Chapitre 2 : L'irréparable
Lorsqu'il arriva aux urgences de l'hôpital, la réceptionniste l'informa de l'étage où on avait emmené Shunrei. Une fois qu'il s'y fut rendu, il rencontra Shun dans le couloir, ce dernier était externe en médecine et c'est lui qui s'était occupé de Shunrei durant toute sa grossesse.
« Shun ! » l'apostropha-t-il angoissé, « Où est Shunrei ?! Qu'est-ce qu'elle a ?! » Demanda-t-il à bout de nerf, rongé par l'inquiétude.
Le jeune homme aux cheveux verts avait une mine défaite et terriblement sombre.
« Shiryu… Je… »
« Shun ! Shiryu ! » Les appela-t-on depuis l'autre bout du couloir. Leurs amis, Seiya, accompagné de Saori, Ikki et Hyoga apparurent, « On a appris la nouvelle ! Qu'est-ce qu'il se passe ?! » Demanda son ami visiblement inquiet.
« Shun ! » appela Shiryu afin de savoir ce qui arrivait à son épouse et à leur enfant.
Le jeune médecin poussa un lourd soupir emplit de désarroi, « Shunrei va bien… » Dit-il doucement, « Elle est hors de danger… »
Shiryu expira un long soupir de soulagement en sachant la femme de sa vie saine et sauve, « Merci… Merci Shun… » Remercia-t-il son ami avec gratitude, mais alors qu'il était sur le point de se diriger vers la chambre dans laquelle on avait installé Shunrei, le bras de Shun l'arrêta.
« Shiryu… Ecoute… Tu devrais peut-être t'asseoir… » Le prévint-il en douceur sous le regard soudain apeuré de ses amis.
« Quoi ? Pourquoi ? Shunrei et le bébé vont bien Je veux aller les voir ! » Imposa-t-il en essayant de forcer le passage que son ami lui bloquait.
Shun le retint une fois de plus, « Shiryu… Shunrei va bien… mais… » Il fit une courte pause, ce qu'il avait à annoncer n'était jamais facile, mais la difficulté était d'autant plus lourde qu'il s'agissait ici d'un ami. « Le bébé n'a pas survécu… » Informa-t-il en un souffle douloureux, « Je suis désolé… » Il baissa les yeux, n'osant pas affronter la douleur de son ami.
« Oh non… » Pleura Saori en plongeant dans les bras de Seiya qui lui aussi avait les larmes aux yeux.
Shiryu fixa Shun d'un regard perdu « Qu… Quoi ?... Mais… » Il ne parvenait pas à prononcer la moindre phrase, il ne parvenait pas à assimiler la nouvelle qu'on venait de lui annoncer, il ne pouvait pas y croire, « Ce n'est pas possible ! » S'écria-t-il soudain, « Ils allaient bien ! Comment… » On avait beau lui dire et lui répéter qu'il n'y avait plus rien à faire pour son enfant, Shiryu ne pouvait pas l'accepter. Comment cela était-il possible ? Lors des derniers examens on leurs avait assuré que la grossesse suivait son cours normal, que l'enfant grandissait harmonieusement et qu'il était en pleine santé.
« Shiryu… » L'appela Shun en posant une main réconfortante sur son épaule, « La semaine dernière j'ai détecté une forte hyper-tension chez Shunrei… » Expliqua-t-il doucement, « Cela arrive souvent chez les femmes enceintes, surtout lors du troisième trimestre… Mais ça a provoqué une éclampsie, rien ne pouvait le prévoir… »
« Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?! Qu'est-ce que tu me racontes ? Tu peux quand même la soigner ? Et… Et le bébé… Ils vont aller bien ?! Tous les deux ?! Dis-le-moi ! » Supplia Shiryu qui n'avait toujours pas réussi à appréhender la mauvaise nouvelle, pensant toujours qu'il s'agissait d'un malentendu, qu'il avait mal compris ce que Shun lui avait dit, toujours convaincu que tous deux se portaient bien, autant Shunrei que le bébé.
« Elle m'a demandé de ne rien te dire » Poursuivit Shun calmement, « Elle ne voulait pas que tu t'inquiètes » dit-il doucement l'air désolé, « J'avais dit à Shunrei d'éviter toutes situations de stress et de faire le moins d'effort possible, pour éviter tout incident… Je ne comprends pas ce qui a pu se passer… Ça n'aurait pas dû arriver… » Shun lui-même était très affecté par la perte que son ami venaient de subir. « Est-ce que tu sais si Shunrei a été confrontée à un évènement qui aurait pu déclencher ce stress et faire ainsi monter sa tension provocant la… fausse couche ? » conclut-il avec difficulté.
La respiration de Shiryu se stoppa net et tout le déroulement de la soirée lui traversa l'esprit. Lui et sa maîtresse dans le lit conjugal, l'arrivée de Shunrei, la découverte de sa trahison… Sa gorge se serra, son estomac se révulsa, il tomba lourdement au sol devant la porte fermée de la chambre de Shunrei, des larmes lui montèrent aux yeux. Il les ferma alors avec force, serrant les poings faisant saillir toutes ses jointures, le front reposant sur le bois de la fine cloison qui le séparait de sa femme.
« Oh non… » Gémit-il, « Oh mon dieu… »
« Quoi ? » demanda Seiya angoissé. Le silence se fit, entouré de ses amis, Shiryu frappa le sol du poing.
« J'ai tué mon bébé… » Pleura-t-il inconsolable.
Après avoir longuement pleuré sa culpabilité dans la mort de son enfant, Shiryu tira doucement la poignée de la chambre où sa femme avait été installée. Durant plus d'une heure qui lui avait semblé interminable, il avait tenté de trouver le courage suffisant pour oser lui faire face. Il entra en silence dans la pièce sombre, il discerna une forme recroquevillée dans le lit. L'esprit toujours en proie au chagrin et à la peur, il s'avança à pas mesurés.
La jeune femme, immobile, les yeux tournés vers la fenêtre, sondant la nuit noir, ne sembla pas s'apercevoir de la venue de son époux. Lorsqu'il fut à son chevet, elle ne bougea toujours pas. Il posa ses doigts en douceur sur le drap qui bordait le lit. Elle continua d'ignorer sa présence. Des larmes commencèrent à perler les yeux du jeune homme. Il effleura doucement les doigts de sa femme.
« Shunrei… » Murmura-t-il douloureusement d'une voix étranglée. Elle ne lui répondit pas et ne bougea toujours pas. Shiryu commença à pleurer silencieusement et serra la main de la jeune femme avec force. Une de ses larmes tomba sur la main de son épouse alors qu'il se pressait contre le rebord du lit d'hôpital. Shunrei retira alors vivement sa main. Ce brusque geste de recul heurta profondément Shiryu mais il n'avait pas le droit de se plaindre tout était de sa faute.
« Shunrei… » L'appela-t-il encore une fois la voix noyée de sanglots, « Je t'en prie… » Souffla-t-il.
Aucune réaction ne vint de la jeune femme. « Je t'en prie… » Répéta-t-il désespéré, « Pardonne-moi… Pardonne-moi… » La conjura-t-il en s'effondrant en pleur contre elle et la serrant avec ferveur.
Il sentit le corps de Shunrei se tendre sous son étreinte, elle se débattit alors avec force dans ses bras en hurlant.
« Va-t'en ! Va-t'en ! » Son ton enroué par la douleur était méconnaissable.
Shiryu la serra alors plus fort tout en continuant à la supplier, « Je t'en prie Shunrei, je t'en supplie… » Il criait lui aussi en tentant de maîtriser la douloureuse hystérie de sa femme.
Alertés par les hurlements, leurs amis se précipitèrent dans la chambre. La scène qu'ils surprirent les pétrifia. Shiryu maintenait sa femme contre lui avec force, la suppliant de lui pardonner et Shunrei le repoussait rageusement en hurlant, des ruisseaux de larmes dévalant sur son visage brisé.
D'une force dont Shiryu ne l'aurait jamais cru capable, Shunrei le repoussa se libérant de ses bras insistants tout en continuant à hurler.
« Va-t'en ! Je ne veux plus jamais te revoir ! Tu es mort toi aussi, je te hais ! » Elle ne pouvait plus s'arrêter, avec rage, douleur et désespoir, elle ordonnait à son époux de partir et de ne plus jamais revenir, « Va-t'en ! Va-t'en ! Va-t'en ! » Répétait-elle inlassablement.
« Shunrei je t'en supplie ! » tenta-t-il de la convaincre se rapprochant à nouveau d'elle. Des infirmières arrivèrent alors afin de calmer la crise qui s'était emparée de la malheureuse.
« S'il vous plaît ! » imposa l'une d'elle en s'interposant entre Shiryu et Shunrei, « Vous feriez mieux de partir ! » dit-elle avec autorité repoussant le mari éploré hors de la chambre mais qui ne se laissait pas faire.
« Shunrei ! » appelait-il dévasté.
« Monsieur ! S'il vous plaît ! » Recommença-t-elle alors plus fortement l'infirmière, « Sortez ! On s'occupe d'elle ! » Assura-t-elle alors que ses collègues tentaient de calmer l'incontrôlable panique de la jeune femme alitée en lui administrant un sédatif de force.
« Shiryu, viens… » Tenta alors Seiya tandis que Hyoga et Ikki l'aidait à faire sortir Shiryu de la pièce qui continuait d'appeler sa femme, « Laisse les faire leur travail ». Lorsque la porte se referma, il pouvait toujours entendre les cris douloureux de Shunrei. Déchiré par la tension, il se retrouva de nouveau les genoux à terre enserrant sa tête de ses mains.
« Shunrei… Je t'en prie… Pardonne-moi… » Pleurait-il sans s'arrêter. « Tout est ma faute, tout est ma faute… »
Seiya se pencha doucement sur son ami, posant sa main contre son épaule.
« Tu n'y es pour rien Shiryu » lui assura Shun, « Personne n'aurait pu savoir » essaya-t-il de le convaincre.
« Tout est ma faute… » Continuait-il de gémir douloureusement, « Rien ne serait arrivé si je n'avais pas… » Bafouilla-t-il pour lui-même, « J'ai tué mon bébé… »
« Calme-toi Shiryu » tenta de le réconforter Seiya, « Tu n'es pour rien dans cette tragédie, tu n'as rien à te reprocher ».
« Shun te l'as dit » commença Ikki avec douceur, « Shunrei faisait de l'hypertension, et malheureusement ça a affecté le bébé. Ce n'est pas de ta faute » voulut-il le consoler.
« Je l'ai trompée ! » s'écria soudain Shiryu, tous le regardèrent surpris et sans comprendre, « Je l'ai trompé ! Elle m'a surpris avec une autre femme ! » Avoua-t-il hors de contrôle, « C'est ma faute ! C'est moi qui ai tout provoqué… » Souffla-t-il cette fois en reportant son regard sur le sol honteux.
Ses amis ne surent comment réagir, ni quoi répondre. Effectivement, à la lumière de la vérité, tout était de sa faute, l'accident de Shunrei, sa fuite, tout ça par la faute de son comportement inconséquent de son infidélité.
Ikki s'enflamma face à ce qu'il venait d'entendre. Il saisit violemment le col de Shiryu et le souleva de terre. « Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi ! » lui demanda-t-il furieux, « Tu avais tout ! Tout pour être heureux ! » Cracha-t-il.
Shiryu ne réagit pas et ne dit rien, sa douleur l'étranglait. Ikki le projetât alors avec violence contre le mur, personne ne l'avait arrêté, tous stupéfaits par les aveux de Shiryu, ne comprenant pas, eux-non plus, comment il avait pu faire une telle chose. Ils connaissaient le jeune couple depuis le début qu'ils avaient commencé à se fréquenter, et leur bonheur n'avait jamais été simulé. Leur entente parfaite, la tendresse qu'ils se témoignaient l'un envers l'autre, l'amour qu'ils ressentaient. Tout avait toujours été vrai et sincère. Alors aucun d'entre eux ne parvenait à imaginer Shiryu trompant son épouse au profit des charmes d'une autre femme et encore moins à comprendre ce qui avait incité le jeune homme à une telle attitude.
L'infirmière émergea de la chambre à ce moment. En s'adressant à Shiryu elle dit :
« Nous lui avons administré un calmant. Elle dort maintenant. Vous pouvez aller la voir à présent ». Puis elle s'éloigna dans le couloir suivie par ses collègues qui étaient sorties à leur tour.
Sans oser croiser le regard de ses amis qui le fixaient surpris, ébahis et déçus, il entra avec hésitation dans la pièce. La scène était la même que quelques minutes auparavant, à la seule différence que cette fois Shunrei dormait. Malgré le sommeil dans lequel on l'avait plongé à l'aide de médicaments, une rivière de larmes s'échappait de ses yeux clos en flots continus. Il s'approcha avec lenteur et appréhension, la jeune femme ne se réveilla pas, une fois à son chevet, il la regarda longuement. Son visage, son si doux visage, qu'il avait vu tant de fois souriant et rayonnant de bonheur. Il lui avait maintenant imposé le malheur de la perte de leur enfant. Il se pencha doucement sur elle et embrassa son front avec force, un sanglot traversant sa gorge. Puis il blottit son visage contre le ventre de sa femme, là où un peu plus tôt grandissait leur bébé et où maintenant ne régnait plus que le vide. Un vide qui était sur le point d'engloutir leur vie toute entière, par sa faute. Il pleura alors librement se pressant contre elle.
