OS - Les amants de Chicago
Couple: Edward et Bella
Rating: T
PDV: Isabella
Cambridge, Angleterre, 1890
« Joyeux anniversaire, ma chérie ! » s'exclama ma mère.
« Que tous tes vœux se réalisent ! » surenchérit mon père.
Ils savaient pourtant que mon vœu le plus cher était de rester vivre à Cambridge, de ne pas émigrer dans trois mois vers les États-Unis. Mon père avait un projet industriel très prometteur et voulait absolument s'implanter à Chicago pour le concrétiser. Les besoins en acier y étaient phénoménaux, le développement des chemins de fer et la reconstruction de la ville après le grand incendie en 1871 faisaient de cette ville un Eldorado. Non pas que nous manquions d'argent, mon père était juste quelqu'un de très ambitieux. De plus, étant un nouveau riche, il ne supportait plus le mépris des aristocrates anglais.
Je regardai chacun de mes parents et me maudis d'être aussi ingrate. J'avais la chance de vivre dans un milieu très aisé, j'avais eu une éducation à domicile et non dans un couvent loin d'eux, même si ma naissance avait privé ma mère de porter d'autres enfants, j'avais leur amour inconditionnel.
Nous étions tous les trois très proches. Ils m'avaient gâtée, couvée, chouchoutée. Ma mère m'avait peu à peu responsabilisée sans me forcer, me faisant participer aux tâches quotidiennes et aux sorties officielles, me laissait choisir mes robes, accessoires et surtout mes études.
Il était prévu qu'une fois à Chicago, j'aiderais mon père dans la mise en place de son usine puis dans la gestion. J'étais déterminée à le soutenir comme il l'avait toujours fait pour moi. Malgré tout je regrettais déjà notre départ d'Angleterre.
Ce soir-là pour mon anniversaire, mes parents avaient convié à dîner notre famille et nos amis ainsi que ses anciens associés et quelques voisins. C'était ainsi l'occasion de tous nous réunir avant notre départ.
Ce soir j'allais le rencontrer officiellement pour la première fois.
Nous nous étions déjà croisés mais pas un mot n'avait été échangé. Je rougissais dès que je l'apercevais, il était si séduisant et intimidant. Ses yeux étaient d'un vert profond, ses cheveux étaient blonds foncés avec des reflets cuivrés, et il était plus musclé que la plupart des jeunes hommes de son âge. Je savais déjà beaucoup de choses sur lui, je comptais parmi mes connaissances quelques commères.
Il s'appelait Edward Anthony Masen et avait dix-huit ans. Il avait emménagé à côté de chez nous un mois plus tôt avec ses parents. Il avait pour passion le piano et l'aviron, ce qui expliquait sa carrure d'athlète. Il allait à l'université de Cambridge et rentrait ainsi chaque soir chez ses parents. Il étudiait le droit, suivant les traces de son père, Edward Senior, avocat. Sa mère, Élisabeth, était une aristocrate. Elle s'était toujours montrée aimable envers nous, sans préjugés ni mépris, elle avait même déjà partagé le thé avec ma mère et moi.
En choisissant ma tenue ce soir-là, j'étais particulièrement nerveuse. Ma mère s'était gentiment moquée de moi mais m'avait aidée à être parfaite. Ensuite, je dus attendre l'arrivée de chaque invité avant de faire mon entrée sous les regards amicaux et bienveillants de nos proches. Plus que tout, je voulais plaire à Edward. Je le repérai rapidement, lui me fixait avec un sourire en coin, ce qui me fit encore plus rougir. Chaque personne me félicita pour mon anniversaire et aussi pour notre prochain départ. Pour tous, nous étions chanceux de pouvoir tenter une aussi belle et prometteuse aventure dans le Nouveau Monde.
Quand vint le tour de la famille Masen, je ne pus regarder Edward dans les yeux, tant j'étais troublée par lui. Ses parents sourirent à ma révérence et me souhaitèrent bonne chance. Puis Elisabeth me présenta Edward.
« Isabella, c'est un honneur d'être auprès de vous en cette soirée. Je suis ravi de vous être enfin présenté. » me dit-il d'une voix douce et envoutante.
Je ne sus quoi dire et après une autre courbette, je m'enfuis vers mes cousines. Je le suivais discrètement du regard toute la soirée mais ne pus soutenir son regard quand celui-ci croisait le mien. Ma mère avait remarqué mon trouble et profita que je m'éclipsai dans la salle de bains pour me questionner.
« Ce n'est que le fait d'être le centre d'intérêt de cette soirée qui me met mal à l'aise, maman. » mentis-je.
« Il faudra t'y habituer, ma douce. »
« Je le sais, ne vous inquiétez pas. »
Elle me sourit et retourna au bras de mon père. De les voir si heureux et unis me rendait fière. Ils étaient un exemple pour moi et j'espérais sincèrement pouvoir, à l'instar de ma mère, choisir mon époux.
Après le dîner, nous passâmes dans la salle de bal. Je fus contrainte de danser avec tous les célibataires, quelque soit leur âge. J'étais impatiente de danser avec Edward, mais au bout de deux longues heures à valser, il ne s'était toujours présenté pour me demander une danse. Alors que je décidai de faire une pause, une douce mélodie résonna. J'entendis quelques murmures impressionnés aussi je me tournai vers le musicien.
Edward avait pris place derrière l'instrument et joua quelques morceaux. Quand il termina sa prestation, il se leva et vint me prendre par la main. Devant tous les invités, Edward me déclara :
« Voici un cadeau modeste pour vos seize ans, Isabella. J'espère que cela vous aura plu. »
« Oui. »
Je ne pouvais pas articuler un mot de plus. J'entendis les applaudissements retentir mais j'étais dans une bulle et mes yeux étaient rivés à ceux d'Edward. Puis je sentis la main de mon père sur mon épaule, il remercia Edward ainsi que tous les convives pour leur présence. Il me donna le signal que je redoutais tant, je devais réciter un petit discours de remerciements. Edward ne me quitta pas mais dût lâcher ma main.
Après avoir récité les quelques phrases que j'avais répétées durant une semaine, la musique reprit. Aussitôt, Edward me tendit la main, m'invitant enfin à danser dans ses bras. Les valses étaient toujours jouées en fin de bal, leur acceptation et adoption par la bonne société avait pris du temps, du fait que les danseurs se retrouvaient enlacés. Nos regards ne se quittaient pas, je devais avoir l'air idiote tant je le dévisageais avec adoration. Il me souriait tendrement et au fil des notes, m'attira davantage contre lui.
Les convenances nous interdisaient une étreinte plus intime, j'eus la satisfaction au moins de pouvoir me délecter de sa fragrance. Extatique, bien que je n'aie jamais été ivre, j'imaginais que mon état relevait de l'ivresse. Mes jambes me portaient à peine, j'avais l'impression d'avoir perdu toute grâce, je me laissais guider par mon splendide cavalier.
Hélas, ma mère vint briser mon rêve éveillé. La musique s'était terminée et je remarquais que la plupart des convives quittaient la salle de réception. Affolée, je suppliais du regard Edward de ne pas partir, mais une fois de plus, les convenances de notre milieu étaient contre moi ce soir.
Je lui fis ma plus belle révérence. J'aurais voulu lui dire tant de choses, ma langue était soudainement dessoudée de mon palais, pourtant la présence de ma mère m'en dissuada. Elle avait beau être ouverte d'esprit, elle m'aurait durement rabrouée si j'avais osé demander à Edward de nous revoir devant elle.
Edward m'offrit un sourire magnifique, me baisa la main et me murmura un « au revoir » doucereux. Puis il quitta à son tour la salle de bal.
« Ma chérie, je crois que tu as oublié tes leçons de bienséance. » me dit ma mère doucement.
Je la regardais, mortifiée, avais-je réellement été inconvenante ?
« Tu as dansé près de quatre valses avec Edward, m'apprit-elle. J'ai dû retenir ton père, il n'a pas apprécié les manières de ce jeune homme. »
« Edward a été tout à fait correct, maman, je vous le garantis. Quant à la durée de notre danse, euh … pour ma défense, toutes les valses se ressemblent alors… »
Je rougis non pas à cause de mon impertinence mais plutôt au souvenir entêtants de ces instants avec Edward.
« Ne t'affole pas, ma douce. Nous ne t'en voulons pas. Je vous ai observé tous les deux, et tu as raison, il a été correct mais vos regards étaient si expressifs… Voudrais-tu que nous en parlions demain ? »
« Oui. J'aurais besoin de vous pour comprendre. »
Le lendemain matin, quelques amies furent conviées à déjeuner et sans chaperons, nous discutions librement. Inévitablement, le bel Edward fut notre sujet de conversation durant près d'une heure. Je ne voulais pas me confier à elles, aussi je me contentai de les écouter.
« Il paraît qu'il a repoussé Tanya. » partagea Angela.
« Mais non, enfin si, mais pas seulement après avoir abusé de ses charmes. » raconta Jessica.
« Il aurait même une chambre à sa disposition sur le campus. Mon frère l'a aperçu avec une rousse la semaine dernière et à la vue de leurs comportements, ils ne s'apprêtaient à étudier. » ajouta Lauren.
« En ce qui concerne Tanya, je peux vous dire qu'il s'est comporté comme un goujat. La pauvre est déprimée et ses parents veulent l'envoyer en Suisse, dans un couvent en montagne. »
« Mais pourquoi ? » demandai-je incrédule.
« Si nous sommes au courant, bien qu'écartées de mondanités, c'est que tout le monde sait qu'elle n'a plus sa vertu… »
« Oh ! »
Je fus si déçue. Je connaissais Tanya bien que plus âgée que moi de deux années. C'était une jeune fille douce, intelligente et d'une famille aisée. Elle avait à sa porte de nombreux prétendants. Je n'arrivais pas à croire à un tel comportement de sa part. Elle devait être effectivement effondrée car elle croyait beaucoup en nos valeurs.
« Mais ça n'enlève rien à son charme. Edward est si craquant ! » s'extasia Jessica.
« Et si galant… Dommage qu'il n'aime pas danser… » soupira Lauren.
Je me crispai aussitôt.
« C'est parce que tu es partie trop tôt idiote. Il a dansé avec notre Isabella pendant près de trente minutes. Les valses, évidemment. Son père a failli lui arracher les yeux ! » rigola Jessica.
Les regards de mes convives se braquèrent sur moi, ajoutant à ma gêne et au feu de mes joues.
« C'est un bon danseur. » fut tout ce que je trouvais à dire.
Heureusement pour moi, ma mère arriva et coupa court à nos discussions. Elle fut suivie des mères de la plupart de mes amies, et ensemble nous passions au salon prendre le thé.
Après cela, je n'arrivais pas à suivre la conversation, j'étais sous le choc des révélations sur Edward et sur sa conduite supposée. Ces paroles avaient contredit tout ce que j'avais pu apprécier la veille au soir. Il avait été galant, charmeur mais à aucun moment pressant ou inconvenant. Devais-je croire en des commérages ?
Après le départ de nos invitées, ma mère me demanda de la rejoindre à la bibliothèque. Je ne savais pas vraiment jusqu'où aller dans mes épanchements. Tout cela était si nouveau pour moi. J'avais bien suivie avec ferveur la romance d'une de mes cousines, mais tout m'était neuf et déconcertant. Rosalie s'était mariée deux semaines plus tôt, ce qui excusait son absence à mon anniversaire, elle ne rentrerait de son voyage de noces que dans un mois.
« Bien, Isabella. Je pense qu'il est temps que nous ayons une conversation urgente toutes les deux. J'ai surpris quelques bribes de vos bavardages aujourd'hui, notamment sur les exploits d'Edward. »
« Maman, je ne sais pas quel crédit nous devons apporter à ces paroles. Edward m'a fait une très bonne impression. »
« À moi aussi, et sa mère est tellement intègre que je serais étonnée si elle laissait agir ainsi son fils. Il est enfant unique, comme toi. Il lui incombe de réussir professionnellement et de marier un bon parti. Comme toi. Mais je doute que cela lui arrive ici. »
« Maman, que… »
« Isabella, ma douce, tu es encore si jeune et innocente. Ces rumeurs me sont parvenues peu après leur arrivée. Il semblerait que notre voisin ait goûté et même abusé de la vie londonienne avant de venir vivre à Cambridge. »
« Comment cela ? »
J'étais effectivement très naïve.
« Il est un beau parti et il a tant de charme. Rien d'étonnant à ce que toutes les jeunes filles à marier de Cambridge tentent de l'approcher. »
« Je suppose. »
« Mais tout cela m'importe peu en fait. Tu es encore trop jeune pour que nous pensions à ton mariage et surtout nous partons dans trois mois, tu ne le reverras plus. Tu auras connu ton premier béguin et cet émoi que tu as ressenti hier, dis-toi que c'est une belle expérience qui n'aura en rien entaché ta réputation. Bien sûr, la plupart des invités ont remarqué que vous aviez beaucoup dansé ensemble, mais après tout, tu étais la reine de la soirée. Il a joué en ton honneur et personne ne trouvera à redire là-dessus, tu peux dormir tranquille. » me dit-elle.
« Je suis soulagée par vos paroles maman, j'aurais été peinée de vous avoir déçus, vous et papa. »
« Tu en as appris davantage sur toi-même, n'est-ce pas ? »
« Oh maman ! Si vous saviez… j'étais comme dans un rêve ! Il a vraiment été parfait. Je ne me fais pas d'illusions, comme vous venez de me le dire, nous partons bientôt et je suis trop jeune. Mais cette expérience m'a beaucoup apportée. J'ai vaincu ma timidité et je serais sans doute plus à l'aise aux prochaines réceptions. »
« Alors tout va pour le mieux, ma douce. Ton sourire hier soir a été le plus des cadeaux que tu pouvais me faire. Tu m'as semblé être si heureuse. Seule une mère peut s'apercevoir de ces choses-là. Isabella, tu deviens une jeune femme. Je pense qu'à notre arrivée à Chicago, je te présenterai en tant que tel. Tu sais qu'il y aura aussi un bal des débutantes et l'année prochaine, pour tes dix-sept ans, tu seras la plus belle jeune fille, tous les beaux partis voudront te courtiser. Tu pourras choisir selon ton cœur parmi eux, je te le promets. »
Je la remerciai chaleureusement et me jetai dans ses bras.
Les semaines qui suivirent me furent pénibles, à chaque occasion on me rappelait notre départ. Je n'avais pas revu Edward, si ce n'est croisé ou aperçu de loin. Et à aucun moment, il n'avait entamé une discussion amicale. J'avais même l'impression douloureuse qu'il me détestait, ou tout du moins m'évitait. D'autres rumeurs me parvinrent sur ses écarts de conduite et sa mère ne vint plus chez nous.
Ma cousine Rosalie m'invita à l'accompagner en ville une semaine avant notre départ. Étant une femme mariée, elle pouvait sortir sans chaperon, pas moi, j'étais donc sous sa responsabilité.
« Alors, comment s'est passé ton anniversaire ? » me demanda-t-elle.
« Très bien, j'ai reçu de merveilleux cadeaux et mes parents ont pu faire dignement leurs adieux à notre famille et à nos amis les plus chers. »
« J'en suis ravie, j'aurais tant voulu être là. Tu ne m'en veux vraiment pas ? »
« Bien sûr que non ! Tant que tu es là pour mon premier bal l'année prochaine !»
Rosalie avait épousé Royce King, dont la famille était implantée en Louisiane. Il avait continué à gérer quelques affaires à Londres mais comptait rejoindre très prochainement les États-Unis. Aussi, même si nous allions être à des jours de voyage éloignées, j'aurais le bonheur de rencontrer ma cousine pour au moins les grandes occasions.
« J'ai hâte Bella ! Je t'aiderai à choisir ta robe. J'en ai déjà parlé avec ta mère ce matin tandis que tu étais à ta leçon, et elle a accepté mon aide ! »
« Accepté ou cédé ? » répliquai-je moqueuse.
« Peu importe ! Même si Chicago est une grande ville, il te faut commander la robe au moins trois mois avant. Tu devras faire attention à ton poids pour ne pas avoir à modifier la robe en catastrophe et je te conseille de ne plus couper tes cheveux. »
Ma coiffure avait toujours été un sujet sensible avec Rosalie. Ma mère avait accepté que je les coupe le plus court possible, en dessous des épaules, pour que je puisse toujours arborer un chignon élégant. Mais Rosalie désapprouvait, même si désormais elle avait adopté une coiffure soignée comme toutes les femmes mariées, elle avait une longue chevelure brillante et blonde qui lui descendait sous sa taille qui faisait sa fierté.
_oOo_
Le jour du départ arriva. Nous avions empaqueté tout ce dont nous voulions emporter et le reste, la maison, les meubles, les carrioles et chevaux allaient être mis en vente par le père de Rosalie, le frère de mon père. Notre première occupation allait être de nous trouver une maison à Chicago et de la meubler avec soin selon les critères des Américains.
La traversée de l'Atlantique durera un mois. J'avais été malade, ainsi que ma mère, durant près de deux semaines. Mon père tournait tant en rond qu'il se joignit rapidement à l'équipage et effectuait diverses tâches de matelot. Ma mère et moi l'admirions pour son énergie, sa bienveillance et ses manières simples envers des gens qu'il n'avait pas l'habitude de fréquenter. Il pouvait tout faire, il savait relever ses manches et agir. Le reste des voyageurs étaient des gens peu fortunés et nous avions facilement sympathisé avec la plupart d'entre eux.
À notre arrivée à New York, nous dûmes patienter quatre jours pour la vérification du bateau et de notre santé. Le gouvernement américain tentait d'éviter la venue d'épidémies. À Connie Island, où nous étions stationnés, je découvrais de loin New York. J'avais pris mon parti d'aimer cette nouvelle vie, de ne rien regretter de l'Angleterre. Un jour peut-être je pourrais y retourner comme un pèlerinage. J'allais devenir citoyenne américaine et je comptais bien m'adapter.
A Nez York, nous prîmes vraiment la mesure de ce dépaysement. Tout y était si différent et semblable à la fois. L'accent était différent mais nous parlions la même langue. Il n'y avait pas de famille royale, le droit de vote donnait la chance aux hommes d'élire leur gouvernement. C'était une société si cosmopolite, si diversifiée comparée à Cambridge !
Les mois qui suivirent furent rythmés par des réceptions et des mondanités. La journée, mon père enchaînait les rendez-vous financiers pour monter son usine tandis que ma mère et moi découvrions la ville et embellissions la maison que nous avions achetée peu après notre arrivée.
Rosalie vint comme promis chez nous trois mois avant le bal. Elle m'aida au choix de la couleur et du tissu de ma robe, elle avait dû batailler contre moi pour me faire essayer des sous-vêtements à froufrous. Ma mère participait gaiement à ces préparatifs. Elle posait sur moi régulièrement un regard troublé, elle était émue, disait-elle alors, de me voir si belle.
Ma cousine resta avec nous un mois. Cela m'avait réjoui jusqu'à ce que je surprenne une conversation entre elle et mon père.
« Rose, je ne sais pas quoi faire. En as-tu parlé avec ton père ? »
« Oui, oncle Charlie, et lui comme ma mère ont refusé. Ils ne voient que l'étiquette. Mais je n'en peux plus, mon oncle, aidez-moi, je vous en prie. »
« Tu seras reniée par eux, tu le sais. »
« Ils ne quitteront jamais l'Angleterre, de toute façon. Et je sais que je serai damnée mais je ne peux plus vivre dans la peur. Je vais mourir sous ses coups si j'y retourne ! »
Ma cousine pleurait bruyamment et semblait désespérée. Alors que je me décidais à me montrer, ma mère, qui était arrivée discrètement derrière moi, me retint. Elle me sourit tristement et nous écoutâmes la suite de l'entretien.
« Ma pauvre nièce. Je suis d'accord, reste avec nous et demande le divorce. Mon avocat sera à ta disposition. Tes lettres du médecin de la Nouvelle Orléans prouveront ta bonne foi. Puis nous irons voir l'évêque et lui demanderont une annulation du mariage. »
« Merci, mon oncle. J'entrevois enfin une lueur d'espoir ! »
Elle sortit précipitamment de la bibliothèque et me percuta. Elle ne fut pas contrariée mais plutôt hésitante.
« Tu me pardonnes ? » demanda-t-elle d'une petite voix.
Ma mère posa à nouveau sa main sur mon épaule pour me faire réagir.
« Bien sûr ! Rose, je te veux en sécurité avec nous. » lui déclarai-je, pleurant bientôt à chaudes larmes.
« Merci, et vous ma tante ? »
« Je serais honorée de te compter parmi nous. Comme te l'a garanti ton oncle, nous serons toujours là pour toi. Peu importe que tes parents nous rejettent, nous ne pouvons pas rester impassibles face à ton malheur, ma chérie. »
Mon père resta enfermé dans son bureau, aussi nous prîmes le thé et Rosalie se confia enfin. J'étais assommée par ses révélations. Ma cousine, la plus merveilleuse des jeunes femmes, était mariée à un homme violent. Depuis son départ d'Angleterre, elle vivait un calvaire.
Elle avait été sur ses gardes depuis son arrivée, je le remarquais enfin car dès la bénédiction de mes parents, elle se détendit, rit à nouveau et avait perdu cette tristesse dans son regard.
_oOo_
Peu après, une lettre me parvint de Cambridge, Jessica Stanley avait depuis mon départ pris à cœur de me narrer les potins de mon ancienne ville. Elle parlait parfois d'Edward mais plus en fantasmant sur lui qu'en colportant des rumeurs. Cette fois-ci, la lettre sonna le glas de mes espoirs secrets. Les fiançailles d'Edward et d'une certaine Katherine avaient été célébrées en grandes pompes le mois précédent. Les noces étaient fixées pour dans huit mois. Avant que j'eusse le temps de m'étonner, Jessica précisait qu'Edward tenait à être diplômé avant son mariage.
Je me souvenais vaguement de Kate mais ce fut Rosalie qui m'aida à me remémorer une jeune fille blonde, aristocrate, hautaine et assez bête.
Le soir du bal, mes parents furent plus émus que moi. J'étais très nerveuse, consciente de l'attention que l'on me porterait aussitôt. J'avais été présentée à de nombreux jeunes hommes, pourtant aucun n'avait suscité le même émoi qu'Edward.
Rosalie ne pouvait pas assister au bal. Sa demande d'annulation avait été rejetée une première fois, Royce avait débarqué à Chicago lors de la soirée d'anniversaire de mon père pour la ramener et avait fait un scandale. Depuis, ma pauvre cousine était montrée du doigt et vivait mal cette situation. L'avocat de mon père avait dû faire une demande de divorce qui, selon lui, aboutirait d'ici quelques mois.
Quand je pénétrai dans la grande salle de bal, je ne vis que des couleurs chatoyantes et du noir. Les jeunes filles étaient toutes si élégantes et gracieuses, les jeunes hommes étaient tirés à quatre épingles dans leur smoking impeccable. Pour la première partie du bal, la coutume était de nous voir attribuer un cavalier. J'avais donc fait la connaissance de Mike Newton lors de la répétition qui avait eu lieu le matin même. Il m'avait déjà remarquée quelques semaines plus tôt et il me répéta qu'il se sentait très chanceux d'ouvrir le bal en ma compagnie.
Il était très sympathique, mon père s'était renseigné sur lui cet après-midi, Mike était issu d'une famille très aisée originaire d'Hollande. Il avait un visage enfantin et rond, encadré ce matin encore par des mèches blondes, mais ce soir ses cheveux étaient plaqués en arrière.
Mon esprit divagua immanquablement vers cette autre soirée plus d'un an auparavant. Alors qu'Edward m'avait faite virevolter avec aisance et grâce, Mike était un piètre danseur et me donnait presque la nausée à me faire tourner comme il le faisait.
Au bout d'une heure, le repas fut servi et je pus enfin échapper à Mike. Tandis que je discutais avec mes voisines de table, je surpris le jeune homme en train de me détailler et cela me gêna beaucoup. Son regard était bloqué sur ma poitrine et je n'aimais pas cette expression affamée qu'il arborait.
Après le dîner, les choses sérieuses commencèrent. Les jeunes hommes invitèrent selon leur choix les débutantes. Je reçus beaucoup d'invitations et dansais jusqu'à la dernière valse alors qu'au moins la moitié des participants étaient déjà partis. Mes parents, qui attendaient dans une autre salle, me sautèrent dessus quand je les rejoignis. Ils me pressèrent de leur donner quelques noms. Je n'en avais retenu que cinq ou six, les pires de tous que je devais absolument éviter à partir de ce jour. Aucun garçon ne m'avait plu.
Mon père eut l'air déçu mais ma mère me réconforta.
« C'est encore une belle expérience, ma douce. Tu as fait ton entrée officielle dans le monde, tu rencontreras beaucoup d'autres célibataires. Et d'après ce que j'ai entendu dire, tu as été très sollicitée ce soir, ça ne m'étonne pas et c'est bon signe! »
_oOo_
L'année suivante, mon père eut un grave malaise cardiaque. Ma mère et moi fûmes aux petits soins. Le médecin préconisa au moins trois mois de repos mais il y avait tant à faire à l'usine que mon père n'écouta pas les recommandations. Il continua à se rendre au travail tous les matins à sept heures et à ne rentrer que vers vingt heures.
Nous l'implorions chaque jour de ralentir le rythme mais rien n'y fit. Je l'aidais depuis mes dix-sept ans. J'étais devenue une assistante pour lui, je le suivais à chaque rendez-vous et dans sa tournée matinale dans les ateliers. J'aimais tant travailler avec lui, mais je ne pouvais pas le soulager suffisamment et cela me désolait.
Son avocat, Emmett Mac Carthy était un grand gaillard d'à peine vingt cinq ans mais il était déjà très réputé et c'est pour cela que mon père l'avait engagé. Il avait beaucoup œuvré pour la réussite du projet de l'usine d'aciérie et à chaque occasion mon père chantait ses louanges. Mais ce jour-là, en se présentant chez nous, Maitre Mac Carthy était très remonté car mon père l'avait rabroué une heure plus tôt.
« Madame Swan, j'ai de bien mauvaises nouvelles à vous annoncer. L'usine a besoin de quelqu'un de confiance et en bonne santé pour seconder votre mari. Il ne pourra pas survivre à ce rythme infernal qu'il s'impose chaque jour. J'ai appris qu'il y passait aussi ses dimanches ! Il vient de me renvoyer car je lui ai fait part des mauvais chiffres de la production. »
« Des mauvais chiffres ? » s'alarma ma mère en me serrant la main.
« Oui, j'ai bien peur que les investissements faits par votre mari ne suffisent pas. Il a vu trop grand, il aurait dû attendre avant d'ouvrir une nouvelle chaine de production. C'est toute l'affaire qui risque de couler. Il doit se ménager et trouver d'autres investisseurs. »
« Jamais il n'acceptera de laisser la main à un inconnu et nous n'avons personne de légitime dans notre entourage pour l'aider. »
« Puis-je me permettre un conseil ? »
« Je vous en prie. » le pressa ma mère.
« Votre fille est en âge de se marier. Si vous lui trouvez un époux qui accepte vos dettes et qui soit un peu intelligent, vous pourrez redresser la situation, sinon, je ne vous donne pas un an avant la faillite. »
Il partit après avoir décliné notre invitation à prendre le thé. Nous étions toutes les trois hébétées. Nous n'avions pas connaissance des difficultés financières, mon père nous avait caché beaucoup de choses.
Je me sentais encore trop jeune pour me marier, mais si cela empêchait la faillite et le déshonneur, je n'avais pas d'autres choix. Rosalie et ma mère tentèrent de me dissuader, en vain. J'allais avoir bientôt dix-huit ans, il était temps que je me marie et si je pouvais en plus sauver ma famille, je n'avais pas d'hésitation à avoir.
« Non, maman, il a raison, nous ne devons pas prendre son conseil à la légère. Déjà, il faut convaincre papa de ne pas le congédier, et ensuite … il faut me trouver un mari. »
« Oh ma chérie, je refuse que tu te sacrifies ! »
« Maman, c'est dans l'ordre des choses, je vais me marier un jour ou l'autre, autant le faire en vous aidant et vous honorant comme je l'ai toujours souhaité. » lui dis-je en essuyant ses larmes.
La nouvelle se répandit vite dans Chicago, la fille Swan cherchait un mari. De ce fait, l'état de nos finances ne faisait plus de mystères et malgré cela, deux mois plus tard, j'avais sélectionné quatre prétendants officiels. J'avais écarté Mike Newton rapidement, car même s'il était d'une famille très riche, je ne pouvais pas lui faire confiance. Ma cousine Rosalie m'avait fait prendre conscience des risques à ne choisir qu'en fonction du rang ou de la fortune. Pour autant, aucun des quatre ne me plaisait, j'avais choisi par défaut.
« Ton père pourrait changer d'avis pour Jacob si tu insistes. » me glissa ma mère, un matin où je passai en revue mes robes.
Jacob Black m'avait été présenté en premier et je devais avouer que j'avais eu un petit coup de cœur. Mais mon père l'avait rapidement écarté après enquête. Jacob avait du sang indien dans les veines, et malgré sa famille fortunée, il n'en restait pas moins un indésirable aux yeux des autres investisseurs minoritaires de l'entreprise de mon père.
J'avais tu mon indignation, j'étais hélas habituée aux préjugés et à l'injustice sociale. Mais ce jeune homme m'avait mise à l'aise et me paraissait très sympathique aussi j'avais cherché à le revoir et m'était liée rapidement d'amitié. Ma mère nous chaperonnait, aussi il n'y avait aucune ambigüité. Jacob savait qu'il n'aurait que mon amitié et j'eus le sentiment rassurant de m'être enfin faite un ami sincère.
Mon dix-huitième anniversaire était ma dernière chance. J'avais promis à mes parents que je choisirais dès le lendemain matin parmi mes prétendants. Rosalie me prépara avec plus de soin que pour mon bal des débutantes. Clairement, je devais épater la galerie, montrer que ma famille ne subissait qu'un revers financier malencontreux et prouver que j'étais à marier par choix et non par obligation.
J'étais resplendissante ce soir-là en descendant les escaliers de la salle de bal louée par mes parents. Ils avaient invité toute la haute société de Chicago et même quelques familles new-yorkaises. Je fus intimidée d'abord devant un tel spectacle de luxe et de paraître. Je détestais toujours être le centre d'attention, je m'apprêtais à subir cette soirée avec dignité en l'honneur de mes chers parents.
Alors que je dansais depuis près de deux heures, mon regard fut happé par un regard d'émeraude. Je me tortillai pour tenter à nouveau de l'apercevoir mais la foule des danseurs était si compacte que je ne le revis pas. À la fin de la valse, alors qu'un autre homme m'invitait, je déclinai et partis me rafraîchir. Deux ans plus tôt, c'était à ce moment là qu'il avait joué pour moi. Mais cette fois-ci la musique ne changeât pas. Jacob m'invita ensuite pour deux danses et alors que j'aurais dû rire à ses plaisanteries et pitreries, je restai obsédée par le souvenir d'Edward. Malgré tout, ces instants avec Jacob me détendirent, avec lui je ne craignais rien.
« Tu cherches la sortie ? » me demanda finalement mon ami.
« Hum ? Non, j'ai cru voir une ancienne connaissance. »
Déterminée à me prouver que ce ne pouvait pas être Edward, je décidai de faire le tour des invitées avec ma cousine au bras. Elle eut du mal à se détacher de son mari mais accepta face à mon regard suppliant. Rosalie et Emmett, notre avocat, s'étaient rencontrés à de nombreuses reprises mais ce n'est qu'après que le divorce de Rose ne fut prononcé qu'Emmett lui déclara sa flamme. Ils s'étaient mariés civilement uniquement et en petit comité deux mois plus tôt.
Alors que je désespérais de retrouver Edward, je fus attrapée par la hanche. Il me retourna pour lui faire face puis me sourit comme pour s'excuser de son geste. Comme deux ans plus tôt, son regard était incroyablement hypnotique et son odeur exquise. Je ne trouvais rien à dire, tant j'étais troublée et heureuse.
« Isabella, j'ignore si vous vous souvenez de moi, je suis Edward Masen. » me susurra-t-il.
« Bonsoir Edward, je me souviens de vous et de votre cadeau pour mes seize ans notamment. Je vous présente ma cousine Rosalie Mac Carthy. » réussis-je à articuler.
« Madame. » lui dit-il en s'inclinant respectueusement.
Ma mère arriva au bras de mon père. Celui-ci arborait une expression ennuyée. Ma mère me souriait comme si elle allait m'annoncer une très bonne nouvelle, mais ce fut Edward qui prit la parole.
« Isabella, je viens de demander votre main à votre père. Il m'a indiqué que cette décision vous revenait, aussi je vous demande de devenir ma femme. »
Le sol céda sous mes pieds et Rose peina à me retenir. Edward voulait m'épouser ? Mais pourquoi ? Comment était-ce possible ? N'était-il pas déjà marié ?
« Il est évident que je ne vous presse en rien dans votre réponse, ma chère. J'ai donné à votre père mon adresse. Je me suis installé à Chicago il y a deux semaines. Je vous prie de me faire porter votre réponse quelle qu'elle soit. »
« Je… je n'y manquerai pas Edward. »
« M'accorderiez-vous cette danse ? »
« Volontiers. »
Il m'entraîna sur la piste et ce fut avec une joie sans précédent que je le laissais me guider. Sa main dans mon dos descendit peu à peu, elle m'empêchait de m'éloigner mais ne rencontrait aucune résistance.
Edward ne cessa de me sourire durant toute la danse, tour à tour sérieux, amusé, tendre, rêveur. Mon trouble était évident, une preuve pour lui comme pour moi que je n'étais pas indifférente à lui, que cette danse me faisait passer par mille émotions.
À la dernière note, il se recula et s'inclina galamment, puis il baisa ma main et me couvrit d'un regard enflammé. Mon ventre, déjà envahi de papillons depuis qu'il m'avait touché pour lui faire face, se tordit d'un désir si fort et nouveau.
« Isabella, je voudrais profiter que nous sommes seuls, enfin sans vos parents, pour vous rassurer. Je cherche aussi à satisfaire mes parents dans ce mariage et c'est par amitié pour votre père que le mien a insisté pour que je vous fasse ma demande. Vous resterez libre et moi aussi, nous trouverons tous les deux de nombreux avantages à cet arrangement. J'attends donc votre réponse.»
Il se retourna et quitta la salle de bal, me laissant pantelante mais surtout effondrée après ses paroles. Je m'étais autorisée à croire qu'il avait sa demande par intérêt pour moi, mais il n'en était rien. Je n'étais qu'un moyen pour lui de continuer sa vie de libertin, se soustrayant ainsi à la pression de ses parents.
Je quittai le bal peu après avec ma mère. Dans le fiacre qui nous raccompagna, je n'avais pas pu parler mais il faudrait bien que cela sorte. Ma mère me souhaita une bonne nuit après m'avoir aidée à délacer mon corset.
Des larmes coulèrent malgré moi cette nuit-là. Edward m'avait éblouie deux ans auparavant et je n'avais jamais pu l'oublier. J'étais devenue une jeune fille qui rêvait du grand amour. Pour seulement un court moment entre ses bras, j'avais cru naïvement qu'il serait l'homme que je pourrais aimer et chérir toute ma vie. Hélas il ne me proposait qu'un mariage de comédie.
Le lendemain au déjeuner, mes parents me demandèrent une réponse. J'hésitais vraiment à accepter la demande d'Edward. J'avais surpris en début de soirée hier, Mike s'entretenir avec mon père, sans doute pour l'influencer. Si je n'y prenais pas garde, je risquais de finir en femme objet ou pire. De plus, je tenais à garder mes occupations auprès de mon père. Si Edward voulait un mariage de convenance, il ne verrait logiquement aucun obstacle à ma requête.
« Papa, j'aimerais revoir Edward Masen. Il est celui qui a ma préférence mais je voudrais vraiment lui parler un peu avant de me décider. »
« Fort bien, soupira-t-il. Nous allons l'inviter à dîner ce soir. Renée, peux-tu le faire quérir pour dix-huit heures ? »
« Oui, bien sûr. »
« Je vous laisse, j'ai encore un dossier à consulter. » nous dit mon père en se dirigeant vers mon bureau.
« Mais papa, c'est dimanche et vous aviez consenti à observer ce jour de repos. » protestai-je.
« Ma fille, la venue d'un nouvel associé n'est pas à improviser. Rassure-toi, je reste à la maison. »
Edward répondit positivement à notre invitation et s'annonça accompagné de ses parents. Quand ils arrivèrent, ma mère nous installa dans le petit salon. Les retrouvailles furent chaleureuses, ce qui m'étonna puisque qu'après ma fête d'anniversaire à Cambridge, nous ne les avions plus revus.
Rapidement, ma mère voulut clarifier ce qu'elle-même avait lu de ses amies restées en Angleterre. J'en fus si étonnée, jamais elle ne m'en avait parlé.
« Elisabeth, je suis ravie de l'inclination de ma fille. Mais j'aimerais être sûre qu'il n'y aura plus de rumeurs après leurs noces. » dit ma mère.
Mme Masen parut à la fois gênée et consternée. Peut-être ne trouvait-elle rien à redire aux agissements de son fils. Mais s'il avait réellement compromis Tanya, et d'autres jeunes filles selon Jessica, elle ne pouvait pas en vouloir à ma mère de chercher à me protéger.
« Madame, intervint Edward, je vous garantis que l'honneur de votre fille sera sauf et que je vais m'employer à la combler. Elle aura une vie tout aussi douce qu'avec vous, et j'ose l'espérer, même davantage. »
Ce fut comme une douche froide. Ne m'avait-il pas fait comprendre qu'il tenait à sa liberté ? Même en restant discret, il mettrait en danger notre réputation en fréquentant d'autres femmes ! Si seulement ses paroles avaient été sincères…
En réalisant l'attachement que j'éprouvais pour lui malgré tout, je pris ma décision avec sérénité. Je ne voulais pas renoncer à mon privilège de choisir mon époux. Je me marierais par amour même si ce n'est pas partagé. J'aurais la chance d'être son épouse, je porterais son nom et, je l'espérais, ses enfants. Avec le temps, il apprendrait peut-être à m'aimer et se lasserait de ces filles légères. J'avais surtout la conviction qu'il ne me ferait pas de mal.
Ils continuèrent à discuter de mon avenir mais je ne les écoutais pas. Je n'avais d'yeux que pour lui, si beau et hypocrite. J'aurais donc à composer avec les deux facettes d'Edward. L'homme froid en privé, et en public, l'homme amoureux et prêt à satisfaire mes envies. J'aurais pu tomber bien plus mal.
Au dîner, la conversation fut axée sur les activités du cabinet d'Edward Senior. J'appris donc que ses parents repartiraient en Angleterre après le mariage, et qu'ils souhaitaient ne pas attendre plus d'un mois. Cela ravissait mon père qui s'était enfin rendu compte de la nécessité d'être aidé. J'eus aussi l'impression que le père d'Edward avait aidé à redorer l'opinion que mon père avait de mon prétendant.
Après le dessert, ma mère nous proposa de nous rendre seuls au jardin tandis que nos parents se retireraient à nouveau dans le petit salon. Je guidai Edward vers le petit parc devant notre maison. Nous étions en juillet et il faisait très chaud, à moins que ce soit dû à la présence de mon futur mari.
« Edward, cela ne vous ennuierait donc pas d'intégrer la Swan Company et d'abandonner, au moins temporairement, votre carrière d'avocat ? »
« Non pas du tout, je vais vous confier ma chère que devenir avocat ne m'a jamais emballé. Mais pour respecter son souhait, j'ai fait comme mon père le souhaitait, soupira-t-il. Comprenez donc l'aubaine que représente un mariage avec vous, Isabella. »
« Oui, je vois cela. Edward, je tiens à vous dire que je compte continuer à travailler avec mon père, je ne veux pas renoncer à cela. »
« Soit, cela ne me pose aucun problème. Je vous admire pour votre dévouement. »
Je n'osai croiser son regard. Nous restâmes quelques minutes tous deux silencieux, le temps nécessaire avant de me questionner une dernière fois sur mon choix.
« Je suis d'accord pour vous épouser, Edward, mais comprenez que je suis terrifiée. Je m'y suis préparée depuis plusieurs mois maintenant, pourtant je crains de ne pas être une épouse idéale. »
J'aurais voulu lui confier bien plus mais je devais m'en tenir au minimum. Je devais faire preuve de patience et de compréhension, deux qualités indispensables pour être justement une bonne épouse.
« Je ferai tout pour apaiser vos craintes, Isa. Si cela ne tenait qu'à moi, vous pourriez continuer à vivre chez vos parents, entourée de vos nombreux amis. »
La façon dont il avait prononcé ces derniers mots me laissa perplexe. Que savait-il de mes amis ? Je ne l'avais pas revu depuis deux ans, nous n'avions été ensemble à une soirée. Il était arrivé peu de temps auparavant à Chicago. Il ne savait rien de moi, personne n'avait pu lui raconter quoique ce soit.
« Je ne crains pas la solitude si c'est cela que vous voulez dire. Et je souhaite un mariage tout à fait conventionnel. »
Il parut douter de moi, j'aurais donc à lui prouver ma sincérité mais pas avant d'être mariée. Je tenais à respecter toutes les règles qui incombaient aux jeunes fiancés.
« Me permettez-vous d'annoncer nos fiançailles à nos parents ? »
« Oui, Edward, allons-y. »
Nos parents accueillirent la nouvelle avec soulagement, à croire que nous marier relevait du défi.
_oOo_
Les préparatifs ne demandèrent pas beaucoup de temps. Avec ma mère, Elisabeth et Rosalie, nous parvînmes à tenir un délai d'un mois pour les noces.
Je ne pus revoir Edward que quelques fois seulement, et jamais totalement seuls. Il m'avait déjà assurée qu'il s'en remettait à moi pour tout ce qui concernait notre mariage. Je porterais la robe de ma mère, qui avait été quelque peu modifiée, j'en étais très fière. J'avais voulu un mariage simple et intime aussi, nous limitâmes le nombre d'invités à une soixantaine de personnes et allions donner la réception dans le jardin de mes parents.
Le temps fila très vite et je me retrouvais enfin devant le pasteur à jurer devant Dieu un amour et une fidélité éternels à Edward. C'est alors que je réalisais avec horreur qu'il avait quelques secondes plus tôt fait ce serment en sachant qu'il ne le respecterait pas. Il avait ainsi blasphémé et cela m'attrista terriblement. J'espérais tant que ses sentiments changent rapidement.
Notre première danse en tant que mari et femme fut magique. Sur la piste et pour le reste de la soirée, j'eus avec moi l'homme dont j'étais déjà amoureuse. La facette qu'il montrait en public me rendait euphorique, avec des sourires et des mots chuchotés, des compliments et des regards appuyés. Mes regards tendres et mes gestes semblaient parfois le gêner, il était soit timide soit décontenancé pas mon attitude. Je ne pouvais pas réfréner ma joie et ma fierté d'être devenue sa femme.
Alors que nous fûmes accaparés par ses parents, je me souvins qu'à aucun moment il ne m'avait demandée quels étaient mes sentiments face à notre mariage. Il avait conclu simplement que je m'étais mariée pour sauver mon père de la faillite. Puisqu'il n'était pas le plus beau parti de tous mes prétendants, il devait bien se douter pourquoi je l'avais choisi.
Plus tard, alors que je dansais avec Jacob, j'aperçus Edward discuter avec une jeune fille brune menue que je ne connaissais pas, j'eus un hoquet de peur et de tristesse. Il me croyait telle que lui, papillonnante, légère, sans vertu ! N'avait-il pas insinué que je pourrais continuer de fréquenter qui je voulais quand je le voulais ? Cette fille était-elle sa maîtresse ? Je pris mon courage à deux mains et les rejoignis dès la fin de la danse. La brune me vit arriver et se précipita à ma rencontre.
« Isabella ! Enfin je te rencontre. »
« Pardon, ma chère épouse, Alice n'a jamais retenue ses leçons de bienséance. » me dit Edward dans un rire.
Il m'avait appelée sa chère épouse, cela avait si bien sonné dans sa bouche. J'aurais pu oublier tous mes soupçons et le croire épris de moi et heureux d'être mon mari. Je fus tirée de ma rêverie par ladite Alice.
« Edward m'a tant parlé de toi depuis qu'il t'a… »
« Alice, tais-toi tu veux. Tu mets dans l'embarras Isabella. »
« Edward, vous devriez nous présenter, ne pensez-vous pas ? »
« Alice Whitlock. Une amie d'enfance qui s'est mariée il y a trois mois avec mon meilleur ami, Jasper. Leur mariage est la raison pour laquelle je suis arrivé si tard à Chicago, j'étais le témoin de Jasper. »
Je me souvins du jeune homme blond aux traits angéliques qui avait été le témoin de mon mari quelques heures plus tôt. Je n'avais décidément pas toute ma tête aujourd'hui, je n'avais pas écouté quand les présentations avaient été faites.
« Je suis ravie, Alice. » répondis-je joyeusement, ne voyant plus en elle une rivale mais une future amie.
« Excuse-nous. » lui dit Edward, avant de me tirer par le bras fermement à l'écart des invités.
Ce qui devait passer pour un aparté romantique fut en fait notre première dispute.
« Isabella, je n'apprécie pas du tout la présence de votre amant à nos noces et votre danse avec lui était tout à fait inconvenante. N'oubliez pas que nous devons rester discrets. » me dit-il durement.
« Mais de qui parlez-vous ? » demandai-je hébétée.
« Parce qu'il y en a plusieurs de présents ?! »
« Plusieurs quoi ? Edward je ne comprends rien, et je vous prie de me lâcher, vous me faites mal. »
Il ne répondit pas et me laissa là. Je faillis m'écrouler quand ses mots durs se répétèrent dans ma tête. Avait-il évoqué un amant ? Je rentrais précipitamment dans la maison et courus jusqu'à ma chambre. Je n'avais pas pu empêcher mes sanglots, mes illusions sur un avenir serein avec Edward s'étaient un fois de plus écroulées. Il s'était montré violent avec moi et mensonger. Il n'avait pas cherché à entendre ma défense et pire que tout, il m'avait humiliée. Et j'étais mariée à lui.
Une demi-heure plus tard, Rosalie entra dans ma chambre. Je supposais qu'elle avait frappée mais j'étais si perdue que je n'avais rien entendu.
« Parfait, tu es là. Tu dois te préparer à rentrer chez toi. Je vais chercher ta robe. Mais… Bella, tu as pleuré ? »
« Oui… je suis si émue, ce n'est rien. »
« Ma chérie, c'est normal d'être stressée pour ta nuit de noces. Ne t'inquiète pas, Edward me semble être un gentleman, il saura te préserver. »
La nuit de noces ! J'avais écarté volontairement de mes pensées ce gros détail depuis l'annonce de mes fiançailles. Il y avait fort à parier qu'il ne me toucherait pas ce soir, ni aucun autre soir. Je m'en voulus de mentir à ma cousine, mais je n'avais pas le courage d'affronter la réalité ce soir. De plus, en parler provoquerait immanquablement de nouveaux sanglots et je devais apparaître en public quelques minutes plus tard. Les apparences me pesèrent plus que d'habitude à cet instant, je ne pouvais pas me soustraire à cet exercice.
Notre départ sous les hourras et félicitations des invités me déprima. Heureusement, un sourire se détacha et je reconnus Jacob qui me fit un clin d'œil. Je sentis la main d'Edward posée sur ma hanche se crisper douloureusement. Je compris enfin sa méprise. Je fus alors incroyablement soulagée, si ce n'était que ça, je pourrais le détromper facilement, mes parents étant au courant de mon amitié avec Jacob. Je n'avais pas à rougir de cette connexion.
Dans le fiacre flambant neuf qui nous conduisit jusqu'à la maison qu'Edward avait achetée, je me décidai à lui parler.
« Edward, il y a eu une terrible méprise tout à l'heure. Jacob n'est pas mon amant mais un ami fidèle. » dis-je, le rouge aux joues.
« Vraiment ? Me croyez-vous si stupide ? Il vous dévorait du regard. » lança-t-il sèchement.
« Je vous jure qu'il n'est pas mon amant, je n'ai connu personne ! » plaidai-je avec ferveur.
Devais-je lui avouer mon amour ? Non pas ici, pas dans le fiacre, de plus son regard glacial me donnait envie de disparaître. Je ne me reconnaissais plus, comment avait-il pu prendre en si peu de temps autant d'ascendance sur moi ? J'acceptais d'être dévouée mais pas soumise !
Nous arrivâmes devant la grande bâtisse qui devenait notre foyer. Je l'avais déjà visitée deux fois, et le déménagement de mes affaires avait eu lieu la veille. Edward m'ouvrit la porte et alors que j'escomptais rejoindre en sa compagnie notre chambre, il me souhaita une bonne nuit et partit dans son bureau.
Je pleurais toutes les larmes de mon corps cette nuit-là. Mon mariage était un véritable fiasco, mon époux me croyait infidèle, il n'avait aucune estime pour moi. Je m'endormis tard et me réveillai le lendemain après l'heure du déjeuner. Edward était déjà parti, m'informa la gouvernante. Je me sermonnais toute la journée et repris courage. Je devais tout faire pour convaincre mon mari de ma sincérité. En fin de journée, j'attendis son retour dans un état de stress important.
Quand il passa le seuil de notre maison après le dîner, je me trouvais au salon avec la gouvernante, nous discutions de détails de l'intendance. Il me sourit en me voyant, me tendit un magnifique bouquet de roses rouge. Puis il posa un baiser chaste sur mon front. Ce revirement me fit tant plaisir que je lui pris le bras et lui demandai comment s'était passée sa journée, congédiant ainsi notre employée.
Hélas, dès que nous fûmes seuls, il se détacha et alla se servir un verre d'alcool. Il ne me jeta aucun regard, m'ignorant de longs instants.
« Je sais votre désir de continuer à travailler, commença-t-il me faisant redouter le pire, mais suite à notre mariage et pour préserver les apparences, je vous demande de ne revenir que dans une semaine ou deux. Et puis, il faut aussi que vous remplissiez vos devoirs de maîtresse de maison. »
Voici comment je fus une fois de plus rejetée par Edward.
_oOo_
Mes journées solitaires se déroulèrent mécaniquement. Une semaine après nos noces, nos parents vinrent dîner chez nous. Les Masen devaient reprendre le bateau la semaine d'après et partaient le lendemain matin pour New York. J'eus beaucoup de mal à garder un sourire en place tant cette soirée fut pénible. Edward se comportait en mari amoureux et galant, je savais désormais qu'il n'en serait jamais ainsi et cela me torturait. Les au revoir d'Elisabeth m'achevèrent car elle me fit promettre de toujours rendre Edward aussi heureux qu'il semblait l'être lors de cette soirée.
Cette nuit, comme toutes les précédentes, je dormis seule dans notre lit, Edward ayant pris ses quartiers dans une des chambres vacantes.
Lorsque je pus enfin reprendre le chemin de l'usine, je me jetai à corps perdu dans le travail. Edward se rendait aux aurores à l'usine et partait en fin d'après-midi seul mais ne revenait qu'après dîner chez nous. Je le voyais à peine et seulement à l'usine. Et ce rythme déprimant dura près de quatre mois. Alice, Rose et Jacob venaient parfois me tenir compagnie pour le dîner et je devais jouer le rôle de l'épouse comblée.
Alice m'avait demandée un jour si j'aimais vraiment Edward et je lui avais répondu sans réfléchir que je l'aimais trop en fait. Elle avait interprété ma réponse faussement, me croyant demandeuse dans nos moments intimes et elle me donna même des conseils pour émoustiller mon mari. J'avais été gênée mais surtout triste car je n'avais jamais partagé de moment intime avec lui.
Un dimanche après midi, alors que nous étions invités à déjeuner chez mes parents, je fus tentée d'annuler, de prétendre être souffrante pour ne pas avoir à subir cette comédie jouée par mon mari. Son sourire était pourtant si beau, ses paroles si tendres en présence de nos proches, j'étais à ce point désespérée pour pouvoir y trouver un peu de réconfort.
A notre arrivée, ma mère me prit à part, visiblement gênée, aussi je ris et l'encourageai à me parler. Je regrettai aussitôt car elle me demanda si je pensais être enfin enceinte. Non et ça ne risquait pas d'arriver puisque j'étais toujours vierge, mais je ne pouvais pas l'avouer à ma mère.
En dehors de ma solitude et de l'indifférence de mon mari, mon mariage avait comblé les attentes de mes parents. Edward avait su monter une nouvelle stratégie de production et d'investissements. Emmett et mon père avaient reconnu ses mérites au bout de deux semaines de coopération. Pourtant je sentais bien qu'entre eux deux, il y avait eu un différent.
Lors du repas, ma mère demanda, faussement courroucée, à Edward pourquoi je n'étais toujours pas enceinte. Je faillis m'étrangler mais mon époux ne perdit rien de sa superbe et lui répondit aimablement :
« Ma chère belle-mère, je vous assure que je m'y emploie. Avoir un enfant d'Isabella sera pour moi synonyme de grande joie et de félicité. Dès les premiers symptômes, je vous ferai prévenir. »
« Merci, mon gendre. » lui répondit avec ravissement ma mère.
N'aurait-il pas pu dire autre chose que ces mensonges blessants ? Se doutait-il du mal qu'il me faisait ?
Une fois rentrés chez nous, je lui demandai un entretien. Il me précéda dans son bureau.
« Edward, je suis désolée pour la question de ma mère. Elle m'en a parlé avant le repas mais je n'aurais pas cru qu'elle vous en parlerait. »
« Vous n'avez pas à vous excuser pour cela. Je suppose qu'il faudra considérer concevoir un enfant dans peu de temps. Ce sera tout ? »
Je sentis mes résolutions s'effondrer face à sa froideur, je voulais tant croire qu'une réconciliation était possible. Pourtant son regard froid me dissuada, je me devais au moins de mettre certaines choses au clair.
« Non, ça n'est pas tout. Je vous demande de cesser de mentir. Cela me gêne beaucoup, vous avez déjà blasphémé le jour de nos noces, il est inutile de continuer. Vous pouvez vous contenter de répondre sans pour autant vous forcer à ces compliments et jolies tournures hypocrites. »
« Je suis honoré que vous vous préoccupiez de mon âme. Mais c'est inutile, j'ai à mon actif tant de mensonges que je ne pourrais pas me racheter de mes fautes. Alors laissez donc mes péchés et concentrez-vous sur l'absolution des vôtres.» répliqua-t-il.
Je restai pétrifiée et comme à son habitude, Edward prit la fuite après m'avoir humiliée. Je mis près de cinq minutes avant de reprendre contenance. Je ne pouvais plus me laisser faire ainsi, je devais agir. S'il voulait toujours d'un mariage de convenance, au moins devait-il s'en tenir à ses promesses lors de nos fiançailles. Je le débusquai dans l'écurie.
« Vous partez ? »
« Oui, j'ai besoin de prendre un peu l'air. »
« Je refuse ! Edward vous m'avez humiliée pour la dernière fois. Je ne veux plus entendre de telles horreurs sortir de votre bouche ! »
Il se tourna enfin vers moi et me toisa.
« Quelles horreurs ? Je n'ai fait que dire la vérité. » lança-t-il, tandis qu'il sellait son cheval.
« Non, je ne vous permets pas ! »
Ses yeux se fermèrent un instant, il tentait de maîtriser sa colère.
« Vous êtes ma femme. Je suis tolérant mais pas aveugle ! »
« Edward, je dois reconnaître qu'à ma connaissance, aucune rumeur ne court sur vous. Vous êtes donc suffisamment discret mais vous faites fausse route en ce qui me concerne. Je n'ai pas d'amant, je vous suis fidèle, et fidèle à mes vœux de mariage. »
J'avais osé le lui dire, allait-il comprendre que je venais de lui avouer mon amour ?
« Et Jacob ? Il est venu plusieurs fois pendant mon absence ! »
« Vous êtes toujours absent ! m'exaspérai-je. Jacob est mon seul ami. Et si vous êtes si bien renseigné sur mes visites, vous savez donc que seuls mes parents, Jacob, ma cousine et Alice sont venus me tenir compagnie alors que vous étiez je ne sais où avec je ne sais qui ! »
« Je… »
« Cela suffit de vos insinuations et de votre mépris. Si vous ne me croyez pas, je demanderais l'annulation de notre mariage puisqu'il n'a pas été consommé ! Edward, il est hors de question que vous continuiez à me faire souffrir comme vous le faites chaque jour depuis nos noces. Je vous ai choisi mais je n'avais jamais voulu d'un mariage d'apparence ni de convenance ! »
Je n'avais jamais été ce genre de femme, colérique et fougueuse mais ce soir, j'avais tant de rancœur et de ressentiment envers Edward que ma fureur m'avait faite avouer ce que je brûlais de lui dire depuis plus de quatre mois.
« Je suis désolé, Isabella, ma conduite est impardonnable et je regrette sincèrement. »
Je me retournai instinctivement pour découvrir qui nous avait interrompus, Edward ne se comportait civilement avec moi que lorsque que nous n'étions pas seuls. Mais il n'y avait personne et mon mari comprit mon geste.
« C'est en présence d'un tiers que j'ai été sincère. »
« Je ne comprends pas… » marmonnai-je.
« Isabella, je réalise les erreurs que j'ai commises mais surtout la douleur que je nous ai infligée à tous les deux. »
Je sentis que mes jambes allaient me lâcher et j'eus soudainement très chaud. Edward fut à mes côtés en une seconde et me prit dans ses bras. Puis il me fit sortir lentement de l'écurie. Enfin, il passa un bras dans mon dos et me fit asseoir sur un banc de notre jardin.
« Ma chère femme, je vous ai menti si souvent et je me suis surtout voilé la face. Je réalise à quel point j'ai été crédule et stupide. »
« Edward, ne jouez plus avec moi, je ne pourrais pas le supporter. » le suppliai-je, en priant pour que ses paroles fussent sincères.
« Vous souvenez vous de notre rencontre ? »
« Oui. »
« Ce soir-là je suis tombé amoureux de vous. Le lendemain je suis allé trouver votre père pour lui demander la permission de vous revoir mais il n'a pas apprécié mon intérêt. Vous étiez si jeune et surtout il m'a appris ce jour-là votre prochain départ pour Chicago. J'étais anéanti. Puis j'ai croisé votre amie Jessica qui m'a fait prendre conscience de la réputation malheureuse que je m'étais bâti en si peu de temps à Cambridge. »
Il s'interrompit et plongea son regard magnifique dans le mien.
« Elle me relata les commérages suite à notre danse prolongée et la gêne que cela vous avait occasionnée. Elle m'apprit aussi que vos parents vous avaient promis de vous laisser choisir votre futur époux et que vous aviez déjà l'embarras du choix. »
« Mon dieu, comment a-t-elle osé ?! Elle a insinué que j'avais connu ces hommes, n'est-ce pas ? » gémis-je.
« Non mais... elle a sous-entendu que vous étiez légère. Je suis désolé d'avoir donné du crédit à ces mensonges, je crois qu'il était alors plus simple pour moi de vous maudire plutôt que de mourir d'amour pour vous. Après votre départ, elle est revenue régulièrement vers moi jusqu'à me faire des avances. Je l'ai repoussée et elle m'a juré de me détruire comme j'avais détruit Tanya Denali. »
Il resserra son étreinte et je posai avec ravissement ma tête contre son torse.
« Les commérages disaient que vous aviez volé à Tanya sa … virginité. » murmurai-je, gênée de parler de son passé.
« Il n'en est rien, en tout cas ce n'est pas moi mais un autre. Tanya ne m'a jamais désigné, je n'ai même jamais été seul une seul minute avec elle. Mais puisqu'elle ne voulait pas dire de qui il s'agissait, j'ai été le parfait coupable. »
« Comme vous avez dû souffrir de tous ces ragots ! » compatis-je sincèrement.
« Ma chère, ce n'est pas à vous de prendre ma défense, pas après ce que je vous ai fait subir. Quand j'ai appris la situation de vos parents, j'ai voulu saisir ma chance pour vous épouser sous un prétexte financier. Mes parents avaient accueilli la nouvelle avec soulagement. Nous étions devenus persona non grata à Cambridge suite aux rumeurs et il y avait fort à parier qu'aucune jeune fille n'aurait accepté de m'épouser. »
« Moi j'aurais accepté. » murmurai-je en baissant les yeux.
« Vous l'avez fait. Isabella, vous- »
« Et Kate ? » l'interrompis-je.
Il parut très surpris par ma question, il y répondit rapidement, comprenant sans doute que j'avais eu moi aussi de ses nouvelles à travers Jessica.
« Son père a voulu nous fiancer car elle était déjà perdue, j'ai refusé mais sa famille avait déjà fait courir la rumeur. »
Tout ce que Jessica m'avait écrit n'était qu'un ramassis de mensonges, motivés par la jalousie. Qu'est-ce qu'Edward avait-il pu dire de moi pour provoquer une telle réaction ? J'inspirai profondément, il fallait que je lui dise tout, oublier mes peurs et mes blessures.
« Pour aider ma famille, j'étais prête à faire un mariage de raison et puisque le temps était contre moi, j'ai accepté ces rencontres. » commençai-je.
« Et Jacob ? »
« C'est le seul qui ait réussi à me faire bonne impression et je suppose que si vous n'étiez pas venu à moi et si mes parents n'avaient pas eu peur des conséquences, je serais sa femme aujourd'hui. »
« Je comprends. »
« Mais je suis si heureuse d'être à vous. » ajoutai-je dans un souffle.
« Je ne vous mérite pas, Isabella. » se désola-t-il en me serrant encore contre lui.
« Quand vous m'avez demandé de vous épouser, j'ai cru que vous m'aimiez et c'est pour cela que j'ai tant souffert quand vous m'avez proposé un mariage de pacotille. »
« Encore une fois, je ne le pensais pas, je vous le jure, s'empressa-t-il de me révéler. J'avais l'espoir que vous tomberiez amoureuse de moi avec le temps mais quand j'ai vu Jacob à notre mariage et la façon dont il vous couvait du regard, j'ai été convaincu que vous étiez amants. J'étais si malheureux, fou de rage et de jalousie. »
« J'ai pourtant nié le soir de nos noces. » lui rappelai-je, triste que cela n'ait pas suffi.
« Oui et en parfait crétin, je ne vous ai pas crue. Pourquoi auriez-vous accepté un homme tel que moi, avec une réputation si peu reluisante ? Comment auriez-vous pu vous passer d'une cour d'admirateurs ? Vous êtes si belle, jamais je n'aurais cru qu'une déesse telle que vous puisse me choisir. »
Je me détachai de lui pour pouvoir sonder son regard. Désormais que les malentendus étaient dissipés, que sa conduite m'ait été expliquée, que voulait-il de moi ? S'il avait été réellement sincère en parlant de moi en présence d'autrui, il m'aimait. Il m'aimait, il l'avait suggéré, de très nombreuses fois.
« Edward, jurez-moi que vous m'aimez et tout sera oublié et pardonné. »
« Je vous aime, Isabella, pardonnez-moi. »
« Je vous pardonne. Ne restez plus dans le doute, jurez d'être toujours sincère, je ferai de même, je vous en fais le serment. »
« Je ne vous mérite pas mais je passerai le reste de ma vie à essayer. Isabella, je vous aime tant, vous m'êtes si précieuse, plus que ma propre vie. »
Je me rapprochai de lui, mes joues en feu, je lui déclarai enfin les serments que mon cœur me soufflait depuis si longtemps.
« Je vous aimerai toute ma vie, Edward, et vous serai à jamais fidèle. Mon cher mari, vous ignorez comme je me suis languie de vous. Je voulais tant être à vous. »
« Je vous entièrement dédié, mon amour. »
Ses lèvres se posèrent délicatement sur les miennes, ses bras se renfermèrent autour de ma taille, elles s'aventurèrent sous ma poitrine et dans mon cou. Enfin je me trouvais à ma place. Edward avait beaucoup souffert et j'allais tout faire pour tenir la promesse faite à sa mère mais surtout celle faite à mon propre cœur. Je le rendrais heureux, chaque jour je m'y emploierais.
« Edward, ce soir je veux être votre femme. Je ne veux plus passer une nuit sans vous. » lui dis-je en sondant ses yeux pour m'assurer qu'il comprendrait mes intentions.
Il déglutit et acquiesça silencieusement. Il était tout aussi nerveux et je me permis de lui demander s'il avait déjà connu une femme. Il m'avoua être aussi novice que moi.
Main dans la main, nous rentrâmes sans nous presser à l'intérieur, grimpâmes les escaliers. Il hésita devant la porte de notre chambre, je l'ouvris et le fis entrer.
Cette nuit-là, je devins une femme, sa femme. Il m'émerveilla par sa beauté et la douceur de ses gestes. Il fut si tendre, me prenant mon innocence en s'excusant pour la douleur. Je réussis à passer outre et apprécier la merveilleuse sensation de ne faire plus qu'un avec lui. Nous n'avions plus à cacher nos sentiments ni nos désirs. Je m'autorisais tous les gestes et paroles d'amour que j'avais dû réfréner depuis si longtemps et il en fit de même. Nous trouvions les gestes naturellement pour nous découvrir et grâce aux confidences d'Alice, je parvins à combler mon mari de plusieurs façons.
« Fais-moi penser à remercier, Alice. » rigola-t-il tandis que nous reprenions nos souffles au petit matin.
FIN
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Les reviews déjà reçues lors de la première publication :
puceron52 chapter 3 . May 10, 2013
Cet os est tout aussi magnifique premier
merci
vite le suivant
aelita48 chapter 3 . Mar 2, 2012
C'est une belle romance et je suis heureuse de la fin.
Merci, bisous.
phika17 chapter 3 . Nov 5, 2011
Superbe ! J'étais pas trop tentée par le 19è siècle, et puis au fil de la lecture, j'ai aimé. Toutes ces rumeurs, je suis contente que tu aies encore choisi un Edward novice en amour, malgré son âge...lol
Twikiss
celine68990 chapter 3 . Oct 30, 2011
Cet OS est superbe...tellement de non-dits !
Aujourd'hui encore...les rumeurs peuvent détruire de belles choses !
Très belle histoire qui une fois de plus finit bien, ouf !
Celine
Lily-Rose-Bella chapter 3 . Oct 23, 2011
c'était bien romantique cet os P mais j'ai eu peur un moment!
