Bien le bonjour à tous ! Me revoilà pour un nouveau chapitre !
Tout d'abord merci à Ririte, karfaith et MMWH pour leurs gentilles reviews qui m'encouragent tellement ! Et je remercie également ceux ayant ma fic à leurs favoris. J'espère que la suite ne vous décevra pas !
J'aime bien partager les musiques que j'écoute pendant que j'écris et qui m'accompagnent soit tout le long d'un chapitre, soit seulement pour des petits morceaux du coup, voilà mes suggestions du jour !

Song of the caged Bird, Lindsey Stirling
Transcendence, Lindsey Stirling (décidément...)
Heimatstern, Unheilig

N'hésitez pas à me dire de votre côté ce que vous écoutez pendant vos lectures ! ;)
Hope you like it !


Chapitre 2 :

Bilbo avait eu de la chance. Ou plutôt,tout le monde n'arrêtait pas de le lui répéter, même s'il n'en n'était pas forcément convaincu, il s'était pris une balle tout de même ce n'était pas rien !

Il avait eu de la chance que la balle ne l'atteigne pas gravement, il avait eu de la chance qu'elle ressorte sans causer de dommage, il avait eu de la chance de ne pas avoir été touché plus près des organes vitaux.

Ouais. Ou alors le tireur était juste maladroit et Bilbo très rapide ? Non ? Pourquoi tout le monde s'inquiétait autant ? Il était en vie, il n'avait pas besoin qu'on lui donne l'excuse de la chance ! Comme s'il fallait avoir une raison pour s'en sortir presque indemne !

L'espion soupira profondément avant de regretter son geste, sa hanche le lançait toujours un peu malgré qu'il se soit soigné et malgré les anti-douleurs. Bard lui avait proposé de s'occuper de sa blessure mais Bilbo avait refusé, ayant encore assez de force pour le faire seul. Et aussi pour qu'on ne le voit pas grincer des dents lorsqu'il désinfecterait la plaie. Fierté personnelle.

Il avait croisé quelques uns de ses collègues et il ne comptait plus le nombre de fois où il avait dû raconter comment sa mission s'était terminée. Il connaissait probablement ses réponses par cœur maintenant. Et chaque discussion se terminait inévitablement par « Tu as eu de la chance ».

Oui, il savait, merci bien. On lui avait assez dit et redit alors qu'il était dans la maison seulement depuis même pas une heure.

Il s'apprêtait à s'installer dans un des fauteuils du salon pour se reposer le temps qu'on lui donne le feu vert pour rentrer chez lui mais Bard l'intercepta dans un couloir et lui indiqua que Gandalf voulait le voir.

Gandalf. Son très cher ami Gandalf. Et également celui qui l'employait. Mais ça ce n'était qu'un détail. Ils se connaissaient depuis tellement longtemps que leur relation était largement plus amicale que celle que pouvait avoir un patron et son employé.

Bilbo fit donc demi-tour et emprunta les escaliers menant au premier étage pour rejoindre le bureau de Gandalf. Il se doutait que son patron désirait très certainement un rapport de sa mission alors il sortit d'avance la clé usb grise, la faisant tournoyer distraitement entre ses doigts.

Il entra dans la pièce où il avait été convoqué sans toquer mais eut la surprise de constater qu'il y avait deux personnes à l'intérieur et non pas une. Gandalf était bien assis à son bureau mais quelqu'un se tenait derrière lui, face à la fenêtre, et jetant un regard à la vue comme s'il patientait depuis un certain temps déjà.

Bilbo fronça ses sourcils, l'homme était de dos mais l'espion était certain de ne pas le connaître sans avoir besoin de voir plus en détail son physique. L'inconnu était plus grand que lui, il avait des cheveux bruns assez longs ramenés vers l'arrière et ses mains étaient croisées dans son dos.

Avant que l'espion n'ouvre pas la bouche pour demander l'identité de cette personne, Gandalf prit la parole, affichant un sourire amical :

- Bilbo, mon cher, je vous en prie approchez !

Entendant cette phrase, l'homme à la fenêtre se retourna et Bilbo put apercevoir ses yeux. Deux pupilles bleus qui l'observèrent quelques instants et l'espion ne sût dire si l'inconnu le toisait ou n'affichait simplement aucune émotion.

Bilbo plissa ses yeux puis se tourna vers Gandalf, assez intrigué. Manifestement l'homme était là pour lui, un nouvel associé peut être ? Il avait plus l'habitude de bosser en solo ou avec Bard mais l'option était envisageable.

- Vous nous présentez ?

Son patron ne prit pas cette peine, se contentant d'un regard vers l'inconnu pour lui indiquer de parler. Ce que ce dernier fit sans rechigner.

- Thorin Oakenshield.
- Bilbo.

L'espion se garda de donner son nom de famille, plus par réflexe que réelle méfiance mais, en voyant Thorin hocher la tête, Bilbo eut la drôle impression que son interlocuteur connaissait déjà sa véritable identité.

Il chassa le léger malaise qui le prit en constatant que Thorin gardait cet air éternellement neutre et se concentra à nouveau sur Gandalf.

- Inutile de vous demander pourquoi vous m'avez fait venir je présume ?
- En effet. Même si au bout d'un an et demi sans pouvoir échanger de nouvelles avec vous, j'aimerais juste avoir à vous parler tranquillement de sujets banals.

Sa réponse donnée, Gandalf esquissa ensuite un sourire et Bilbo ne put s'empêcher de le lui rendre. L'espion n'avait en effet, pendant toute sa période d'enquête, pas pu contacter qui que ce soit de son réseau pour des raison évidentes de précaution. Il ne fallait en aucun cas qu'on relie Bilbo à cette organisation.

Et Bilbo admettait que les conversations avec Bard lui avait manqué pendant cette longue année mais également celles avec Gandalf. C'était quelqu'un qu'il appréciait beaucoup.

Gandalf était un homme approchant la soixantaine, de grande taille et avec un éclat malicieux brillant dans le fond de ses yeux. Ses cheveux blancs ainsi que son caractère prévenant et gentil lui donnait un côté un peu grand père mais il était réputé pour être très impressionnant lorsqu'il élevait la voix. Malgré tout, Bilbo l'avait toujours connu calme, posé et réfléchi. Et il le connaissait depuis un certain temps vu que Gandalf avait d'abord été un ami à sa mère avant d'être le sien.

Avant de parler, Bilbo jeta d'abord un regard vers son patron pour s'assurer qu'il pouvait parler de sa mission en présence de Thorin. Gandalf le rassura d'un hochement de tête avant l'espion se lança.

Forcément en un an et demi Bilbo avait eu le temps d'en faire des choses et il passa bien plus d'une demi-heure à expliquer tout ce qu'il avait vécu et appris pendant tout ce temps là. Lorsqu'il arriva aux événements du matin même, il s'arrêta au moment où il avait récupéré les documents, évoquant juste brièvement que Smaug s'attendait à ce qu'il agisse.

En entendant ce passage, Thorin fronça alors ses sourcils et prit la parole pour la première fois, permettant à Bilbo de réécouter sa voix :

- Pourquoi n'a-t-il pas agi avant dans ce cas ?

Sa question était légitime, Smaug n'était pas vraiment du genre à ce que quelqu'un agisse, il aimait prendre par surprise. Il était joueur mais mauvais perdant et avait horreur qu'on le prenne de vitesse.

Bilbo pinça ses lèvres en réfléchissant avant de finalement répondre :

- Je pense qu'il avait des doutes. Je l'intriguais mais il ne devait pas savoir pourquoi.

Ce n'était qu'une supposition évidemment mais il ne pouvait pas demander l'avis du principal intéressé. Son ennemi n'avouerait jamais s'être fait avoir. Trop de fierté pour ça. Et puis aussi parce que Bilbo préférait éviter de recroiser Smaug. Entre autre. Ce n'était pas vraiment le genre de personne qu'il avait envie d'inviter pour un thé. Et pourtant Bilbo était une personne très sociable.

Il arrêta de jouer distraitement avec la clé usb et la déposa sur le bureau.

- Mon travail n'est pas complètement terminé, expliqua-t-il, Les documents sont codés je vais avoir d'un peu de temps supplémentaire pour déchiffrer tout ça.

Gandalf hocha la tête, ne faisant pas mine de récupérer l'objet. Il commençait à connaître assez Bilbo pour savoir d'avance que ce dernier refuserait toute aide. Quand il recevait une mission, Bilbo voulait à tout prix la réussir par lui-même. Gandalf n'insista pas et se retint de suggérer que Bard l'aiderait bien volontiers. L'espion tentait d'abord seul avant de demander des conseils. C'était tout à fait louable.

- Je vous accorde tout le temps dont vous avez besoin, finit par annoncer le patron.

Bilbo acquiesça et récupéra la clé usb qu'il remit dans sa poche. Gandalf resta ensuite silencieux et cela intrigua l'espion. Il était pratiquement certain que son supérieur avait encore des choses à lui dire.

- Qu'il y a-t-il ? demanda-t-il, histoire de vérifier ses doutes
- Je vais devoir vous annoncer quelque chose qui, je le sais, va vous déplaire.
- C'est à dire ?

Gandalf sembla chercher ses mots et Bilbo se dit alors qu'il allait bientôt comprendre la raison de la présence de Thorin. Et ce n'était pas sûr qu'il l'apprécie.

- Je sais que vous aimez faire les choses par vous même mon ami mais j'aimerais que...
- Vous voulez que je m'associe à Thorin ?

Loin d'être agacé par Bilbo, qui avait la manie de lui couper la parole, Gandalf secoua doucement sa tête en signe de négation.

- Pas exactement. Vous allez beaucoup vous fréquenter tous les deux mais pas pour travailler ensemble.

L'espion plissa ses yeux, pas sûr de saisir les phrases évasives et vagues de son patron. C'était quelque chose que ce dernier aimait bien faire, être le plus imprécis possible lorsqu'il avait une nouvelle à annoncer qui pouvait faire grincer des dents.

- Je ne comprends pas.

Thorin, de son côté, restait parfaitement silencieux. Bien qu'il soit cité dans la conversation il préférait ne pas y prendre part. Même s'il ne souriait toujours pas, il y avait quelque chose dans son regard, presque imperceptible qui pourrait faire penser que cette situation l'amusait. Ce qui n'était pas vraiment le cas de Bilbo.

Gandalf soupira et joignit ses mains, prenant la parole en guettant la réaction de l'espion.

- J'ai chargé Thorin de veiller à votre sécurité.

Un rictus s'afficha brièvement sur le visage de Bilbo.

- Je vous demande pardon ?
- Vous avez parfaitement entendu, assura le dirigeant.
- C'est hors de question.

Sur ses mots, l'espion croisa ses bras, prêt à camper dans ses positions. Sa réponse avait fusé rapidement et le ton de sa voix était sans appel. Il n'avait pas besoin qu'on le surveille, il n'avait plus dix ans, merci beaucoup !

Gandalf resta le plus posé possible et s'adressa à Bilbo avec une voix très calme.

- C'est pour votre bien mon ami.
- Je n'ai pas besoin de garde du corps merci bien ! Je suis assez grand pour me défendre ! rétorqua aussitôt l'intéressé

Pour appuyer ses dires il montra l'arme qu'il avait volé à Smaug lors de leur petite altercation. Il la posa brusquement sur le bureau, défiant presque Gandalf de nier ses capacités à combattre tandis que le bruit sourd produit par le choc résonnait dans la pièce.

Thorin observa le révolver avec intérêt, reconnaissant visiblement la qualité de l'objet.

Gandalf, quant à lui, n'eut même pas un petit sursaut. Il resta impassible, agissant avec un calme qui pourrait surprendre ceux ne le connaissant pas.

Mais Bilbo connaissait cet homme. Et il savait décrypter ce comportement. Et le message était très simple et clair : quoique dise l'espion, aucun argument ne changerait la situation et Bilbo avait intérêt à se plier au choix de son supérieur au risque d'énerver celui-ci.

Et énerver Gandalf était une très très mauvaise chose. Valait mieux éviter d'en faire les frais.

Gandalf soutint le regard de Bilbo et lorsque celui-ci fit mine de vouloir s'exprimer à nouveau, il fronça les sourcils.

Premier avertissement.

Bilbo serra ses dents puis détourna la tête, signifiant qu'il abandonnait la lutte.

La tension de la pièce descendit d'un cran et Gandalf reprit la parole, perdant le côté menaçant qu'il affichait quelques instants plus tôt.

- Vous étiez au courant que ça se passerait ainsi, dit-il doucement.
- Vous m'aviez prévenu que je devrais déménager régulièrement, pas que j'aurais besoin d'être protégé comme un enfant !
- C'est pour votre sécurité, votre travail fait que vous êtes en danger.
- J'ai toujours eu assez de chance pour ne pas me faire retrouver jusqu'ici, répondit insolemment l'espion.
- Peut être bien mais là vous vous êtes attaqué à un ennemi trop puissant pour vous. Acceptez l'aide que je vous offre.

Gandalf lui lança un regard appuyé vers sa hanche.

- De plus, vous êtes blessé.

Bilbo souffla. Ça, c'était certainement Bard qui avait lâché l'information, soucieux comme il l'était.

- Je vais très bien, rétorqua le blessé en question.

Il n'avait l'air absolument pas ravi, voire même très contrarié. Gandalf connaissait cette tête, c'était celle qu'il affichait lorsqu'il savait qu'il ne pouvait pas empêcher quelque chose de se produire mais que cette chose l'énervait au plus haut point.

- Je n'ai pas le choix hein ? finit par demander Bilbo

Mais un mince sourire étira ses lèvres et Gandalf sût que le désaccord s'arrêtait là. Il jeta un œil sur l'écran de son ordinateur, lisant quelque chose que l'espion ne put voir de sa place puis brisa le silence à peine établi :

- Vous pouvez allez récupérer quelques effets personnels chez vous, Bard vous accompagnera avec grand plaisir.

Bilbo hocha la tête puis, comprenant que Gandalf venait de le congédier à sa manière, salua brièvement les deux personnes dans la pièce puis sortit sans rien ajouter.

Thorin se tourna alors vers Gandalf, plissant légèrement ses yeux.

- Effectivement, comme vous vous y attendiez, il n'a pas bien pris la nouvelle.
- Il est un peu têtu, je suis désolé.

L'homme brun haussa ses épaules et reprit sa place devant la fenêtre. Il pût voir Bilbo qui ne tarda pas à sortir du manoir, précédé par Bard.

- Les premiers jours de vie commune seront un peu compliqué voilà tout, finit-il par dire tout en suivant l'espion du regard.

Après, si Bilbo voulait le détester parce qu'il avait comme mission de le protéger, grand bien lui fasse ! Thorin n'avait pas pour but de se faire de nouveau ami et si leurs rapports devaient se limiter à de simples regards lorsqu'ils se croiseraient dans les couloirs qu'il en soit ainsi !


- J'aurais pu conduire tu sais.

Pas de réponse. Bard semblait tout d'un coup captivé par la route, comme si un piéton allait subitement se décider à traverser. Sur une route déserte. Interdite aux piétons. Loin de toute ville. Bilbo voulait bien admettre qu'on n'était jamais trop prudent et qu'il valait mieux éviter de rouler sur un être humain mais là, vraiment, ce n'était pas la peine d'être si concentré.

- Je n'ai pas besoin de ma hanche pour appuyer sur le frein ou pour passer les vitesses je t'assure, insista le plus jeune.

Toujours rien. Parfait. Qu'est ce que Bilbo détestait Bard lorsqu'il l'ignorait ainsi ! Il soupira -très- longuement.

- Écoute, je suis majeur, je commence à savoir ce que je peux ou ne peux pas faire pour ma santé.
- Ça, je n'en suis pas sûr. Tu es légèrement un peu trop suicidaire pour ton propre bien.

Bilbo leva ses yeux au ciel, préférant ignorer son ami. Bon au moins Bard lui avait enfin répondu, c'était déjà ça.

- Et conduire ne fait pas parti des choses qui aggravent une blessure.

- Si. Tu dois te tourner pour faire des créneaux, répondit Bard au tac-à-tac, fixant toujours la route.

L'espion fixa son coéquipier comme s'il venait de l'insulter dans une langue étrangère.

- Des créneaux ? T'es pas sérieux quand tu me dis ça quand même ? D'où tu veux que je fasse des créneaux ? Je passe pas mon permis là je veux juste aller chez moi !

Le plus vieux lâcha un « on ne sait jamais » à peine narquois et l'espion souffla. Décidément il n'arrivait pas à avoir le dernier mot aujourd'hui. Son autorité s'était décidée à se faire la malle pour les Bahamas ou ça se passait comment ?

Enfin.

- Tu connais Thorin Oakenshield ?

Bilbo se força à ne pas voir le sourire victorieux de Bard lorsqu'il entendit que son ami abandonnait et changeait de sujet. Un jour il arriverait à avoir de la répartie, un jour.

- Ouais vite fait, il travaillait dans le coin mais il est parti d'Erebor il y a longtemps. Je ne l'ai revu que depuis quelques jours.
- Tu sais pourquoi il était parti ?

Bard réfléchit puis finit par secouer sa tête.

- Du tout et je m'en fiche un peu, nous n'avons jamais été ami et je suis même pas sûr de lui avoir déjà adressé la parole.

Bilbo haussa alors un sourcil, ce n'était pas dans le caractère habituel de son coéquipier d'être si peu sociable.

- Comment ça se fait que tu ne l'aimes pas ? demanda-t-il

L'autre haussa ses épaules, tournant le volant pour prendre à droite à un croisement. Ils étaient de nouveau revenu à Erebor et la voiture se dirigeait tranquillement vers l'appartement de Bilbo, situé à l'écart du centre ville.

- Je ne sais pas, il dégage un côté un peu prétentieux qui ne me donne pas envie de le connaître. Il a tout le temps l'air de te juger.

Immédiatement Bilbo repensa aux deux yeux bleus qui l'avaient analysé un long moment. Peut être que Bard avait raison. La seule chose dont l'espion était sûr, c'était que Thorin n'avait pas un attrait particulier pour la conversation. Il était resté muet pendant tout l'entretien avec Gandalf, on aurait presque pu le confondre avec une statue. Les soirées allaient être joyeuses avec ce type.

- Enfin, tu pourras lui demander toi, tu ne manqueras pas d'occasion ! se moqua Bard et Bilbo se renfrogna
- Je suis assez grand pour me protéger, marmonna-t-il.
- Peut être mais tu comptes beaucoup pour Gandalf, il ne fait pas ça pour te rabaisser.

L'espion soupira et détourna son regard.

- Il compte également beaucoup pour moi.

Bard sourit.

Bilbo ne s'attarda pas réellement dans son appartement. Il savait déjà tout ce qu'il voulait prendre en priorité et, de toute façon, il recevrait le reste plus tard, Gandalf se chargeant de la partie déménagement.

Il avait l'habitude de changer d'appartement régulièrement -parfois de façon plus rapide que d'autres- et son expérience faisait qu'il préparait toujours une valise avec le strict minimum en prévision des cas comme celui-ci. Et vu qu'il n'était pas forcément attaché à cet appartement, la nostalgie ne le forçait pas à trainer un peu dans toutes les pièces.

- Tu as du courrier au fait, l'informa Bard qui l'attendait dans le salon.
- Publicités ? devina Bilbo en le rejoignant

Son ami approuva d'un hochement de tête.

- Essentiellement oui et quelques factures aussi.

Rien d'intéressant donc. Mais ce n'était pas surprenant. Bilbo prit les lettres pour les jeter directement et son regard accrocha un nom. Arthur Dent. Il se rappela ensuite que c'était sa fausse identité et il soupira.

- Je vais encore devoir changer d'identité.

Bard eut un petit sourire amusé.

- C'est la vie mon pauvre ! À une époque j'avais tellement changé de nom que je n'arrivais même plus à savoir comment je m'appelais réellement. Avec tous ces patronymes tu as de quoi t'embrouiller.

L'espion comprenait à quoi il faisait allusion. À force de persuader tout le monde qu'on est quelqu'un d'autre, on peut s'en convaincre sans le vouloir.

- Je me demande quel sera mon nouveau nom, dit-il pensivement, J'aimerais bien en avoir un classe, histoire de frimer un peu.

Il fit un clin d'oeil à Bard et son ami rit doucement, amusé par cette requête.

- Comme John Watson ?

Bilbo pouffa un peu et fixa une des lettres en tentant d'imaginer ce nom-ci à la place.

- Pourquoi pas Sherlock Holmes aussi ! Difficile d'être discret lorsque tu t'appelles comme un personnage connu.

Même si, pour le coup, c'aurait été assez classe. Pas pratique pour une couverture. Mais classe.

Bard esquissa un mince sourire et son regard se perdit dans un des tableaux qui décorait le salon. Le préféré de Bilbo d'ailleurs. Il représentait un village entouré de champs, un petit cours d'eau y coulait paisiblement non loin et le soleil brillait haut dans le ciel sans avoir l'air agressif. La vie y avait l'air particulièrement agréable et l'espion se sentait toujours rêveur quand il contemplait ce paysage presque idyllique.

- Je suis bien heureux d'avoir arrêté, finit par déclarer Bard, Je préfère agir dans l'ombre que faire comme toi, je ne pourrais plus déménager sans cesse.

Bilbo arrêta de fixer le tableau et se tourna vers son ami puis haussa ses épaules.

- Tu as une grande famille maintenant c'est normal, c'est préférable que tu n'impliques pas ta femme et tes enfants dans ces affaires-là.

Bilbo, lui, n'avait aucun soucis à ce niveau là. Il n'avait ni parents, ni frères et sœur, ni petite amie. Aucune attache donc et c'était probablement le mieux vu sa situation. Avec un boulot pareil il valait mieux éviter d'avoir des points faibles.

- Et puis, rajouta-t-il, Je recherche moins le calme que toi, j'aime bien bouger sans cesse, j'ai l'impression de partir à l'aventure tout le temps.

Bard eut l'air amusé en entendant cette phrase et il leva sa tête pour croiser les yeux de l'autre.

- On croirait m'entendre il y a quelques années, j'étais comme toi. Mais toi, par contre, on m'a raconté qu'à tes débuts tu étais tout le contraire.

Ça, Bilbo ne pouvait pas le nier. Avant de commencer son activité il était tout sauf un aventurier et préférait largement rester chez lui, au chaud, à lire tranquillement des livres sans se soucier des tracas extérieurs. C'était de la faute à Gandalf s'il avait changé radicalement de bord. C'est toujours la faute à Gandalf de toute façon.

Enfin connaître Gandalf avait été un élément positif dans sa vie alors Bilbo pouvait le pardonner de l'avoir fait virer de direction. Il n'aura pas été médecin mais bon, espion ce n'était pas mal non plus finalement.

- On change tous je suppose, finit par dire l'espion.

Il regarda une dernière fois les lettres qu'ils avaient encore en main avant de les laisser tomber dans la poubelle. Il soupira et récupéra les clés de l'appartement.

- Et que va devenir Arthur Dent maintenant ?

Bard, qui avait déjà commencé à se diriger vers la sortie, se stoppa et marqua un temps de réflexion. Il haussa les épaules.

- Banal décès dans un accident de la route je suppose. À moins que tu préfères une mise en scène plus extraordinaire ?

Le ton employé était celui de la plaisanterie mais Bilbo nota que cette blague -si on pouvait appeler ceci comme cela- n'était clairement pas la plus drôle. Son ami avait une petite baisse d'humour, ces choses-ci arrivent de temps en temps.

Les deux hommes quittèrent l'appartement et retrouvèrent la voiture qui n'avait pas bougé d'un milimètre. L'espion, plein d'espoir, se tourna vers Bard.

- Je peux conduire ?
- Tu rêves, répondit l'autre sans aucune once d'hésitation.

Bilbo se mit alors à souffler et s'installa à contre-coeur du côté passager.

Il avait prévu de montrer son mécontentement tout le long du trajet cependant il croisa le regard amusé de son ami et il ne pût s'empêcher de lui rendre son sourire.

- Tu me remercieras quand tu auras guéri sans aucune complication, lui assura Bard.

C'est ça, c'est ça.


Bilbo se regarda longuement dans le miroir, pas convaincu que le reflet qu'il y voyait actuellement lui appartienne.

Dans le miroir deux pupilles vertes le fixaient et cette couleur absolument pas familière le troublait énormément. Il mettait très très rarement des lentilles mais Gandalf avait fortement insisté pour que l'espion change un miminum son physique pour toute sortie qu'il aurait à faire. Ça n'empêcherait probablement pas Sauron et Smaug de le retrouver mais c'était une précaution supplémentaire. Et Gandalf adorait prendre des précautions.

- Ça va Bilbo ?

Ça c'était la manière polie que Bard utilisait pour signifier à Bilbo qu'il prenait un peu trop de temps à se regarder dans la salle de bain et que le temps pressait.

- Ouais, j'arrive.

Il trainait un peu, ça il ne pouvait pas le nier, et pourtant ce n'était pas faute d'essayer de décrocher ses yeux du reflet. Ce n'était juste pas lui. D'un côté c'était un peu le but de la manœuvre. Qu'il ressemble à quelqu'un d'autre. Mais tout de même qu'est ce que c'était perturbant.

Ses cheveux étaient insupportablement courts maintenant, pas rasé mais presque et la sensation qu'il ressentait lorsqu'il passait ses doigts à travers était limite dérangeante.

Il avait perdu toutes ses boucles -qu'il aimait beaucoup d'ailleurs- et il avait l'air ridiculement strict maintenant avec cette coupe frôlant celle des militaires. Plus jamais il n'accepterait qu'on touche à ses cheveux. Plus jamais.

Les deux yeux verts bougeaient exactement comme les siens, suivant le rythme sans aucun soucis. Nom de dieu que c'était étrange.

Il faisait plus vieux d'un coup, probablement à cause de la coiffure. Les boucles avaient tendance à le rajeunir. Du moins c'était ce que disait les gens, les mêmes qui lui assurait qu'il avait eu de la chance de s'en sortir. Alors bon autant dire que leur avis ne comptait pas énormément pour Bilbo.

Bard ne lui avait pas dit qu'il avait été chanceux. Non. Il lui avait passé un savon pour la peur monumentale qu'il lui avait fait ressentir et l'avait menacé de ne pas recommencer. Ça faisait moins hypocrite et plus sincère que « Oh tu as eu de la chance quand même ! ».

Bard justement parlons-en de lui. Ce dernier commençait légèrement à s'impatienter et les trois coups secs données contre la porte de la salle de bain en témoignaient très bien. Bilbo grogna mais finit par sortir.

Son ami l'observa alors longuement et l'espion poussa un long soupir.

- C'est affreux hein ?

Bard secoua sa tête, levant ses yeux au ciel en constatant l'humeur massacrante de l'autre.

- Du tout et puis ça repoussera si ça te perturbe autant. Désolé de t'interrompre dans ton quart d'heure d'admiration mais vaut mieux ne pas traîner, tu es déjà resté ici plus de temps que nécessaire.

Il était 13 heures moins le quart, ce qui signifiait que depuis le vol de la clé usb il s'était écoulé trois heures quarante-cinq. Bard avait raison, ça commençait à être beaucoup.

Ils avaient perdu du temps, entre sécuriser les alentours, s'assurer que Bilbo n'avait aucun traceur, se procurer de nouveaux faux papiers et vérifier que l'endroit où l'espion allait être envoyé était sûr, les minutes avaient filé à une vitesse folle.

- Tu as raison, assez traîné, déclara Bilbo.

Il partit dans les couloirs, Bard à ses côtés lui expliquant les dernières formalités.

- Je me suis occupé de ta nouvelle identité, tu es maintenant registré comme si tu avais toujours existé mais je te laisserai découvrir tous les détails de ta nouvelle vie, j'ai déposé le dossier dans ta valise.

Bilbo hocha la tête puis fronça les sourcils, se rappelant de quelque chose.

- La valise a un code.
- Je le sais très bien.
- Mais je ne te l'ai pas dit.

Bard esquissa un sourire mystérieux et lui lança un clin d'oeil.

- N'oublie pas qui je suis.

Décidément, Bard faisait parti des gens qui surprendrait toujours Bilbo, qu'importe le nombre d'années passées à se côtoyer.

En passant, l'espion récupéra sa valise et emprunta les escaliers pour descendre au rez-de-chaussée, Bard continuant ses explications.

- On t'a attribué une voiture, les clés sont dans la poche droite de ton manteau, n'oublie pas de le prendre, il est sur le porte manteau à l'entrée. On a vérifié ton téléphone, rien de louche à signaler, il est également dans ton manteau. On t'a déjà indiqué l'endroit où tu dois te rendre mais la destination est entrée dans le GPS de toute façon. Celui qui vous recevra vous y attend, tu te rappelles de la façon dont tu dois te présenter pour qu'il vous reconnaisse toi et Thorin ?

Bilbo hocha la tête.

- Parfait. Évitez de prendre les grandes routes et ne traînez pas trop, on ne sait jamais. J'ai ta carte d'identité, il faut que je te la donne, retiens bien la signature, elle a encore changé.

L'espion avait enfilé son manteau, il glissa ses mains dans ses poches pour voir si les objets cités par Bard étaient bien présents et c'était le cas. Il regarda alors son ami qui lui tendit sa nouvelle carte d'identité. Bilbo récupéra le faux papier et le nom qu'on lui avait attribué lui arracha un sourire.

« John Underhill »

John. Ça se voyait que Bard avait choisi le nom. Ce dernier remarqua d'ailleurs le sourire sur les lèvres de l'espion mais ne fit aucun commentaire, se contentant d'afficher un air complice.

- Ça va me manquer de ne plus te voir, finit par avouer Bilbo après un silence.
- On se reverra, promit son interlocuteur, Tu auras toujours besoin de moi un jour ou l'autre.

Et l'homme répondrait présent sans aucune hésitation si l'espion avait besoin de soutien. Quelle que ce soit la requête et quel que ce soit le contexte.

- Tu sais que tu peux toujours m'appeler quoiqu'il advienne.

Bard failli continuer sa phrase mais il se stoppa, hésita et laissa le silence s'exprimer quelques secondes avant de reprendre la parole.

- Et ta blessure ?

Bilbo sourit et fit tout son possible pour rassurer son ainé.

- Elle est désinfectée, tout va bien et j'ai pris des médicaments, je n'ai pas mal.

C'était faux. La douleur le tiraillait affreusement et il regrettait presque de ne pas avoir été envoyé à l'hôpital. Il aurait au moins eu des perfusions pendant un temps et il ne serait pas obligé de se forcer à ne pas serrer ses poings. Mais ça Bard n'avait pas besoin de le savoir.

Bilbo pouvait gérer ça tout seul, il ne voulait pas qu'on s'inquiète pour lui. Il pouvait se débrouiller.

Pour l'instant.


Merci d'avoir lu on se retrouve bientôt !