Il faisait un temps de chien. Le ciel s'était couvert progressivement durant la journée, les nuages ne présageant rien de bon mais Lise n'y avait guère fait attention. Elle était trop pressée de sortir des marécages pour se soucier du temps. Ça faisait déjà trois jours qu'elle y pataugeait en se répétant qu'elle finirait par atteindre Flocombe en suivant la direction sud-ouest. C'était ce que sa carte indiquait, et elle suivait scrupuleusement sa boussole à l'azimut. Ce n'était pas difficile. Enfin, ça n'avait pas l'air difficile dans le livre qu'elle avait lu.
Lise en était à se dire qu'elle ferait mieux de brûler son guide de voyage (intitulé « pour voyager sereinement »), qu'il lui servirait au moins à faire cuire son dîner, lorsque la pluie arriva. Elle fut trempée jusqu'aux os en une fraction de seconde. L'averse soudaine ne lui aurait pas laissée le temps de sortir son imperméable, si tant est qu'elle ait eu l'idée de le prendre – au fin fond de son sac.
Le coin n'était pas dépourvu d'arbres pour s'abriter mais c'était le début du printemps et la végétation était encore chétive. Lise se mit en quête d'un abri, la mort dans l'âme. La dernière fois que ça lui était arrivé, elle était tombée sur un énorme pokémon plein de poils et de dents qui avait bien failli lui arracher un bras dans le processus de fuite. Heureusement pour elle, Lise courait vite et pouvait tenir sur une bonne distance – ou grimper dans un arbre au cas où. Elle ne pouvait pas lutter contre les pokémons sauvages pour la simple et bonne raison qu'elle n'en avait pas avec elle. Lise n'était pas dresseur pokémon.
Tous les gamins de son village ne rêvaient que de s'échapper hors de leurs montagnes perdues, de devenir dresseur pokémon et de parcourir le monde à la recherche d'une gloire toute éphémère. Lise s'était contentée de poursuivre ses études. Elle avait quitté un moment son patelin pour aller dans une grande ville et était revenue aider sa grand-mère dans son petit hôpital de campagne. Lise y serait restée s'il n'avait pas fermé, six mois plus tôt. Elle avait encore beaucoup de choses à apprendre mais elle savait se débrouiller avec le plus important : reconnaître les pathologies les plus courantes, recoudre une plaie, réduire une fracture, etc. En plus de ses guides stupides de voyage, elle gardait précieusement avec elle quelques livres de médecine. Ça pouvait toujours lui servir, se disait-elle, même si, pour l'instant, ils n'avaient fait que peser dans son sac.
Lise repéra un trou suffisamment grand dans une butte pour être appelé grotte, dissimulé par des végétaux. Ça avait tout l'air d'être le genre d'endroit affectionné par les gros pokémons à dents se soustrayant à la pluie, Lise s'en rendait parfaitement compte mais elle n'allait quand même pas rester sous la pluie en attendant qu'une broncho-pneumonie lui tombe dessus ! Elle sortit sa lampe poche de son sac à dos et s'avança prudemment en poussant les fougères et le lierre.
– Y'a quelqu'un ? murmura Lise. Je vais allumer.
Ce qu'elle fit, après hésitation. Pas d'elle, de la pile. La lampe avait pris l'humidité et semblait décidée à mourir entre ses mains. Dans les quelques flashs gracieusement offerts par la mourante, Lise distingua un espace suffisamment vaste pour un gros pokémon, mais vide. Il y avait bien un ou deux rochers au fond mais les rochers n'attaquaient pas les gens. Lise pénétra dans la grotte, juste de quoi se mettre au sec, et attendit quelques secondes, au cas où. Elle n'entendit aucune respiration ou grognements suspects et il n'y avait pas d'odeur particulière, à part celle, tenace, de l'humidité. Elle serait à l'abri de la pluie mais de là à être sèche demain matin, il y avait un gouffre. Elle n'était même pas sûre de pouvoir faire du feu – ce qui impliquerait d'aller chercher du bois, mouillé, dehors.
Lise posa son sac et s'étira. Elle avait mal aux épaules et aux lombaires. Il fallait dire qu'elle trimbalait beaucoup de matériel dans son sac. En dehors de ses précieux livres de médecine, elle avait emporté trois guides de voyage, un sac de couchage, une petite tente, une moustiquaire, de la corde, un réchaud, de la nourriture principalement déshydratée, des vêtements de rechange et une trousse de secours bien fournie, sans parler de sa lampe, de son couteau suisse et de quelques autres indispensables. Dix-huit kilogrammes. Elle avait vérifié avant de partir et amèrement regretté de ne pas être un peu plus charpentée.
En plus d'être frêle, Lise n'était pas bien grande. Si elle pouvait courir vite et longtemps, elle n'arrivait pas à porter des choses lourdes et nageait en plus très mal. Comme elle aimait à se le répéter, elle était clairement une intellectuelle. Si elle avait eu le choix, elle serait restée dans son village, à s'occuper de l'hôpital de campagne. Elle se serait empâtée avec l'âge, comme sa grand-mère, et aurait eu une longue vie tranquille, peut-être un mari et quelques enfants. Rien de transcendant mais ç'aurait été une vie certainement plus plaisante que d'être sur les routes à la poursuite d'un fantôme.
Lise soupira et s'assit par terre, regrettant aussitôt son geste en sentant l'humidité imbiber un peu plus son pantalon.
– Trempée pour trempée, geignit-elle en s'appuyant contre son sac à dos.
Elle avait un peu froid mais l'option feu nécessitait de se mouiller encore plus et se rouler en boule dans son sac de couchage allait tremper son duvet. Lise décida que c'était une journée de merde et qu'elle se vengerait en mangeant au moins une barre de chocolat entière après son dîner – il ne lui en restait plus beaucoup mais son moral en avait besoin. Elle ne fit pas attention à l'éternuement qui venait de derrière elle, allant même jusqu'à lancer un « à vos souhaits » par pure politesse. Aussi bizarre que cela puisse paraître – les rochers n'éternuaient pas –, aucune alarme ne se déclencha dans la tête de Lise. Elle se contenta de regarder la pluie tomber en broyant du noir. L'obscurité était de plus en plus épaisse et elle se rendait bien compte qu'elle allait quand même devoir ressortir pour aller chercher du bois mais elle se sentait tellement déprimée qu'elle préférait encore tenter la broncho-pneumonie.
Ce fut au deuxième éternuement que Lise sortit de ses mornes pensées. Il y avait quelque chose de vivant derrière elle, à un ou deux mètres seulement. Lise se mit à trembler de tout son corps, et pas seulement à cause du froid, de la faim et de la fatigue. Ça devait être quelque chose d'endormi lorsqu'elle était arrivée et l'humidité l'avait réveillée. Lise se mordit la lèvre inférieure en se rappelant que certains pokémons ressemblaient effectivement à des rochers et affectionnaient ce genre de recoin sombre.
Que faire ? Sortir en courant et en abandonnant temporairement son sac à dos lui paraissait être la meilleure option pour s'en sortir sans trop de casse. De toute façon, elle ne pouvait pas affronter un pokémon avec ses petites mains de fille. Lise renifla et tourna lentement les yeux, puis la tête, pour apercevoir ce qu'elle allait devoir affronter – enfin, fuir. Il faisait très sombre aussi ne vit-elle qu'une vague forme grisâtre recroquevillée dans le fond de la grotte. A un mètre cinquante d'elle. Le pokémon n'avait qu'un pas à faire pour la toucher – ou pire.
Lise n'attendit pas que le pokémon ait fini d'hésiter sur la marche à suivre. Elle bondit hors de la grotte, courant comme une folle à travers les broussailles et les marres, trouva un arbre suffisamment grand pour être en sécurité et y grimpa aussi haut que possible. Tout en reprenant son souffle, Lise remercia mentalement sa grand-mère pour l'avoir obligée à apprendre l'escalade quand elle était petite.
De là où elle était, Lise pouvait apercevoir l'entrée de la grotte. Le pokémon n'en était pas sorti, d'après ce qu'elle voyait aux alentours. Et il n'avait pas l'air de s'acharner sur son sac à dos. Il n'y avait pas de bruit non plus, à part les gouttes d'eau clapotant ici et là. La pluie tendait à se calmer, se transformant peu à peu en un petit crachin pénétrant et glacial. Lise s'assit sur une branche et n'en bougea pas pendant un long moment.
Il ne pleuvait plus et les nuages laissaient filtrer un timide croissant de lune lorsque Lise se décida à aller chercher son sac. Elle était transie de froid et elle mourrait de faim. Sa montre indiquait plus de minuit. Avec un peu de chance, le pokémon dormait et ne la remarquerait pas lorsqu'elle tenterait de récupérer ses affaires.
Lise descendit prudemment de son arbre. Ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité mais ça ne l'empêcha pas de se prendre les pieds dans des ronces ou de se retrouver soudainement avec de l'eau jusqu'aux genoux. Lise parvint quand même sans trop de difficulté jusqu'à la grotte. Elle s'y glissa le plus silencieusement possible, tendit le bras jusqu'à son sac qu'elle attrapa du bout des doigts. Elle tira doucement vers elle, ce qui fit tomber la lampe, jusque-là en équilibre sur le sac. Le choc déclencha la lumière et la lampe éclaira soudainement le fond de la grotte.
Ce que Lise avait pris pour un rocher n'était pas un rocher, comme elle l'avait craint. C'était un pokémon grisâtre replié sur lui-même, à la longue queue enroulée autour de ses jambes. Lise remarqua tout de suite les ecchymoses et les traces de sang séchées sur ce grand corps lisse et maigre. Les côtes apparaissaient dans le dos, ainsi que l'épine dorsale, nettement visible. Lise aurait pu les compter si elle en avait eu envie. Il était dans un sale état. Une bête blessée est généralement plus agressive que les autres, parce qu'elle a peur pour sa peau, mais celle-ci semblait avoir rendu les armes. Elle la regardait en coin, le fond de ses yeux réfléchissant le peu de lumière que la lampe projetait sur son dos.
Lise renifla. Le pokémon ne semblait pas vouloir l'attaquer. C'était une chance, elle le savait, mais elle n'avait plus du tout l'intention de s'enfuir en courant. Il était blessé or elle savait soigner ce genre de blessures. Elle avait même tout ce qu'il fallait avec elle, dans son sac. Bon, d'accord, elle avait appris la médecine pour les humains mais est-ce que ça changeait grand chose que son patient soit un pokémon ? Après tout, nettoyer et recoudre une plaie se faisaient de la même manière sur un animal ou sur un humain.
Lise se redressa et s'avança dans la grotte jusqu'à son sac, qu'elle ouvrit pour sortir sa grosse trousse de secours. Elle récupéra au passage sa gourde et un paquet de fruits secs qu'elle ouvrit pour en sortir quelques morceaux. Elle en avala quelques uns avant de s'approcher du pokémon, doucement et sans le regarder droit dans les yeux. Lise posa le paquet le plus près possible, laissa la gourde ouverte à côté. Il était difficile d'estimer le poids et la taille du pokémon tant il était recroquevillé mais il faisait partie de la catégorie « gros pas beau », la catégorie qui vous écrase par inadvertance en se grattant l'oreille.
Lise inspira un bon coup et ouvrit sa trousse de secours. Elle y récupéra des gants, du désinfectant, de la gaze et tout le nécessaire pour recoudre. Ce ne serait pas évident avec sa lampe de poche par terre aussi la récupéra-t-elle et la coinça-t-elle sous son bras. Le pokémon ne bougeait pas mais continuait à la fixer.
– Tu ne me comprends certainement pas, réalisa-t-elle en restant à un bon mètre. Je ne veux pas te faire de mal mais je risque d'en passer par là parce que je ne peux pas utiliser de crème anesthésiante. J'ignore si elle fonctionnera sur toi ou si elle provoquera une réaction pas vraiment désirée.
Lise enfila ses gants, sortit la gaze de son emballage stérile et l'imbiba de désinfectant.
– On va commencer par nettoyer les plaies, c'est le plus important, annonça-t-elle.
Elle s'avança un peu, guettant une quelconque réaction mais le pokémon n'en fit rien. Lise commença par ce qui était le plus prêt, à savoir l'imposante queue. Elle donnait l'impression d'avoir été mâchouillée à un certain endroit. Lise éclaira les plaies tout en les tamponnant avec sa gaze. Elle se risqua à baisser un peu la tête pour renifler les blessures mais elle ne sentit pas l'odeur caractéristique des chairs nécrosées. Les blessures semblaient récentes d'aussi près, peut-être moins d'une journée.
Lise continua le nettoyage des plaies, lentement, oubliant peu à peu qu'elle avait un pokémon sauvage pour patient. L'articulation du genoux attira particulièrement son attention. Elle était très similaire à celle d'un humain, avec la rotule bien visible et des ligaments s'accrochant aux mêmes endroits. Lise ignorait pratiquement tout de l'anatomie des pokémons, aussi supposa-t-elle que c'était normal chez un bipède. Il avait l'air bipède, même dans cette position. Il n'y avait qu'à regarder la jonction de son cou et de sa tête pour s'en rendre compte : le trou occipital était centré, comme chez les humains.
Lise croisa le regard du pokémon alors qu'elle se relevait pour vérifier l'étendue des dégâts sur sa tête. Ils restèrent une longue minute les yeux dans les yeux et Lisa constata qu'il forçait sur sa vision tout en étant particulièrement concentré. N'empêche qu'il louchait. Ça la fit sourire.
La tête était relativement épargnée par les contusions, à l'exception d'une belle entaille sur une espèce de tube reliant l'arrière du crâne au dos. Lise n'avait jamais vu quelque chose de semblable mais ça avait beaucoup saigné aussi supposa-t-elle que cette excroissance contenait des veines et des artères. Ça nécessiterait certainement quelques points pour aider les tissus à cicatriser – une vraie partie de plaisir en perspective. Un gros hématome s'était formé à la base du crâne et un autre campait sur pratiquement toute la partie gauche de la tête. Il avait certainement une commotion cérébrale, ce qui expliquait son état léthargique.
– Bon, soupira Lise, on va attaquer la partie moins drôle. Merci de ne pas essayer de me tuer dans les prochaines minutes.
Lise sortit son nécessaire à suture, prit une grande inspiration et se mit au travail, la lampe de poche coincée entre les dents. Elle commença là aussi par la queue, espérant que le pokémon comprendrait un tant soit peu ce qu'elle fabriquait – ou, encore mieux, qu'il resterait dans les vapes.
Sa mâchoire lui fit rapidement mal à force de serrer la lampe entre ses dents mais elle ne pouvait pas faire autrement. Elle avait besoin de toute l'amplitude de ses bras pour être efficace. Ce patient-là n'allait pas se tourner gentiment les pouces pendant une semaine en attendant que ses plaies se referment. Il n'allait pas non plus refaire ses pansements ou faire attention à tenir tout ça au propre. Autrement dit, Lise devait s'assurer que ses points tiendraient et que ses pansements seraient étanches. Il les arracherait certainement mais elle aurait au moins la conscience tranquille.
Concentrée comme elle l'était, elle ne vit pas immédiatement la main du pokémon se tendre jusqu'à son visage. Lise sursauta, se demandant ce qu'il voulait, puis réalisa qu'il lui prenait tout simplement la lampe et la pointait, avec plus d'efficacité, sur la zone que Lise était en train de recoudre. Elle en profita pour déglutir un bon coup puis réattaqua ses points. Sa grand-mère lui avait toujours dit qu'il ne fallait pas contrarier les bonnes volontés et Lise n'avait certainement pas l'intention de commencer maintenant.
Petit à petit, Lise termina son travail de suture. Certaines plaies avaient nécessité plusieurs niveaux de points tellement elles étaient profondes, en conséquence de quoi ses gants étaient tout tachés de sang. Elle en changea pour faire les pansements et tout son stock de gaze, de sparadraps et de bandes y passa. Elle en profita pour faire un bandage très serré autour d'une cheville souffrant d'une belle entorse. Lise fut ensuite embêtée par la poche de sang qui s'était formée à la base du crâne mais elle ne voyait pas trop comment la réduire, à part la percer. Normalement, on utilisait un drain pour ce genre de chose mais elle n'en avait pas avec elle. Elle n'avait pas non plus d'instruments pour surveiller la tension, ce qui était nécessaire en cas de drainage pour vérifier qu'on n'était pas en train de vider complètement de son sang le patient. Cette grotte manquait cruellement de moyens, blagua-t-elle pour elle-même en se reculant un peu.
– Je ne peux pas faire mieux avec les moyens du bord, annonça Lise. J'espère ne pas t'avoir fait trop mal.
Elle consulta sa montre. Il était presque trois heures du matin. La fatigue lui tomba soudainement dessus. Les nerfs l'avaient tenue éveillée jusque-là mais la pression était retombée à présent. Lise réalisa qu'elle avait très faim, qu'elle était toujours mouillée et qu'elle avait très probablement attrapé froid. Elle renifla et sentit son nez la chatouiller. Un terrible éternuement la secoua de la tête aux pieds.
– A vos souhaits.
– Berci, répondit automatiquement Lise en cherchant son mouchoir de poche.
Elle se moucha et réalisa avec un temps de retard que le pokémon venait de lui parler. Le mouchoir encore sur le nez, elle le regarda avec de grands yeux ronds. Bon, elle savait que certains pokémons étaient capables de répéter des phrases ou de communiquer sommairement avec les êtres humains, mais de là à parfaitement articuler et ressortir une expression entendue une seule fois dans un contexte précis plusieurs heures plus tard, il y avait de quoi être étonnée.
Le pokémon déposa la lampe de poche en équilibre, de manière à ce qu'elle éclaire le plafond. Les ombres profondes ainsi créées accentuaient les contours de sa face. Son museau n'était pas particulièrement proéminent, il n'avait pas de truffe mais des narines bien distinctes. De face, ses yeux semblaient centrés mais ils lui offraient certainement une vue périphérique très étendue. Ses arcades sourcilières étaient bien modelées et ses oreilles très haut sur son crâne. Lise fit appel à son imagination pour créer un crâne sans peau ni muscle. L'angle de la mâchoire était comparable à celui chez un humain et, à part une certaine longueur vers l'arrière, sa structure ressemblait globalement à celle d'un crâne humain. Le volume cérébral était nettement supérieur mais ça n'était pas impossible vu la taille de la bestiole. Elle avait l'air intelligent. Elle avait l'air de connaître les humains. Elle avait l'air de vouloir transpercer la tête de Lise de son regard. Ce qui la faisait encore loucher.
– V-vous voyez flou de loin ? demanda Lise en se rapprochant un peu.
En y repensant, c'était idiot de vouvoyer un pokémon, surtout qu'elle l'avait tutoyé à plusieurs reprises déjà, et plus encore de lui poser directement la question. Est-ce qu'il comprendrait ?
Le pokémon détourna la tête sans pour autant lâcher Lise du regard. Il n'avait pas compris, se dit Lise en fourrant son mouchoir dans une poche.
Que faire à présent ? Le soleil ne se lèverait pas avant quatre ou cinq heures et Lise se voyait mal déambuler dans les marécages jusqu'à l'aube. Elle était fatiguée et affamée. Quitte à prendre des risques, autant y aller à fond.
– Je vais aller chercher du bois pour faire du feu, lança Lise en récupérant la lampe torche. Comme ça, on pourra se réchauffer et manger chaud. J'ai l'impression que tu n'as pas mangé depuis un moment.
Le pokémon ne répondit pas et Lise se trouva particulièrement stupide. Elle sortit dans la nuit en quête de bois.
Faire du feu était une activité que Lise maîtrisait depuis longtemps. Certes, elle avait souvent mangé froid les premières semaines de son voyage mais elle arrivait maintenant à allumer un feu de camp en quelques minutes à peine. Par chance, elle avait trouvé un arbre mort adossé à une petite falaise relativement sèche. Le bois était à peine humide et les flammes s'en étaient emparées sans problème. Lise mit aussitôt à cuire une bonne quantité de riz dans sa gamelle en métal et réhydrata de la soupe dans sa petite casserole avec de l'eau préalablement bouillie. C'était le premier repas qu'elle partageait avec quelqu'un depuis bien longtemps aussi ne fit-elle pas attention aux quantités. Elle sortit des lamelles de viande séchée, des plaques d'algues, des pâtes de fruits et des barres de céréales en plus du riz et de la soupe. Un véritable festin de roi, à l'échelle de la grotte. D'ailleurs, le pokémon ne se fit pas prier pour manger et ça fit rudement plaisir à Lise.
