Merci à MissHommeEnceinte2 et Milie pour vous commentaires.
Chapitre 2
- Réunion immédiate !
La voix de Hotch retentit à travers le grand bureau et ses subordonnés se hâtèrent de répondre à la convocation, pas mécontents d'échapper à la paperasserie qui était leur lot quotidien depuis près d'une semaine, comme si tous les maniaques, sadiques et autres psychopathes du pays s'étaient entendus pour disparaître de leurs radars afin de les consigner à ces tâches ingrates qu'ils faisaient, d'ordinaire, de leur mieux pour éviter.
- Qu'est-ce qu'on a ? questionna Rossi en s'installant.
Hotch jeta un coup d'œil à son équipe, fier, une fois de plus, de leur unité et de leur efficacité. La hiérarchie pouvait penser ce qu'elle voulait : lui savait la valeur de chacun de ces hommes et femmes et était conscient qu'il avait un rôle non négligeable dans leur réussite. Il se secoua : ce n'était pas le moment de s'abandonner à l'autosatisfaction.
- JJ…, dit-il en hochant la tête vers la jeune femme.
Celle-ci se leva et afficha la photo de deux corps affreusement mutilés tout en annonçant :
- Dakota Parker et Tennessee Windfield, âgés tous les deux de 25 ans, elle interne en médecine, lui architecte. On les a retrouvé hier soir dans une décharge à Détroit où ils vivaient. Ils avaient été portés disparus quarante-huit heures auparavant.
- Ils vivaient ensemble ? questionna Emily.
- Oui, depuis deux ans.
- Qui a signalé la disparition ?
Cette fois, c'était Reid qui se renseignait.
- La famille de Dakota qui les attendait pour le repas vendredi soir.
- Les circonstances de la disparition ? s'enquit à son tour Morgan.
- Apparemment enlevés à leur domicile. Lorsque la famille Parker ne les a pas vus le vendredi soir, ils sont allés chez eux. La porte était ouverte, il y avait du sang sur le plancher de la chambre, tout était sans dessus dessous…
- On sait à quel moment ils ont disparu ?
- Entre le mercredi soir et le vendredi soir.
- C'est vague…, grommela Rossi.
- Oui, je sais. Ils sont allés à leur travail le mercredi, comme d'habitude mais Tennessee avait pris une journée de congé le jeudi parce que sa compagne était libre aussi ce jour-là. Selon leurs amis, ils avaient prévu d'aller se balader, s'amuser, se vider la tête. On a d'ailleurs retrouvé les tickets d'un parc d'attraction du nord de la ville en fouillant leur appartement.
- La police est allée enquêter sur place ?
- Oui… Mais personne ne se souvient d'eux et ça n'a rien d'étonnant. Comment se souvenir d'un couple parmi les milliers de gens qui fréquentent les lieux quotidiennement ? Ca nous permet juste de savoir qu'ils y sont arrivés vers treize heures. Un ticket de péage de parking indique qu'ils sont repartis à dix-neuf heures. Puis plus rien.
- Les voisins ? questionna Emily.
- C'est le problème. Ils louaient un petit appartement dans la propriété d'amis des Parker : loyer modique et quelques services en échange d'un deux pièces meublé.
- Plutôt intéressant étant donné le prix de l'immobilier à Détroit, remarqua Reid.
- Je ne suis pas sûr que là soit la question, contra Emily qui reporta son attention sur JJ. Pourquoi nous demande-t-on de l'aide dès à présent ? s'étonna-t-elle.
En effet, en règle générale, les services de police locaux, surtout ceux des grandes villes qui étaient soumis à toutes sortes de pressions politiques, avaient tendance à ne tirer la sonnette d'alarme que le plus tard possible.
- Tout d'abord à cause de l'atrocité de ce crime : ce qu'on a fait à ces jeunes est inhumain. Mais aussi parce qu'ils pensent qu'il pourrait y avoir un précédent.
- Ils pensent ? s'étonna Morgan.
- Oui… Il se trouve que le lieutenant qui a été chargé de ce cas était précédemment à Philadelphie. Or, il y a environ six ans, son équipe avait enquêté sur une série d'agressions commises à l'encontre de couples mixtes composés d'un homme afro-américain et d'une femme blonde.
- Même MO ? s'intéressa Emily.
- Pas vraiment. Les trois couples ont été enlevés et retenus vingt-quatre heures durant lesquelles l'homme les a obligés à se livrer à des relations sexuelles sous ses yeux.
- Où est le rapport avec notre affaire ?
- Si tu laissais JJ finir Morgan, tu le saurais, intervint Hotch.
Avec un sourire, Jennifer remercia le leader et reprit :
- Les trois couples ont été enlevés à environ trois mois d'intervalle. Et la violence du ravisseur est allée en s'accroissant. Le premier couple a été battu et il a forcé la femme à masturber son compagnon puis à simuler un coït. Ensuite il les a relâchés. Avec le second couple il est allé plus loin : cette fois-ci il a exigé que la femme fasse une fellation à son époux et comme elle refusait il s'est mis à torturer celui-ci jusqu'à ce qu'elle cède. Ensuite il l'a contrainte à lui en faire une à lui aussi en lui demandant si une bite blanche n'était pas meilleure qu'une bite nègre. Puis il a violé l'homme sous les yeux de sa femme…
- Pour affirmer sa domination et sa supériorité, précisa Reid, comme si ses collègues ne pouvaient pas, eux-mêmes, tirer cette conclusion.
- Eux aussi ont été relâchés vivants. Le troisième couple a vécu un véritable enfer. Il a obligé l'homme à violer sa compagne avant d'en faire autant avec elle puis avec lui. Ensuite il a émasculé l'homme en précisant qu'un noir n'avait pas le droit de toucher une blanche. Il a ensuite sodomisé la femme pour la punir de laisser un sale nègre poser ses pattes sur sa peau de blanche et les a libérés aussi. Mais l'homme s'est suicidé quelque temps plus tard. Puis le maniaque a totalement disparu de la circulation.
- Oui… on dirait qu'il y a des similitudes…, conclut Rossi. Mais de là à penser qu'il s'agit du même individu.
- C'est vrai que Détroit et Philadelphie… Il serait passé du Michigan à la Pennsylvanie ? appuya Morgan.
- En plus… cinq ans entre deux agressions, c'est très long, reprit Rossi.
- Mais justement la dernière agression de Détroit a pu le satisfaire assez pour qu'il n'ait pas à recommencer de sitôt, supputa Reid.
- Ou il a recommencé ailleurs sans qu'on ait fait le lien, conjectura Emily. Après tout il disparaît à Détroit et réapparaît à Philadelphie, peut-être, ajouta-t-elle en voyant Morgan prêt à objecter, mais il a pu aller ailleurs durant ces cinq ans.
- Il a pu aussi être empêché de recommencer pour une raison totalement différente, indiqua Hotch.
- Oui… un emprisonnement ou un internement, reprit Spencer.
- De toute façon, quand bien même il n'y aurait pas de lien, le crime de détroit dénote d'un esprit malade et sadique. L'homme va recommencer forcément, conclut Hotch. Alors on verra le reste dans l'avion, en attendant en route… On étudiera le dossier durant le vol.
- Il faudrait rechercher s'il y a d'autres précédents, avant Détroit et durant les cinq ans entre les deux affaires, suggéra Reid.
- A supposer que tout soit lié, reprit Derek décidément circonspect.
Mais c'était ce que Hotch aimait chez son adjoint : il avait un regard sûr et ne tirait pas de conclusions hâtives. Il savait qu'en cet instant Morgan n'était pas opposé à un lien entre les affaires, mais plutôt qu'il jouait l'avocat du diable pour les empêcher de se fourvoyer dans des conjectures qui conduiraient à une impasse. Et c'était très bien comme ça, parce qu'étant donné la violence du crime, une impasse signifierait obligatoirement d'autres victimes et Hotch n'imaginait pas qu'un autre couple puisse vivre une telle horreur. Malgré toute son expérience, les corps mutilés des deux jeunes gens, exposés à côté d'une photo où ils souriaient à la vie, lui mettait le cœur au bord des lèvres. Voir ce que ce psychopathe avait fait de ces gamins pleins de promesses l'emplissait à la fois de colère envers lui mais aussi de compassion envers les victimes. Il savait pourtant qu'il ne pouvait se laisser aller ni à l'une ni à l'autre sous peine de fausser son jugement. C'est pourquoi il appréciait la neutralité affichée de Morgan.
- A supposer que tout soit lié, en effet, répondit-il à son subordonné. C'est pourquoi j'ai demandé à Pénélope de faire une recherche sur des cas pouvant s'apparenter à ces quatre-là.
- Alors on peut être sûrs que s'il y a quelque chose à trouver elle saura mettre le doigt dessus, affirma Derek.
Les autres membres de l'équipe échangèrent un regard en dissimulant le sourire qui leur montait aux lèvres au ton enthousiaste qu'avait pris leur équiper pour parler de l'analyste. Aucun d'eux n'était dupe de l'attirance que les deux agents éprouvaient l'un pour l'autre mais ils étaient trop discrets pour le faire paraître. Ce n'était pas à eux de forcer les choses : Derek et Pénélope étaient peut-être destinés l'un à l'autre, peut-être pas… En tout cas, avec le caractère de l'agent Morgan, la meilleure façon de faire capoter les choses entre eux aurait été de se mêler de sa vie qu'il conservait jalousement privée.
- On peut en effet compter sur Garcia pour trouver… en espérant qu'elle ne trouve rien…, termina Hotch en se levant, indiquant ainsi qu'il était temps pour eux de se diriger vers la sortie pour se rendre sur les lieux du crime.
Et tout en précédant le reste de l'équipe, il pensait en effet qu'il serait préférable qu'il n'y ait rien à trouver, parce que trouver signifiait plus de souffrances pour plus de gens. Mais son instinct lui disait que, malheureusement, ce souhait ne serait pas exaucé.
Et l'avenir allait lui prouver qu'une fois de plus, malheureusement, son instinct était le bon.
(à suivre)
