Il courait. Vite. Trop vite. Il se prit le pied dans une branche et bascula. Son souffle se coupa sous l'impact, il tourna la tête, vite, encore. Il ne vit rien. Il savait pourtant qu'Ils étaient encore là. Qu'Elle était encore là. Il se releva, manquant de tomber en se redressant, et reprit sa course effrénée. Il savait que c'était peine perdu, il les avait vu courir. Ils étaient rapides, plus rapides que les humains normaux. Même une voiture n'était pas aussi rapide qu'eux. Mais il n'abandonnait pas le mince espoir, aussi ridicule soit-il, de pouvoir leur échapper. Il avait bien réussi à tromper la police tout ce temps, alors une bande de vampires, parce que c'était ça, il pouvait réussir. Il le fallait. Pour sa vie.

Il s'arrêta, regarda autour de lui vivement, le souffle court, et le cœur battant la chamade comme un amoureux devant sa petite amie, s'imaginant ce soir dans un lit avec elle. Sauf que là, il avait rendez-vous avec la mort, et qu'il ne voulait surtout pas finir dans son lit à elle : un cercueil. C'était cliché, mais dans sa vie de criminel, il avait toujours cru que les vampires étaient des comtes, et qu'ils dormaient tous dans des cercueils. Point final, il continuait ses petits meurtres, violait quelque gamines par-ci par-là, et il était tranquille.

La police avait des soupçons sur un adolescent de son quartier, au vu de son casier judiciaire déjà amplement rempli. Il leur avait sourit, aux enquêteurs, quand ils étaient venus l'interroger sur le cadavre d'une fillette de cinq ans, retrouvée en arrière de la ville, dans une clairière horriblement sinistre. Elle avait était violée, puis éventrée. On n'avait jamais retrouvé sa petite culotte. Il avait besoin de garder quelque chose de ses victimes. C'était comme un trophée qu'on avait passé tant de temps à gagner. Les enquêteurs l'avaient regardé bizarrement alors qu'il leur servait un café.

Et un thé, pour une femme à l'allure étrange. Elle était attirante, avec ses yeux cramoisis et son regard perçant. Elle dégageait ce quelque chose qui vous fait vous sentir petit en face d'elle. Qui vous fait l'admirer sans oser la toucher. Elle portait un grand manteau noir, qu'elle déposa avec un sourire sur l'accoudoir du fauteuil sur lequel elle était assise. Il ne l'avait pas quitté des yeux. Ses mouvements avaient quelque chose d'envoûtant. Et les courbes de son corps, avec ce chemisier qui la moulait où il fallait, ce pantalon noir qui laissait découvrir des jambes longues à en faire rougir n'importe quel mannequin. Il s'imaginait toucher sa peau, l'embrasser, sur ses lèvres parfaitement dessinées.

Maintenant il avait peur. Pour la première fois de sa vie, il avait peur. Alors que pendant la visite des enquêteurs il n'avait pas sourcillé, même s'il savait que c'était lui qui avait fait ce massacre.

Il regarda encore une fois autour de lui, tentant vainement de reprendre son souffle. Son cœur était tellement terrifié, qu'il refusait obstinément de ce calmer. Soudain, il entendit un bruit. Sa respiration se coupa. Il regarda autour de lui, la lune éclairait à peine l'endroit où il était, les arbres cachant son éclat. Il se surpris à espérer, qu'en fait, il avait réussi à les semer. C'est vrai quoi, enfant, il avait toujours été bon en athlétisme.

Sauf que là, l'adversaire n'était plus un chrono, mais une bande de vampires qui devait déjà préparer leurs pailles pour siroter tranquillement son sang devant la cheminé de leur sûrement magnifique manoir, et bavardant de la pluie et du... mauvais temps ? Il s'imaginait mal des vampires discuter du beau temps. Il souriait presque devant ce monologue mental incongru, quand soudain Elle apparut.

Encore plus magnifique que la dernière fois. Et quand il croisa ses yeux, il savait qu'il n'avait plus aucune chance. Alors il se calma. Son cœur retrouva un semblant de calme, soudain résigné. Elle le regarda longuement. Elle prenait son temps. Et pendant ce temps, il pouvait l'admirer. Si l'Enfer ressemblait à ça, alors il signerait sans hésiter. Puis, semblant surgir du ciel, trois autres personnes firent leur apparition. Il y avait deux hommes, grands, beaux, et semblant dégager une force redoutable. Non, ils dégageaient une force redoutable. L'un deux était peigné à la mode « prise électrique », avec ses cheveux orange-jaune, et semblait prêt à lui sauter au cou au moindre mouvement, aussi infime soit-il.

L'autre homme, avait l'air presque paisible dans sa blancheur morbide. Il le regarda et lui décrocha un sourire compatissant. Il avait presque l'air gentil. Ses vêtements rouges et noirs et ses cheveux bruns légèrement longs lui donner la tête d'un mec qui faisait sûrement tomber les filles. Reste à savoir si elles tombaient vidées de leur sang, ou d'amour.

Et puis il y avait une autre femme. Grande, plus que les deux hommes. Elle portait un débardeur noir qui laissait voir ses muscles parfaitement dessinés. Ni trop pour une femme, ni pas assez pour croire à une fille sans défense. Parce que son regard noir glacial laissait tout imaginer d'elle, sauf une proie facile. Non, elle dégageait une telle froideur, qu'il se dit qu'il ferait mieux d'arrêter de regarder ses yeux sous peine d'être transformé en glaçon géant. Néanmoins, avant de reporter ses yeux sur Elle, il avait eu le temps de voir qu'elle était brune, ses cheveux flottant dans la brise froide de l'hiver, ressemblant à des ailes de corbeau. Elle ne semblait pas avoir froid avec son débardeur et pantalon noir. Elle était droite et fière comme une lionne. Elle ne bougeait pas d'un souffle, même celui-ci ne sortait pas de sa bouche pour se reflétait en une mince fumée chaude dans le froid extérieur. Non. Elle le regardait juste.

Elle, elle était maintenant en train de sourire. Elle s'avança d'un pas vers lui. Il ne recula pas, il savait qu'il n'avait aucune chance. Il la regarda avancer d'un autre pas, ses hanches bougeant au fur et à mesure de son avancé. Il y avait quelque chose de gracieux dans sa démarche. Les autres restés derrière, sans broncher, sauf l'autre avec ses cheveux orangés On aurait dit un chien enragé en cage. Il reporta toute son attention sur Elle. Elle était en face de lui maintenant. Tellement proche, qu'il pouvait sentir son parfum de Scarlet Carson. Une rumeur récente disait qu'elles existaient encore. Il avait fait des études de botanique, il en savait quelque chose.

Elle s'arrêta, et le regarda. Il sourit, ironiquement, en baissant légèrement la tête. Il savait qu'il allait payer pour tout ce qu'il avait fait. Il regarda de nouveau ses deux yeux cramoisis posés sur lui, puis tendit une main vers sa joue. Il la toucha. Elle était glacée, mais sa peau aussi douce que la soie. Il poussa un grand souffle, la fumée dégagée par la chaleur de celui-ci s'en allant voguer dans les airs. Puis il laissa retomber sa main. Et attendit. Elle arrêta de sourire, et pour la première fois, il entendit sa voix. Elle parla calmement, comme si elle avait devait expliquer une leçon à un enfant de dix ans, avec une voix si douce que ça en était étrange.

-Tu es coupable.

Il sourit encore une fois, tristement cette fois-ci. Il hocha la tête.

-La justice t'ignore.

Il hocha de nouveau la tête, toujours baissée.

-Pas nous.

Il la releva, et la regarda, puis les autres. Ils souriaient, sauf la brune, qui ne bronchait pas. Puis reporta son regard sur Elle.

Il savait que c'était la fin, cette fois

.

Elle se pencha sur lui, lui pris la tête, délicatement, et la pencha sur le côté pour avoir libre accès à son cou. Ses yeux devinrent encore plus rouges si cela était possible, alors que deux canines extrêmement pointues faisait leur apparition. Elle les planta sans l'ombre d'une hésitation dans son cou. Il ne réagit pas. Pourtant la douleur était insupportable. Puis, au fur et à mesure qu'elle le vidait de sa vie, il commença à fermer les yeux. Au bout d'un certain temps, elle s'arrêta, et le lâcha. Il s'effondra à terre. Il rouvrit les yeux pour la voir s'essuyait les lèvres. Il était faible et n'arrivait plus à respirer, mais il réussi à lui dire dans un effort, alors qu'Elle se retournait pour partir :

-Je suis pardonné.

Elle s'arrêta net. Et sans se retourner :

-Il n'y a pas de pardon pour les gens comme toi.

Puis Elle partit. Ils disparurent comme si le vent les avait emportés.

Ce n'est pas sa morsure qui l'avait tué, non. C'est sa voix à Elle. Si froide qu'elle le transperça de part en part.

Et ce qu'il n'avait pas vu, c'était deux yeux verts brillants dans la nuit en train de regarder la scène depuis le début.