua d'un ton enjoué :

- J'aime me faire désirer, mais je ne supporte pas que l'on me fasse patienter.

- C'est assez ironique, fit remarquer le brun en fronçant légèrement les sourcils.

Tony ignora sa dernière remarque, se contentant de le fixer quelques secondes, comme s'il cherchait à vérifier une dernière fois que son interlocuteur était bel et bien déterminé à apprendre le piano en sa compagnie.

- Voulez-vous boire quelque chose ? questionna-t-il finalement après un instant de silence, peu sûr de comment agir en présence de cet homme qu'il ne connaissait que peu, au bout du compte.

Steve se contenta de refuser d'un simple signe de tête, et finalement Tony décida qu'il valait mieux débuter le plus tôt possible, retournant dans sa chambre comme le jour de leur première rencontre - et ces mots pouvaient porter à confusion, il est vrai - le laissant s'installer devant le magnifique piano à queue. Posant ses coudes sur la large surface de ce dernier, il demanda :

- Alors, tout d'abord, vous m'avez dit connaître le solfège, du moins le plus gros. Pensez-vous pouvoir tenter de jouer quelque chose ?

Steve hésita un instant, la main au-dessus des touches du piano - après tout, son apprentissage du solfège commençait à dater, et il avait peur de se ridiculiser. Néanmoins, en voyant le sourcil haussé de son hôte, il finit par tenter de jouer quelque chose, ayant déjà deviné que Stark semblait du genre à s'impatienter rapidement. Malgré tout, à peine avait-il commencé que celui-ci l'arrêta brusquement :

- Wow wow, est-ce que c'est du Beethoven que vous êtes en train d'essayer de massacrer ?

Steve rougit de honte face à ces paroles et répliqua aussitôt :

- Für Elise est une mélodie qui me tient beaucoup à coeur, et-

- Pas la peine de monter sur vos grands chevaux, fit remarquer Tony avec un sourire amusé. Ni même de me raconter votre vie. Vous saviez très bien que vous n'avez pas assez pratiqué, sinon vous ne m'auriez pas demandé ces leçons, alors arrêtez de bouder comme un enfant.

- Je ne boude pas ! répliqua aussitôt le soldat, l'air horrifié qu'il puisse penser une telle chose de lui.

Ces paroles ne firent qu'agrandir le sourire de Tony alors qu'il se relevait enfin du piano contre lequel il était appuyé, s'approchant de lui.

- Je vois tout de suite où est votre problème. Comme vous me l'avez dit, vous savez lire le solfège, aucun doute, puisque les notes étaient les bonnes. En revanche, ce qui vous fait défaut est votre coordination et votre rapidité à jouer. Vous ne connaissez pas les touches par coeur, donc vous gardez les yeux fixés sur ces dernières, et vous devez relever la tête pour lire la partition, vous faisant perdre un temps fou, ainsi que le fil de ce que vous êtes en train de faire.

- Je n'ai pas de partition, là... protesta Rogers sans comprendre.

- Je sais, mais je suis persuadé que si je vous donne un morceau que vous ne connaissez pas, c'est ainsi que vous agirez, n'ai-je pas raison ?

Devant bien avouer que l'autre homme avait raison, Steve se contenta d'acquiescer d'un air penaud, agrandissant le sourire de son interlocuteur qui se plaça derrière lui après avoir récupéré une partition qu'il lui colla sous le nez. D'un geste distrait, il replaça les doigts du blond correctement sur les premières notes alors que ce dernier fixait la feuille, les sourcils légèrement froncés.

- Vous aimez jouer des morceaux tristes, à ce que je vois...

- Est-ce que c'est un problème ? répliqua Tony un peu durement, les lèvres pincées, sa main se crispant sur celle du blond.

- Non, bien sûr que non ! s'empressa de répondre Steve, ayant peur de l'avoir froissé. C'est juste... un peu étonnant, voilà tout.

Tony ne répondit rien à cela, reculant légèrement avant de continuer, comme si de rien n'était :

- Le plus gros travail que vous allez avoir à faire, c'est de mémoriser l'emplacement de chaque touche, jusqu'à pouvoir jouer les yeux fermés. Prenez le temps de jouer pour les garder en mémoire, quitte à ce que ce soit désordonné.

Steve acquiesça, fixant la partition pour se mémoriser les premières notes et se focaliser sur ce que ses mains faisaient, cherchant à se souvenir de chaque emplacement, et de l'ordre. C'était quelque chose de long et difficile mais il s'obstinait sans se plaindre une seule fois, rassurant Tony sur le fait qu'il semblait plus que déterminé.

Il continua ainsi pendant les deux heures que Tony lui avait réservées, jusqu'à ce que ce dernier ne l'interrompe en voyant l'heure qu'ils avaient dépassée sans s'en rendre compte.

- Lorsque j'ai entendu votre première tentative, je dois avouer que j'ai eu peur, mais on dirait que ce ne sera pas si insurmontable, finalement, fit-il avec un petit sourire.

- Vraiment ? demanda Steve en tentant de cacher son excitation face à ce presque compliment, ayant pensé durant ces deux dernières heures qu'il n'était vraiment pas très doué.

- Oui. Il y a encore beaucoup de travail mais... vous allez y arriver. Rare sont les prodiges qui n'ont jamais eu besoin d'apprendre quoi que ce soit. Vous auriez dû voir mes premiers essais au piano, c'était une catastrophe, bien pire que vous !

- Je parie que ce n'était pas la même chose avec votre violon, fit Rogers avec un sourire.

- Ce n'est pas pareil, il s'agit de mon instrument de prédilection, répondit le brun en haussant une épaule, l'air amusé par la remarque, néanmoins.

Le guidant vers le rez-de-chaussée, même si Steve avait déjà repéré la disposition de la plupart des pièces en l'espace de seulement deux visites, il le laissa récupérer son manteau avant de s'exclamer :

- Vous m'avez bien dit travailler dans l'art, ce genre de choses ?

- L'illustration, plus précisément, mais oui... pourquoi ?

- Très bien, vous devez sûrement avoir de très grandes feuilles, alors... si vous voulez vous entrainer en dehors de nos leçons, je vous conseille de dessiner toutes les touches du piano sur une feuille, en respectant leur largeur évidemment, et de vous entrainer là-dessus.

- Sur une feuille ? répéta le blond avec surprise, un air plus que perplexe envahissant ses traits. C'est un peu...

- Quoi, vous trouvez cette idée ridicule ? Vous n'avez pas besoin d'entendre la musique se jouer, vous devez en priorité mémoriser les touches, et c'est un très bon moyen de le faire.

Encore un peu hésitant, l'ancien marine finit par acquiescer, l'air un peu plus convaincu. Si Stark lui proposait cet exercice, c'est qu'il pensait que cela pourrait lui être utile, et peut-être même avait-il déjà fait quelque chose de ce genre par le passé pour mémoriser les touches par lui-même.

- Très bien, j'essaierai pour voir ce que cela donne, merci du conseil, lâcha finalement Steve.

Tony, qui avait semblé légèrement sur la défensive se détendit aussitôt et acquiesça, plus pour lui-même que pour son interlocuteur.

- Très bien, je suppose que l'on se voit mardi pour la prochaine leçon, dans ce cas ? fit-il.

- J'y serai à l'heure, lui assura Steve.

Un petit sourire amusé se glissa sur les lèvres du plus vieux alors qu'il répliquait :

- J'espère bien.


- Alors, comment se passent ces fameuses leçons de piano ? questionna Rhodes plus d'une semaine plus tard, en s'affalant dans l'un des confortables canapés de Tony, abandonnant sa veste à l'autre bout.

Le brun eut une grimace amusée - cela lui faisait toujours plaisir de voir comme son meilleur ami se sentait à l'aise chez lui - et s'approcha des bouteilles pour les servir, tout en répondant :

- Plutôt bien pour l'instant. Rogers est quelqu'un d'assidu, il n'est pas là pour se tourner les pouces, et je n'en attendais pas moins.

Tony approcha de lui, lui tendant son verre de whisky avant d'aller s'installer avec le sien dans le fauteuil d'en face, dévisageant son camarade qui acquiesçait.

- Que pense-t-il de ce que tu joues ? Après tout, s'il t'a demandé de lui donner des cours, c'est qu'il doit trouver cela bien, n'est-ce pas ?

Un léger silence passa, durant lequel Tony prit le temps de boire une gorgée d'alcool qui descendit, brûlant l'intérieur de sa gorge sans qu'il n'y prête attention - question d'habitude - et répondit finalement, légèrement intimidé :

- Il est comme toi. Comme si ce que je jouais était parfait... c'est pourtant loin d'être le cas.

Son ami se contenta de secouer la tête d'un air désabusé à ces mots, et ajouta avec un petit sourire :

- S'il a le même avis que moi, je l'apprécie déjà !

Voyant que le violoniste allait ajouter quelques chose, il ne lui en laissa pas le temps et le devança :

- Tu as un don, et tu ne peux pas dire le contraire. Pas lorsque nous sommes deux à le voir.

Tony ignora ses dernières paroles et préféra ajouter :

- Quoiqu'il en soit, il progresse plus vite que ce à quoi je m'attendais.

Rhodes se contenta d'acquiescer à ces mots, l'observant un instant par-dessus son verre de whisky, son visage devenant plus sérieux alors qu'il changeait de sujet pour faire remarquer, mine de rien :

- Le prochain concours du Conservatoire est dans deux mois... que comptes-tu faire ?

Tony se renfrogna à ces mots, sa main se crispant douloureusement sur son verre alors que son regard échouait vers le sol par automatisme, les lèvres pincées. Pourquoi fallait-il donc qu'ils reviennent toujours à ce sujet douloureux et sur lequel ils étaient en désaccord ?

- Tu sais très bien que je vais retenter ma chance, comme d'habitude. Je ne leur ferai pas le plaisir d'abandonner.

Le brun s'attendait à une énième remarque de son meilleur ami, à vrai dire - ils avaient beau être très proches, Tony n'osait avouer que c'était sûrement la chose qui le blessait le plus, de voir son camarade ne pas le soutenir dans ses tentatives qu'il savait lui-même désespérées, ne faisant que le déprimer davantage. Néanmoins, et à sa plus grande surprise, ce ne fut pas de la désapprobation qui passa dans son regard cette fois-ci, mais un éclat lumineux annonciateur d'une idée.

- Et tu n'as jamais songé à passer ce concours à deux ?

Le musicien écarquilla légèrement les yeux de surprise, avant de se renfrogner presque aussitôt, et de répliquer :

- Je sais à quoi tu penses, et cela n'arrivera pas.

- Allez, c'est quand même une bonne opportunité, non ? Si jamais tu passes le concours avec ce Rogers, peut-être que tu réussiras !

- Je n'ai pas besoin de son aide pour réussir, répliqua Tony d'un air vexé, les dents serrés sans avoir le coeur à fixer son ami lui proposant cette idée totalement folle - et qui ne lui plaisait pas.

- Tony, j'ai toujours trouvé que tu avais une manière de jouer... parfaite, incroyable. Et certes, ils ne sont pas de mon avis - alors peut-être qu'à deux, leur avis changera, que le mix pourrait leur plaire et te permettre d'entrer au conservatoire. C'est une chance inespérée, tu ne peux pas passer à côté... si c'est vraiment ce que tu veux.

Un long silence dura après ces paroles, et le brun fit finalement remarquer, avec néanmoins moins de véhémence :

- Le concours est dans deux mois, et nous avons à peine commencé les leçons... s'il acceptait, ce dont je doute, nous n'aurions jamais le temps de lui donner un niveau parfait.

- Tu pourrais toujours rajouter une ou deux soirée de plus par semaine, je ne pense pas qu'il s'en plaindrait, bien au contraire !

Tony finit par secouer la tête de nouveau et lâcha :

- Personne n'accepterait une telle demande venant de quelqu'un qu'il connait à peine. Je passerai ce concours seul, comme je l'ai toujours fait.

- Mais, Tony-

- C'est comme ça, la discussion est close, le coupa son ami, posant un peu brutalement peut-être son verre de whisky à présent vide sur la table basse.

Rhodes retint le discret soupir qui voulait s'échapper de ses lèvres à ces mots et se contenta de secouer la tête d'un air désemparé, un peu triste aussi de voir son meilleur ami s'obstiner ainsi de la sorte, toujours en vain et sans chercher à aborder le problème d'une autre manière. Tony avait toujours été ainsi, borné à l'extrême, jusqu'à l'inconscience et il semblait que peu importe ce qu'il pouvait bien lui dire, rien ne changerait jamais ce trait de caractère chez lui.


- Alors, comment se passent ces cours de piano ? demanda Natasha à Steve le même jour, alors qu'ils se trouvaient chez le soldat, installés devant la télévision.

- C'est vraiment génial pour l'instant, s'enthousiasma le blond en se tournant vers elle, le regard brillant. C'est difficile évidemment, il faut dire que j'ai perdu la main, même si on dirait heureusement que je sais toujours lire le solfège correctement.

La jeune femme acquiesça, portant sa bouteille de bière offerte par le soldat à son arrivée chez lui à ses lèvres, l'air de réfléchir un instant avant de demander, intriguée :

- Et comment ça se passe avec ton prof particulier ?

- Stark ? C'est un bon professeur. Souvent impatient, même si je pense que c'est dans sa nature. Néanmoins, il est de très bon conseil et j'ai l'impression de m'améliorer à une vitesse folle grâce à lui.

Reportant son regard sur la télévision qu'ils regardaient tous les deux sans vraiment la voir, il ajouta :

- J'ai d'ailleurs encore du mal à croire que je n'ai pas besoin de payer quoi que ce soit pour ces leçons...

- Il y en a qui ont de la chance, s'exclama Natasha en lui faisant un clin d'oeil, amusé.

Continuant de boire tranquillement sa bière, elle changea soudainement de sujet et demanda, intriguée :

- Ton éditeur a-t-il trouvé un auteur qui pourrait avoir besoin de tes illustrations ? Depuis cette histoire de piano, tu ne m'as plus parlé de ton boulot.

- Oui, je suis allé le voir hier ! Il a trouvé quelque chose pouvant rentrer dans mon style de dessin, je vais m'y mettre dès demain, fit le blond avec enthousiasme, désignant d'un geste de la main la cuisine où se trouvaient sûrement les papiers sur la table.

- Tant mieux, tu me fais pitié, à tourner en rond dans le magasin quasiment tous les jours comme une âme en peine, fit remarquer la jeune femme avec un rictus moqueur.

- Je ne viens plus aussi souvent lorsque je n'ai rien à faire, protesta Steve en guise de réponse.

- C'est parce que tu es trop occupé à t'entraîner sur ton piano en papier, ricana-t-elle, sinon tu serais toujours dans mes pattes à la boutique, même si c'est pour ne rien acheter.

Sachant qu'elle avait raison, le brun ne répondit rien, se contentant de fixer l'écran devant eux sans un mot.

- En attendant, je m'améliore, fit-il après un instant de silence.

- Je n'ai pas dit le contraire. Et puis, c'est plutôt bien que tu vois un peu de nouvelles têtes, même si c'est ton prof de piano, j'étais en train de me demander si tu allais finir ermite au fond d'une grotte, à ne jamais sortir.

Steve grommela dans sa barbe inexistante à ces mots, même s'il savait qu'elle n'avait pas tout à fait tord, étant quelqu'un d'assez renfermé depuis qu'il était revenu ici et ne sortant que très peu, passant son temps à gribouiller pour des auteurs qui ne lui en étaient même pas reconnaissants. De plus, Natasha ne cherchait pas à être vexante - c'était dans sa nature d'être froide, ou toutefois le paraître sans le vouloir, ne faisant que donner le fond de sa pensée sans filtre. Steve lui était reconnaissant pour cela - il n'avait jamais eu besoin qu'on le ménage, ou qu'on le prenne en pitié après être revenu de la marine, comme certains avaient tenté de le faire. il avait déjà bien assez perdu là-bas sans voir ces regards dégoulinants de compassion.

- Il ne manque plus que quelqu'un avec qui tu pourrais sortir, continua-t-elle d'un ton badin, lui adressant néanmoins un minuscule sourire.

- Cela ne m'intéresse pas vraiment pour le moment, et tu le sais, la contra Steve.

La rousse se contenta de croiser les bras sur sa poitrine, un air faussement boudeur au coin des lèvres, et décida de continuer à regarder le film devant lequel ils s'étaient posés, ignorant totalement son ami, et si elle murmura "Rabat-joie", Steve fit semblant de ne pas l'avoir entendue, plus amusé qu'autre chose.


- Rogers ? s'exclama avec surprise Tony le lendemain en voyant l'ancien marine à sa porte.

Le blond semblait lui-même étonné de se trouver ici, même s'il avait tout de même fait le chemin jusqu'ici. Hésitant un peu, il adressa un sourire hésitant à son professeur de piano et lâcha :

- Bonsoir... je passais dans le coin, et je me suis dit que je pouvais m'arrêter un instant...

- Nous n'avons de cours ce soir, pourtant... fit remarquer Stark après un instant de silence, légèrement hésitant à son tour.

- Je sais, je venais juste comme ça, puisque c'était sur le chemin pour rentrer chez moi. Si je dérange-

- Non, pas du tout, le coupa aussitôt le brun, son air surpris vite effacé par un petit sourire plus qu'agréable. Vous voulez entrer prendre un café, tant que vous êtes là ?

- Oui, pourquoi pas, sourit le blond en se glissant à l'intérieur, heureux de sentir la chaleur de l'intérieur l'entourer comme une couverture réconfortante, lui permettant de quitter son manteau humide de la bruine de ce temps automnal qui faisait déjà jaunir les feuilles dans les hauts platanes du jardin de Tony.

Alors que ce dernier se rendait dans la cuisine pour préparer le café, il demanda d'une voix forte pour se faire entendre depuis l'autre pièce :

- Alors, que faisiez-vous dans le coin aujourd'hui, si vous êtes passés devant chez moi ?

- J'allais voir mon éditeur, répondit l'ancien de la Navy tout en s'installant sur l'un des fauteuils confortables dont il commençait étrangement à avoir l'habitude, bien qu'ils se connaissent seulement depuis moins de deux semaines.

Ne recevant pas de répondre de la part de son hôte, il attendit un instant avant de voir ce dernier revenir avec les tasses de café dans les mains, une boite pleine de carrés de sucre coincée sous un bras et un paquet de biscuits secs entre les dents, l'air concentré pour ne surtout rien renverser. Étouffant un rire en le voyant ainsi, il vint à son secours en récupérant le paquet avant de le déposer sur la table basse, se réinstallant plus confortablement dans le fauteuil par le même occasion alors que le brun s'installait en face de lui, poussant son mug vers lui.

- Donc, vous me disiez avoir été chez votre éditeur ? continua Tony d'un air intéressé, commençant à mettre un nombre impressionnant de carrés de sucre dans son café, sous le regard un peu perplexe de Steve qui se reprit et répondit :

- Oui, c'est lui qui s'occupe de trouver des auteurs qui ont besoin d'un illustrateur pour leur première de couverture, et me le propose s'il pense que cela peu correspondre à mon style. Je l'ai déjà vu il y a deux jours pour me proposer une illustration, et il m'a rappelé ce matin pour m'en proposer encore une autre. C'est rare que j'ai autant de travail d'un seul coup, d'autant plus que les deux dates limite pour réaliser les croquis sont très proches...

- Avez-vous besoin que l'on annule les leçons le temps que vous réalisiez vos dessins ? demanda Tony d'un air soucieux, ne voulant sûrement pas que cet homme se prive de son seul moyen de salaire juste pour jouer quatre heures par semaine ici, chez lui.

- Non non, absolument pas ! protesta aussitôt le blond, n'ayant aucune envie de se voir privé de ces leçons, même pour finir ses dessins. J'ai toute les journées pour les faire, ce n'est pas ces quelques heures en votre compagnie qui y changeront quelque chose.

- Comme vous voulez, répondit gentiment le brun, plongeant le nez dans sa tasse de café après s'être acharné à le touiller avec une petite cuillère.

Attrapant le paquet de biscuits pour se servir, il continua avec un petit sourire amusé :

- Alors, comment se passe votre entrainement sur piano en papier ?

- C'était étonnamment de très bon conseil, et c'est très utile, avoua Steve avec surprise, semblant toujours avoir du mal à croire que cela pourrait marcher. Je pense que ça m'aide vraiment à tout mémoriser plus vite.

- Bien évidemment, je ne vous l'aurai pas proposé si cela n'avait pas été le cas, fit remarquer Tony avec un petit sourire satisfait.

Steve se contenta de sourire légèrement en guise de réponse et plongea dans son café à son tour sans même y rajouter du sucre, observant une fois de plus les lieux. Cela n'était à présent plus la première fois qu'il mettait les pieds ici, mais la décoration intérieure excentrique le fascinait toujours autant, sans compter les somptueux tableaux. S'il ne connaissait pas la plupart des artistes, l'un d'entre eux, au style bien particulier attira son attention et il se redressa légèrement de son fauteuil avant de finir par se lever, ignorant le regard intrigué de son hôte pour aller observer de plus près, avant de lâcher après quelques secondes, sous le choc :

- Je rêve où est-ce que c'est un Picasso ?

Un bruit de gorge amusé échappa à Tony avant qu'il ne pose délicatement son mug sur la table et se lève pour le rejoindre devant le tableau - enfin, il s'agissait davantage d'un croquis mis sous verre - tout en répondant :

- C'est exact, je l'ai acheté il y a quelques années lors d'une vente aux enchères. C'était juste pour la satisfaction personnelle d'en avoir un, mais je dois avouer qu'il fait plutôt tâche dans ma déco.

- Cette oeuvre a-t-elle un nom ? continua le blond d'un air ravi, le regard brillant d'intérêt.

Tony devait avouer que c'était agréable de voir cet homme s'intéresser à ce genre de choses - après tout , la plupart des gens le prenaient pour un fou, ou un grand excentrique avec son nombre impressionnant de tableaux et d'instruments de musique étalés partout chez lui, et même Rhodes avait tendance à le lui dire, même si cela restait sur le ton de la plaisanterie.

- Vénus Foraine, 1966, lui souffla-t-il en guise de réponse.

Le brun ne put s'empêcher de sourire en voyant comme son invité semblait subjugué - même s'il l'avait déjà deviné, il semblait aimer énormément l'art, et partager cela avec quelqu'un lui faisait vraiment plaisir.

- J'allais jouer un peu avant que vous n'arriviez... voulez-vous écouter ? proposa-t-il soudainement, presque avec timidité, ayant étrangement peur que le blond ne refuse sa proposition.

Steve se tourna brusquement vers lui, son visage se fendant d'un sourire qui lui fit plus plaisir que ce qu'il n'aurait pensé. Il avait bien comprit que l'autre aimait ce qu'il jouait, mais en avoir à chaque fois la confirmation lui arrachait un sourire, qui s'étaient pourtant toujours fait rares chez lui.

- Avec plaisir ! répondit le soldat d'un air empressé, le regard brillant d'impatience.

Sans un mot supplémentaire, le brun l'entraîna jusqu'à l'étage, comme le premier jour de leur rencontre, le laissant s'installer sur le canapé de velours d'un bleu métallique alors qu'il évoluait dans sa chambre, semblant hésiter sur quel instrument attraper. Intrigué, Steve finit par demander :

- Jouez-vous toujours de la musique classique ?

- Oh, bien sûr que non ! Même si j'ai une préférence pour ça, en effet, j'ai déjà joué des dizaines de morceaux plus récents, et loin de la musique classique, expliqua Stark avec un petit sourire - il avait toujours cette douce fierté à peine cachée au fond de son regard lorsqu'il parlait de sa passion, qu'il partageait avec lui avec ferveur.

- Pourriez-vous me montrer ? demanda l'ancien marine, ses doigts s'agitant d'un geste distrait, espérant que son hôte n'allait pas le lui refuser.

Heureusement pour lui, il n'en fallait jamais beaucoup pour convaincre Tony et ce dernier acquiesça, son regard se baladant dans la pièce jusqu'à finalement récupérer une guitare posée contre un mur un peu plus loin, allant s'installer avec elle sur son lit un peu plus loin, les reflets du soleil de cette fin de soirée se reflétant telle une caresse sur le bois vernis de l'instrument.

- Est-ce que vous connaissez "Obstacles" de Syd Matters ? questionna le brun sans le regarder, s'occupant à régler les cordes de son instrument d'un geste précis et concentré.

- Absolument pas, avoua son hôte.

- Parfait, ce n'est pas drôle si je joue toujours des chansons que vous connaissez déjà, lâcha le brun avec un petit sourire, avant de baisser les yeux et de commencer les premières notes, résonnant dans toute la pièce avec une acoustique parfaite.

Le blond s'installa plus confortablement dans le canapé, les coudes sur les genoux et le visage coincé entre ses mains, le regard fixé sur son professeur de piano, fixant avec surprise la manière dont ce dernier jouait, les yeux fermés, comme s'il connaissait le morceau, l'emplacement des cordes par coeur, sur le bout des doigts même - et cela semblait être le cas. C'était doux et léger, s'accordant avec stupeur avec la quiétude qu'il ressentait à chaque fois qu'il montait ici et que la musique que Stark jouait, ou lui faisait jouer sur le piano, se glissait dans ses oreilles.

A vrai dire, il n'avait pas osé avouer qu'il avait eu besoin de venir ici, en cette fin d'après-midi grisonnante - du moins jusqu'à ce que le soleil ne s'invite par le fenêtre, quelques minutes plus tôt. Que c'était l'anniversaire de quelqu'un, l'anniversaire d'une disparition qu'il aurait voulu oublier, et qu'il avait eu besoin de ça, de la présence de quelqu'un, de la musique qui semblait faire des miracles sur lui, guérir son coeur comme un baume apaisant.

C'était l'anniversaire de quelqu'un à qui il devait toujours une danse qu'il ne pourrait jamais accorder, et qu'il s'en voulait toujours.

Tout à ses pensées trop moroses, trop sombres pour être partagées, trop tristes aussi, son regard avait finit par vagabonder, se laissant porter par les notes jouées par son hôte, et soudain il sursauta brusquement, reportant ses prunelles myosotis sur ce dernier, car sous son regard stupéfié, il venait de commencer à chanter, également.

- « Let's say, sunshine for everyone...»

Steve retint son souffle avec force, le regard écarquillé, comme si le bruit de sa respiration pouvait lui gâcher ça, la manière dont son coeur s'était comprimé en entendant la pointe de tristesse coincée dans la voix du brun. Ce dernier ne se rendait pas compte de ce qu'il provoquait, les yeux toujours clos, baigné dans le soleil de cette fin de soirée d'automne qui semblait s'être réchauffée, donnant des teintes d'or pur aux feuilles orange et jaune des platanes à l'extérieur, sans compter la manière dont son visage éclairé et ses cheveux ayant pris une teinte caramel lui donnaient des contours doux, effaçant les traits durs et droits de sa mâchoire.

- « But as far as I can remember...»

Pourquoi est-ce que cela semblait tant l'affecter ? Pourquoi, alors qu'il avait seulement cherché à se changer les idées, à oublier son passé rien que pour cette affreuse soirée, cette danse qu'il n'offrirait jamais semblait le narguer sous ses paupières, et dans chaque note qu'il entendait, dans chaque parole que Tony lui offrait, avec une voix de velours liquide qui lui arrachait le coeur ?

Il aurait voulu fermer les yeux, mais il ne pouvait s'empêcher de fixer le musicien, alors ses larmes glissèrent de ses prunelles encore grandes ouvertes, les lèvres pincées avec force et le sentiment d'être broyé de l'intérieur. Et si Tony releva enfin la tête vers lui, voyant pour la première fois quelqu'un pleurer face à ce qu'il était capable de jouer, et si cela sembla l'émouvoir au-delà de tout ce qu'il avait déjà vécu, alors ils n'en reparleraient pas.

Parce qu'il n'y avait pas vraiment de mots à mettre sur ce qu'il venait de se produire, après tout.


Commentaire d'auteur :

Et voilà ! J'espère en premier lieu que ça vous a plu ! C'était encore une fois un super chapitre à écrire ! :)

Tout d'abord, j'espère que l'arrivée de Natasha vous convient ! Si vous me lisez souvent, vous devez avoir l'habitude du huit clos de mes personnages - lorsque j'écris sur deux d'entre eux, je limite volontairement les interactions avec d'autres, car je n'ai jamais été fan des fanfics où des chapitres entiers ne sont pas en compagnie des deux principaux (et qu'on a tendance à ne même pas vouloir lire, arrêtons de le cacher ;)). Ce sera aussi le cas ici, pour que vous puissiez en profiter au maximum :) Néanmoins, il y aura toujours des petits passages, comme ici avec Nat ou Rhodes :)

Pour ce qui est de la fin du chapitre également, j'espère vraiment que ça vous a plu ! J'essaie toujours d'intégrer les noms de chansons et d'artistes le plus naturellement possible pour que vous puissiez les retrouver sans que je mette des notes d'auteur qui cassent l'ambiance du texte, et ce n'est pas toujours simple x)

Concernant d'ailleurs cette chanson, Obstacles, de Syd Matters, j'ai eu un vrai coup de coeur lorsque je l'ai entendue dans le jeu Life is Strange que certains d'entre vous connaissent déjà ! (Si ce n'est pas le cas, foncez bon sang, ou regardez un let's play, celui de SuperBrioche sur youtube par exemple, par tous les dieux, c'est un des meilleurs jeux qui soient !) Et pour ceux qui connaissent également ma fic Time is Out, petite info, cette fanfic avait été inspirée de ce jeu justement ;)

Breeeeef tout ça c'est du blabla inutile, j'espère en tout cas que ça vous a plu, on se retrouve vite pour le troisième chapitre, à bientôt ! :)