Hello tout le monde !

Mille milliards d'excuses pour le retard, oui comme d'hab... Mais bon voila c'est comme ça les écrivains ont trèèès souvent la manie du retard. On fait comme on peut hein ?

Voila, première rencontre avec la bestiôôle, je vous laisse découvrir :)

Bonne lecture !

Disclaimer : Tous les persos et l'idée et machin ne m'appartiennent pas.


Chapitre 2

- Je te dis pas le savon que mon père m'a passé hier soir ! fit une voix dans son dos.

Merlin sursauta et manqua de laisser partir (une fois encore) sa machine dans la rivière. Gwen se laissa tomber à ses côtés, son panier à linge posé contre un rocher. Une lavandière, sur la rive opposée, les observait d'un air attentif. Elle leur jeta un regard amusé, presque insolent, quand son attention fut posée sur Merlin, avant de se retourner et murmurer quelque chose à l'oreille de ses amies le murmure n'échappa pas aux oreilles de sa mère, loin de là, qui s'empressa de commérer avec ses propres compagnes de lessive.

Merlin haïssait les lavandières.

- Et celui de ma mère ! renchérit-il en remettant ses binocles grossissants sur ses yeux pour vérifier une nouvelle fois son travail.

Guenièvre recommença à tremper ses vêtements dans l'eau, prenant bien garde à ce que ses boucles foncées ne viennent lui obstruer son joli visage dont le teint foncé avait été la cible de quolibets tout au long de sa vie.

Gwen venait d'un pays lointain, bien au sud du village où Merlin avait vu le jour, et avait vécu sur la route jusqu'à ses six ans. Tom et sa mère avaient croisé, un jour, le chemin d'Ealdor et s'y étaient installés pour l'hiver. La mère de Gwen et son grand frère, Elyan, succombèrent à la grippe. Tom et sa fille finirent par habiter définitivement le village, où Tom prit la peine de démarrer un véritable commerce de ses armes. Gwen resta à l'école où elle put s'y appliquer sérieusement tandis que Merlin la protégeait des autres enfants.

- Nous devrions peut-être… commença-t-elle alors qu'elle savonnait énergiquement une chemise.

- Non, la coupa Merlin. Tu ne veux pas ça et je ne veux pas ça.

- Mais quelle autre solution avons-nous ?

- Je t'en prie, ne te laisse pas faire. On trouvera une solution, je te le jure, je vendrai mes plus petites machines, mes livres, je…

- Pas tes livres ! s'offusqua Gwen.

- Je veux juste que tu comprennes que je suis prêt à tout, tu entends ? Tout pour vous aider. Je ne peux juste pas t'épouser, parce que ni toi ni moi ne le voulons.

Gwen ne dit rien pendant un temps, l'air concentrée sur son travail, lorsqu'elle lâcha d'une voix presque inaudible :

- Nous avons jusqu'à la prochaine moisson pour trouver une solution. Ils sont venus voir mon père. Ils nous ont menacés. Je ne sais pas ce qui nous attend au bout de cette échéance, mais ça s'annonce mal, Merlin, très mal. Mon père n'a plus l'âge pour se retrouver sur les routes, et encore moins pour endosser le rôle de fugitif.

Merlin baissa la tête et Gwen se tut.

Le silence, d'abord pesant, redevint confortable comme il l'avait toujours été entre les deux amis et au bout d'une heure d'ajustements divers, Merlin put se redresser et poser fièrement son invention sur l'herbe derrière Gwen qui leva un regard surpris sur lui. Il ôta alors sa chemise sous les yeux écarquillés de la jeune femme, et une montée de chuchotements excités et murmures des lavandières de tout âge se fit entendre. Mais contrairement aux apparences, ce n'étaient pas des murmures des plus appréciateurs. Merlin n'avait, en effet, pas grand-chose à montrer et il en avait bien conscience. Il était vrai que l'aide qu'il apportait à sa mère au jardin tout au long de l'année – jardin qui leur permettait de manger six jours sur sept – lui avait modelé quelques muscles, modestes, certes, mais des muscles tout de même. Il semblait cependant incapable de prendre le moindre poids – il fallait avouer que son régime alimentaire ne le lui permettait pas vraiment – ou de gagner le moindre poil en dehors de ses jambes ou de ses avant-bras (si on pouvait encore appeler ça des poils). Il était grand, maigre et dégingandé, et d'une blancheur à en faire pâlir les narcisses. Ses cheveux noirs ne faisaient qu'accentuer la particularité de son teint, et pour couronner le tout, il avait des oreilles immenses et décollées qu'il cherchait désespérément à cacher sous la lanière en cuir de ses binocles.

Il accrocha alors sa chemise à deux épingles qu'il avait fixées à un support et, sous le regard sceptique de la cantonade, fit tourner la manivelle.

- Voici la machine Qui Repasse Et Qui Plie, dit-il d'une voix triomphante.

- Elle ne peut pas repasser, commenta Gwen en haussant un sourcil amusé. Il n'y a pas de chaleur.

- En vérité, le rouleau aplatit les fibres du tissus et…

La manivelle exprima une résistance et Merlin fronça les sourcils, posant une main sur la machine pour forcer le mécanisme, quand Gwen se releva dans l'espoir de l'aider, faisant sursauter le jeune homme qui, d'un mouvement de recul protecteur à l'encontre de son œuvre, ne fit que déclarer sa fin. Son mouvement bien trop soudain cassa la manivelle et, comme il se retrouvait avec le manche en main, la machine ploya lentement, manquant de justesse une Gwen s'enfuyant dans un couinement, et tomba tête première dans la rivière où elle se brisa en mille morceaux dont le courant emporta la plupart.

Des rires éclatèrent de toutes parts Merlin n'en avait cure, car il s'était déjà précipité dans l'eau pour tenter de repêcher le plus de pièces possibles, murmurant des « Non, pas ça ! » effarés, désespérant de ne pas avoir trouvé un coin plus sûr mais avant tout à l'abri des regards, coin duquel il aurait pu user de sa magie pour récupérer les pièces disparues.

- C'est catastrophique, dit-il enfin d'une voix éteinte une fois qu'il eut posé ce qu'il restait de sa magnifique machine sur la berge.

Gwen lui jeta un regard peiné en s'accroupissant à ses côtés, une main posée sur son épaule.

- Tu peux toujours la réparer.

- Ça me prendra des mois pour pouvoir recréer les pièces manquantes, ou pour pouvoir les commander. Et si seulement je pouvais les commander ! On n'a pas les moyens, j'ai dépensé toute ma paye des moissons pour cette machine.

Une boule lui enserrait la gorge mais Merlin se refusait à l'idée de pleurer en public. Les lavandières continuaient leurs moqueries avec entrain, et si Merlin n'avait pas été habitué à ces commentaires cruels depuis son enfance, il aurait été des plus déstabilisés face à cette méchanceté gratuite de ces gens qui se plaisaient tant à se défouler sur les deux enfants à part du village.

- Tu n'es pas ami avec Marty ? s'enquit Gwen avec douceur.

- Si, mais je lui dois déjà tellement que je ne pourrais rien lui demander…

- Et pourquoi pas John ?

- Il vit en ville, soupira Merlin, passant une main trempée dans ses cheveux, avant de réaliser que ses binocles grossissants ne s'y trouvaient plus.

Et ils étaient introuvables, remarqua-t-il rapidement.

- Et en plus j'ai perdu mes binocles, dit-il d'une voix éteinte.

- Mais John te doit beaucoup, continua Gwen avec tact dans l'espoir de le détourner de la désillusion de cette nouvelle perte (car les binocles de Merlin comptaient énormément aux yeux du garçon). Je suis sûre que si tu allais lui demander, et même si tu lui proposais de travailler un temps pour lui, tu trouverais une solution pour cette machine.

- Je devais la vendre la semaine prochaine.

- À la foire ?

Merlin marmonna un « oui » indistinct.

- Eh bien, tu n'auras qu'à partir en ville une semaine plus tôt avec ta machine et il te suffira de la réparer petit à petit ! Tu peux bien le faire en une semaine. Tu accomplis des merveilles.

Le jeune homme leva un regard dépité sur son amie dont la mine était définitivement des plus soucieuses, et une vague d'affection vint lui meurtrir la poitrine, ne faisant qu'empirer son état.

- Il faudrait que John accepte de m'aider.

- Il le fera, le rassura Gwen au moyen d'un gentil sourire. Tu verras.


Merlin passa sa journée au village, occupé à préparer son séjour reprogrammé en ville, courant en tous sens à la recherche de provisions, achevant rapidement les quelques tâches qu'il avait en retard auprès des différents commerçants (car tous avaient beau l'insulter dans son dos, nul ne pouvait dire que Merlin ne savait travailler). Il croisa Will à la taverne où il lui déroba quelques morceaux de pain et une bonne partie de son rôti (« Tu me le revaudras ! » avait-il maugréé quand Merlin s'était précipité hors de la taverne pour rejoindre le boulanger à qui il avait promis de réparer quelques objets).

Enfin, alors que le soleil se couchait, il profita que sa mère fut occupée au jardin pour s'échapper en compagnie de Marguerite (car elle l'aurait retardé en tentant de l'en empêcher au moyen d'un flot abrutissant et maternel de paroles, recommandations et critiques en tout genre). Il lui laissa un mot des plus vagues quant à sa destination, lui promettant de revenir avec une solution à tous leurs problèmes, ou du moins, avec assez d'argent pour que leur foyer ne souffre plus un nouvel hiver semblable à celui de l'année précédente.

Le soleil se couchait et la forêt était encore dans ce stade entre la journée et le soir, où chaque feuille semblait faite d'or et où le sentier commençait à se faire tortueux par la visibilité réduite.

Ce ne fut qu'une fois qu'il se fut perdu que Merlin réalisa combien il avait été idiot de prendre la route à la nuit tombée. Il aurait été capable de faire le voyage en une simple journée si seulement il avait pris la peine d'attendre l'aube. Désormais, il avait froid, peur, et Marguerite était excitée comme une puce, et les torches volantes qu'il invoquait n'éclairaient absolument rien et risquaient de démarrer un incendie (bien que cela soit fort peu probable, Merlin ne pouvait ignorer ce risque, car il était véritablement un aimant à malchance).

Il se décida à s'installer à la prochaine clairière qu'il trouverait, mais le sentier semblait interminable, et Marguerite semblait résolue à lui désobéir, s'engageant sans cesse dans les tournants contraires à celui que Merlin voulait emprunter. Il voulait garder le ruisseau sur sa droite, et la jument s'entêtait à faire le contraire. Au bout d'une lutte quasi perpétuelle avec sa monture, cette dernière finit par s'arrêter brusquement, et comme la torche enchantée de Merlin venait à leur rencontre, le jeune homme vit qu'ils faisaient face à une haute muraille.

- Encore ? s'exclama le jeune homme.

Quelque peu vexé à l'idée d'avoir pu retrouver le chemin par hasard alors qu'il avait été incapable de rejoindre le château quand il l'avait voulu la veille, il contourna le mur pour rejoindre, cette fois-ci, le portail principal tout fait de métal qui s'élevait plus haut que la pierre effritée l'encadrant. D'un tour de magie, il fit sauter le cadenas qui la refermait.

- Mais… Marguerite ! s'agaça-t-il en voyant que la jument se refusait entièrement à l'idée de pénétrer dans le jardin sinistre (quoique, il pouvait très bien le comprendre, lui-même ne savait pas d'où est-ce qu'il trouvait le courage de s'y infiltrer une nouvelle fois après une telle expérience).

Elle tirait sur la bride, hennissait et se cabrait presque : Merlin dû se faire à l'idée de l'attacher à l'extérieur, peu rassuré pour sa sécurité, mais que pouvait-il faire d'autre ?

- Je reviens, d'accord ? promit-il à sa jument, lui caressant l'encolure dans l'espoir de la calmer avant de l'enlacer et déposer un baiser entre les naseaux. Je reviens demain, et on repart, promis.

Il s'avança alors à l'aveuglette dans le jardin, trébuchant sur les pavés menant directement à l'entrée du château, contournant la fontaine immense pour grimper les dix marches très exactement que constituait l'escalier menant aux portes du palais. Mais à peine avait-il posé les mains sur la porte, songeant déjà à l'usage qu'il pourrait avoir de sa magie pour forcer son ouverture, elle fut parcourue d'un véritable tremblement qui fit gémir sinistrement le bois.

- Ahem, fit-il en clignant des yeux, voyant cette porte immense s'ouvrir seule en un grincement mélodramatique.

- Et Magie fit enfin son apparition, dit une voix sortie de nulle part.

Merlin, qui avait posé avec hésitation son pied dans ce qui semblait être un hall immense et terriblement sombre, se retourna en sursaut à la recherche de la voix. Les lieux étaient cependant déserts, aussi sinistres que Merlin les avait trouvés.

La voix eut un petit rire semblable à un ricanement et reprit :

- Je parie que tu ne me trouveras pas. Jamais personne ne me trouve. Soit ils partent en hurlant, soit ils fouillent les moindres recoins du palier à ma recherche. Mais jamais ils ne me trouvent. Il y avait une fois cet homme… Ah non ! Attends que je me souvienne… Ils étaient deux ! Deux hommes, donc, étaient venus à la recherche d'une princesse, parce qu'apparemment la rumeur courrait comme quoi le château en abritait une… Ah, cette bonne blague. Je les ai entendus parler de leur quête mythique et, pour m'amuser – parce que je dois bien t'avouer que je m'ennuie vraiment à garder cette porte nuit et jour – pour m'amuser donc, j'ai imité la voix d'une fille et…

- Trouvé ! s'exclama alors Merlin, l'interrompant, car tandis que l'inconnu monologuait, Merlin avait fait deux fois l'inspection du palier, du sol, des baies-vitrées poussiéreuses encadrant la porte et enfin la porte en elle-même pour enfin réaliser que le heurtoir avait un visage humain et était animé.

- Mince alors, lâcha le heurtoir d'une petite voix

- Il y a vraiment une princesse, dans ce château ?

Cela suffit à rendre ses esprits au heurtoir.

- Ah ça non, hein ! Pas vraiment !

- Mais qu'est-ce qui s'y trouve alors ?

Le heurtoir lui fit un clin d'œil, et Merlin ne put que penser au fait que cette expérience était véritablement déstabilisante.

- Je te laisserai en juger par toi-même, Magie.

Et comme le heurtoir s'était mis à siffloter en refusant de répondre aux multiples questions que Merlin se mit à vomir, le jeune homme se résolut à pénétrer dans le hall, l'illuminant de sa torche enchantée et prêt à trouver un coin plus ou moins dépoussiéré dans lequel il pourrait passer discrètement la nuit si, et seulement si, sa curiosité ne venait pas à bout de lui. Le heurtoir – ou la porte (car Merlin ne pouvait être certain du lieu où logeait l'âme de cet individu) en profita pour l'enfermer dans un fracas tout aussi mélodramatique que l'avait été l'ouverture de la porte tantôt.

Le hall aurait pu enfermer au moins quatre fois la maison de Merlin et son plafond devait être plus haut même que le chêne bicentenaire de la place du village (chêne qui était, accessoirement, l'arbre le plus haut que Merlin avait jamais vu). De magnifiques enjolivures couraient le long des murs, retombaient en arches du plafond, présentant des scènes inconnues au jeune homme (qui souffrait, il fallait aussi le préciser, d'une légère myopie). On avait tiré les rideaux aux fenêtres, des tapis brodés de mille et unes histoires recouvraient le sol fait d'une pierre sombre et rutilante. Un grand escalier de marbre, se divisait, à l'étage, en trois autres qui rejoignaient des pièces inconnues recelant des secrets sans doute merveilleux.

La chose la plus surprenante cependant était la propreté impeccable des lieux. Merlin s'était attendu à un lieu regorgeant de toiles d'araignées, de poussière, à moitié détruit et véritablement généreux pour une exploration nocturne. Le luxe de ce château formait un contraste des plus déstabilisants avec l'extérieur : il s'était en effet attendu à fouiller dans des décombres à la recherche d'un semblant de couverture et à passer la nuit dans un recoin plus ou moins préservé par le temps.

Que nenni. Le château était en très bon état, et il devait même être habité.

- Est-ce qu'il y a quelqu'un ? demanda-t-il fatalement (et inutilement).

Merlin, qui savait très bien, au vu de la quantité incroyable de livres qu'il avait lus tout au long de sa vie, que jamais personne ne répondait à ce genre de questions (ce qui ne voulait pas dire que personne ne l'entendait), fut parcouru d'un frisson quand un bourdonnement des plus intenses se fit entendre. C'était une vague de murmures en tous genres qui traversa la pièce en un éclair avant que cette dernière ne se plonge à nouveau dans un silence pesant.

Merlin déglutit. Sans doute était-ce la chose la plus effrayante qu'il n'eut jamais eu à affronter.

- Y a… Y a quelqu'un ?

De nouveaux murmures, semblables à des gloussements cette fois-ci, retentirent. Merlin passa une main nerveuse sur son visage, marmonnant :

- Ouais, c'est vraiment drôle d'effrayer un pauvre gars et de le laisser parler dans le vide. Bon sang.

D'autres gloussements lui répondirent, et alors qu'il lâchait un soupir dépité, une voix venue du sol le laissa échapper un jappement effrayé (duquel les voix invisibles se moquèrent avec ravissement).

- Je peux t'aider, gamin ?

Merlin baissa les yeux sur une pinte laissée à l'abandon sur le tapis. Un long silence s'installa pendant lequel il se demanda à plusieurs reprises s'il ne devenait pas légèrement fou.

- Eh bien, oui ?

Il se pencha en avant, plus que conscient du ridicule de son acte et éclaira la pinte avec scepticisme en approchant son feu. Dans les reflets du verre, Merlin croisa deux pupilles et perdit l'équilibre sous le coup de la surprise, tombant sur les fesses. La pinte ricana.

- Quelle bravoure !

Frottant ses fesses endolories, Merlin répliqua entre ses dents :

- Dit celui qui prend les gens par surprise.

- Si t'as croisé mes beaux yeux, c'est parce que tu savais qu'il devait y avoir quelque chose.

- Et tu peux m'expliquer pourquoi tes soi-disant beaux yeux se trouvent dans le verre d'une pinte ? s'enquit Merlin d'une voix railleuse en attrapant l'objet par son anse. La pinte lâcha des « Oh là » peu rassurés alors que les voix recommençaient à murmurer frénétiquement.

- Même que ma bouche s'y trouve aussi, répondit la pinte avec un sourire ravageur – que le jeune homme remarqua enfin une fois qu'elle eut retrouvé sa stabilité.

- Dis-moi, pinte…

- Gwaine.

- Pardon ? fit Merlin en clignant des yeux.

- Je m'appelle Gwaine, dit l'autre.

La bouche de Merlin forma un « o » de surprise – car il ne lui serait jamais venu à l'esprit que la pinte puisse avoir un nom – quand un fracas métallique se fit entendre derrière lui. Et comme il se retournait, il vit quatre armures, dont trois pointaient leurs épées sur lui et la dernière brandissait avec la même conviction que ses camarades une serpillère. Quatre armures qui, en temps normal, étaient ces choses vides qui servaient à décorer les murs.

Merlin déglutit, réalisant enfin qu'il s'était une nouvelle fois mis dans un sacré pétrin.

- Et les voilà qui recommencent, lâcha Gwaine en levant les yeux au ciel.

- Déclinez votre identité, fit l'armure la plus proche – celle qui brandissait la serpillère.

- Ahem, s'empressa de bégayer le jeune homme, je suis Merlin Emrys, j'ai vingt ans et j'habite à Ealdor…

Les murmures étaient devenus de plus en plus puissants, presque enthousiastes, avec l'apparition des renforts du château. Le jeune homme commençait à envisager sérieusement de recourir à la magie – après tout, ils avaient tous remarqué sa torche volante, elle n'était donc plus un secret - pour s'échapper quand Gwaine intervint enfin.

- Vous ne croyez pas que vous vous prenez un peu trop au sérieux ? demanda la pinte d'un ton railleur.

L'armure hocha la tête sur le côté, comme surprise, tandis qu'une autre voix s'élevait, d'une épée cette fois – Merlin remarqua avec stupeur le métal s'animer à la base de la lame, dessinant une bouche et des yeux exprimant un profond agacement :

- Ce n'est pas parce que toi, tu as une forme qui ne se prête pas à l'achèvement de son devoir que c'est le cas de tout le monde.

- Parce que tu vas me dire que la serpillère le peut ?

- La serpillère a un nom ! répliqua la serpillère en question.

- Ce n'est en tout cas pas une raison pour que vous preniez la grosse tête, répliqua Gwaine avec un rictus. Je peux t'assurer que si Perceval ne t'astiquait pas le manche, tu serais aussi utile que moi.

- Je vais t'apprendre à surveiller ta langue, répliqua l'armure en brandissant son arme ridicule qui laissa échapper un jappement outré.

- Je peux te trancher la anse en moins de temps qu'il en faudrait pour te remplir, grogna l'épée tandis que son armure se mettait à son tour en garde.

- Ah oui ? Eh bien moi je peux t'asperger de bière, et je peux t'assurer qu'en plus d'être difficile à nettoyer, ça colle, et ça rouille !

Merlin décida d'intervenir et cacha Gwaine dans son dos.

- Eh, ça suffit !

Il se mordit aussitôt l'intérieur des lèvres en voyant les armes farfelues se diriger en direction de son cœur.

- Mais laissez ce pauvre gosse tranquille ! s'exclama Gwaine.

- Ce pauvre gosse, comme tu dis, a pénétré l'enceinte du château par effraction et usé illégalement de magie, répliqua l'armure à la serpillère – Perceval, donc.

- Je ne faisais que m'éclairer ! répliqua Merlin avec indignation.

- La magie est interdite, et un fléau !

- Je ne l'utilise que pour faire le bien et me sauver la vie quand je me mets dans des situations périlleuses !

- Et je suis prêt à parier que ça t'arrive souvent, dit Gwaine.

- Plus que quiconque ne pourrait l'imaginer, soupira Merlin. Écoutez, la seule chose que je voulais, c'était un abri : je me suis perdu, c'est la nuit, il fait froid et je comptais partir aux premières heures de l'aube. Vraiment, je ne veux poser de problème à personne, si je peux me cacher dans un coin de cette pièce j'en serais largement satisfait !

Son discours semblait porter ses fruits, car Perceval abaissa lentement son arme, imité par les autres membres de la garde enchantée, et, se voyant ramener contre le torse de Merlin, Gwaine lança :

- Si personne n'en parle, le Prince n'en saura jamais rien et nous aurons accompli au moins une bonne action ! Allez, quoi, ce n'est pas comme si on pouvait s'amuser tous les jours, ici !

Perceval resta silencieux un long moment avant d'échanger un regard avec ses camarades et de rengainer la serpillère tandis que l'épée laissait échapper un sifflement réprobateur.

- Si le Prince a vent de sa présence, je peux t'assurer que je déclinerai toute responsabilité et que tu en assumeras toutes les conséquences, c'est bien clair, Gwaine ?

La pinte émit un bruit satisfait et Perceval posa un gant de métal glacé et ferme sur l'épaule de Merlin pour le pousser sur le côté du hall où une porte se cachait derrière une tapisserie. L'armure à l'épée resta à l'arrière pour obliger les meubles et objets murmureurs du hall au silence quant au tour de magie de Merlin et à sa présence même dans le château, et le sorcier eut à peine le temps d'entendre les murmures recommencer de plus belle, s'enquérant sur la suite des évènements, que la porte s'était déjà refermée sur eux et qu'il se voyait entrainé le long d'un couloir sombre et humide qui déboucha sur une petite pièce encombrée de chaises et d'objets divers en mouvement perpétuel qui s'immobilisèrent presque immédiatement pour dévisager Merlin avec ce qu'il devinait, de loin, être une expression d'extrême stupeur. Gwaine sauta de ses mains pour atterrir sur la petite table et clama :

- Qu'on me remplisse de bière et qu'on nourrisse ce pauvre damoiseau affamé et frigorifié !

Alors, une chaise se précipita pour se caler contre les genoux de Merlin qui se retrouva trainé devant la table. Ce devait être une cuisine, sans doute celle du personnel, au vu de l'apparence misérable de la pièce et son absence de fenêtre. Une cheminée faisait face à la petite table, encadrée de deux portes, où une marmite se mit soudainement à mijoter, projetant l'odeur alléchante d'un rôti ayant cuit depuis les premières heures du matin.

Les couverts lui sautaient presque à la bouche tandis qu'il se réchauffait, buvant de la délicieuse bière contenue par Gwaine, et il subit un interrogatoire complet de la part des membres de ce qu'il devinait être la garde royale et la pinte, dont l'âpreté s'éteignit au bout d'une demi-heure, quand le jeune homme eut glissé dans la conversation assez d'anecdotes sur son passé et de commentaires amusants pour dérider les hommes en plein travail.

- Et des filles ? demanda Gwaine d'un ton grivois, ce ton d'ivrogne quinquagénaire de la taverne qui vivait sa vie sexuelle par procuration en tant qu'auditeur des histoires grivoises les plus aberrantes possibles. Dis-nous tout. Tu as une copine, des copines ? (Merlin secoua la tête.) Tu connais des filles, au moins ?

Le jeune homme sentit un vague malaise s'installer dans son ventre, ce même malaise qui le prenait à chaque fois que quelqu'un, à Ealdor, mentionnait son non-futur mariage avec Gwen. Il se serait presque attendu à ce que les gardes ne viennent à sa rescousse en remettant Gwaine à sa place, mais un silence tendu s'était soudainement installé dans la cuisine, démontrant de la curiosité du personnel mystérieusement devenu mobilier.

- Euh… eh bien, oui, dit-il d'une voix devenue subitement rauque. Enfin, j'en connais plusieurs, du moins, toutes les filles du village de vue, quasiment, mais je ne parle pas vraiment avec elles. Elles me trouvent bizarre et, euh… et pour être honnête, elles sont vraiment stupides. Enfin, Gwen ne l'est pas !

Gwaine glissa de quelques centimètres en sa direction tandis que les armures cliquetaient en s'approchant avidement de la table.

- Gwen ? Qui est-ce, ta copine ?

Merlin soupira en se passant une main nerveuse dans les cheveux.

- Pas vraiment, non. C'est ma, euh… comment dire ? C'est ma meilleure amie, vraiment. On se connait depuis qu'on est tous petits, mais…

- Oui ? le pressa Gwaine.

- Disons que nos parents veulent nous marier.

- C'est ta fiancée, donc ?

- Non ! s'agaça Merlin, sentant le rouge lui monter aux joues. Non, nous ne sommes pas fiancés, et nous ne nous marierons jamais ! C'est juste un arrangement, parce que ma mère et moi avons besoin d'argent et Gwen a besoin de papiers, et je ne vois vraiment pas pourquoi je vous parle de tout ça, ce ne sont pas vos affaires !

Il tenta une moue faussement agacée pour détendre l'atmosphère, car ils lui offraient le gîte et le couvert après tout, mais ce devait être apparemment inutile car l'ambiance était devenue fébrile, et tout un chacun murmurait avec un autre, complotant à mi-mot, sans que Merlin ne parvienne à comprendre la moindre de leurs paroles, et cela ne l'agaça que de plus belle.

- Est-ce qu'il y a… est-ce qu'il y a un problème ? finit-il par dire d'une voix faible.

Il était tard, il avait eu froid pendant de longues heures et son copieux repas empirait son état de confort presque extrême. Merlin mangeait rarement autant.

- Pas du tout ! s'empressa de dire Gwaine.

- Vraiment pas, renchérit Léon-la-serpillère.

- Pourquoi cela nous gênerait-il ? renchérit Perceval.

- Ton histoire est des plus touchantes, c'est tout, ajouta Lancelot.

Merlin les dévisagea tour à tour, se laissant surprendre une nouvelle fois par la singularité de sa compagnie et du lieu où il avait atterri, avant que le silence ne s'abatte une nouvelle fois sur la pièce alors que la silhouette sombre d'un homme se dessinait dans l'embrasure de la porte à droite de la cheminée.

Perceval se redressa aussitôt, prenant place devant Merlin, l'empêchant de détailler l'homme, comme pour se mettre au garde à vous et, étrangement, le protéger d'un danger qui lui échappait mais faisait se hérisser ses poils le long de ses bras.

- Sire, dit Perceval d'un ton cérémonieux, imité par Léon, Lancelot et les autres armures.

- Nous avons de la visite, à ce que je vois, dit l'homme d'une voix rocailleuse et véritablement effrayante.

Merlin déglutit en voyant la silhouette s'approcher dangereusement au moyen d'un grognement doucereux qui faisait trembler sa cage thoracique alors que, par un ordre tacite, les gardes s'éloignaient à contrecœur du jeune sorcier en lui jetant ce qu'il devinait être des regards désolés.


Merci d'avoir lu, et n'hésitez surtout pas à me laisser votre impression ! :)

OaD