Titre : Errance éternelle

Autrice : Sesshy-girl (aka Sesshy's wife)

Résumé : Imaginez qu'en vous réveillant, vous ne vous souveniez de rien, que vous ne sachiez plus qui vous êtes. Imaginez que personne ne puisse ni vous voir, ni vous entendre ? Cette jeune fille est confrontée à ce problème. S'en sortira-t-elle sans dommage ?

Disclaimer : Les personnages d'Inu-Yasha ne m'appartiennent pas et sont la propriété exclusive de Rumiko Takahashi. Mais le chibi Sesshômaru qui décore mon lit m'appartient bel et bien, lui. n.n

Note : Ce chapitre a été beaucoup difficile à écrire que le premier, bien que je ne sache pas vraiment pourquoi il m'ait fallu franchir divers obstacles pour le terminer . . .

Mot à insérer : Mégalomane/mégalomanie


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Errance éternelle

Chapitre 2 : Des pensées incontrôlables, des paroles douloureuses

'Bon, où est-ce que je suis cette fois ?'

C'est ma première pensée alors que j'ai conscience d'être revenue à moi. Je n'ai même pas le temps d'ouvrir les yeux que je m'aperçois que quelque chose . . . quelque chose ne va pas. Je ne peux dire quoi avec exactitude, mais je ne me sens pas bien, comme oppressée. Je suis sûre que si je pouvais respirer, j'aurais les plus grandes peines du monde à y parvenir.

Une sorte de pressentiment m'étouffe et me commande de laisser mes paupières clauses, de prier pour me rendormir et ainsi me réveiller ailleurs. C'est d'ailleurs ce que je m'applique à faire du mieux que je peux.

Pourtant, je ne comprends pas cette peur qui semble tenter de me grignoter le cœur petit bout par petit bout pour parvenir à m'écraser d'une sourde terreur. De quoi pourrais-je bien avoir peur, moi, être immatériel et sans plus de consistance que le vent lui-même ? Rien ne peut m'atteindre physiquement, alors que puis-je risquer ?

Ça, je ne le saurai que si j'ouvre les yeux et que j'affronte ce qui se terre là où je me trouve. C'est pourquoi, lentement, je soulève une paupière puis l'autre.

Je me trouve . . . je me trouve . . . dans une pièce entièrement vide aux murs noirs, première constatation. Seule, seconde constatation. Ce qui me frappe ensuite c'est l'absence d'électricité. Des bougies sont accrochées aux murs sur des minces supports argentés ciselés de fines arabesques. Leur lueur mouvante et blafarde semble lécher les murs et tenter de grignoter l'obscurité.

Aucune fenêtre n'offre d'ouverture sur l'extérieur et rien ne me permet donc de déterminer l'heure qu'il peut bien être. Mais cela n'a pas vraiment d'importance en soi. Qu'il fasse jour ou nuit ne change rien pour moi.

Mon inspection est vite terminée et rien dans cette pièce ne m'incite à y rester. Je m'avance vers la porte qui n'est munie d'aucune poignée, seulement d'une petite encoche prévue apparemment pour la faire coulisser sur la droite. Enfin ma droite. Et sur la gauche pour une quelconque personne voulant entrer et non sortir. Logique. Mais pourquoi le voudrait-on ? A quoi peut bien servir une pièce vide ? De débarras, peut-être . . .

Je tends la main vers la poignée. Idiote ! Je suspends mon geste alors que je m'admoneste intérieurement. Oui, je sais. Ça ne sert à rien. Tenter de passer cette porte de la façon classique est inutile. Il me faut employer la version . . . la version qui est la mienne. Même si elle me terrifie.

Ma main se dirige une nouvelle fois vers la porte, mais cette fois-ci droit devant moi, à hauteur de mon visage. A quelques millimètres, je m'immobilise et j'inspire puis expire profondément. Enfin je crois que c'est ce que j'aurais fait si j'en étais capable. Mais le simple fait d'y penser me calme quelque peu et me permet de reprendre un tant soit peu de confiance.

Et puis je me lance. Lentement, ma main frôle, puis traverse le battant, sans un bruit. J'avance d'un pas et c'est au tour de mon bras. Puis d'un autre et c'est maintenant mon épaule qui semble ne plus exister. Enfin d'un dernier et c'est tout mon être qui disparaît.

C'est là qu'elle m'envahit. Cette sensation. Une sensation désagréable. Le seul moment où je peux ressentir physiquement quelque chose. Comme l'impression de rentrer dans un lac gelé, d'être ensuite plongée dans de la lave en fusion pour finir par être ensevelie vivante au sein de la terre.

Je ne peux décrire ce que je ressens qu'avec des mots maladroits, mais suffisamment explicites de mon point de vue. C'est une expérience qu'il faut vivre pour la comprendre. C'est comme si vous n'étiez rien puis tout, la seconde d'après. Pour ensuite encore disparaître. L'impression de mourir à chaque seconde qui semble durer une éternité. Oui, je crois que c'est la définition la plus fidèle de ce que je peux ressentir. Mourir pour renaître. Le tout dans la douleur.

Je pousse un soupir de soulagement une fois que j'arrive de l'autre côté, même si cela a dû me prendre en tout et pour tout deux secondes. Vous ne pouvez pas savoir la peur qui est la mienne le peu de fois où je dois me résoudre à traverser quelque chose. Je suis terrifiée à l'idée de rester coincée, ou de reprendre consistance – si jamais j'en ai déjà eu une – à l'intérieur. Cette peur me hante et me consume à chaque fois que je renouvelle l'expérience. Même si j'essaye de me raisonner, je ne peux calmer mon esprit effrayé. Et la sensation éprouvée lors de la traversée n'aide en rien à être rassurée. C'est une telle souffrance ! Je me sens si oppressée et si . . .

Hé ? C'est étrange, normalement cette sensation d'étouffement disparaît une fois que j'ai traversé ce qui me fait obstacle. Alors pourquoi suis-je encore . . . Oh mon Dieu ! Je porte mes mains à ma bouche pour retenir un cri étranglé mêlé d'horreur et de stupeur. D'horreur surtout.

Çà et là, des cadavres jonchent le sol. Des cadavres ? Non, plutôt des squelettes encore chevelus, habillés et armés. Comme si seuls leur peau et leurs organes avaient fondu et leur sang avait été aspiré. Sauf qu'il n'y a aucune flaque de quoi que ce soit sur le sol. Ces personnes vivaient probablement une journée semblable aux autres et avaient été prises par surprise. Comme me le donnent à penser les cadavres, non les squelettes, des gardes mêlés à ceux des servantes.

Plissant les yeux, je peux distinguer quelques volutes de fumée d'un violet léger présentes dans l'air. Tendant la main en direction de la plus proche, je la retire vivement la seconde suivante. Aucun doute pour moi que c'est là l'origine du mal qui a tué ces gens. Cette . . . chose est emplie de vice, de mal, de perversion et d'une infinie noirceur. Un gaz méphitique, sans aucun doute.

Hein ? Méphikoi ? J'ai beau me creuser la cervelle, je n'arrive pas à me souvenir du mot que je viens d'employer à l'instant, ni de sa définition . . . Si maintenant je me mets à dire des choses que je ne comprends même pas . . .

Néanmoins, mon esprit revient bien vite à l'environnement qui est pour l'instant le mien. Aucun doute pour moi que, si j'avais été vivante, je ne le serais plus à l'heure actuelle. Le mal régnant dans ces lieux m'aurait déjà tuée, comme il l'avait fait pour les gens qui avaient eu le malheur d'être ici présents.

Relevant la tête, un mouvement attire mon attention au bout du couloir. J'ai juste le temps d'apercevoir un mélange de rayures pourpre et blanches que, déjà, cela disparaît. C'est impensable ! Personne ne pourrait survivre ici ! Enfin je crois. En tout cas, pas d'après ce que je vois. A moins d'avoir développé une résistance au poison ou . . . Ou à moins d'en être l'émetteur . . .

Suivre, ou ne pas suivre ? Ma réflexion est courte. De toute façon, je ne risque rien, alors . . . Mon corps se meut tout seul et je m'élance au bout du couloir et vois, à l'embranchement de droite, le même éclat sanguin mêlé de pureté d'en aller au-delà de ma vue.

Courant avec mon corps immatériel, je ne fais absolument aucun bruit et finis par rattraper la personne que j'avais entraperçue. J'avais donc raison, quelqu'un était encore vivant. Une femme . . . Une femme brune avec des plumes plantées blanches dans ses cheveux attachés en une sorte de courte queue de cheval. Elle est habillée d'une robe à manches longues d'une drôle de coupe aux rayures rouges et blanches et tient dans sa main droite un petit éventail et . . .

Et cela me fait penser que je ne sais toujours pas comment moi, je suis vêtue. Baissant un instant les yeux, je contemple mes vêtements. Je porte une robe, un kimono – un kimono ? - semblable à cette femme, mais uniquement de coupe. Le mien est noir avec des motifs ronds à la fois rosés et violets qui semblent scintiller et vouloir repousser la noirceur qui veut s'en emparer. Etrange de ressentir cela simplement à partir de broderies sur un vêtement. Une sorte de ceinture rouge m'enserrant la taille complète mon habillement.

Relevant la tête, je m'aperçois que la femme s'est déjà considérablement éloignée. La rattrapant, je la dépasse et marche à reculons pour pouvoir l'observer à loisir.

Jeune, elle pourrait avoir entre 17 et 20 ans. Elle est charmante, je peux le reconnaître, malgré l'éclat particulier qui brille dans ses yeux rouges. Rouges ? Comment quelqu'un pourrait-il avoir les yeux rouges ? Et ses oreilles où pendent de longues boucles d'oreilles vertes . . . Comment cela se fait-il qu'elles soient taillées en pointe ?

Portant les mains à mes propres oreilles, je m'assure de leur rondeur, ce qui confirme mon pressentiment. Cette femme n'est pas humaine . . . Mes connaissances des êtres humains sont ce qu'elles sont, mais je me rappelle bien de chaque personne que j'ai vue ! La couleur des yeux variait : vert, bleu ou marron, parfois avec un soupçon de gris ou de noir, mais en aucun cas rouge ! Et aucun d'eux n'avait les oreilles pointues ! Etait-elle une elfe ? Même si j'ignore ce qu'est un elfe . . .

Je la vois jeter de temps en temps un regard sur les squelettes et marmonner des bribes de phrases entre ses dents. Mais jamais de façon assez audible pour que je puisse les comprendre.

Puis, elle s'arrête devant une porte semblable à toutes celles que nous avons déjà dépassées. Sommes-nous dans une sorte de château pour qu'il y ait tant de pièces ? Bonjour l'entretien que cela devait représenter. Et l'argent que cela devait coûter . . .

Je la vois respirer profondément devant cette porte, comme hésitant à l'ouvrir, comme craignant ce qui s'y trouve. Ou qui s'y trouve. Et, alors que mon impression de malaise s'intensifie, la jeune femme – puis-je vraiment l'appeler ainsi ? – ouvre la porte d'un geste sec.

D'un coup, mes genoux me lâchent et je m'affaisse au sol. J'ai peur. Je suis terrifiée. Entièrement. Parce qu'en ouvrant la porte, j'ai l'impression que cette femme a libéré tout le mal, tout le vice, toute la souillure et la corruption que peut contenir le monde. Aucun doute maintenant pour moi que le malheur qui est arrivé ici est directement lié à ce qui se trouve dans cette pièce.

J'ai peur . . . Je veux . . . je veux rentrer . . . aller n'importe où du moment que c'est loin d'ici ! Mais en même temps, j'ai peur de rester toute seule dans cette atmosphère putride et empoisonnée. J'ai peur alors que . . .

« Non, attends ! »

C'est un cri de pure terreur qui jaillit de ma gorge alors que je vois la jeune femme commencer à refermer la porte. Trois choix s'offrent à moi : aller pleurer dans mon coin et attendre que le 'sommeil' me prenne, me précipiter dans la pièce à la rencontre du mal avant que la porte ne se referme ou attendre qu'elle se referme et la traverser.

Les trois solutions ne me plaisent guère, je dois l'avouer. Mais le sentiment qui prédomine est que je ne veux pas rester toute seule. Le second est que je ne veux pas encore traverser une satanée porte !

Alors je me force à me relever, essayant de ne pas penser à la terreur qui gronde au fond de moi et qui se plait à faire danser des milliers de papillons dans mon estomac. Je n'ai pas peur ! Je n'ai pas peur ! Je suis courageuse, rien ne peut m'atteindre ! Je n'ai pas peur ! Pas très efficace, je le reconnais. Cependant assez pour m'aider à me mouvoir suffisamment vite pour passer l'ouverture qui se referme derrière moi avec un petit bruit sec. Juste à temps . . .

« Tu voulais me voir, Naraku ? »

La voix de la jeune femme est sèche, emprunte de désir de rébellion, mais étrangement soumise. Cette contradiction me pousse à me concentrer sur la pièce.

Sombre, cette dernière n'est éclairée que par deux bougies posées sur un haut chandelier à pied. Autant dire que la majorité de la pièce est plongée dans l'obscurité. D'une dimension bien supérieure à celle que j'ai quittée, ses murs sont clairs. Un seul est percé d'une longue fenêtre – ou quelque chose dans le genre – sur toute sa longueur. Fenêtre que condamnent des barreaux de bois, pour ce que je peux en juger. De faibles rayons de lune s'infiltrent à travers les interstices. Je parviens à distinguer une boule d'argent luisant au dehors. La pleine lune . . .

Mes yeux se tournent ensuite là où est dirigé le regard de la femme. Vers la personne à laquelle elle s'est adressée. Avançant de quelques pas chancelants, mon malaise s'amplifie et je suis sûre que si j'avais été capable de vomir, je serais en train de me vider de la plus petite parcelle de nourriture que j'avais pu ingurgiter depuis le jour de ma naissance – si jamais j'étais née.

La personne est faiblement éclairée d'un côté par la légère lueur mouvante de la flamme des bougies, de l'autre par celle, blafarde, de la lune, lui donnant une apparence fantomatique plutôt inquiétante. Terrifiante même.

M'approchant encore, malgré mon malaise devenant de plus en plus insupportable, je parviens enfin à avoir un bon aperçu de son apparence. Habillé de vêtements amples, blanc pour le haut, bleu foncé pour le bas, sa jambe gauche est repliée devant lui, alors que son bras droit est nonchalamment appuyé sur son genou droit.

Il semble légèrement plus vieux que la jeune femme de quelques années. Son visage aux traits assez fins est plutôt agréable à regarder avec ses longs cheveux ondulés d'un noir plus profond qu'une nuit sans lune. Il aurait pu paraître séduisant si une lueur malsaine ne brillait pas au fond de ses yeux rouges, lui aussi, rendus bien plus inquiétants à cause des lueurs mouvantes qui s'y reflètent.

« Te voilà enfin, Kagura. »

Cet . . . homme – même si le peu de sens qu'il me reste me crie que ce n'en est pas un – a beau être effrayant et exhaler toute la souillure existante, sa voix est magnifique, grave et envoûtante.

« Kanna est déjà arrivée, » continue-t-il.

J'entends à peine le « Ché ! » de la jeune femme, de Kagura, suivit d'un petit claquement sec, que mes yeux accrochent une autre silhouette qui m'avait jusque là échappée. Postée près le la fenêtre, seulement éclairée par les rayons argentés de la lune, une petite fille est assise et attend en silence.

D'environ 10 ans, elle est entièrement blanche. Que ce soient ses vêtements, sa peau, ses cheveux, les deux fleurs qui les ornent ou encore le petit miroir qu'elle tient entre ses mains pâles. Seuls ses yeux noirs marquent la différence. Une enfant albinos ? Mais les albinos ne sont-ils pas censé avoir les yeux rouges ? J'ignore comment je sais cela . . . Mais je le sais, c'est tout. La chose la plus étrange chez elle, c'est qu'elle semble être absente, vide de toute émotion. Comme un corps privé de son âme.

Alors que je résume. Nous avons Nara-truc . . . euh . . . Naraku, le brun ténébreux, Kagura, la jeune femme à l'éventail, et Kanna, la fille albinos au miroir. Force m'est de constater qu'aucun n'a l'air vraiment humain, mais que seule Kagura a les oreilles en pointe . . .

Cette dernière s'avance d'ailleurs en bougonnant et va s'asseoir près de Kanna, le regard obstinément fixé sur le sol. Je m'éloigne de quelques pas du brun pour me poser entre lui et les femmes, de là où je peux les observer tous les trois. Mon malaise est toujours présent et je me demande pourquoi Kagura et Kanna ne semblent rien ressentir. Peut-être y sont-elles immunisées ou insensibles . . .

« Vous savez pourquoi je vous ai convoquées, reprend Naraku. J'attends le rapport de votre dernière mission.

- Pourquoi poser des questions pour lesquelles tu connais déjà les réponses ? »

La voix de Kagura fulmine d'une colère contenue tandis que ses yeux fusillent l'homme lui faisant face.

« Je préfère vous l'entendre dire de vive voix.

- Ché ! Inu-Yasha et sa bande sont toujours vivants et se sont sortis presque indemnes du traquenard que tu leur avais tendu.

- Presque ?

- Avec quelques petites égratignures, si tu veux savoir. Au bras pour le bonze, à la cuisse pour la taïjiya et un trou dans le ventre pour ce crétin d'Inu-Yasha qui doit déjà être en train de s'en remettre. La miko, la nekoyoukaï et le kitsune se portent comme des bébés. C'est ce que tu voulais entendre ? »

Naraku se contente de tourner la tête et semble se perdre dans la contemplation de la sphère argentée qui luit au dehors. Les informations se bousculent dans ma tête. Apparemment, ces trois-là étaient en guerre contre un petit groupe de personnes.

Alors, un bonze, c'est un moine il me semble. Une taïjiya . . . terme inconnu pour moi. Une miko, je crois que c'est une prêtresse . . . Une nekoyoukaï ? J'ignore ce que ça peut être. Pareille pour un kitsune. Mais la chose qui m'interpelle le plus, est le sort de ce . . . ce comment déjà ? Nouille à chats ? Comment quelqu'un pouvait-il porter un tel nom sans mourir de honte ?

Je laisse s'échapper un petit rire comme emportant avec lui un peu de la tension qui m'accable. Cela me fait du bien et me détend. Mais à toute bonne chose il y a une fin et je tente de me reconcentrer sur le sujet qui m'avait interpellé. Comment quelqu'un pouvait-il survivre avec un trou dans le ventre ? C'était cela que cette Kagura appelait 'presque indemne' ?

« Inu-Yasha est un obstacle à mon plan de conquête, reprit soudain Naraku. Un obstacle gênant, mais plaisant à maintenir en vie pour tester les nouveaux pouvoirs que j'acquière. »

Inuyacha, c'est ça, c'est son nom !, pensais-je, heureuse de me souvenir enfin de ce prénom étrange.

« Mais bientôt, très bientôt, j'en finirai avec lui, continue-t-il. Avec la jeune fille qui l'accompagne et le reste de son groupe. Avec Sesshômaru également dont je briserai la fierté. »

Séshomarou ? Encore un nom plus qu'étrange . . . Enfin chaque endroit, chaque pays, avait ses propres références en matière de prénoms.

« Et alors, je pourrais m'occuper de Kikyô et, ainsi débarrassé de tout élément gênant, avec la Shikon no tama entièrement reconstituée, j'acquérrai la puissance suprême et je règnerai ainsi en maître sur le monde ! »

J'imagine bien la tête que je dois avoir à l'instant même. Mais il est complètement taré ce mec ! Et nombrilique ! Et égocentrique ! Et narcissique ! Et . . . et mégalomane Même si je n'ai qu'une idée très vague de la signification de ces mots, ils me semblent parfaitement indiqués.

Régner sur le monde, rien que ça ? Acquérir la puissance suprême ? Mais bien sûr ! Il est complètement narvalo celui-là ! Et puis zut ! Pourquoi je n'emplois que des mots que je ne comprends pas ?

Shikon no tama ? Qu'est-ce ? Je vois l'homme brun sortir de son vêtement une sorte de grosse perle ébréchée à un endroit qui brille d'un éclat à la fois mauve et légèrement rosé. Comme . . .

Je baisse les yeux sur mes vêtements. Oui, comme les motifs qui les ornent. Sauf que mes perles à moi semblent en parfait état, et non incomplètes comme celle que l'homme aux yeux rouges tient au creux de sa main.

Rattachant mon attention sur cette perle, je plisse les yeux, concentrée. Ce si petit objet est sans aucun doute quelque chose possédant un puissant pouvoir, même si cela m'échappe plus que je ne peux le concevoir. Alors Naraku comptait développer sa future puissance à partir d'un joyau ? Et il s'en vantait en plus comme si le mérite lui revenait entièrement !

« Ça va tes chevilles ? Heureusement pour toi que tu ne portes pas de chaussures, parce que tu n'aurais jamais pu les retirer . . . dis-je avec une pointe de sarcasme non dissimulée, oubliant le malaise qu'il m'inspirait.

- Kanna, montre-moi ce que devient Sesshômaru. Avance-t-il bien docilement dans la toile que je lui ai tissée ? »

La voix de l'homme me tire de ma tirade moqueuse et mes yeux croisent brièvement ceux de la jeune fille albinos. Une sorte de malaise m'envahit durant une demi-seconde, le temps pour Kanna de détourner le regard pour le fixer sans émotion aucune, sur Naraku. Cependant, pendant une minuscule fraction de seconde, il m'a semblé entrapercevoir de la surprise au fond de ses yeux bruns. N'importe quoi ! Ce n'est pas comme si elle était capable de te voir !, me gourmandais-je.

C'est alors qu'une image commence à apparaître sur le miroir de la fillette. D'abord imprécise, elle se fait bientôt plus nette. Etant trop loin pour bien voir, je m'approche doucement. Et je dois encore avoir l'air d'une parfaite idiote avec la bouche grande ouverte.

Mais il y a de quoi ! Un miroir reflète tout simplement la personne qui se tient devant, non ? Alors pourquoi celui-ci montrait-il un groupe de personnes étrangères ? Etait-ce de la magie ? Des personnes, hein ? Finalement je doute de cette dénomination pour deux des quatre êtres vivants . . .

Le premier ressemble à une sorte de dragon marron imposant avec deux têtes à crinières noires, mais sans ailes. Il était sellé et bridé – encore un terme inconnu – comme le serait un cheval.

Le second, tout petit, à la peau verte et aux grand yeux globuleux, est une espèce de crapaud croisé avec un extraterrestre. Très laid. Il est habillé d'un informe sac à patates marron et tient un long bâton avec deux têtes plantées à son extrémité. Au vu des gestes et de la cadence à laquelle s'ouvre sa bouche, il devait être en train de chanter.

Une petite fille brune en kimono jaune et orange est assise sur le dragon, un bouquet de fleurs à la main. A en juger par sa mine et par les mains sur ses oreilles, le crapaud ne devait pas avoir une voix très agréable à entendre.

La dernière personne retient plus mon attention. Un instant, j'hésite sur son sexe. Un homme ou une femme ? Mais plus je contemple sa froide beauté, plus je me dis que ça ne peut qu'être celle d'un homme. L'homme le plus beau qu'il m'ait été donné de voir au cours de mes 'voyages'. De long cheveux argentés cascadent le long de son dos mais ne masquent pas ses oreilles en pointe.

Toute son attitude n'est que fierté et impassibilité. Un quartier de lune violette orne son front et deux zébrures de la même teinte s'étendent sous chacun de ses yeux. Des yeux magnifiques luisant tel de l'or fondu. De toute beauté . . . Mais aussi inaccessible que si un jour je tentais de saisir du vent, ou même de la lumière, à mains nues.

Aucun doute pour moi que c'était lui ce Sesshômaru dont parlait Naraku. Je ne sais pas pourquoi, mais il parait rayonner de puissance, de fierté et d'un calme que rien ne semble pouvoir ébranler. Je me surprends à me dire que j'aimerais savoir si sa voix s'accorde avec son physique . . .

« Bien bien, sourit Naraku. Tout se passe comme prévu. Malgré ce qu'il peut dire, Sesshômaru est aussi facile à manipuler qu'un petit enfant. Il faut juste savoir employer les bons arguments pour le faire fléchir et avancer là où je veux qu'il aille.

- Ché ! »

Il fut ténu, mais là. Kagura l'avait laissé s'échapper de façon presque inaudible, à part pour moi qui était juste devant elle, sans quitter le miroir des yeux. Non, sans quitter l'homme aux cheveux d'argent des yeux. En serait-elle amoureuse ? Mais surtout était-elle aimée en retour si c'était le cas ? Ou alors était-ce un amour impossible, vu qu'ils semblaient ennemis, ce qui se justifierait vu que la jeune femme semblait sous les ordres de Naraku . . . Pourtant, quelque chose me disait que l'homme n'était pas du genre à aimer. Tout dans son attitude laissait à penser qu'il n'était pas de ceux qui ouvraient leur cœur.

Un mouvement dans le miroir attire mon attention et celle des autres. Sesshômaru venait de se saisir de quelque chose sur la branche d'un arbre et de le lancer sur la tête du crapaud vert. Apparemment son chant l'énervait aussi. Mais après un temps de silence gêné, l'autre recommence. Sûrement à bout de patience, l'homme aux cheveux semblables à une cascade d'argent liquide se retourne et assomme E.T. – qui était E.T., je ne cherche même pas à essayer de le comprendre – d'un bon coup de poing sur le sommet du crâne.

Naraku part d'un grand éclat de rire qui me fait sursauter, et croiser de nouveau le regard aussi noir et profond que le néant de Kanna. Calme-toi, elle ne peut pas te voir, c'est impossible. Pourtant, ses yeux ne me quittent pas d'un pouce.

Mal à l'aise, je me relève et recule de quelques pas, ses yeux me suivant toujours. Non non, elle ne peut pas me voir . . . Mais si jamais elle le peut, je devrais en être heureuse, non ? Ce serait la première fois . . . Pourtant . . . Pourtant il n'y a qu'un moyen d'en être absolument certaine.

Mais, alors que je m'apprête à ouvrir la bouche, Kanna me devance, sans pour autant me lâcher du regard.

« Nous ne sommes pas seuls dans cette pièce, » dit-elle d'une voix neutre et atone, s'accordant parfaitement avec son apparence.

Naraku arrête de rire alors que le miroir reprend son apparence originale et que Kagura regarde autour d'elle, méfiante.

« En es-tu sûre, Kanna ? demande la jeune femme aux yeux rouges.

- Oui, » répondit-elle du même ton monocorde.

Alors ça, c'est la meilleure ! Comment ? Pourquoi ? C'est impossible pourtant ! Elle ne peut pas me voir, c'est . . . c'est . . . Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à m'en réjouir et à hurler ma joie ? Peut-être est-ce à cause de l'ambiance malsaine qui règne ici et de la peur que m'inspire cette souillure . . .

« Comment peux-tu me voir ?, parvins-je enfin à demander d'une voix ténue et tremblante. Comment est-ce possible ? Personne n'y est jamais parvenu auparavant.

- Je suis la fille du néant, me répond-elle simplement. Je peux voir tout ce qui s'y rattache.

- Du néant ? hoquetais-je. Tu veux dire que je fais partie du néant ? Que je ne suis rien ?

- Ce n'est pas vraiment ce que j'ai dit.

- Qu'est-ce que tu racontes, Kanna ? lui demande Kagura.

- Elle me demande comment je peux la voir, alors je lui réponds.

- Mais qui ?

- Elle. »

Kanna pointe du doigt l'endroit où je me trouve et deux paires d'yeux rouges se posent sur moi sans me voir. Mais je ne le remarque pas vraiment. J'y suis habituée. Mais . . .

Le néant . . . Je ne serais rien ? Juste un bout du néant égaré par erreur, perdu par mégarde ? Non, c'est impossible, je ne suis pas . . . Je ne peux pas être . . . ou plutôt ne pas être . . .

« Non ! NOOOOOOOOOOOOON ! »

Je hurle à pleins poumons et m'écroule au sol. J'aimerais tellement pleurer, mais je sais que je n'en suis pas capable. Et ça me fait mal. Terriblement mal. Ajoutant une autre marque indélébile à celle que la révélation de la fillette albinos venait déjà de graver en moi.

« Elle vient de crier, commente-t-elle sans me quitter des yeux, et elle s'est recroquevillée par terre.

- Possède-t-elle une quelconque puissance, Kanna, l'interroge Naraku d'une voix égale.

- Je l'ignore, répond-elle docilement. Je n'arrive pas à bien comprendre ce qu'elle est. Et parfois, c'est comme si elle disparaissait pour revenir l'instant d'après.

- . . . âme errante. Absorbe . . . Peut-être . . . utile. »

J'arrive à peine à comprendre ce que l'homme dit. Pas que cela m'intéresse vraiment de toute façon.

Kanna hoche la tête, je le vois confusément. M'absorber ? Comment ? Enfin cela n'a pas vraiment d'importance. Ou plutôt, cela n'en a plus maintenant. Je ne suis rien, c'est bien cela qu'elle avait dit, non ? Juste un bout du néant . . . Et elle a dit être la fille du néant, non ? Alors autant que je retourne d'où je viens. Là au moins, je pourrai retourner à mes origines . . .

Son miroir se met à briller alors que je le regarde et je me sens attirée. Pas dans le sens où j'ai envie d'aller vers elle, mais plutôt comme si un puissant courant d'air m'aspirait. Pourquoi lutter, après tout, je ne suis rien. Même si j'avais pris goût à mes aventures solitaires, même si j'en souffrais, elles me plaisaient. Mais tout est fini à présent.

Lentement, je commence à glisser sur le sol, comme aspirée en direction du miroir. Un regain d'énergie me pousse à tenter de m'éloigner, une partie de moi voulant encore 'vivre'. Une autre me dit de me laisser faire, que je vais enfin retourner là où j'oublierai mes problèmes. Et cette partie-là est la plus puissante, la plus combattante, la plus incisive. Elle tente par tous les moyens de faire taire la toute petite voix qui tente de hurler qu'elle veut continuer à voyager. Mais elle, elle me murmure que tout se passera bien pour moi, qu'il faut que je me laisse aller.

Fermant les yeux, je repense à mes précédents voyages, aux différentes époques visitées, aux gens que j'ai pu rencontrer. A Momo et Kairi. Je me demande s'ils finiront ensemble, malgré le côté pervers du jeune homme. A Kagura et à ses – peut-être – sentiments pour ce Sesshômaru. A la beauté de cet homme aux oreilles en pointe et aux yeux envoûtants. A l'alien vert qui ne sait pas chanter. A la petite fille et ses fleurs. A Kanna, la fillette albinos que rien ne semble émouvoir. A Naraku et à sa mégalomanie galopante, à sa folie absurde des grandeurs par des moyens autres que les siens.

Mon esprit s'embrume, comme si ma tête s'emplissait peu à peu de coton. Mais c'est à peine si je m'en rends compte. Tout ce qui importe c'est que je me laisse porter au gré de ce qui vient, sans m'inquiéter de ce qui m'arrivera. Parce que rien ne peut m'arriver, n'est-ce pas ? Parce que je ne suis pas vivante . . . Parce que je suis issue du néant . . . Parce que je vais . . .

« Le plus difficile est d'ouvrir les yeux sur son propre aveuglement. »

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Ce murmure s'échappe des lèvres entrouvertes de la jeune femme alors que, dans un scintillement total, la lumière l'enveloppe, l'absorbe puis la fait disparaître. Si elle s'était battue plus longtemps, elle aurait pu voir les yeux de Kanna s'agrandir de surprise de façon presque imperceptible, Kagura se figer et scruter la pièce, son éventail déplié ainsi que les yeux de Naraku s'étrécir en deux minuscules fentes laissant apercevoir une légère lueur sanguine.

Elle aurait pu entendre murmurer Kanna, avouant que la jeune fille avait disparu avant qu'elle n'ait pu l'absorber, Naraku lui répondre que l'âme d'une sale gamine qui ne savait pas de quoi elle parlait ne lui serait de toute façon d'aucune utilité. Elle aurait peut-être pu voir Kagura cacher un petit sourire derrière son éventail.

Oui, elle aurait pu. Mais ce ne fut pas le cas . . .


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Un chapitre plus dramatique qu'il n'était prévu qui ne me satisfait pas entièrement, malgré le fait qu'il réponde tout de même à une partie de mes attentes . . .

Enfin, j'espère que vous apprécierez.