Part 2

Le trajet dans la voiture fut silencieux alors que Sam et Teal'c étaient tous les deux perdus dans leurs propres pensées. La voiture de Daniel était garée à l'extérieur de l'allée quand ils arrivèrent, mais ni Jack ni Daniel n'étaient à l'intérieur. Elle se rappelait clairement avoir éteint les lumières aussi en partant ce matin, mais elle pouvait voir de la rue qu'elles étaient allumées. Elle secoua la tête, déchirée entre l'amusement et l'agacement. Bien sûr, il n'aurait pas attendu qu'elle ouvre la porte. Pourquoi attendre au froid à l'extérieur quand vous pouvez entrer ?

Alors qu'ils se dirigeaient vers la porte, Teal'c plaça sa main sur le bras de Sam. Il lui sourit avec douceur. « J'aimerais que vous sachiez que je comprends votre réticence à répondre à O'Neill ce soir. »

Elle essaya de faire comme si ce n'était rien. « Ca m'a simplement prise par surprise. » Elle avait révélé plus qu'elle ne voulait avec son hésitation au dîner, si même Teal'c essayait de la réconforter.

« Moi non plus je n'avais pas réalisé une telle différence jusqu'à ce soir. »

Encouragée qu'il soit en accord avec elle, Sam sourit. « Je pensais que c'était seulement moi. »

Teal'c fit un uniquement hochement de tête. « Cette occasion est en grande partie triste, alors qu'elle devrait être joyeuse. »

Sam acquiesça, reconnaissant le sentiment étouffant qui conduirait rapidement aux larmes si elle le permettait. Elle devait diriger la conversation quelque part ailleurs sinon elle serait une épave. « Ce qui est vraiment triste, c'est l'idée que nous ayons laissé Cameron nous convaincre de jouer au basket. Faisons le pacte de ne jamais le refaire. »

Teal'c acquiesça avec gravité. « Je ne me laisserais plus jamais entraîner en un comportement de ce genre. C'est un sport frustrant, peu satisfaisant. »

Sam haussa les épaules. « Cela aurait probablement été plus satisfaisant si l'un de nous était bon. »

« O'Neill m'a instruit dans l'art de la boxe. C'est plus satisfaisant. Je l'enseignerais peut-être à Cameron. »

Sam éclata d'un rire franc. « Ca, ce serait satisfaisant. Soyez sûr de m'inviter à regarder. » Ils s'échangèrent un sourire avant d'entrer dans la maison.

Sam ne perdit pas une miette de la vue qui l'accueillit quand elle passa la porte. Jack s'était mis à l'aise. Il trifouillait dans sa collection de films, en en jetant un de temps en temps sur la table basse. Daniel se tenait debout dans le couloir, mal à l'aise, regardant Jack en grimaçant, et puis jeta un coup d'œil à Sam.

« Ai-je oublié de fermer la porte à clé ? » Elle savait que non, mais l'expression effrayée, innocente, sur le visage de Daniel rendait cela impossible de ne pas le taquiner.

Il déglutit et regarda furieusement Jack, qui continuait de choisir des possibilités pour le divertissement de la soirée sans reconnaître que Daniel avait été questionné. « C'était l'idée de Jack. »

« Sans rire. » Elle souriait d'un air narquois quand Jack leva enfin la tête.

« Cachez mieux votre clé de secours si vous ne voulez pas que les gens l'utilisent. »

« Et pourquoi avez-vous présumé que j'avais une clé de secours ? »

Jack fit les gros yeux. « Bien sûr que vous en avez une. Bien sûr qu'elle est sous le paillasson de bienvenue. Vous êtes simplement trop parfaitement normale pour ne pas avoir une clé de secours sous le paillasson. »

« Et quel aspect de ma vie, exactement, crie-t-il 'normal', monsieur ? » Elle avait un grand sourire en le regardant patauger pour trouver une réponse.

Finalement, il haussa les épaules, laissant ses yeux dériver vers ses amis. Puis il la regarda à nouveau avec un sourire triomphant. « Eh bien- » Il pointa du doigt Teal'c. « Il est alien et- » Il pointa un doigt sur Daniel. « Il est mort plus de fois que vous ne pouvez compter sur les doigts d'une main, donc vous êtes relativement normale. »

« Relativement, monsieur ? »

Il lui sourit sans être décontenancé. « Tout est relatif, n'est-ce pas ? »

Sam roula des yeux, mais elle se permit de sourire.

Sentant que Sam était en fait OK avec le fait qu'ils s'étaient permis d'entrer chez elle par eux-mêmes, Daniel se détendit. Lui et Teal'c s'installèrent sur le canapé et commencèrent à faire le tri parmi les films que Jack avait jugés acceptables. Sam ôta ses chaussures et rejoignit ses amis, s'asseyant sur le canapé entre les deux hommes.

Jack saisit le film que Teal'c avait finalement sélectionné et le mit en route. Puis il se tourna vers Sam. « Bière ? »

« N'en avez-vous pas eu assez au dîner ? » L'idée de bière lui était plus attirante qu'elle n'avait été alors, sachant qu'elle n'avait pas à conduire et pensant que cela empêcherait son esprit de faire la continuelle comparaison entre 'la Vie Avec Jack' et 'la Vie Sans Jack'. A la vitesse à laquelle la vérification interne se faisait, Sam n'était pas sûre de vouloir sortir du lit au matin.

« Je ne vais nulle part, Carter. »

Bien que ses mots fussent destinés à être pris au pied de la lettre et rien de plus, tout le monde devint étrangement silencieux, comme s'ils avaient tous réalisés simultanément qu'il pouvait y avoir la possibilité d'autres significations à son affirmation. Si Sam en était à l'étape de 'la Vie Avec Jack', elle aurait complètement ignoré toute possible, double ou triple signification et changé de sujet pour alléger le malaise de tous.

Mais Sam en était à l'étape de 'la Vie Sans Jack' et elle se retrouva à fixer ses yeux, n'ayant aucune appréhension d'une interprétation qu'il avait peut-être eu l'intention de faire. Le silence s'étira alors qu'il la fixait en retour, pris au dépourvu sur la façon de répondre quand la sage Carter ne recula pas la première. Il fit la même chose qu'il faisait toutes les rares fois où elle avait fait de même dans le passé – il se tint simplement là.

Daniel s'éclaircit la gorge, pensant qu'il était préférable de rappeler à ses amis qu'il y avait d'autres personnes présentes. « Alors, bière ? »

Sam se détourna la première, le rouge colorant ses joues. Ces longs échanges de regards étaient une chose de plus qu'elle additionna à la liste du pourquoi elle aimait Jack plus que Cameron. « C'est dans le frigo. »

Jack revint un instant plus tard avec trois bières et une bouteille d'eau pour Teal'c. Dès qu'il posa les bouteilles sur la table basse, Teal'c et Daniel, tous les deux, changèrent de place et s'installèrent dans les fauteuils. Jack et Sam regardèrent les places vides sur le canapé puis s'entreregardèrent.

Sam haussa les épaules. « Est-ce que je sens mauvais ? »

« J'espère que non, parce qu'il semblerait qu'il n'y ait nulle part ailleurs où s'asseoir. » Jack prit sa place, posa ses pieds sur la table basse, et étira son bras sur le dossier du canapé.

Teal'c avait appris de nombreuses choses de Jack de leur amitié au fil des années et, bien qu'il ne le mît pas souvent en usage, taquiner était l'une d'entre elles. Il sourit à la paire assise plutôt plus proche que de simples amis ne l'auraient fait. « Je serais plus qu'heureux d'échanger les places si vous préférez être assis ici, O'Neill. »

Jack fut stupéfait et fixa son ami, la bouche ouverte. C'était peut-être son apparence comique à cet instant. C'était peut-être la façon dont Daniel imitait Jack dans l'incrédulité. C'était peut-être la tension de la soirée.

Quelle qu'en soit la cause, Sam trouva que c'était drôle. Tellement drôle, en fait, qu'elle rît jusqu'à ce que les larmes coulent sur ses joues. Elle se pencha en avant et appuya ses mains sur son visage, essayant de stopper les vagues de fous rires qui la traversaient. Daniel et Jack la rejoignirent, tous les trois se délectant dans le rare instant joyeux rendu encore plus rare par le fait que cette plaisanterie-là, de Teal'c, était vraiment drôle.

Daniel démarra le film avec une Sam encore gloussante. Tandis qu'elle se penchait en avant, le bras de Jack glissa du dossier du canapé et sa main vint se poser sur la hanche de Sam. Elle ne le remarqua pas quand cela arriva, mais elle la sentit dès qu'elle se redressa. Daniel et Teal'c étaient concentrés sur le film et elle savait qu'ils s'en ficheraient, de toute façon, aussi elle se détendit et laissa sa tête se poser sur son épaule.

Sam s'endormit rapidement, bercée par le son apaisant du cœur de Jack battant sous son oreille. Quand elle se réveilla, elle se rendit compte qu'elle s'était installée plutôt confortablement dans son sommeil. Elle s'était tournée presque de côté sur le canapé ; ses pieds rassemblés sous elle, son bras enroulé solidement autour de la taille de Jack, son visage pressé au milieu de sa poitrine. Pour sa part, Jack n'était pas resté immobile non plus. Il avait saisi l'opportunité pour enrouler son autre bras autour d'elle et enfouir son visage dans ses cheveux.

Sam bougea légèrement en se réveillant, en grande partie dû à la nouveauté d'être dans les bras de quelqu'un, en particulier dans ceux de Jack. Elle fut surprise qu'il soit en fait réveillé et ait été ouvertement affectueux. Mais dès qu'elle leva la tête, Jack leva son doigt à ses lèvres pour lui faire chut. Elle se tourna alors, prenant note de ses amis, tous les deux profondément endormis dans leurs fauteuils. Le film n'était même pas à la moitié et tout le monde s'était déjà endormi. Sam sourit à Jack, se rendant compte que le manque de conscience des gars avait probablement été ce qui avait motivé Jack à s'ouvrir.

Jack mit son visage contre son oreille. Elle faillit paniquer, réalisant soudain que des années à désirer cela ne l'avaient pas préparée pour cet instant quand il agirait vraiment en accord avec leur attraction. Elle se sentit légèrement idiote quand elle réalisa qu'il murmurait seulement que son bras était engourdi. Elle couvrit son embarras en murmurant en retour qu'elle allait chercher de l'eau.

Elle récupéra sa boisson dans le réfrigérateur, mais ne retourna pas dans le salon. Elle s'appuya sur le plan de travail et prit des respirations lentes et profondes pour calmer son cœur battant la chamade. Elle avait peur de laisser ceci aller plus loin. C'était déjà allé trop loin.

Ce n'était pas qu'elle avait des doutes sur le fait que Jack était, et serait toujours, l'amour de sa vie. Ce n'était pas qu'elle ne croyait pas qu'il ne lui retournait pas intégralement ses sentiments. Ce n'était pas qu'elle pensait qu'être avec lui ne serait pas tout aussi parfait que ce qu'elle avait toujours imaginé. C'était le simple fait que ce qui semblait être le paradis le vendredi ressemblerait à l'enfer le lundi matin.

Leurs sentiments avaient été conservés dans une boîte, mise sous clé, pendant des années. De temps en temps, l'un d'entre eux y jetterait un coup d'œil et vérifierait et s'assurerait qu'ils étaient toujours là, mais qu'ils ne sortiraient jamais. Les reniant, se refusant même d'admettre à elle-même la plupart du temps qu'ils existaient, était la façon dont elle avait traversé les années en étant capable de ne pas se conformer à ces désirs. C'était ainsi qu'elle avait survécu la précédente année aussi, sans même pouvoir le voir quotidiennement. Mais on aurait dit que ces sentiments étaient fatigués d'être cachés et luttaient pour sortir à chaque occasion qui se présentait à eux – le voyage au chalet de Jack, des commentaires faits par hasard à de tierces parties intéressées, s'endormant dans les bras l'un de l'autre, quelques coups de fil espacés, lesquels avaient été, quelqu'un les aurait-il surpris, totalement inappropriés à la lumière de la règle de fraternisation pour deux personnes qui étaient techniquement encore dans la même chaîne de commandement(1), et même les plaisanteries de leurs amis.

Sam secoua la tête, redressa les épaules, et referma le couvercle de la boîte en le faisant claquer. Elle se retourna et découvrit que Jack se tenait dans l'embrasure de la porte. La douleur la transperça si soudainement qu'elle en eut le souffle coupé. Ce n'était pas la perte de l'impossible liaison qui n'avait jamais vraiment été ; c'était la perte de son ami le plus proche, à qui elle faisait le plus confiance – la seule personne qui pouvait lire son esprit d'un simple regard.

Le manque de pratique n'avait pas émoussé sa capacité à la lire. Ses yeux s'étrécirent très légèrement lorsqu'il vit la douleur et la résolution dans les siens. Il fourra ses mains profondément dans ses poches. « Je pensais que vous reveniez. »

Sa voix l'avait toujours touchée, même quand elle était fâchée ou effrayée ou le connaissait à peine. Le ton de sa voix déclencha quelque chose de primaire en elle et elle dut se détourner pour s'empêcher de s'éloigner de lui en courant.

« Carter ? »

Quelque chose de si simple que d'entendre son nom sortant de ses lèvres menaçait de la briser comme jamais rien ne l'avait fait. Sam croisa ses bras sur sa poitrine en un effort inconscient pour se protéger elle-même ou peut-être pour se reprendre. Elle leva les yeux sur lui ; le menton tremblant, les yeux humides de larmes.

« Vous me manquez. »

Elle n'avait pas voulu le blesser, mais dès que les mots étouffés passèrent ses lèvres, elle sut qu'elle l'avait fait. Elle regarda d'un air coupable alors qu'il détournait les yeux, sa respiration sifflante à chaque tentative, ses yeux se fermant étroitement de défaite. Elle aurait voulu savoir combien il souffrait à cet instant, même si elle venait juste de passer par là, et presque gagné la même bataille. Elle avait besoin de sa force, de sa victoire sur les émotions déchaînées, pour garder tout cela à l'intérieur.

Et elle était sincèrement déchirée par oui ou non elle voulait qu'il réussisse. Elle voulait courir dans ses bras et rester là pour toujours. Elle voulait qu'il disparaisse avant que quelque chose n'arrive qui ferait encore plus mal.

Et soudain elle comprit pourquoi il ne rendait pas visite, pourquoi il l'évitait quand il le faisait, pourquoi il essayait de garder leur contact au minimum. Ils étaient comme en train de se remettre d'une addiction et le seul moyen de rester propre était d'éviter la tentation.

Ses yeux rencontrèrent à nouveau les siens, révélant des émotions brutes qu'il n'avait pas été meilleur qu'elle à repousser. Il fit un pas vers elle. « J'aurais toujours à rentrer chez moi dimanche soir. »

Le problème avec leur addiction était qu'elle continuait de se fortifier, peu importait combien de temps ils résistaient. Le cœur de Sam manqua un battement comme elle avait une révélation. Elle ne voulait pas rester propre. Elle ne se donna même pas la peine de dire quelque chose. Elle referma simplement la distance entre eux. Son contact était plus que ce qu'elle avait jamais rêvé.

Elle se réveilla lundi matin dans le froid, la vérité crue que Jack était rentré chez lui. Tout semblait surréel et fait de rêves alors qu'elle faisait les gestes de la journée. Elle pouvait encore sentir ses mains sur sa peau, ses lèvres sur sa bouche. Elle ne put s'empêcher de penser que bien qu'il soit parti, il n'était pas rentré chez lui. Chez lui était avec elle.

C'est pourquoi tout cela paraissait tellement être une erreur.

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(1): Dans la plupart des fics post Moebius, les auteurs prennent le parti que Sam et Jack sont autorisés à poursuivre une relation suite au départ de Jack du SGC. Jack étant hors du SGC, ils ne sont plus sous la même chaîne de commandement…

Certains auteurs pensent qu'il y a encore un obstacle : le SGC étant sous la juridiction du Homeworld Security, Sam et Jack sont toujours dans la même chaîne de commandement… (la seule différence est que Sam ne rend plus directement compte à Jack, mais à Landry).
C'est cette dernière option que Jessa a choisi pour cette fic (dans 'The In-Laws', Jessa a choisi la première option…)

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Note : bon, je vous avez prévenu que ce n'était pas une fic drôle ! lol. J'espère que vous avez aimé quand même.