Les insultes fusaient, comme d'habitude.
Tant que ce n'étaient pas des assiettes, au moins, on ne risquait rien.
Mais le reste de l'équipage se crispait instinctivement lorsqu'une énième dispute éclata entre Zoro et Sanji.
- Sourcil bizarre !
- Tu m'énerves, tête de marimo !
- Tu veux te battre ?
Nami se leva, essayant de les calmer.
- Vous n'allez pas vous y mettre ! Sanji-kun !
Elle fixa le regard sur le cuistot blond qui bien évidemment se figea, la mine coupable. Il baissa la tête.
- Pardon, Nami-swan, murmura-t-il, penaud.
Zoro se tendit vers lui au dessus de la table, comme pour l'embrasser. Son poing vola et frappa de plein fouet son visage. Le cuisinier tomba en arrière sous l'impact, s'étalant de tout son long.
- Zoro !
- Sanji !
L'épéiste s'avança vers le maître coq à terre, d'un air sombre, les poings sur les hanches. L'autre se redressa en position assise, se massant la joue, effaré et furieux à la fois.
- Tu t'écrases comme un chien dès que ta maîtresse t'ordonne de te coucher, pas vrai ?, gronda le porteur de sabres avec un mépris non dissimulé.
- Et alors ? Tu penses que ton attitude consistant à chercher sans cesse la bagarre est plus intelligente ? Plus digne ?
Sa jambe jaillit comme une ombre, tapant en plein dans la rotule. L'escrimeur s'effondra à genoux en poussant un cri étranglé.
Le blond se redressa avec un beau sourire de vainqueur qui se transforma rapidement en grimace lorsque l'ancien chasseur de pirates se jeta sur lui.
Quand on réussit enfin à les séparer, ils étaient tous deux couverts d'égratignures et d'hématomes.
- J'en ai assez. Si vous avez un différend, réglez-le dehors !, s'écria la rousse, furibonde.
Cependant, aucun ne la regardait : Sanji avait les yeux rivés sur Zoro, en essuyant le sang qui coulait de son nez meurtri, à l'aide de sa manche; l'escrimeur, quant à lui, avait un œil à demi fermé, un bleu se formant autour de sa paupière, et pourtant il fixait son adversaire avec la même intensité.
- DEHORS !
Les combattants au sang chaud se retrouvèrent sur le pont du navire. Le ciel était d'un noir d'encre, car la nuit était tombée depuis longtemps. Il ne faisait pas froid, néanmoins le cuistot frissonna en se raidissant. Il se mit en position défensive, prêt à recevoir une attaque…mais Zoro s'était déjà éloigné.
- Hey !, fit le cuisinier en l'approchant, énervé. Qu'est-ce que tu fais ?
Le manieur de katanas s'apprêtait à faire un somme à la lueur diffuse des étoiles, bras croisés sous la nuque.
- HEY !, rugit l'autre en l'attrapant par le col. On n'avait pas terminé.
- Pour moi, ça l'était, lança le sabreur.
- Comment tu peux dire ça après…, commença l'ex-apprenti de Zeff avant de s'interrompre brusquement, les oreilles rouges.
Zoro lui jeta un regard interrogateur; l'expression du cuistot du Baratie passa d'une gêne passagère à une rage manifeste en un clin d'œil. Son sourcil en tortillon se fronça, et il montra les dents.
- Ce que tu m'as fait, l'autre jour…
- Si tu veux des excuses, je…
- Je veux savoir pourquoi !, s'écria le blond en plaquant ses mains de chaque côté de la tête verte. Je veux savoir pourquoi tu m'as fait ça.
- Je ne t'ai absolument rien fait, gronda le bretteur sur un ton menaçant.
Les propos de son vis-à-vis le mettait mal à l'aise, et, bien entendu, il détestait être mal à l'aise.
- Il ne s'est rien passé, alors arrête d'en faire toute une montagne et de t'exciter pour RIEN !, rugit-il soudainement en le repoussant violemment.
Le maître coq recula prestement, la surprise se peignant sur son visage fin. L'espace d'un court instant, la pensée de voir ce visage tordu dans la douleur et le désir accapara l'esprit de Roronoa, qui la chassa promptement, le rouge aux joues.
Haletant, il continua :
- Il n'y a rien à dire. Il ne s'est rien passé. Juste une dispute comme une autre. Alors arrête de ramener ça sur le tapis, tu m'entends, abruti de dragueur à la manque !
- Toi…, grogna Sanji en serrant les poings, à nouveau prêt à en découdre.
- Tu me fatigues, soupira le sabreur en se relevant. Je vais faire une sieste ailleurs.
Le pas pesant, il s'éloigna.
