Disclaimer : Harry Potter est à J.K Rowling. L' intrigue de cette histoire (ou son absence totale) me revient.


Les deux jeunes hommes étaient assis en face de Rufus Scrimgeour, tous deux d'aspect très zen, sauf que l'un demeurait effectivement silencieux alors que l'autre fulminait :

« Re-je-té ! Moi ! On m'a re-je-té de toutes les équipes de Quidditch possibles et imaginables! Je suis pourtant le meilleur attrapeur- ok, Potter me talonne- de ma génération ! Et vous osez dire qu'il ne s'agit pas de discrimination ! Comment expliquez-vous alors, Scrimgeour, que tous les anciens Serpentards qui tentent courageusement d'entrer dans la vie active se voient souffler le poste qu'ils convoitent par des Gryffondors, Serdaigles, et pire, des Poufsouffles !

Tout d'abord, je n'apprécie guère ces zestes de mépris dont vous témoignez encore à l'égard des Poufsouffles. Mon filleul y a été réparti. De plus, sachez que le marché du travail souffre d'une surabondance de l'offre par rapport à la demande.

Hein ?

Pour simplifier des termes économiques qui te sont complètement étrangers, il y a dix attrapeurs pour un vif d'argent, donc tout le monde ne peut pas se partager le vif d'argent, tu comprends ? » souffla patiemment l'autre jeune sorcier.

« Partager le vif d'argent ! » Le visage du sorcier refléta la plus pure horreur.

"Votre ami vous a bien expliqué la situation. Je ne puis nier que les préjugés concernant les Serpentards ont la vie dure, mais qui sommes-nous pour juger du bien-fondé des préjugés des autres ? Quant à votre problème de Quidditch, beaucoup de jeunes gens veulent poursuivre une carrière dans ce domaine. Par contre, depuis la chute de Vous-savez-…euh, de Voldemort, nous manquons de volontaires dans certains secteurs professionnels, et j'ai songé à une alternative…

Nous ne voulons pas d'alternative ! Où sont vos promesses, Scrimgeour ? Nous avons tenu notre part du marché- et nous continuons ! Quand je pense à ce que je subis encore pour prouver ma bonne foi ! Cette torture, tous les vendredis !

Moi aussi, par ailleurs, Monsieur le Ministre », intervint abruptement l'autre sorcier. « Je proteste d'autant plus que moi, je n'ai jamais été Mangemort, et si je dois reconnaître que le comportement de mon ami ici présent confine parfois à l'insanité aux yeux du profane » (et le doute gagne parfois les initiés aussi, ajouta-t-il in petto), « je ne vois pas l'utilité pour vous, moi, ou la société, de m'astreindre au même supplice que lui.

Ces mesures préventives- ou curatives selon les cas- ont été prises par le Magenmagot. De plus, si nous cédons à vos plaintes, nous aurons la presse à dos, en particulier la Gazette de Rita Skeeter, et croyez-moi, la perspective est déplaisante.

Que nous chantez-vous, Scrimgeour ! La Gazette n'a jamais été indépendante du ministère! Ne me faîtes pas croire que vous n'avez pas trouvé le moyen de corrompre un ou deux journalistes par-ci par-là ! Ainsi que le disait Père :…

Hermione Granger et Harry Potter eux-mêmes se sont prononcés pour la liberté de la presse. L'opinion publique a suivi, et bien que la nomination de Rita Skeeter à la tête du journal leur ait déplu, force est de constater que la majorité de la population sorcière apprécie ses articles et », se prenant le front à deux mains d'un air consterné, « la juge d'une intégrité exemplaire !

Pour en revenir à l'alternative que je vous propose, voici une liste de domaines en forte expansion : outre le Quidditch, qui est pris d'assaut, les restaurants embauchent.

Du pain et du Quidditch », marmonna le sorcier taciturne, s'attirant des regards interloqués de ses interlocuteurs.

« Vous me voyez en cuisinier, comme un vulgaire elfe de maison ! » rugit son ami.

« Certains de vos camarades ont sauté sur l'offre que je leur ai faite, eux.

Qui ? » interrogea le sorcier taciturne, l'air soupçonneux.

« Messieurs Crabbe et Goyle », admit Scrimgeour.

Alors que le plus remonté des deux sorciers semblait sur le point de faire une crise d'apoplexie, son ami prit suavement la parole :

« Certainement, Monsieur le Ministre, vous devez avoir quelques arrière-pensées. Non, ne protestez pas ; vous êtes conscient de nos capacités et de l'atout qu'elles représentent, puisque vous nous avez fait appel durant la guerre : des renseignements en échange de l'amnistie. Si nous sommes saufs sur le plan légal, nous ne sommes pas réhabilités pour autant, et quoique vous disiez, il nous faut l'aval du Ministère. Votre aval. Donc, quel est le deal ?

Quel deal ?

Malfoy, sois beau et tais-toi. Laisse-nous écouter la réponse du monsieur.

Vous m'avez percé à jour. Laissez-moi vous expliquer la situation… »


Coucou, me revoilà ! C'est Susan Bones, et je suis actuellement à Poudlard dans le cadre d'un entretien avec la directrice Minerva MacGonagall. Ma chaise est horriblement inconfortable, et les yeux scrutateurs de mon ancienne prof de Transfiguration ne sont pas faits pour me mettre à l'aise. Que peut-elle savoir sur ma vie secrète au sein du B.A.M ? Rien ! Mon casier judiciaire est inexistant ! Pourquoi ai-je l'impression qu'elle va m'annoncer une mauvaise nouvelle ?

« Mademoiselle Bones, vous avez là un très bon dossier. Optimal en Potions, Effort Exceptionnel en DCFM, Herbologie, Sortilèges et- petit sourire- en Transfiguration. Néanmoins, le Professeur Rogue a le privilège de choisir son successeur, et il a- je n'y peux rien- strictement rejeté votre candidature. Je suis navrée, mademoiselle Bones.

Qui s'est vu attribuer le poste ? » demandé - je d'une voix tremblante.

Le seul autre candidat en lice l'a obtenu- Monsieur Terry Boot.

Un ancien Serdaigle, je vois.

Mademoiselle Bones, le Professeur Rogue n'a effectué aucune discrimination ! Il n'a pas embauché de Serpentard et s'est basé sur des critères objectifs. J'ai vu vos dossiers, Monsieur Boot et vous-même aviez des profils quasi-similaires.

Mais à qualifications égales, le Serdaigle l'emportera sur le Poufsouffle, pensé –je amèrement.

Vous devriez sans peine trouver un autre métier où vos qualifications seront appréciées à leur juste valeur.

Lequel ? Je suis brillante en Potions, et c'est tout.

Voyons, mademoiselle Bones, d'autres secteurs recrutent. Le professorat n'est qu'une des options qui s'offrent à vous. Tenez, pas plus tard que ce matin, le ministère m'a fait parvenir ces brochures- elle fit apparaître une pile de documents- pour que de jeunes et brillants sorciers comprennent qu'il n'y a pas que le Quidditch dans la vie. Consultez-les, mademoiselle Bones, et je suis sûre que la pénurie de main-d'œuvre les forceront à vous accepter, Poufsouffle ou non.

Merci, Professeur.

Bonne chance, mademoiselle Bones. »

Bonne chance ! Adieu, carrière rassurante au sein de ce cher Poudlard ! Et bonjour à toi, horrible saut vers l'inconnu ! Une autre carrière ? Mais où ? Réunion d'urgence du B.A.M aux Trois Balais ! J'y apporterai ma pile de brochures…pour qu'Hannah et Ella les lisent à ma place…Je sais, nous avons toutes trois un petit côté Serpentard.

Quand je pense qu'il fut un temps où je trouvais Terry Boot adorable. Décidément…Enfin, j'ai la consolation de savoir qu'il est peu probable que mon dernier béguin secret (ni Hannah ni Eloise ne sont au courant de celui-là) puisse me pourrir la vie, là où il est. Nous évoluons dans des sphères très différentes, vous savez…Non, vous ne savez pas ! Et c'est tant mieux, croyez-moi ! Bon, Hannah et Ella m'attendent aux Trois Balais. J'espère que l'entretien d 'Hannah s'est mieux déroulé que le mien…


Ici Eloise, ou « Ella » comme mes amies me surnomment. Actuellement, je suis assise sur une chaise à l'équilibre précaire, encerclée de Bièreauxbeurres et d'autres liquides infâmes. Susan ne vous l'a pas dit ? Je ne bois pas d'alcool. Deux gouttes, même de Bièreauxbeurres soi-disant « allégées » et j'ai la migraine. Je ne jure que par l'eau (bien plus désaltérant !) ou par les jus de fruits (bien plus rafraîchissants !). Or, je ne sais pas si vous en avez déjà fait l'expérience, mais commander un jus de citrouille (pommes, raisins, pamplemousses sont bannis des bars sorciers…la citrouille fait davantage « couleur locale ») au beau milieu de sorciers passablement éméchés qui en sont à leur huitième Bièreaubeurre…eh bien, comme dirait Hannah, ça revient à se « taper l'affiche ». Personnellement, je suis fière de résister à la pression sociale, mais j'ignore pourquoi, Hannah et Sue ont souvent l'air désespérées lorsque je commande d'une voix assurée « une demie de jus de citrouille ». J'ai passé la matinée à classer des livres par ordre alphabétique, date de parution, et autres joyeusetés. Mais je ne me plains pas : si mes affaires sont toujours rangées dans un savant désordre (moi seule m'y retrouve), je suis parfaitement apte à classer les livres d'une manière plus conventionnelle. Et je sais que plus vite ces étapes fastidieuses seront exécutées, plus vite je serais en mesure d' accéder à la Réserve…

Sue n'a pas décroché le poste. Elle doit être effondrée, mais elle ne réalise pas encore la chance qu'elle a eue. Pour enseigner les Potions à des élèves qui s'en moquent royalement, il faut une bonne dose d'autorité. Or, Sue est vive, s'enflamme facilement, mais serait incapable d'incarner une figure d'autorité rassurante pour des adolescents désaxés. Je ne lui ai jamais dit, bien sûr, car elle est dubitative quant aux théories de la psychologie.

Un autre aspect positif qu'Hannah et moi ne manquerons pas de faire remarquer à Sue, c'est que désormais elle aura l'occasion de postuler pour un job « stratégique » en accord avec notre plan, parce que sincèrement, prof de Potions à Poudlard, ça n'allait pas nous donner des tuyaux pour les opérations secrètes du B.A.M…

Ah, Hannah est là ! Elle est radieuse ; laissez-moi deviner : elle a été acceptée en tant qu'Auror stagiaire.

Bien des têtes se retournèrent sur le passage fulgurant de la jeune femme. Son pas décidé, ses boucles châtain nuancées de blond, ses yeux bleus triomphants, tout en elle respirait une énergie débordante. Elle s'assit en face d'une jeune sorcière aux cheveux d'un brun sombre presque noir noués strictement en arrière par une épaisse barrette, et qui sirotait sereinement un verre de jus de citrouille.

« Eh bien ? » interrogea cette dernière avec un léger sourire.

« Je vais passer les prochains mois en tant qu'Auror stagiaire !

Je savais qu'ils n'avaient pas le choix. Avec tes capacités, ils étaient obligés de te prendre !

Je n'arrive pas à y croire ! Enfin ! Je vais être Auror !

Tu dois juste réussir ton stage, et ensuite…plus rien ne s'opposera à ce que tu pourchasses les Mages Noirs avec les moyens d'un Auror, ce qui inclut…

…les équipements dernier cri, la liste des contacts des Aurors précédents….

…et beaucoup, beaucoup d'information pour le B.A.M ! » chuchota Eloise. « Réussis ce stage, et ce sera dans la poche.

C'est déjà dans la poche. Je n'aurais aucun problème, Ella. Je serai Auror, et personne ne m'en empêchera.»

Elles trinquèrent. Cinq minutes plus tard, une troisième sorcière entra aux Trois Balais, la mine abattue. Ses yeux noisette, d'ordinaire si pétillants, étaient mornes, tout comme sa natte brune aux reflets acajou. Ses amies lui firent une place :

« Refusée ? » interrogea Hannah.

Susan hocha la tête, lamentablement.

« J'ai apporté les brochures du ministère. Je devrais y trouver un job convenable, d'après le professeur MacGonagall.

C'est parti ! » s'écria Eloise. Devant la mine effarée des deux autres, elle ajouta : « Cela fait maintenant un quart d'heure, treize minutes pour être exacte, que j'ai lancé un Insonorus informulé pour que nous puissions discuter librement. Il nous reste quarante-sept minutes pour trouver un métier à Sue parmi ces…édifiantes brochures.

Quarante-sept minutes qui décideront de mes dix prochaines années ! » hurla Susan, horrifiée.

Hannah répliqua sérieusement :

« Sue, tu te souviens de la manière dont tu as eu la vocation d'être Prof de Potions ? Lorsque, pour te citer, tu avais huit ans et que ta grand-tante avait préparé du Veritaserum devant toi ?

Et qu'en l'espace de sept secondes, la potion avait pris un aspect vert argenté liquide avant de revenir incolore ? Oui, je m'en souviens.

Sue, tu as joué ton avenir sur sept secondes. Nous devrions trouver une alternative alléchante avec quarante-six minutes et cinquante-trois secondes de plus.

Et pense au B.A.M, Sue ! Hannah est en passe de devenir Auror avec tous les avantages que ça comporte pour nous, ce n'est plus qu'une question de temps avant que j'obtienne un accès illimité à la Réserve…et tu peux maintenant te rendre utile sans soutirer des informations à ta famille !

C'est vrai, Sue. Réfléchis bien : tu pourrais être notre « taupe » au Ministère…

Le Ministère n'a pas grand-chose d'intéressant à nous proposer », objecta Eloise. « La presse, par contre, se démarque du politique. La Gazette demeure l'incontournable filtre des informations, et son impact sur les esprits est toujours aussi considérables…

Où veux-tu en venir, Ella ?

Juste que tu devrais essayer de voir si Rita Skeeter embauche », lança Eloise d'une voix indifférente.

« Ella ! Tu plaisantes, j'espère ? Tu me vois travailler pour…pour cette affabulatrice, mythomane, pseudo rédactrice-en-chef d'un tabloid de bas étage qui fouine dans la vie privée des honnêtes gens ?

Considère cette option, Sue. Les informateurs de Rita Skeeter sont nombreux et presque aussi efficaces que ceux des Aurors. Que nous l 'apprécions ou non, je ne doute pas que Rita Skeeter dispose d'informations bien plus croustillantes que la vie amoureuse de l'équipe de Quidditch nationale. Quant à publier ces informations, elle ne le fera sans doute pas. Mais toi, en amont, tu pourrais avoir accès à cette mine d'or, Sue.

Adieu, éthique ! Je préférerais le Chicaneur.

Pas le même lectorat, et le B.A.M se contrefiche des Ronflaks Cornus », sourit Hannah.

« Je vous déteste », grommela Susan.

« Je commence mon stage d'Auror demain », chantonna gaiement Hannah. « Cesse de soupirer, Sue ; nos vies sont parfaites ! Même si ce n'est pas le cas de la tienne aujourd'hui, réjouis-toi pour les membres du B.A.M dont la carrière professionnelle s'annonce lumineuse de promesses, de reconnaissance et de chaleureuses rencontres humaines ! Allez, Sue. Si tu es gentille, je pourrais te présenter à mes collègues…s'ils sont assez mignons.

Tes collègues ?

Oui, notre promotion comporte sept Aurors stagiaires. J'ai entendu dire que quatre Gryffondors et deux Serdaigles avaient été acceptés.

Serdaigles ? ». Susan avala sa quatrième Bièreaubeurre d'un trait. « Je déteste Terry Boot. Les Serdaigles sont des…voleurs d'emploi ! »

« Rentrons, Sue. Demain est un autre jour. Je suis sûre que tu verras la situation d'un autre œil. Comme moi, tu appréhenderas l'avenir avec confiance, prête à toutes les surprises que te réserve le Destin !

Hannah ? Ton optimisme me donne des frissons ; arrête, veux-tu ? On dirait de la propagande pour la potion Felix Felicis », ironisa Eloise.

« Mais nous allons nager dans la Félicité, Ella ! ».

Les trois filles du B.A.M sortirent des Trois Balais, l'une encore effondrée, l'autre souriant comme si Noël avait été avancé de plusieurs mois, la dernière pensive. Eloise n'aimait pas les états extrêmes, et « nager dans la félicité » lui paraissait bien excessif. Tout comme l'expression « un ciel azuréen sans nuages ».

Elle avait raison, car le B.A.M allait bientôt traverser une zone de turbulence. Et les trois amies n'avaient pas très bien attaché leurs ceintures.


le sorcier taciturne, imprégné de culture latine moldue, paraphrase l'expression: "du pain et des jeux"...

Un petit indice pour son identité, qui sait?


Note de l'auteur:

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