Chapitre 2

Note de l'auteur : Voici enfin mon chapitre 2 ! J'espère qu'il vous plaira et avant tout, je dis un gros merci à Pacifique qui est un peu devenue ma bêta - lectrice pour cette histoire. Le prochain sortira le 12 je viens de le finir. Parce que oui, la publication est différée, j'avais totalement oublié de publier ici :P


Gajil ne savait plus exactement quelle heure il était lorsqu'il avait appris la nouvelle. Tout lui était apparu flou à partir de ce moment là. Installé au bar à grignoter de l'acier et boire un verre d'alcool, dans le coin le plus sombre comme à son habitude, il avait juste observé le maître. Ce dernier avait reçu un étrange coup de fil. Assis sur le comptoir, il s'était saisi de sa boule de cristal lorsqu'elle une lumière étincelante en émana, signe qu'elle s'était allumée. Le Dragon Slayer avait simplement eut le temps de comprendre qu'il s'agissait de l'hôpital de Shirotsume qui avait effectué cette liaison. Puis Makarov s'était enfermé dans son bureau.

Un malaise l'avait envahi et il avait serré son verre tellement fort qu'il s'était brisé et que sa main s'était entaillée. La brûlure de l'alcool l'empêcha de réfléchir pendant une bonne minute. Son estomac s'était noué parce que Levy lui avait clairement dit pendant qu'ils marchaient qu'elle allait en mission dans la montagne près de Shirotsume. Il doutait que ce soit un pur hasard si l'hôpital avait passé un appel. Personne d'autre n'était en mission là–bas. Gajil avait un mauvais pressentiment et il croissait de minute en minute.

Une bagarre avait éclaté, noyant ses réflexions dans le bruit. Personne n'avait fait attention à la scène qui venait de se passer mis à part lui. Et peut–être Mirajane qui lui avait demandé sèchement pourquoi il avait détruit un de ses verres. Elle n'avait sans doute pas entendu ce qui avait été dit. Grâce à son ouïe fine, lui l'avait perçu. Tout comme il entendit le bruit d'une chaise qui venait vers lui. D'un geste vif, il se décala et l'objet lancé se brisa contre le mur à quelques centimètres de lui. Exaspéré, il roula des yeux lorsque le coupable se planta devant lui.

— Viens te battre la boite de conserve !

Les mains sur les hanches, Natsu semblait l'attendre. Tout excité par le chaos qui régnait, il se tournait à présent vers un combat intéressant n'est ce pas ? Gajil ne lui adressa plus un regard. Il ricanait intérieurement, sachant très bien que le Dragon Slayer de feu n'aimerait pas être snobé. Pourtant, il ne méritait que ça.

— Qu'est ce que t'as ? T'es malade ? T'as peur de moi c'est ça ?

Agacé, le mage d'acier grogna. Ne pouvait–il pas le lâcher deux secondes et aller voir ailleurs ? Il désirait juste un peu de tranquillité. D'accord, à Fairy Tail c'était mission impossible mais tout de même. D'un geste sec il se leva de son tabouret qui racla le sol et fourra ses mains dans ses poches, d'une humeur soudain devenue massacrante.

— Voila qui est mieux, allez viens te battre !

Natsu ignorait qu'il avait énormément de chance. Non vraiment, se battre contre lui n'intéressait pas Gajil aujourd'hui. Raison pour laquelle il se contenta de passer à coté de lui en lâchant un seul mot, ferme et définitif :

— Nan.

D'un pas raide, il monta au premier étage de la guilde, plus calme malgré le chaos innommable qui avait lieu sous ses yeux. Maintenant qu'il observait tous ces mages se taper dessus, il comprenait à quel point cela pouvait être puéril. Pourtant cela l'aurait peut–être défoulé de rejeter son mal être en rouant de coups une ou deux personnes qu'il n'aimait pas. Donc il restait là, accoudé à la balustrade à regarder le rez–de–chaussée d'un air absent, perdu dans son tourment.

Un frisson lui parcourut le dos lorsqu'il vit Makarov ressortir de son bureau. Bien plus lentement que lorsqu'il y était entré, son visage creusé par un air grave. Gajil grinça des dents pour calmer la tension de ses muscles. Rien n'allait aujourd'hui. Se mettre dans un état pareil pour une chose qui n'était peut–être même pas vraie n'était pas dans ses habitudes. Levy n'avait sans doute rien. Et même s'il lui était arrivé quelque chose, il n'avait pas à s'inquiéter de cette façon ! C'était totalement idiot et inconcevable. Il s'énervait tout seul, comme un enfant qui apprendrait être coupable d'une chose affreusement gênante et qui tenterait de préserver un semblant de fierté. Son propre comportement le rendait maussade.

Lorsque le soir vint, les mages rentrèrent chez eux, épuisés après leur bagarre. Pas lui. Il se faisait oublier dans son coin d'ombre. Seul le maître était également resté, assis au comptoir. Malgré son air inquiet, il semblait attendre quelque chose ou quelqu'un. Les minutes passèrent en silence après que les membres de Fairy Tail aient déserté les lieux. S'en était presque bizarre de ne plus entendre aucun bruit dans le bâtiment de la guilde alors qu'il était toujours si animé.

— Tu devrais être rentré Gajil.

Le Dragon Slayer fixait la ville plongée dans la nuit lorsque le maître avait prononcé ces mots. Il tourna lentement la tête vers lui et sortit de l'ombre, surpris de s'être fait repérer. Il ne sut quoi lui répondre. Dire qu'il avait un mauvais pressentiment et que son comportement étrange le perturbait ? A quoi bon ? Il ne s'inquiétait pour personne et ce n'était pas aujourd'hui que cela changerait. Personne ne devait être au courant de son trouble. C'était un signe de faiblesse qu'il ne pouvait se permettre de montrer. Les lèvres étroitement closes, il se contenta de descendre les marches du premier étage puis d'avancer lentement vers le bar, son regard planté dans celui du vieil homme. C'était la première fois qu'il entendait le parquet grincer sous ses pas.

— Vous aussi maître, avait–il rétorqué en s'installant en face de lui.

Habituellement, Makarov aurait souri. Mais pas ici. Il poussa un bref soupir. Gajil le connaissait, il l'avait déjà entendu à plusieurs reprises en lui parlant de Raven Tail et des informations qu'il avait pu récupérer. C'était le signe d'une mauvaise nouvelle.

— J'attends l'hôpital de Shirotsume, je ne peux pas rentrer. Levy, Jett et Droy ont eu un accident en mission, il faut les rapatrier.

Durant une longue minute, l'esprit du mage d'acier sembla se déconnecter de la réalité. Lorsqu'il y repensait à présent, il ne se souvenait plus de quoi que ce soit par rapport à ce moment. C'était un vide, un blanc. Ce qu'il avait pensé s'était finalement concrétisé. Les poings serrés et la mâchoire crispée, il ne parvenait pas à ouvrir la bouche. Que pouvait–il dire après tout ? Se lamenter ne servirait à rien. Il hocha simplement la tête, signe qu'il comprenait. Il ne parvenait pas à s'étendre davantage et n'en avait pas envie d'ailleurs. Les gens s'attendaient peut–être à ce qu'il s'effondre en montrant sa douleur à tous mais il n'en faisait rien. Plus tard, lorsqu'il serait seul, il pourrait se défouler. Le maître de Fairy Tail le fixa gravement mais il ne le vit même pas. Son regard était posé sur le sol, sa gorge bloquée.

— Jett et Droy semblent aller bien mais ce n'est pas le cas de Levy. Elle s'est fait ensevelir sous un éboulement.

Gajil voulut cogner. N'importe quoi. Une table, un vase, une chaise, une lampe, un rien ferait l'affaire. Sauf qu'il n'avait rien sous la main et ne pouvait pas bouger. Il devait se contenir et tout relâcher plus tard.

— Je lui avais pourtant dit de faire attention. Ses deux potes devraient être capables de la protéger quand même ! Quels incapables, on prend pas une mission difficile si c'est au dessus de nos capacités.

Makarov se releva et posa sa main sur l'épaule du Dragon Slayer, compréhensif. Même si insulter ses camarades ne se faisait pas, il ne dit rien. S'énerver et s'affoler ne changerait rien à la situation, le mal était fait. Mais Levy ne méritait pas ça, peu importe ce qu'elle avait. Il avait été tellement facile à Gajil de martyriser son petit corps qu'il savait plus que quiconque à quel point un rien suffirait à la briser. La voir blessée, couverte de sang, le perturberait sans doute trop pour qu'il se retienne. Il ne pouvait pas oublier qu'un jour, c'était sur ses mains à lui qu'avait coulé ce sang là. Le revoir lui serait insupportable. Il devait être masochiste puisqu'il avait choisi de rester avec le maître, à attendre. Il l'aiderait malgré tout ce que ça lui ferait. Il comprenait un peu pourquoi Makarov avait choisi d'attendre que tous les mages soient rentrés. Ils n'auraient même pas été capables d'emmener les membres de la Shadow Gear à l'infirmerie correctement, la foule aurait été trop dense.

La Lune était haute dans le ciel et il devait sans doute être plus de minuit lorsque la boule de cristal de Makarov sonna. Lors du premier appel, il avait été décidé que Jett, Droy et Levy serait rapatriés en train jusqu'à Magnoria. Le second appel consistant à dire qu'ils arriveraient bientôt en gare et que les trois mages seraient confiés aux bons soins de leur guilde. Cette fois le Dragon Slayer entendit toute la conversation. Les bras croisés, il tachait de garder une expression neutre même si ses mains étaient crispées.

— Tu es prêt ? On peut y aller ? interrogea Makarov une fois que sa boule se fut éteinte.

— Ouais, répondit brièvement le mage d'acier d'une voix blanche.

Le maître sauta habilement au sol malgré son âge et fixa Gajil durant quelques secondes. Seul un haussement de sourcils inquisiteur lui fut rendu. Ils laissèrent les lumières allumées en sortant puisqu'ils reviendraient ensuite. Une fois la porte verrouillée, le vieux mage rattrapa l'autre qui n'avait pas pris la peine de l'attendre. Le bruit de leurs pas résonnait fort sur les pavés de la ville endormie. Seul Gajil apparaissait comme un spectre lorsqu'il passait à coté de la lumière diffusée par les lampadaires. Il se fondait parfaitement dans la nuit ; c'était son élément. Son visage froid n'était visible que durant les quelques secondes où il n'était pas dans l'ombre. Makarov contrastait avec sa tenue colorée. À cette heure, ils étaient les seuls à marcher et le silence dominait. Comme toujours lorsque le Dragon Slayer était dans les parages. Marcher lui vidait l'esprit et le calmait même s'il avait toujours l'envie de cogner. Il n'avait pas la tête à parler, comme presque tout le temps.

Le visage emprunt de gravité mêlée de tristesse, le maître de Fairy Tail passa la grande arche en pierre qui indiquait l'entrée de la gare. Elle restait éclairée la nuit et des veilleurs étaient présents pour accueillir les voyageurs. Les trains de nuits étaient chose courante dans une ville aussi connue que Magnoria. Installés sur un banc à côté des quais, les deux mages attendaient malgré l'inquiétude qui montait. Gajil avait du mal à rester immobile. Il détestait cette situation. Être mal à l'aise et au cœur d'une histoire gravissime qui ne le regardait même pas. Les poings serrés dans ses poches, il semblait pourtant confortablement calé contre le dossier du banc. Il jetait parfois quelques brefs coups d'œil à son supérieur qui gardait les yeux fermés, lui aussi perdu dans ses pensées. Il l'entendait pousser de brefs soupirs. Apprendre qu'un membre de sa guilde avait été blessé l'attristait forcément. Surtout qu'il avait pour habitude de les appeler « ses enfants ». Gajil ne comprenait pas cette conception d'une guilde. Il ne voulait pas de parents, il n'en avait pas besoin. Il voulait juste du travail, pas se lier avec les autres par des sentiments futiles qui le feraient souffrir. C'était pour cette raison qu'il ignorait ce qui l'avait poussé à venir ici.

Lorsque le train arriva accompagné par le bruit grinçant des freins sur les rails, Makarov se leva, les bras croisés dans son dos. Il parraissait soudain plus las et vieux que jamais. Les muscles crispés, Gajil hésitait à les faire bouger. Comme si se lever lui apporterait une immense souffrance. Finalement il s'immobilisa en face d'eux et le Dragon Slayer se força à bouger en grinçant des dents. Jett et Droy furent les premiers à descendre d'un wagon à l'apparence différente des autres ; sa porte avait été spécialement étudiée pour laisser passer des lits à roulettes, des fauteuils roulants voire des civières pour les blessés les plus graves. Les deux garçons n'osaient pas regarder le maître tant ils semblaient abattus. Makarov ne fit pas attention à leur attitude fuyante et s'avança vers eux. Vu sa petite taille, les deux membres masculins de la Shadow Gear avaient beau regarder le sol, ils n'échapperaient pas à son regard.

— Jett. Droy. Ce qui est fait est fait, rien ne changera et se lamenter ne vous fera pas retourner dans le passé pour réparer votre erreur. Levy est encore en vie c'est le plus important.

Dociles, les deux garçons hochèrent la tête pendant que le maître tentait de les serrer tous les deux contre lui. Gajil renifla avec mépris dans son coin. Il était resté dans l'ombre, à distance, sans bouger. Jett retourna dans le wagon pour chercher Levy. Transportée dans un lit, elle était inconsciente. C'était mieux ainsi. Si elle avait été éveillée, elle aurait encore voulu lui parler et il ne voulait même pas croiser son regard. Le regard du maître qui était posé sur elle se tourna vers l'homme de l'hôpital qui l'avait ramenée.

— Qu'est ce qu'elle a exactement ? Jusqu'où s'étendent ses blessures ?

— Nous avons réussi à soigner par la magie la plupart de ses contusions et égratignures. Malheureusement son dos est atteint ; je doute qu'elle puisse encore se servir de ses jambes, expliqua–t–il avec tout le sérieux qu'avaient les médecins en annonçant un décès.

— Elle s'est fait ensevelir sous un éboulement, des rochers ont du tomber sur son dos, déclara faiblement Droy en serrant les poings. On a rien pu faire.

Gajil s'avança posément et on daigna enfin remarquer sa présence. Les deux partenaires de Levy ouvrirent la bouche de concert pour protester mais se ravisèrent. Cela ne le leur plaisait évidemment pas que le Dragon Slayer soit au courant d'une erreur pareille mais il l'aurait appris tôt ou tard.

— En mission, les erreurs ne pardonnent pas. Vous êtes les seuls coupables de son état. Si vous aviez pas été aussi inconscients en choisissant une mission au dessus de vos capacités vous en seriez pas là, grogna ce dernier entre ses dents en les foudroyant du regard.

— Enfoncer le couteau dans la plaie n'est pas la meilleure des solutions Gajil, le reprit le maître, courroucé.

Retourner le couteau dans la plaie ? Depuis qu'il était petit tout le monde ne faisait que cela avec lui. C'était en souffrant qu'on apprenait à ne plus commettre les mêmes erreurs. Tout comme Icare, Jett et Droy s'étaient brûlé les ailes en voulant atteindre le soleil. Les illusions de leur force étaient tombées. Vu l'état de Levy, peut–être ne recommenceraient–ils pas mais mieux valait appuyer là où ça faisait mal pour en être certain. Quoique, si la jeune fille restait paralysée, cela suffirait à leur rappeler leur imprudence. N'empêche qu'une telle attitude doublée de conséquences aussi dramatiques énervaient Gajil. Il n'avait rien ajouté de plus et s'était contenté de fixer la mage aux cheveux bleus sur le brancard. Il devait bien l'avouer ; il s'était attendu à pire. Dire qu'elle avait la colonne vertébrale brisée était déjà beaucoup. Intimement, le Dragon Slayer s'était pourtant dit : « que ça ? ». Certes, pas par surprise et déception, mais parce que son état aurait pu être bien plus grave. Elle était en vie, encore capable de réfléchir, de parler, d'user de magie et de s'occuper d'elle de façon à peu près autonome. Elle serait simplement en fauteuil roulant. Et peut–être même qu'on parviendrait à la guérir. Il ne pouvait s'empêcher de se dire que Levy avait eu beaucoup de chance. Même si être paraplégique n'était pas, en soi, quelque chose d'enviable.

La discussion entre Makarov et le brancardier le fit tourner la tête vers eux. Ce dernier était en train de lui donner une liste de médicaments et de choses à faire tant que Levy serait alitée. Il affirmait qu'une fois le choc psychologique passé, elle pourrait reprendre une vie tout à fait normale. Le maître paya le déplacement, le remercia gravement en lui serrant la main puis revint vers les mages qui attendaient patiemment.

— Allons–y les garçons, on va déposer Levy à l'infirmerie.

Seul Gajil resta immobile. Jett et Droy hochèrent la tête et tous les deux soulevèrent la jeune fille endormie pour l'emmener à Fairy Tail. En fixant son visage, le mage d'acier le trouva paisible. Ignorait–elle qu'elle ne pourrait plus marcher ou le lui avait–on déjà dit ? Au fond de lui, il était conscient que les seuls sourires qu'il risquait de voir à présent seraient lorsqu'elle dormirait. Quand les rêves prendraient le dessus et lui montreraient une vie plus facile que celle qu'elle risquait de vivre jusqu'à sa mort.

— J'vous laisse, il est tard, lâcha soudainement Gajil après un long et lourd silence.

Ce n'était qu'un prétexte pour les quitter en cours de route. Un sourire froid étira ses lèvres ; Jett et Droy n'en semblaient pas mécontents. Il s'en fichait, il devait réfléchir à ce qu'il s'était passé tout au long de l'après–midi. Et pour avoir les idées claires, il devait se défouler avant.

— A demain Gajil, répondit le maître en le fixant temporairement du regard.

Les deux mages de la Shadow Gear grommelèrent un vague bonne nuit qu'on sentait très clairement forcé. Il ne s'en vexa pas, ces deux gamins n'avaient pas changé, la preuve avait été donnée aujourd'hui. Sans plus s'embarrasser de politesses inutiles le Dragon Slayer coupa par une ruelle adjacente. Il leur jeta un bref regard une dernière fois avant de disparaitre dans l'ombre. Et une fois qu'il fut certain que personne ne l'épiait, il frappa dans un lampadaire si fort que la lumière s'éteignit et que ce dernier se plia sous l'impact. Et il recommença jusqu'à ce qu'il se sente mieux et puisse enfin rentrer chez lui.