Lost dream.

Chapitre 2: Les yeux ouverts.

Disclaimer: tous les personnages sont à JK Rowling, et la chanson est de Mylène Farmer (« Rêver »).

Pour respecter le règlement FFnet, c'est la version sans paroles.

NdA: c'est une death-fic, PoV d'Hermione, classée M à cause de la violence. Le dernier combat se termine, et le vainqueur n'est pas celui que tout le monde espère. Voici le deuxième chapitre.

Reviews:

- Lunedorell: voilà la suite. J'espère que ça te plaira autant. Bises.

Les blessés affluent des quatre coins du comté. Et moi, je suis là, debout, vivante. Combien de ceux qui sont là ne passeront pas le jour ? Je préfère ne pas savoir. Je n'arrive même plus à regarder les visages. Trop de gens que je connaissais sont morts au combat ou en représailles des dégâts causés à l'ennemi. Padma et Parvati Patil, jumelles jusque dans la mort. Ginny, la sœur que je n'ai jamais eue. Fred et Ron, partis la rejoindre…Je ne vois que le deuil autour de moi. Le chagrin et la dévastation. Et Harry, où est-il ? Nous n'avons plus de nouvelles.

Une aube grise et sale dévore les vitres, donnant une lumière blafarde au poste avancé qui sert de centre de secours d'urgence. Je ne sais pas quelle heure il peut bien être. Il y a longtemps que j'ai perdu toute notion du temps. Je ne me souviens pas comment je me suis retrouvée ici. Je suis partie me battre comme les autres et puis…J'ai beau chercher, je n'y arrive pas. Je suis si fatiguée…Un nouveau convoi décharge doucement son lot de misères. Michael Corner, touché à la tête. Drago, qui a perdu un bras…

Je sors pour retourner au front, mais une main ferme m'attrape par le bras et me tire à l'intérieur. Quelqu'un a jugé que je n'étais pas prête1. Je suis lasse, si lasse…J'ai l'impression que le poids du monde est tombé sur nos épaules, même si celui qui en porte la plus grosse part se bat comme un lion pour l'alléger.

Je ne peux qu'errer sous les tentes, aller d'un blessé à l'autre pour tenter se soulager au mieux la misère. Je ne peux pas retourner me battre, je ne peux pas aider ces gens. Á quoi je sers ? Je vois madame Weasley dans un coin, en train de réconforter quelqu'un qu'elle ne connaît pas. Elle a perdu trois de ses enfants dans la première offensive…et elle s'occupe des autres. Je vais la voir et je la prends dans mes bras. Elle est un des deniers liens avec ma vie d'avant. Ma vie d'avant… Je ne m'en rappelle plus. N'ai-je existé que pour voir ça ?

Je me rappelle d'une herbe verte, du vent tiède et du soleil sur mon visage. Je me souviens du parfum de ma mère, des battements de son cœur quand elle me serrait dans ses bras. La douceur du velours…Et celle de SES mains la nuit dernière…

Je me rappelle des rires d'enfant, des couchers de soleil, du goût du miel. Je n'ai qu'à fermer les yeux, quand les Ténèbres deviennent trop lourdes, pour revoir tout ça. Même si ce ne sont que des visions fugaces, des sensations éphémères.

Pourquoi nous avoir élevés, si c'était pour mourir ? Pourquoi nous avoir appris tant de choses, si c'était pour ne pas nous laisser les vivre ? Une terre promise, juste entrevue.

Je suis là, impuissante, à regarder passer les blessés et les autres. Ceux qui sont morts et ceux qui vont mourir. Le jour est complètement levé, mais le plomb n'a pas quitté les nuages lourds. Le ciel nous enterre déjà, nous enterre aussi. Les guérisseurs venus en renfort sont débordés et courent dans tous les sens. L'un d'eux passe devant moi. Il n'a pas dormi depuis longtemps et sa blouse est couverte de sang. Il me regarde et s'éloigne sans rien dire. Je le suis. Je dois faire quelque chose, essayer de me rendre utile…

D'autres victimes arrivent, toujours plus nombreuses. Et tout ce sang. Il y en a partout. Je n'en peux plus, j'ai la tête qui tourne. Où est Harry ? D'autres visages familiers apparaissent, pâles, les yeux clos. Pansy Parkinson, Neville, Luna…Je n'arrive pas à me convaincre que certains d'entre eux ont cherché ce qui leur est arrivé. Je ne vois que des êtres meurtris, mourants pour la plupart. Nous sommes en train de payer pour un combat qui n'a jamais été le nôtre.

Un chant de victoire nous arrive, porté par le vent. Tout est perdu. Il a perdu. La rumeur parcourt le camp, semblable au grésillement de la pluie sur des braises mal éteintes. Puis un silence de mort s'abat, et je regarde dehors pour voir ce qui se passe. Depuis l'entrée du camp, deux guérisseurs portent une civière. Les gens baissent la tête sur leur passage, recueillis, trop fatigués pour réaliser que leur unique espoir vient de disparaître. Pourquoi continuer à se battre quand tout ce que nous aimons s'effondre sous nos pieds ? Autant attendre le coup de grâce.

La civière est déposée par terre et je m'approche. L'état de Harry est tel qu'il n'y a plus aucun espoir de le sauver et que les guérisseurs préfèrent s'occuper de ceux qui ont une chance de survie. J'ai envie de crier, de leur dire qu'ils n'ont pas le droit de le laisser mourir après tout ce qu'il a fait. Mais quand il ouvre les yeux, je comprends. Ce qui lui arrive est une délivrance trop longtemps attendue. Il en a assez, il veut partir pour un lieu où personne n'attendra de lui qu'il sauve le monde. Ses yeux verts sont fatigués de la lumière sanglante qui les brûle, de ces ombres sinistres qu'il traîne derrière lui depuis sa naissance. Pour lui c'est le début. Pour nous c'est la fin.

Je m'assied à même le sol et lui prends la main en m'attendant à ce qu'il grimace. Mais il est au-delà de toute souffrance. Voldemort lui a fait chèrement payer ses années d'errance dans les limbes de la non-vie. Les sortilèges qu'il lui a lancés ont fait de Harry une poupée désarticulée que seul le regret de nous abandonner retient encore à la vie. Plus pour très longtemps. Ses yeux se referment. C'est fini.

Je reste là à le regarder. Je ne peux pas pleurer. Je n'en ai plus l'énergie, et mes yeux restent secs d'avoir déjà versé tant de larmes. Quelque chose vient de se briser au fond de moi. L'espoir fou et maintenant perdu à jamais qu'on gagnerait la guerre, qu'on survivrait à la folie et à l'enfer. Je me relève, et ceux qui passent à côté de moi me bousculent pour tenter de sauver ceux qui peuvent l'être. Partout où mon regard se pose, je ne vois plus que deux couleurs. Du noir et du rouge. Des Ténèbres et du sang. Je ne peux pas rester ici et être témoin inactif d'un anéantissement programmé.

Je sors de la tente et quitte le camp. Personne ne cherche à me retenir. Les cris me guident, et je me retrouve à nouveau en première ligne. Je lève ma baguette. Les sorciers continuent à tomber autour de moi, victimes toujours plus nombreuses d'un carnage rendu inévitable par la haine. Tout se passe au ralenti. Je me retourne et vois l'éclair de lumière verte arriver sur moi.

Ma vue se brouille, et je tombe en lâchant ma baguette. La dernière chose que je sois avant d'être avalée par le néant, c'est une fleur blanche le long d'un talus.

1 L'explication est dans le troisième chapitre.