Les noms d'Hermione Granger

D'aussi loin qu'elle pouvais se souvenir, elle avait passé sa longue vie à fuir, et à mentir. Mais c'était dans sa nature. Elle ne s'était abandonnée qu'une seule et unique fois. Son cœur en avait été brisé. Elle avait juré que cela ne se reproduirait plus. Et pourtant...

«mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
Alfred de Musset


Bonjour bonjour mes petits chats.

Puisque le premier chapitre a eu l'air de vous inspirer, je vous donne dès maintenant le second, en espérant qu'il vous plaise tout autant. J'ai eu du mal à l'écrire, même en sachant ce qu'il devait contenir: j'essaye d'être aussi juste que possible au niveau historique et dans les personnages, et c'est parfois plutôt complexe. Enfin, je vous laisse à ce chapitre en vous souhaitant une très bonne lecture.

à très bientôt...


Chapitre 1.

1942.

Elle regarda les élèves entrer, assise à la table des professeurs. Encore une nouvelle année, sans aucun intérêt. Elle ne savait même plus pourquoi elle continuait de faire semblant. Pour Albus, sans doute. Elle ne s'attachait jamais aux élèves, même si certains l'intéressaient ou l'amusaient. Elle ne connaissait que trop la sensation de perte que l'on éprouvait à la mort d'un être aimé. Désormais, elle n'avait plus qu'Albus Dumbledore, le puissant professeur de métamorphose. Lui observait les nouveaux arrivants en souriant largement. Il les adorait. Mais il avait toujours été doué pour trouver le meilleur en chacun, c'était à la fois sa grande force et sa faiblesse. Il n'y avait qu'une personne qui ne lui inspirait pas confiance, sans qu'Hermione ne sache trop pourquoi. Un certain Tom, qu'elle n'avait que rarement croisé. Mais elle n'enseignait à Poudlard que depuis l'année précédente, et n'avait eu que la charge des classes les plus jeunes, tout en habitant en dehors du château. Le jeune Tom semblait, aux dires d'Albus, avoir tout pour lui. Beauté, talent, charisme. Mais son vieil ami le pensait plus... sournois. Il devinait en lui des intentions mauvaises, et ce depuis longtemps, depuis le premier jour en vérité. Quand il lui avait ordonné d'une voix impétueuse de lui prouver qu'il était un sorcier, quand Albus avait découvert ses trophées. Tom Jedusor entrait en sixième année, et serait l'un des élèves d'Hermione. Elle enseignait les runes anciennes et il semblait avoir un intérêt certain pour les formes de magies puissantes et oubliées. Malgré les conseils d'Albus, elle voulait se faire sa propre opinion. Elle avait vu nombre de gens que l'on pensait mauvais se révéler bons, et de grands sorciers être absolument monstrueux. Son regard chercha donc immédiatement son futur élève au milieu de la foule. Il l'intriguait. Jamais Albus n'avait parut si inquiet. Il sentait venir quelque chose. Mais son instinct l'avait déjà trompé si souvent... il en résultait la présence de leur plus cher ami dans une cellule au fin fond d'une prison sorcière du Nord.

Elle vit d'abord Abraxas Malefoy, ses cheveux blonds étincelants et son sourire satisfait, puis leurs compères habituels : Walburga Black, en septième année et bientôt mariée à son cousin Orion, Lucretia Black qui faisait de l'oeil au jeune Hernie Nigellus, descendant de l'un des pires directeurs de Poudlard, alors qu'elle était fiancée à Ignatus Prewett, assis plus loin sur la longue tablée des Serpentard et qui n'en avait cure. Le fils de l'affreux Herbert Beurk et de la pauvre Belvina Black, dont elle ne se souvenait plus du nom, Sean ?, lorgnait Druella Rosier, en face du petit Alphard qui les couvait tous d'un regard vaguement méprisant. Hermione dissimula difficilement un petit sourire. Ce gamin l'amusait. Il avait du cran... Tous les sang-purs ou presque étaient liés à la grande famille Black et il osait pourtant les défier allègrement du regard. Un courage digne des Gryffondor... Ceux-là étaient d'ailleurs, et de loin, les plus bruyants. Harfang Londubat se battait avec Caspar Croupton, se moquant sans doute encore de sa maladresse. Lorsqu'elle était venue en visite à Poudlard en 1932, Septimus Weasley charmait la jeune Cedrella Black et elle assistait aux prémices d'une grande histoire d'amour. Qu'ils étaient charmants... Cedrella avait perdu son héritage, mais les Weasley étaient parfaitement heureux. Charlus Potter, en dernière année, lui lança une oeillade amusée. Elle lui sourit doucement. Charlus était charmant, un véritable gentleman, qui se désespérait de devoir épouser Dorea Black, bien plus âgée que lui, dès sa sortie de Poudlard. Mais en attendant, il profitant allègrement de son sourire ravageur et de son regard doux. Il ne pouvait s'empêcher de passer la main dans ses cheveux bruns, comme il avait l'habitude de casser ses lunettes, qui pourtant lui donnaient un certain charme.

Hermione vit Charlus froncer les sourcils en direction de nouveaux arrivants, encore Serpentard : les Crabbe, Goyle, Bulstrode, Yaxley, Rosier et Macnair s'avançaient lentement, fixant haineusement les Serdaigle, indifférents. Hermione les appréciait beaucoup. Isla Macmillan, Anne Lestrange... Les jeunes filles de cette maison étaient vives et intéressées. Tout comme la jeune Minerva McGonagall. De loin l'élève la plus prometteuse à ses yeux. Elle entrait en septième année, comme Tom Jedusor. L'un comme l'autre brillants, ils ne se fréquentaient pas pour autant : leurs chemins étaient parfaitement opposés. Minerva, ancien Chapeauflou, était le fleuron de la maison des lions : élève la plus brillante de son année, véritablement douée pour la métamorphose, elle était en passe de recevoir le titre du Meilleur Jeune Espoir décerné par le Mensuel de la métamorphose. Néanmoins, elle semblait très préoccupée en ce début d'année. Presque triste. Elle mangeait seule, sans lever les yeux de son ragoût, sans prêter attention aux pitreries de ses frères assis plus loin. Hermione s'étonna de son manque d'entrain, puis se rappela que la jeune femme n'avait que seize ans et qu'elle découvrait sans doute les doutes et les chagrins inhérents aux premiers amours. Hermione se souvenait de cette époque de sa vie avec détachement, avec un froid désintérêt. Elle n'avait aucun espoir de connaître encore ces sentiments doux-amers. Un bruit détourna son attention, et son regard se porta sur le dernier arrivant. Tom Jedusor en personne. Un visage pâle et magnifique, des yeux d'un marron si foncé qu'il en paraissait noir, une robe de sorcier éliminée, surement d'occasion, qui ne parvenait pas à cacher sa grandeur naturelle... Oui, Tom Jedusor était beau, mais il était plus encore un grand sorcier. Et il le savait parfaitement. D'où ce maintient presque princier qui ne parvenait pas à camoufler des blessures bien plus profondes. Elle connaissait ce vide dans son regard, elle le connaissait parfaitement. Et il l'effraya un instant. Il la fixait. De son regard glacial que sa colère rendait pourtant vivant. Il détailla sa riche robe noire moldue, ses gants élégamment remontés sur ses avants-bras, le collier brillant qui ceignait son cou délicat... Puis il haussa un œil en voyant le chapeau à larges bords posés non loin d'elle et fixa à nouveau son regard dans le sien. Hermione se sentit comme scrutée de l'intérieur, et décela immédiatement l'attaque de Légilimencie qu'il effectuait. Un autre étudiant, ou même un professeur moins expérimenté qu'elle n'aurait rien deviné, mais elle n'était pas n'importe qui. Elle repoussa son attaque avec négligence et appuya légèrement sur ses barrières mentales. Son visage froid se figea de stupéfaction alors qu'elle faisait le tour de ses épais murs noirs. Elle ne vit aucune faille. Elle aurait pu le briser, connaître tous ses secrets, savoir qui il était, ses peurs, ses rêves, ses espoirs... Mais elle l'aurait rendu fou. Alors elle se retira doucement, un petit sourire sur le visage. Elle était Hermione Granger, même si on ne la connaissait pas sous ce nom à cette époque, et personne ne la soumettrait plus jamais. Jedusor s'assit lentement, ses traits déformés par haine. Hermione ne pu s'empêcher de lui envoyer un petit sourire amusé. Décidément, Albus avait eu raison. Il était brillant, mais à surveiller. Une haine palpable sommeillait en lui. Et pourtant, toute cette rage sembla disparaître de son visage comme par magie et il lui sourit aimablement. Il n'était pas stupide. Elle était la seule à savoir ce qu'il avait fait, et puisqu'elle même l'avait attaqué en retour, elle ne pouvait rien dire. Il avait simplement manqué de chance : un autre professeur ne l'aurait même pas remarqué.

Hermione tourna la tête. Elle savait ce qu'elle devait savoir.

Le professeur et Directeur Dippet se leva de sa chaise et leva son verre. Nul ne savait vraiment pourquoi il commençait toujours ses discours au beau milieu des repas, mais la réponse la plus probable était qu'il était simplement étourdi et totalement indifférent à la masse d'élèves assis devant lui. Il n'était pas un mauvais homme, mais il n'avait pas les compétences d'un directeur. Il était faible, et tous le savaient. Il était petit, bedonnant, et peu bavard. Il semblait d'ailleurs penser que les problèmes des élèves ne le concernaient en rien.

-Mesdemoiselles, Messieurs, bienvenue à Poudlard pour cette nouvelle année. Faisons simple et rapide. La forêt interdite l'est toujours, le couvre feu est toujours à vingt-et-une heures. Il est interdit de circuler dans le château sans raison valable après cette heure. Tout contrevenant sera sévèrement puni. Par ailleurs, le sous-directeur, le professeur Dumbledore, reprend cette année le poste de directeur de Gryffondor.

La table des Rouges et Ors se répandit en applaudissements.

-Oui oui, bravo, bravo... Quant au programme des Aspics, je vous annonce que le professeur Jones, Adaline Jones, assurera les cours d'Arithmancie des septièmes et sixièmes années en plus des cours de runes anciennes. Si vous souhaitez suivre ses enseignements, adressez lui un hiboux ou demandez-lui en personne.

Hermione sourit à ses futurs élèves. Elle remplaçait provisoirement sa collègue d'Arithmancie, enceinte jusqu'aux yeux. Cela ne la dérangeait pas outre mesure, elle aimait s'occuper. L'ennui était son pire ennemi, son démon personnel, qui faisait inlassablement ressurgir les mêmes souvenirs. Mais elle savait que beaucoup s'interrogeaient sur ses capacités : elle avait l'air si jeune, sans expérience... Aucun des professeurs ne se souvenaient de ses propres années à Poudlard, bien des années plus tôt, alors qu'elle était arrivée sous un autre nom, pauvre et démunie, l'une des premières Nées-Moldues de l'histoire du château... Poudlard avait été bien plus sélectif dans le choix de ses élèves quelques années plus tôt. Aujourd'hui, tout était différent. Elle n'était plus la même. Ses cheveux étaient bien plus clairs et disciplinés qu'alors, elle était bien plus élégante, maîtresse d'elle-même, charmante. Et elle le savait. Sans pour autant en jouer, non : elle n'avait nul avenir dans ces petits amusements.

Dippet continua son discours quelques instants avant de terminer, au grand soulagement des élèves comme des professeurs.

-Sur ce, je vous souhaite une excellente année à Poudlard !

Puis la répartition commença. Depuis des temps immémoriaux, la répartition avait lieu après le dîner : les anciens élèves dinaient tranquillement pendant que les jeunes arrivants grelotaient et frissonnaient de peur en imaginant le sort qui leur serait réservé. Mais Hermione avait la certitude que si Dumbledore devenait directeur, il changerait cette intéressante façon de faire.

Après un temps qui lui sembla infini, le directeur congédia enfin les élèves, et elle prit le bras que lui tendait un Albus légèrement pompette.

-Ma chère, voulez-vous que je vous raccompagne ?

Elle rit doucement et posa une main légère sur son bras.

-Allons-y Albus, nous avons à faire...

En sortant de la salle, elle lança un dernier coup d'oeil à Tom Jedusor. Ce dernier la fixait avec une aversion palpable. Elle sourit. Elle avait vu bien pire.

Hermione s'éveilla doucement, s'habituant à la pâle lueur qui illuminait la pièce, l'esprit encore remplit de ces souvenirs qui ne la laissaient jamais en paix. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait plus rêvé de sa première rencontre avec Tom Jedusor. Là où tout avait commencé...

Elle se leva, posant avec délices ses pieds sur l'épais tapis gris qui n'attendait qu'elle. Elle agita sa baguette et attrapa d'un geste la Gazette du Sorcier. En première page, un Harry Potter traumatisé, pendu au bras de son mentor, Albus Dumbledore, se tenait dans le grand hall du Ministère de la Magie. Oui, Voldemort était de retour. Elle soupira. Le vieux Directeur l'avait prévenue, un an plus tôt. Mais elle n'avait pas voulu rejoindre l'Ordre, elle ne voulait pas s'exposer, pas encore. Ou peut être qu'elle n'avait pas vraiment voulu le croire. Après tout, elle avait toujours été douée pour fuir les problèmes. Elle ne savait plus quoi faire. La guerre serait bientôt déclarée. Et son serment Inviolable la liait au Sauveur. Si elle fuyait, mourrait-elle ? Elle en doutait. Elle avait essayé, bien des fois, d'en finir. En vain. Elle guérissait. Comme par magie...

Mais ses interrogations pouvaient attendre. Elle avait un rendez-vous de la plus haute importance.

Une heure plus tard, elle était devant les grilles de la Prison Sorcière de Nurmengard, créée par Gellert Grindelwald lui-même pour enfermer ses opposants. Et dans laquelle il croupissait depuis bon nombre d'années. La prison était délabrée. Une tour, haute et sombre, au bord d'une falaise, dans un pays où le froid ne cessait jamais de sévir et où le soleil n'apparaissait parfois plus pendant des mois. Perchée dans la montagne, au-delà de la cime des sapins les plus hauts, la tour survivait, résistait aux assauts des vents furieux et de la neige, à la montagne qui menaçait à chaque instant de se dérober sous ses fondations. Il n'y avait plus que quelques prisonniers, trop inoffensifs pour être mieux gardés, mais trop connus pour être ramenés sur le sol Britannique. Les gardiens s'acquittaient de leur tâche sans grande conviction, mais tous voyaient depuis toujours cette femme aller et venir. Elle était leur petite légende, celle qui venait encore voir le prisonnier 23, qui ne pouvait même plus marcher.

Hermione sourit au gardien. Si ses souvenirs étaient bons, il s'appelait Alastor et n'était pas ravi d'être ici. Une affaire de rébellion contre l'autorité, sans doute. Punition temporaire.

-Bonjour, monsieur. Je viens voir...

-Le prisonnier 23, je sais. La coupa t-il. Veuillez me remettre votre baguette. À partir de maintenant, l'usage de votre magie est restreint, et interdit – et empêché- dans les cellules. Vous insistez pour voir le prisonnier, c'est à vos risques et périls. Le Ministère ne pourra être tenu coupable d'éventuels débordements et vous renoncez en entrant ici à toute poursuite à son encontre. Veuillez signer la décharge.

Elle signa le registre. Depuis les mois, les années précédentes, elle était la seule à encore venir. Il n'y avait plus que sa signature. Ses signatures. En feuilletant les pages jaunies par le temps, le garde aurait pu s'apercevoir que le nom de la visiteuse du prisonnier 23 changeait tous les dix ans. La première à être venue s'appelait Adaline Jones. La dernière signature était au nom d'Amélia Conroy, et c'était sans doute la dernière fois qu'elle l'emploierait. Après tout, elle se servait de ce nom depuis trop d'années maintenant. Si elle quittait Salem et revenait vivre à Londres, elle aurait besoin d'un nouveau nom. Peut être même qu'elle reprendrait le sien. Avec la guerre qui approchait, elle aurait peut être l'occasion de mourir sous sa véritable identité. À vrai dire, elle aurait beaucoup aimé.

Elle emprunta les couloirs décrépis et sombres, escortée d'un vigile à l'air intéressé. Il était vrai qu'elle avait tout d'une grande dame, vêtue d'un tailleur chic noir, d'un chapeau à voilette de la même teinte et de ses éternels gants.

-Alors... Il paraît que vous venez souvent ? Lui demanda t-il.

Elle soupira intérieurement.

-Oui.

-Nous allons nous voir souvent alors, je viens d'être muté ici, juste après Alastor, et je suis ravi de pouvoir faire ma part ! Même si j'aurais aimé être ailleurs... Il fait froid, vous ne trouvez pas ?

Hermione resta songeuse.

-J'aime le froid. Je viens d'un pays froid.

Elle fronça les sourcils. Elle ne savait même pas pourquoi une telle information lui avait échappé. Elle devait être bien plus prudente... À son grand soulagement, ils arrivèrent enfin devant la cellule 23. Une porte en métal, lourde et effrayante, qui suintait la mort et le désespoir. Hermione entra, en retenant les larmes qui menaçaient de couler dès qu'elle le voyait.

-Tu es toujours aussi sentimentale...

Un vieil homme qui avait du être sublime était allongé sur une paillasse posée à même le sol, son visage uniquement éclairé par une minuscule fente qu'il ne pouvait atteindre, quelques mètres plus haut. Son corps décharné et maigre fit frissonner Hermione. Comme toujours.

-Bonjour Gellert.

Elle s'approcha sans aucune peur et vint embrasser sa joue. Il n'avait plus que la peau sur les os. Une balafre fermait l'un de ses yeux, alors que l'autre était fixé sur Hermione.

-Toujours aussi magnifique ma chère.

Hermione plaça devant lui le cabas qu'elle avait auparavant fait fouiller par les gardes et en sortit une miche de pain frais, des cuisses de poulet et plusieurs flasques de jus de citrouille.

-Depuis quand ne t'ont-ils pas nourrit ?

Gellert haussa les épaules, nonchalant, gardant les mimiques de l'adolescent qu'il avait été, sublime et effronté.

-J'ai cessé de compter depuis quelques semaines.

Hermione sentit monter en elle une fureur terrible, qui fut aussitôt atténuée par une immense tristesse.

-Oh, Gellert...

Il ne l'écoutait déjà plus, dévorant la nourriture aussi vite qu'il le pouvait, assis sur sa paillasse, le dos contre le mur suintant d'humidité. Elle le regarda, comparant intérieurement ce vieillard mourant à l'homme magnifique qu'il avait été. Le temps n'épargnait définitivement personne. Elle l'avait aimé, comme son frère, puis bien plus que cela. Elle l'avait compris. Mais elle avait été prise entre Albus et lui, entre son meilleur ami et celui qu'elle aimait sans oser lui avouer. Elle savait que Gellert jouait avec Albus, mais Albus refusait de l'entendre, obtus et amoureux qu'il était. Et elle... Elle n'avait jamais été que la troisième roue du carrosse, du moins jusqu'à « l'accident ».

Gellert finit par poser la question qui lui brûlait systématiquement les lèvres.

-Comment va Albus ?

Il voulait savoir comment allait son vieil ami, son pire ennemi, celui qui l'avait vaincu, qui avait retrouvé le droit chemin. Il était fasciné par sa quête du bien. Et le détestait pour son abandon dans le même temps. Mais dans sa folie, alimentée par l'enfermement, le froid et les privations, tous ces sentiments se mélangeaient. Ne restait plus que la haine, l'obsession pour celui qui disait l'aimer et qui pourtant l'avait vaincu.

-Il se bat contre Voldemort.

Gellert secoua la tête avec un air de connaisseur.

-Oui... Il aura bien du mal avec celui-là. Je l'ai déjà rencontré. Mauvais jusqu'à la moelle...

Hermione détourna les yeux, fixa quelques instants le dallage répugnant.

-Veux tu que je bande tes blessures ? Je n'ai pas ma baguette...

Gellert lui sourit avec douceur.

-Pourquoi venir encore, Hermione ? Pourquoi retarder l'inévitable ? Je vais mourir, et tu n'y peux rien. Je ne suis pas toi, je n'ai nul avenir en ce monde. Laisse moi donc le quitter...

La brune secoua la tête avec virulence.

-Tais toi donc. Je t'ai apporté une couverture. Les gardes refusent que je prenne plus de choses.

-C'est très gentil.

Elle le couvrit et ils restèrent là, plongés dans le silence et les souvenirs. D'une époque plus heureuse, plus belle. Gellert finit par rompre ce silence.

-Voldemort... Il viendra pour moi. Pour la baguette. Il me tuera si la maladie ne m'emporte pas avant.

-Ne sois pas ridicule.

-Laisse moi finir, poursuivit-il difficilement. Je veux que tu cesses de venir, Hermione. Pars loin d'ici, mets toi à l'abri avant qu'il ne soit trop tard. Détruit les dossiers de visites ou changes de nom, disparais. Ils te traqueront et je refuse que tu souffres encore. Tu es une sorcière brillante. Fuis.

Hermione secoua lentement la tête.

-Je ne peux pas.

-Et pourquoi donc ?!

Même diminué, Gellert Grindelwald possédait une prestance inquiétante.

-Albus m'a demandé de protéger Harry Potter.

-Albus et ses demandes... Pense t-il à toi ?!

Hermione soupira.

-J'ai vécu plus que mon temps, je peux donner une part de ma vie aux autres et il le sait.

-Foutaises ! Tu as survécu, tu n'as jamais vécu.

Hermione ne répondit pas immédiatement. Évidemment, il avait raison.

-J'ai fait le Serment Inviolable.

Gellert soupira.

-Tu payes ta dette, n'est ce pas ?

À nouveau, elle ne répondit pas. Elle n'en avait pas besoin.

-Hermione... Quand cesseras-tu de te reprocher tout ce qui t'es arrivé ?

-Jamais, surement. Repose toi maintenant, Gellert. Je reviendrai bientôt.

Gellert attrapa son bras alors qu'elle se redressait.

-Je vais bientôt mourir, Hermione. Tu es la seule... Je n'ai que toi... Albus viendra t-il ?

Hermione secoua tristement la tête.

-Non... Il a juré de ne jamais venir te revoir. Il sait qu'il ne pourrait résister...

-Et toi tu le peux ?

Il sourit. Il ne lui en voulait pas. Elle avait été punie, tout autant que lui, et sans doute plus. Il n'avait pas à se plaindre. Lui aurait finalement la chance de quitter ce monde qui le détestait et qui -pire encore- l'oubliait progressivement.

-Je dois y aller. Tout va bien se passer. Il y a des livres dans le panier. Je le laisse là, un gardien viendra le chercher plus tard. À bientôt, Gellert.

Le vieil homme lui sourit alors qu'elle embrassait à nouveau sa joue.

-Au revoir, belle Hermione. Tâche de vivre...

Elle sortit, tourmentée, en remettant son chapeau. Gellert Grindelwald perdait l'esprit plus vite qu'elle ne l'aurait cru possible. Et pourtant... Il pensait mourir bientôt. Si il avait raison, alors elle perdrait une partie d'elle même. Sans doute pas la meilleure partie, mais celle qui avait fait sortir Hermione Granger de son monde bien ordonné.

Gellert Grindelwald. Que tous craignaient démesurément. Une légende, un fantôme, un nom à peine murmuré, évoqué avec prudence. Il avait un homme fabuleux, puis un monstre sanguinaire. Sans vraiment de transition. Sans vraiment de motif. « Pour le plus grand bien » ? Un génie, mais un génie tourné vers le pouvoir et l'ambition. Beaucoup se demandaient si il avait seulement un cœur. Hermione savait que oui, il avait bien un cœur, enfermé, brimé, écrasé par une couche de haine et d'indifférence. Elle l'avait détesté pour son influence sur Albus, qui le détournait de sa famille et de ses amis, puis elle l'avait compris. Elle avait compris ses espoirs, ses peurs. Mais sans jamais pouvoir approuver ses méthodes. Non, elle savait que ses folies les auraient tous conduits à la mort et à l'anéantissement. Néanmoins, il avait été là pour elle, il l'avait aidée. Elle s'était placée entre lui et Albus dans leur combat, essayant de retenir les personnes qu'elle aimait le plus au monde. En vain. Elle ne l'avait pas abandonné pour autant. On abandonne pas un être cher, même s'il est devenu un monstre.

1898.

-Arrête, Gellert, arrête... Albus va arriver !

Un grand brun aux cheveux ébouriffés et aux yeux brillants embrassa Hermione tendrement, appuyant ses lèvres sur les siennes, puis les faisant courir le long de sa mâchoire, de son cou fin et délicat. Ses mains parcourraient son corps qu'il connaissait par cœur avec des gestes d'une lenteur délicieuse. Hermione frissonna de plaisir et d'expectative.

-Gellert...

Ce dernier lui lança un sourire joueur en enroulant une mèche de ses cheveux autour de son doigt.

-Et même s'il arrive ?

Hermione se dégagea doucement de son étreinte et observa le soleil briller sur les environs du château. La tour d'Astronomie offrait une vue imprenable sur toute la vallée verdoyante. Pour Hermione, il n'existait pas de plus beau paysage. C'était chez elle.

-Tu sais ce qu'il éprouve pour toi.

Gellert haussa les épaules.

-Ça lui passera.

-Je suis sa meilleure amie.

Gellert eut un sourire malicieux.

-N'est-ce pas justement encore meilleur ?

La brune secoua la tête en soupirant et rajusta sa cravate rayée. Rouge et Or.

-Il n'y a rien entre nous. C'est un simple jeu... Je ne voudrais pas qu'il s'imagine des choses.

Gellert hocha la tête, pensif.

-Il pourrait y avoir bien plus, tu sais. Ma tante ne serait pas contre.

Hermione rit doucement.

-Ta tante n'est pas folle. Je n'ai rien à t'offrir, je suis pauvre et d'un sang douteux.

Gellert fronça les sourcils.

-Tu es une sorcière, cela écrase toute autre considération. Tu es brillante, magnifique, intelligente et … oui, ambitieuse. Surtout ambitieuse. Toi et moi, nous pourrions accomplir tant de choses...

Son amie de toujours lui tira malicieusement la langue.

-Nous les accomplirons, sans pour autant être un stupide couple sans amour.

Gellert détourna le regard. Jamais elle n'admettrait ses sentiments pour lui et il n'admettrait jamais pouvoir l'aimer. Cette petite Gryffondor qu'il avait rencontrée chez son ami Albus, un beau jour d'été, en revenant de Dumstrang. Elle était tout ce qu'il recherchait chez une femme. Elle était parfaite pour lui. Mais il n'y avait pas cette étincelle... Du moins, pas du côté d'Hermione. Il haussa les épaules et retrouva son sourire. Tant pis, il aurait essayé.

Hermione reprit lentement.

-Je ne désespère pas de trouver mon Prince charmant, je suis encore jeune...

Gellert rit franchement.

-Trouve le, je le menace, cela sera plus que divertissant.

Un bruit les fit se retourner. Albus Dumbledore apparut, ses cheveux clairs noués en catogan sur sa nuque, ses yeux bleus magnifiques pétillants. Il était l'un des plus beaux élèves de Poudlard, et il le savait parfaitement. Il était à Serdaigle, en septième année, et faisait des ravages. On aurait dit un ange. Ils se sourirent, complices. Depuis que Gellert avait été transféré de Dumstrang pour une deuxième septième année suite à des incidents inexpliqués et probablement létaux qu'il avait « inconsciemment » provoqués, ils formaient un groupe indivisible. Ils se comprenaient parfaitement, avaient les mêmes ambitions, et étaient liés par les liens les plus profonds qui puissent être. Mais au fond d'eux-mêmes, ils se savaient faillibles, enclins aux tentations de leurs cœurs corruptibles... Leur amitié, si fusionnelle soit-elle, était basée sur des secrets, et bien trop de mensonges. D'ailleurs, la colère et l'orgueil avaient commencé à ronger le cœur de l'un d'entre eux. Ils ne savaient pas encore que leurs rêves d'enfants provoqueraient une guerre.


REVIEW REVIEW REVIEW ! Que pensez-vous de mon deuxième chapitre ? Prometteur ? J'attends vos réponses avec impatience. En attendant plein plein de bisous et je vous souhaite d'être bientôt en vacances :D

XXX

J.