Dans le silence de la nuit
Ils dorment paisiblement, dans la grande chambre d'Ikkaku. En tant que troisième Siège, ce dernier a droit à une chambre plus spacieuse que la nôtre, à Yumichika et moi. Mais ça nous est égal. Car Mika utilise la sienne uniquement pour y mettre ses affaires ; il préfère dormir avec notre amant. Et moi, je n'ai besoin de rien d'autre que ma Claymore pour dormir. Je déteste généralement dormir allongée entre des draps frais et en dehors de mon épée plantée dans le sol et d'une chaise pour poser mon uniforme, ma chambre est vide. Dormir assise, adossée à ma Claymore, me semble être la meilleure position pour entrer dans le monde des rêves. IkkaYumi aimeraient que je dorme plus souvent avec eux. J'aimerai aussi... Si seulement j'étais capable de vraiment dormir. Une particularité à nous autres mi-Humaines mi-Youma est qu'on a oublié ce qu'est un véritable sommeil. Nous dormons, non pour reposer à la fois nos corps et nos esprits, mais d'abord pour oublier ce que nous avons dû devenir. Car même les yeux fermés, nos sens sont en alerte. Même la plus faible d'entre nous a la capacité de sentir quelqu'un l'approcher quand elle se repose.
Je déambule à travers les couloirs du Quartier Général de la Onzième. J'entends au loin les murmures de nos subalternes qui rient aux éclats. Ils sont sans doute en train de boire à s'en retourner la tête. Mais je ne les rejoins pas. Je ne me sens pas d'humeur à faire la fête. Mon regard se porte vers la lune dont les rayons m'étouffent de leur lumière accusatrice. Je hais cet astre car, où que j'aille, il est toujours là, comme s'il prenait plaisir à me surveiller, comme jadis l'Organisation. Il était là, la nuit où dix-huit de mes consœurs ont péri dans la campagne militaire des Marécages de l'Ouest. Cette nuit où, les quatre seules survivantes à cette guerre, Fiona, Lisa, Clara et moi-même avons vu les hordes d'Eveillés massacrer ces malheureuses sans qu'on ne puisse rien faire. Sous la lumière malveillante de la lune.
