Note: Merci à toutes celles et à tous ceux qui m'ont laissé une review, qui m'ont mis en favori et qui me suivent dans cette folle aventure qui ne fait que commencer.


CHAPITRE 1

Attirance

Hinata adore les samouraïs. Elle les avait découverts avec la lecture des 47 rônins de George Soulié De Morant. Basé sur des faits réels ayant vraiment eu lieu, cette œuvre racontait l'histoire de plusieurs samouraïs prêts à tout pour venger la mémoire de leur maître. L'ayant apprécié plus que de raison, elle avait continué sur cette lancée en lisant Le Bushido, l'âme du Japon de Inazo Nitobé, le Hagakure de Jocho Yamamoto, La pierre et le sabre, et La parfaite lumière d'Eiji Yoshikawa ou encore Shogun de James Clavel.

Ayant pratiquement lu tout ce qu'il y avait à lire sur ces guerriers, elle se tourna ensuite vers le cinéma qui leur était consacré, le « Chanbara ». Y passa, entre autres, tous les films d'Akira Kurosawa sur le genre.

Elle a toujours été comme ça Hinata. Dès qu'une chose lui plaisait, elle s'y consacrait corps et âme.

Ils étaient des hommes de devoir et c'est ce qu'elle aimait chez ces fameux sabreurs. Des hommes qui ne se laissaient pas entraver par leurs sentiments pour accomplir leurs missions. Des hommes qui préféraient se faire hara-kiri (suicide rituel) plutôt que de subir la honte de leur vivant. En clair, des hommes qui ne ressemblaient pas à son père. Ce lâche, ce faible qui après s'être adonné à l'adultère, s'était remarié avec une femme plus jeune, laissant derrière lui son premier amour et surtout ses deux enfants.

Oui, Hinta avait grandi sans figure paternelle à ses côtés, son père ayant quitté le domicile familial alors qu'elle n'avait que 4 ans. C'étaient les samouraïs, ses pères. Et ce que ses pères lui avaient appris de fondamental, c'était qu'il fallait, chaque jour, se préparer à mourir. La mort ne prévient pas à l'avance quand elle passe. Malheureusement.

Vivant, chaque jour, comme si c'était le dernier, elle vivait pleinement. Heureuse. Elle faisait tout pour se consacrer au moins une heure aux choses qu'elle aime. Lecture, cinéma, séries, ballades, sport, randonnée. Elle aimait beaucoup de choses, Hinata. Si à cause de l'école, elle ne pouvait en profiter pleinement les jours de semaine, qu'à cela ne tienne, elle se rattrapait le week-end.

C'est une personne généreuse et magnanime. Tenez, voilà un exemple parmi d'autres.

C'était la veille de l'anniversaire de sa mère. Elle était allée en ville avec toutes ses économies, près de cent cinquante euros, bien décidée à lui offrir un merveilleux cadeau. Sur le chemin, elle croisa la route d'un sans-abri. L'image de celui-ci la toucha au plus profond d'elle-même. Une odeur nauséabonde, des vêtements couverts de crasse, le visage tuméfié. C'était son premier contact réel avec la misère humaine. Elle en avait eu les larmes aux yeux. Avec une tendresse infinie, elle retira tout son argent de son portefeuille et le remit au pauvre. Puis le soir, en rentrant, elle avait décidé d'offrir à sa mère un présent venant du cœur. Un poème. Un poème qu'elle passa toute la nuit à concevoir. Ce fut le plus beau cadeau que sa mère ait reçu cette année-là.

Oui, Hinata aime sa mère. Puisque c'est une femme de devoir, une femme samouraï. Elle avait élevé ses enfants, seule, sans demander l'aide de personne. Elle s'était tuée au travail pour qu'ils puissent vivre dans un milieu convenable. Mais elle n'a jamais oublié de leur apporter tout l'amour dont un enfant a besoin pour s'épanouir dans la vie. Chaque soir, quand elle rentrait du travail, elle jouait avec ses enfants. À cache-cache, à chat, à la marelle, à la corde à sauter, aux billes, etc... Sa mère avait gardé un cœur d'enfant. Même aujourd'hui. Préférant le bonheur de ses enfants à son propre bonheur, elle ne s'était pas remariée. Lorsqu'Hinata lui demandait la raison, elle répondait toujours qu'« un homme, ça demande trop de boulot, d'investissement et de temps. » Au fond, comme toute activité, l'amour exigeait qu'on se donne à cent pour cent. C'est ce qu'elle a appris à ses enfants. Ne jamais faire les choses à moitié. Une leçon bien retenue.

Son petit frère est, quant à lui, un véritable petit ange. Il n'a jamais fait de bêtises, Neji. Oui, Neji : sa mère est fan de Shakespeare. Joyeux et enjoué, il n'a jamais élevé la voix, ni contre sa mère, ni contre sa sœur.

Une famille de trois personnes, donc. Les trois mousquetaires comme dirait sa mère.

5h. Heure du réveil.

Hinata se leva doucement. Elle s'étira. Puis, se mit en position du lotus. Elle commença, comme chaque matin, sa séance de méditation. Inspiration. Expiration. Lentement mais sûrement. Puis, elle focalisa son esprit sur une idée, un concept. Et cette idée, ce concept c'est, comme toujours, la mort. « La mort n'est pas un long sommeil sans rêve. La mort n'est que le départ vers un monde merveilleux. Alors n'aie pas peur ».

Une heure plus tard, elle avait fini. Elle se dirigea vers la salle de bain en sifflant. Sous la douche, elle chanta. Toujours. Aujourd'hui, c'est du Francis Cabrel. « Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai ». Elle ne faisait pas de chichi devant sa garde-robe. Un jean, un tee-shirt blanc, une paire de tennis. Pas de maquillage. Un chignon. Elle était prête. Avant de partir au lycée, elle prendrait un bon petit-déjeuner, avec des tartines au nutella, un bol de jus d'orange, du lait avec des céréales. Surtout, elle n'oublierait pas de dire à sa mère et à son frère, comme chaque matin, qu'elle les aime de tout son cœur, qu'ils sont toute sa vie.

Sa maison étant proche du lycée, elle y alla donc à pied. Elle fut rejointe par sa meilleure amie, Ino. Le visage parfaitement triangulaire, des yeux verts vifs, elle avait les traits fatigués en ce matin-là. Elle s'expliqua en lui disant qu'elle s'était endormie très tard la veille, en tentant, inutilement, de faire ses exercices de maths. Elle n'avait rien compris. Elle balbutia un « pourrais-tu m'aider? » embarrassé. Elle se sentit honteuse. Elle se sentit idiote. Hinata qui savait qu'Ino n'était pas une glandeuse et qu'elle faisait des efforts surhumains pour obtenir au moins la moyenne, lui promit qu'elle l'aiderait, qu'elle l'aiderait toujours. Et cela, quelle que soit la discipline. Elle ajouta également qu'elle ne devait surtout pas avoir honte devant elle.

Arrivée devant l'entrée du lycée, Hinata ressentit de la nausée. Ça lui faisait toujours cet effet-là quand elle arrivait devant l'enceinte. Et cela, elle l'expliquait clairement : elle détestait l'école.

Depuis toute petite, déjà. Passer près de sept heures à digérer des leçons parfois indigestes, ça ne lui sciait pas. Elle préfèrait la liberté à l'éducation, les voyages à l'immobilité d'une chaise, les discussions aux longs monologues des professeurs. Pourtant, Hinata était loin de ce que l'on pourrait appeler un cancre. Très loin, même. Première de sa classe, elle possédait les meilleures notes dans toutes les matières, des Maths au Français, de l'Histoire-Géo au Sport. Une fiche parfaite, donc. Elle n'était pas très bosseuse, elle était juste très attentive en cours et disposait d'une excellente mémoire.

Elle prit une grande bouffée d'air. Une deuxième. Deux claques sur les joues. Elle était maintenant prête au combat. Ce matin, on commença par les Maths. Ça tombait bien, elle .… détestait les Maths.

Elle ne savait pas ce qui lui avait le plus plu chez ce garçon. Peut-être sa crinière noire ondulée. Peut-être ses yeux d'un bleu nuit profond. Son corps musclé ou sa bouche mi-fine mi-pupleuse. Et puis peu importe, l'ensemble était d'une beauté inégalée. Parfait. C'était le modèle-type du dom juan, tombeur de ces dames. Le professeur de Maths voulant qu'il s'intègre rapidement à la classe et qu'il se fasse de nouveaux amis lui avait dit de faire une présentation sommaire de sa personne. Et il l'avait fait sans broncher, sans trembler, sans timidité. Il s'appelait Sasuke. Âgé de 17 ans, il venait de la campagne. Il parla ensuite de ce qu'il aimait, de sa passion pour la musique, le cinéma, le sport, etc... Il alla même faire une petite biographie de sa vie lorsque le professeur, bien décidé à commencer son cours, l'interrompit. Il prit sa place tout au fond de la salle, tout à gauche, à l'opposé d'Hinata.
Pendant le cours, il ne cessa d'être actif. Répondant aux interrogations du professeur, il s'efforçait aussi de poser les bonnes questions, celles qui faisaient réfléchir ou celles qui faisaient avancer le cours d'une manière positive. Il agit ainsi dans les autres matières, en Histoire, en Français, en Anglais.

Il était donc intelligent. Cela ne faisait aucun doute. Beau et intelligent. Mon Dieu, que vous êtes injuste! Il fut, en quelques minutes, la nouvelle coqueluche de la classe. Durant les heures de pause, on se bousculait pour venir le voir, discuter avec lui. Et lui, pas gêné pour un sou, parlait d'une voix sonore, souriait, riait même aux éclats. Il était vivant. Si vivant qu'il en fut davantage aimé et admiré.

Hinata le regardait. Elle ressentait de l'attirance pour lui mais elle n'osait se l'avouer. C'était la première fois que ça lui arrivait. La honte lui monta au nez. Elle ressemblait à ces pauvres filles qui ne s'attachent qu'au physique des mecs. Quelle disgrâce ! Non, elle n'était pas comme ça, Hinata. Elle, ce qu'elle regardait avant tout c'est la personnalité d'un individu, ou plutôt son âme. Oui, son âme. C'est cela la vraie beauté. Alors pourquoi devant ce garçon...? Il fallait qu'elle se ressaisisse. Au fond, se dit-elle, ce sentiment, cette attirance finirait bien par s'altérer, se diluer et disparaître. Tout n'était qu'une question de temps. Il fallait juste garder son calme et prendre son mal en patience. Surtout, trouver un moyen, un moment pour se défouler et se vider la tête. Ça tombe bien. Ce soir, elle avait son cours de Muay-Thaï.

Elle avait commencé le Muay-Thaï, il y a longtemps. À l'âge de onze ans. Elle s'était inscrite après avoir vu Ong-Bak à la télévision. Tony Jaa, l'acteur principal du film, l'avait littéralement estomaquée. Pas beaucoup de blablas mais des chorégraphies de combats magnifiques. Elle ne savait pas que casser la gueule des gens pouvait relever d'un si grand art. En pénétrant pour la première fois dans la salle, elle avait su d'emblée qu'elle allait adorer. Bien sur, on était dans un monde où les hommes prédominaient, la présence des femmes étant presque quasi inexistante. Mais elle n'en avait pas fait un flan. Au fond, un homme c'est une femme avec des cheveux courts et une poitrine plate. Cette idée l'aida à vaincre sa timidité lors des premières séances. Après plusieurs semaines, elle s'était finalement adaptée à ce nouvel univers. Quand elle balançait des coups de pieds, des coups de poing, de coudes et de genoux, elle n'était plus une fille mais un mâle. Non, elle était Tony Jaa.

Elle avait des cours deux fois par semaine, le mardi et le jeudi, de 19h à 21h. En ce mardi soir, on pouvait dire, sans prétention, que la petite s'était bien défoulée. Ils avaient couru, fait des abdos, des pompes, tapé dans des pattes d'ours, répété des enchaînements techniques pour finir sur des étirements. En entrant sous la douche des vestiaires, elle était fière d'elle. Elle avait bien bossé. Elle s'était tellement donnée que l'image de Sasuke n'était pas venue entraver son esprit. Elle l'avait vaincu dès le premier round. Par K.O. Quelle championne! Ce n'est qu'en se couchant le soir, hélas, que le visage de celui-ci vint la hanter.

5h. Réveil difficile.

Elle avait mal dormi. Très mal. Tant pis, il fallait bien commencer la journée. Position du lotus. « La mort n'est pas un long sommeil sans rêve... », Sasuke vint à la charge. Sa silhouette d'abord. Elle la chassa. « La mort n'est que le départ vers un monde merveilleux... », Sasuke revint à la charge. Son visage ensuite. Elle le chassa à nouveau. « Alors n'aie pas peur », Sasuke … Sa voix enfin. Elle en avait marre. Elle arrêta donc au bout de dix minutes. Ce connard l'empêchait de méditer correctement. Que faire?

Elle avait encore de la marge avant d'aller au lycée et elle n'avait plus sommeil. Elle sut. Elle prit ses haltères et commença une séance de musculation. C'est vrai qu'elle prenait soin de son corps, Hinata. Quatre fois par semaine. Uniquement, le soir. Cette entorse à son emploi du temps la contraria vraiment. Elle détestait ça, quand ça ne se passait pas comme elle l'avait prévu. Mais au fond, c'était une bonne idée. Pendant la séance, comme hier au cours de Muay-Thai, pas d'image de cet enfoiré. Elle comprit la parade. Bouger. S'activer. Elle aurait voulu être une paysanne et passer son temps à travailler dans les champs. Mais non, il fallait qu'elle soit étudiante et qu'elle écoute les balivernes des professeurs, assise, immobile sur une chaise. Comment allait-elle faire pour ne pas penser à lui? Elle commença à s'affoler. Puis, elle se donna deux claques sur les joues. Garder son sang-froid, voilà la priorité. Elle voulait aller trop vite. Elle ne savait pas comment fonctionnait le désir entre un homme et une femme.

Oui, désir. C'est comme ça qu'elle définit ce sentiment envers Sasuke. Ne lui parlez pas de coup de foudre et encore moins d'amour. Ce n'est pas une romantique, Hinata. C'est l'attirance physique qui prédomine dans toute relation. La chair, donc. Pour elle, les besoins primaires relient fondamentalement un homme et une femme, et rien d'autre. Son père l'avait bien prouvé. Qu'importe si c'était son premier amour, qu'importe s'il avait tout connu avec elle, s'il avait des enfants. Il avait eu besoin d'une herbe plus fraîche, plus verte. Et dès qu'il l'avait trouvé, il avait quitté sa femme. Au fond, les hommes sont tous des salauds ! Et les femmes, c'est pas mieux, toutes des salopes ! Elle, y compris. Elle repensa à ses vrais pères, les samouraïs. Et son esprit s'apaisa. Ces hommes faisaient tout pour ne pas s'écarter de leur code de conduite, de leur « bushido ». Elle aussi avait son « bushido .» Elle aussi était une samouraï.

Elle vaincrait. Cela ne faisait aucun doute dans son esprit.