Depuis l'altercation dans le couloir, et l'intervention de Marcus, Etain était nettement moins embêtée. Cela avait doucement commencé par les Serpentards, les réflexions, quand elle arrivait dans la Salle Commune avec Adrian, avaient nettement diminuées et certains élèves étaient même venus s'excuser. C'était arrivé comme ça, un soir après un entraînement de Quidditch, le capitaine de l'équipe, un septième année répondant au nom de Melchior Burnst, était venu interrompre la partie de Bataille Explosive qu'elle faisait avec son ami, celui-ci avait d'ailleurs perdu quelques mèches de cheveux et ses sourcils fumaient encore. Burnst s'était raclé la gorge et s'était platement excusé pour son comportement, jurant à Etain qu'aucun des joueurs de l'équipe ne lui ferait plus de tort, il l'avait même invité à venir voir leurs entrainements si elle le souhaitait. Les yeux cobalt de la sorcière s'étaient agrandis de stupeur alors qu'Adrian ricanait derrière ses cartes. Tandis que les joueurs se dispersaient dans la Salle Commune, allant vaquer à diverses occupations, l'un d'eux s'attarda près d'eux. La jeune fille fut encore plus surprise lorsque Marcus Flint posa son sac à côté d'elle et s'installa par terre sur un coussin. Depuis ce soir là, le garçon aux yeux verts venait régulièrement passer du temps en leur compagnie, Etain le suspectait d'être à l'origine du changement d'attitude d'un bon nombre de ses condisciples. Pour autant, elle ne comprenait pas pourquoi, il prenait la peine de rester en sa compagnie, et celle d'Adrian. Certes elle savait que les deux garçons s'entendaient bien et elle pensait sincèrement que Marcus ne venait avec eux que pour le Serpentard blond aux yeux rieurs.

A quelques semaines d'Halloween, alors que Marcus, qui rentrait une fois encore de son entraînement, vint, s'installer de nouveau auprès d'Etain et Adrian, occupés à construire un château de cartes avec leur jeu de Bataille Explosive. A peine assis, il se mit à parler avec entrain de l'entraînement, avec un soupir, Adrian abaissa ses cartes, la partie était terminée car lorsque Marcus Flint commençait à parler Quidditch, cela pouvait durer des heures. Etain se permis, elle aussi, un léger soupir de résignation avant de ranger les cartes dans leur étuis, tâtonnant dans son sac, elle en sorti un livre sur les Sombrals, écrit par Norbert Dragonneau. Elle avait déniché le grimoire à la bibliothèque le jour où elle avait eu deux Gryffondors pour compagnie. La sorcière aux cheveux châtains commença avec délice sa lecture, elle adorait tout ce qui se rapportait aux créatures, magiques ou non, qui peuplaient le monde, et elle n'hésitait pas à emprunter des ouvrages assez pointus malgré son jeune âge, ce qui avait fortement étonnée Mrs Pince.

Ce fut une main posée sur son épaule qui lui fit brusquement lever le nez de son livre en sursautant. Pensant que c'était Adrian, elle regarda en tout sens et fut surprise de voir que celui-ci avait disparu. Elle posa donc un regard interrogateur à Marcus, qui avait vivement retiré sa main. A force de côtoyer l'étrange duo formé par les deux premières années, il avait rapidement compris qu'Etain supportait peu le contact physique. Quand le poursuiveur avait interrogé Adrian sur ce sujet, ce dernier lui avait expliqué que la jeune fille était comme ça depuis qu'elle avait commencée à subir les brimades des autres élèves de l'école. Il pensait qu'avec l'arrêt de ces agressions cela passerait mais il n'en était rien. Adrian, étant quelqu'un de très tactile, avait beaucoup de mal avec cet état des choses mais il respectait les barrières qu'avait érigées son amie. Le poursuiveur était toujours étonné, même en passant du temps avec les deux Serpentards, de voir à quel point Adrian prenait soin d'Etain et comment celle-ci semblait nettement plus détendue quand il était là, même si elle savait très bien cacher ses émotions derrières ses grands yeux cobalt. Marcus lui répondit donc en affichant son habituel sourire narquois en pensant à ce que vivait le première année à cet instant.

« Adrian a été appelé dans son dortoir, une histoire de bombabouse qui a explosée sur son lit il me semble, apparemment ça sentirait jusque dans le couloir et évidemment ses draps ne doivent pas sentir la rose.

-Le pauvre, en même temps, il a un tel attirail de farce et attrapes que ça devait bien arriver un jour. Soupira Etain en levant ses yeux couleur orage au ciel. Devant l'air interrogateur de Marcus elle ne pu s'empêcher de développer son explication. Vois-tu Adrian est un éternel farceur, je l'ai appris très vite à mes dépends même s'il a toujours été vraiment dans l'humour léger avec moi. Il m'a confié un jour qu'il avait apporté à l'école toute une artillerie de bombabouses, de pétards du Docteur Flibuste, j'en passe et des meilleurs. Je pense qu'un camarade plaisantin à juger opportun de lancer de l'eau sur sa valise. Ce qui a allumé les pétards puis inévitablement ceux-ci ont déclenchés les bombabouses.

Le poursuiveur resta un instant interdit face à cette révélation puis éclata de rire, dévoilant ses dents irrégulières, son rire étant contagieux Etain se mit à rire aussi jusqu'à en avoir les larmes aux yeux et mal au ventre. Lorsque, enfin, ils se calmèrent, la Serpentard rangea son livre dans son sac, se préparant à regagner son dortoir, puisqu'Adrian en aurait pour un moment avant de chasser l'odeur nauséabonde qui embaumait son dortoir. En levant la tête son regard accrocha les yeux verts de Marcus, il semblait perplexe, elle haussa donc un sourcil interrogateur. Le deuxième année semblait chercher ses mots, finalement il s'adressa à elle d'une voix hésitante.

-Dis moi Etain, ça t'ennuis que je passe du temps avec vous ?

La concernée se senti prise au dépourvu, elle s'attendait à un autre type de question. Se massant l'arrière du crâne, elle choisi soigneusement ses mots avant de lui répondre.

-Non pas du tout ! Adrian est heureux en plus quand tu viens, même si c'est pour parler Quidditch. J'ai toujours peur de l'accaparer, c'est quelqu'un de sociable et il passe tout le temps qu'il peut avec moi, alors je suis contente quand tu viens.

Voyant le regard courroucé que lui lançait le poursuiveur, Etain compris que ce n'était pas la réponse qu'il attendait. Par reflexe, elle se tendit et eu un léger mouvement de recul tout en se mordant la lèvre inférieure. Constatant cela, Marcus soupira et se massa les tempes pour reprendre contenance. Il ne voulait surtout pas la brusquer, lui qui n'était pas patient en temps normal s'était mis à développer des trésors de diplomatie au contact de la sorcière.

-Je crois que tu n'as pas compris Etain, je ne parle pas d'Adrian mais de toi ! Je ne viens pas que pour lui, en fait quand il me parle de toi j'ai l'impression qu'il me parle d'une autre personne. Cette personne j'aimerais la connaître, vraiment ! Pourtant quand j'arrive, tu t'efface complètement en te mettant dans une bulle. Si ma présence te dérange dis le moi.

Il n'y avait aucune agressivité dans le ton qu'employait le Serpentard, juste une amertume que la jeune fille ne comprenait pas. Elle était très reconnaissante de ce que Marcus avait fait pour elle car, elle n'était pas dupe, le changement de comportement des élèves de sa maison était le fruit du travail du poursuiveur. Cependant Etain ne comprenait toujours pas pourquoi il s'entêtait à rester près d'elle, elle ne voulait pas d'un garde du corps. Il était grand temps pour Marcus de reprendre sa liberté car Etain ne voulait pas de sa pitié, elle était bien trop fière pour la supporter.

-Je te suis vraiment très reconnaissante de ce que tu as fais le soir où Perkins m'a coincé, vraiment, et même pour tout ce que tu as fais après. Je sais que c'est toi qui as convaincu les autres d'arrêter mais s'il te plait ne te force plus à venir me voir parce que tu t'inquiètes. Je vais beaucoup mieux maintenant, donc tu ne dois pas t'obliger à venir sans cesse nous voir pour t'assurer que je vais bien. Je sais que tu apprécie beaucoup Adrian donc ne te soucis pas de moi, tu as déjà fais bien plus que le nécessaire.

Une fois encore, sa tirade n'eut pas l'effet escomptée, Marcus semblait ne pas comprendre tout de suite ce que la jeune fille lui expliquait, puis il eut l'air blessé. Etain ne comprenait vraiment pas ce que le Serpentard, qui se tenait face à elle, voulait. Elle pensait sincèrement être un poids et ne voulait pas de sa compagnie par pitié pour elle. Par-dessus tout, la sorcière ne supportait pas l'idée d'avoir blessé celui à qui elle devait sa tranquillité.

-Idiote, tu crois vraiment que je viens seulement pour les beaux yeux d'Adrian ? Oui au début je m'inquiétais c'est vrai, mais bon sang pourquoi tu te dénigre toujours autant, Adrian n'est pas un menteur et il me répète sans cesse que tu es quelqu'un de très intéressant, quand tu prends la peine de t'ouvrir. Je voudrais juste apercevoir un peu qui tu es derrière ta muraille, apprendre à te connaître mais je comprendrais que tu ne veuille pas. »

Il avait conclu sa phrase en haussant les épaules, il s'était ensuite relevé et avait violement saisi son sac pour s'en aller. Marcus avait le cœur lourd, il ne savait pas pourquoi il s'emportait comme ça, il n'avait jamais été à l'aise avec les mots et il ne s'expliquait pas pourquoi Etain avait tant éveillé son intérêt. Le deuxième année fut surpris lorsqu'il senti quelque chose le retenir par le bas de son pull. Ses yeux verts se braquèrent dans ceux, cobalt, d'Etain. La pauvre se sentait perdue, presque mortifiée, et regardait la main qui retenait Marcus avec un étrange regard.

Soudain elle se leva d'un bond et se précipita en courant hors de la Salle Commune sous les regards médusés de plusieurs élèves. La jeune fille ne comprenait pas sa réaction, elle était en colère contre elle-même et contre Marcus aussi. Pourquoi fallait-il qu'il complique les choses ? Elle se sentait déjà beaucoup trop encombrante pour Adrian, à cause d'elle, il s'empêchait de faire de nombreuses choses. Etain pensait sincèrement qu'elle ne pouvait pas imposer, en plus, sa présence à Marcus, il avait déjà tant fait pour elle. D'ailleurs la Serpentard n'avait toujours pas compris pourquoi le poursuiveur était intervenu ce jour là. Plongée dans ses pensées, elle ne vit pas que ses pas l'avaient menée à la Salle des Trophées. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant qu'elle n'était pas seule. En effet un garçon aux cheveux bruns, complètement décoiffés, se tenait, dos à elle, en face d'une vitrine consacrée au Quidditch et à la maison Gryffondor. Celui-ci se retourna brusquement en entendant les pas d'Etain raisonner dans l'immense salle remplie de coupes et de médailles, la jeune fille reconnue immédiatement les traits fins du visage d'Olivier Dubois. Inconsciemment un sourire se format sur le visage d'Etain qui, bien que surprise, était étrangement ravie de retrouver le Gryffondor. Depuis leur conversation dans la bibliothèque, elle n'avait fait que le croiser, lui et Percy, durant les cours mais la jeune fille, ne voulant pas encourager de nouvelles brimades, avait soigneusement évité de croiser leur regard.

« Swan ! Merlin, tu m'as fais une peur bleue ! J'ai cru que c'était ce vieux rabougri de Rusard, ou son horrible chatte, qui venait par ici. Le sourire qu'il avait abhorré à l'entrée de la Serpentard se fana en voyant que celle-ci n'était clairement pas dans son assiette. Swan, ça ne va pas ?

Tout en lui parlant il s'était avancé vers elle, alors qu'Etain fermait soigneusement la porte derrière elle, ne voulant pas se faire attraper par le concierge. La jeune fille soupira et passa une main dans ses cheveux, ne voulant clairement pas parler de ses états d'âme, à un Gryffondor de surcroit, elle agita la main d'un geste nonchalant pour signifier qu'il n'y avait rien de grave. Olivier haussa un sourcil, sceptique, mais n'insista pas.

-Ne t'en fais pas pour moi, je ne vais pas me plaindre alors que je ne me fais presque plus harceler. J'avais seulement besoin de prendre l'air. Je ne pensais pas trouver quelqu'un, et encore moins toi à cette heure-ci.

-On a été contents avec Percy de voir que ça commençait à se calmer pour toi. Une rumeur idiote court d'ailleurs à ce sujet. Devant le regard interrogateur de la jeune fille, il poursuivit. Et bien il parait que Marcus Flint, l'un de vos poursuiveur en deuxième année, à œuvré dans l'ombre pour que les Serpentards arrêtent de te persécuter, mais j'ai du mal à le croire.

Il avait ponctué sa phrase avec un reniflement méprisant qui choqua Etain. Lui qui était toujours si souriant, si solaire, c'était rembrunit et son regard c'était assombrit quand il avait évoqué Marcus. Serrant les poings, Etain hésitait entre déverser sa rage et son incompréhension sur Oliver ou tout simplement tourner les talons pour regagner sa Salle Commune. Elle fut horrifiée de devoir admettre qu'aucun de ses deux choix ne lui convenait. Ce fut le Gryffondor qui lui apporta la solution en levant les mains en signe de reddition, il avait vu que sa tirade avait profondément énervé la Serpentard. Appréciant le geste, Etain s'autorisa un sourire crispé et décida de changer de sujet.

-Dubois, qu'est-ce qui te retiens ici, si tard en plein milieu de semaine ?

Elle était heureuse de constater que sa voix était restée posé. Nullement impressionné, Olivier retrouva son sourire et lui montra la vitrine qu'il contemplait quand la jeune fille l'avait tirée de ses pensées. Celle-ci, curieuse, s'avança et regarda les différents trophées.

-Je m'instruisais vois-tu, Charlie Weasley, le capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor m'a dit que beaucoup de joueurs du Club de Flaquemare venait de notre maison et comme c'est mon équipe favorite depuis que je suis petit, j'ai voulu vérifier par moi-même ! Il avait raison pour l'instant j'ai trouvé pas moins d'une quinzaine de joueur et je ne suis que sur les années les plus récentes pour le moment !

Etain soupira, encore du Quidditch, non pas qu'elle n'aimait pas ça mais ses parents n'étant pas férus de ce sport, leur fille unique ne connaissait donc pas grand-chose à ce monde. Avec un sourire amusé elle se permit donc une remarque qui, elle le savait pertinemment, agacerait le Gryffondor.

-Tu sais Dubois, tu ne semble pas beaucoup apprécier Marcus mais pourtant vous êtes tous les deux aussi marteau de Quidditch l'un que l'autre.

Elle ne pu s'empêcher de pouffer de satisfaction à la vue de la réaction d'Olivier. Le garçon était devenu cramoisi et il faisait tout son possible pour ne pas se mettre à hurler, après tout il ne voulait pas risquer une retenue avec Rusard pour s'être promené dans l'école après le couvre feu. Pourtant sa colère redescendit bien vite en constatant que la Serpentard se moquait gentiment de lui.

-Tu m'as bien eu Swan ! Je sais que ce troll est un mordu de Quidditch mais cet abruti supporte les Faucon de Falmouth, après tout ça va bien avec son style, quoi ? Fit-il à l'attention de son auditrice qui avait grimacé lorsqu'il avait traité Marcus de troll, sachant que le concerné détestait ce surnom, qui revenait vraiment trop souvent à son goût. Ne voulant pas entraîner la conversation sur une pente glissante, Etain haussa les épaules.

-Laisse tomber, pas envie de me prendre la tête, j'ai eu ma dose ce soir.

Tout en parlant elle s'amusait à faire des moulinets avec sa baguette, faisant apparaître quelques bulles autour d'elle.

-Ca se voit que tu as passé une mauvaise soirée, je l'ai vu directement quand tu es entrée. On aurait dis que tu étais totalement perdue, je suis même sûr que tu ne savais pas que tu étais arrivé à la Salle des Trophées, je me trompe ? Tu veux en parler ?

Etain écarquilla les yeux de stupeur, elle n'en revenait pas. Un Gryffondor proposait d'écouter ses états d'âme, à elle, une Serpentard ? Le monde marchait vraiment sur la tête ce soir. D'abords son réflexe incontrôlé d'attraper Marcus par son pull lorsque celui-ci avait voulu s'en aller et ensuite ça. Haussant les épaules, la jeune fille prit donc le parti de suivre son instinct, après tout celui-ci n'en faisait qu'à sa tête depuis le début de la soirée, elle n'était pas à ça près.

-Je n'ai pas grand-chose à dire tu sais. Ma situation c'est nettement amélioré et tu en connais la cause. Pourtant mon bienfaiteur s'entête à vouloir me connaître mieux. J'ai l'impression qu'il a pitié de moi et ça me donne envie de vomir. Ce soir j'ai essayé de lui expliquer mais il n'a pas comprit et moi non plus je n'ai pas compris tout ce qu'il m'a dit. Suite à ça, j'ai préféré quitter la Salle Commune et mes pas m'ont mené ici.

Etain était perplexe, durant sa tirade, sa voix lui avait semblé tremblante, inconsciemment elle s'était assise sur le sol et fut surprise qu'automatiquement, Olivier en ait fait de même. La tête du jeune homme était légèrement penchée sur le côté et il l'a regardait avec un amusement non feint mais dénué de moquerie. Il entreprit de lui répondre sur un ton léger.

-Swan, tu as tellement pris sur toi depuis la rentrée qu'à part ton cher Pucey, tu ne vois pas le reste. Pourtant, si tu ouvrais un peu les yeux, tu verrais qu'il est loin d'être le seul. Tu ne dois pas être facile à vivre, et rien que pour ça j'admire Pucey crois moi, mais tu as l'air d'être une fille droite, malgré que tu sois à Serpentard. J'avoue que moi, j'aimerais bien te connaître un peu plus.

-Je ne vois pas pourquoi.

La réponse d'Etain avec claquée, cinglante. Pourquoi diable tout ceux avec qui elle sympathisait voulait toujours la connaître plus, elle n'en valait pas la peine. De plus les brimades, si elles avaient diminuées, n'avaient pas disparues pour autant. Elle sentait le regard vicieux de Perkins braqué sur elle dès qu'ils étaient dans la même pièce. La sorcière refusait de mettre d'autres personnes qu'elle dans cette situation. Son ton refrogné avait fait sourire le Gryffondor.

-Tu as subit beaucoup de choses jusqu'à maintenant et c'est normal que tu sois méfiante mais laisse faire le temps, ça passera. »

Olivier semblait tellement sûr de lui qu'Etain était presque tenté de le croire, elle porta une main sur son cœur en écarquillant les yeux. Étrangement elle se sentait un peu mieux, elle devait apprendre à faire des efforts pour s'intégrer plus. Un jour sa mère lui avait dit qu'on ne pouvait pas avancer seul dans la vie, que l'être humain avait besoin de ses semblables pour vivre et ce malgré les épreuves.

Remarquant le changement d'attitude de la Serpentard, Olivier sourit de plus belle, ses yeux pétillants de joie, il mit brièvement sa main sur l'épaule de la jeune fille en signe de soutien. A cet instant, un éclair d'étincelles rouges traversa la Salle des Trophées, se faisant relever les deux sorciers à toute vitesse. Ils se lancèrent un regard entendu puis chacun se dirigea rapidement vers une sortie différente. Etain souhaitait regagner sa Salle Commune mais se figea avec horreur lorsqu'un miaulement aigu retentit dans le couloir. Miss Teigne, l'horrible chatte de Rusard la contemplait de ses immondes yeux jaunes. La Serpentard frissonna de terreur à l'idée de se faire attraper, si jamais elle faisait perdre des points à sa maison, Perkins ne manquerait pas de lui faire savoir son mécontentement. Scrutant les alentours pour trouver une échappatoire, Etain ne put retenir un léger gémissement, il n'y avait pas la moindre porte ou placard où elle aurait pu se cacher. Seule une antique tapisserie, mangée aux mites et représentant une licorne, ornait l'un des murs, elle se tenait juste devant, et elle ne pouvait décemment pas se cacher derrière, elle serait repérée immédiatement. Pour couronner le tout, le pas trainant de Rusard commençait à résonner derrière elle, la sorcière devait se rendre à l'évidence, elle était fichue.

Un cri de surprise, vite étouffé par une main immense plaquée sur sa bouche, tenta de lui échapper alors qu'un bras puissant l'avait saisi par l'épaule en l'entraînant derrière la tapisserie mitée. Quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver dans une sorte d'alcôve, peu profonde mais assez grande pour qu'elle y loge avec son ravisseur, qui l'avait rapidement lâchée. D'un coup de baguette celui-ci fit coller la tapisserie afin qu'ils ne soient pas repérés. Haletante Etain ne pu s'empêcher de frissonner à cause de la proximité de son allié inconnu et par l'espace minuscule qui lui donnait l'impression de manquer d'air. Sans s'en rendre compte la Serpentard commença à s'agiter mais cela ne faisait qu'augmenter son malaise.

« Lumos !

Cela n'avait été qu'un murmure mais Etain sursauta au moment où la baguette de son sauveur s'alluma, produisant une lumière très légère qui ne pouvait être vue dans le couloir. Elle ne put retenir une exclamation de surprise en reconnaissant Marcus Flint, un doigt devant sa bouche, qui lui faisait signe de ne pas faire le moindre bruit. Se concentrant, la Serpentard entendit Rusard marmonner des paroles, qu'elle ne comprit pas, à sa chatte avant de s'en aller, le bruit de ses pas diminuant. Voulant à tout pris sortir pour reprendre de l'air, Etain tendit la main pour dégager la tapisserie, mais la main puissante de Marcus l'en empêcha, elle ne put retenir un regard courroucé dans sa direction.

-Je ne peux pas rester là. Murmura-t-elle. Je vais étouffer !

-Il faut attendre un peu, il va certainement repasser d'ici quelques minutes, on n'a pas le temps de regagner la Salle Commune avant son prochain passage donc tu patiente !

Voulant penser à autre chose qu'à ce minuscule espace, elle essaya de trouver un moyen de se changer les idées. Son regard croisa celui de son condisciple qui, malgré son ton ferme, semblait réellement s'en faire pour elle. Soudain elle réalisa qu'il n'aurait pas du se trouver là.

-Par Merlin Marcus qu'est ce que tu fichais hors de la Salle Commune ?

Un sourire narquois fleurit sur le visage du deuxième année, mettant en avant ses dents proéminentes.

-C'est toi qui ose me dire ça ? Tu m'envois sur les roses quand je te parle, puis tu quitte la Salle Commune après m'avoir retenu par le pull et enfin je te retrouve dans la Salle des Trophées. En compagnie d'un Gryffondor et pas n'importe lequel, Dubois ! Parmi tous les élèves de cette maison, il a fallut que tu t'entiche du pire !

Le jeune homme semblait réellement en colère malgré sa voix murmurée. Pourtant cela ne fit ni chaud ni froid à Etain qui avait eu une dure soirée. Elle comprit à cet instant une chose qui lui avait échappée quelques minutes plus tôt.

-Les éclairs rouges c'était toi ! Tu ne pouvais pas simplement entrer et nous dire que Rusard était en train de s'approcher !

-Et casser ce merveilleux instant de camaraderie ? Tu veux rire Swan.

Le ton dédaigneux qu'il avait employé, plus son regard condescendant, mais surtout l'utilisation de son nom de famille plutôt que de son prénom eurent raison des défenses d'Etain. Décidément cette soirée était un fiasco complet, elle aurait due rejoindre son dortoir plutôt que de s'enfuir comme une voleuse.

-J'en ai assez ! Je ne peux rien faire dans cette école sans que cela revienne à une oreille ou une autre, stop.

Sa voix était faible, elle tendit à nouveau la main pour pousser la tapisserie mais fut brutalement ramenée par Marcus qui la plaqua contre lui. Levant ses yeux cobalt vers le poursuiveur, qui était nettement plus grand qu'elle, en ayant l'intention de lui lancer une réplique cinglante, Etain fut stoppée en voyant que son regard exprimait un profond regret.

-Excuse moi, je me suis laissé emporter, comme toujours. Je n'arrive pas à mettre des mots sur tout ça mais moi je n'arrive pas à te faire sourire comme Dubois le fait. Je pense que je suis jaloux en fait, j'échoue là où un Gryffondor réussi, je suis pathétique.

La jeune fille ne put qu'abaisser les armes devant le désarroi du poursuiveur. Sans s'en rendre compte, elle lui attrapa la main et la pressa, braquant ses yeux dans ceux de Marcus. Elle lui souriait doucement.

-Non c'est moi, je ne mérite pas ta bienveillance. J'ai compris ce soir que je dois faire des efforts pour essayer de m'intégrer et je veux que ça commence avec toi. »

L'immense sourire que Marcus lui rendit réchauffa le cœur d'Etain.

Ils restèrent quelques minutes de plus dans l'alcôve avant que le Serpentard ne décolle la tapisserie pour jeter un œil dans le couloir qui, heureusement pour eux, était totalement désert. Ils se hâtèrent donc de regagner la Salle Commune, une fois arrivé devant le mur, Etain attrapa la manche de Marcus qui lui jeta un regard interrogateur.

« Un jour, il faudra que tu m'explique pourquoi tu t'acharne autant pour moi.

Le concerné lui lança un regard mystérieux puis lui répondit dans un sourire, qui dévoila une fois encore ses immenses dents.

-Un jour promis. »

Puis il annonça le mot de passe qui fit coulisser le mur. Lorsqu'ils entrèrent dans la Salle Commune, celle-ci était vide, à l'exception d'un garçon blond qui semblait s'être assoupi dans l'un des fauteuils. Adrian avait due enfin se débarrasser de l'odeur qui émanait du dortoir, mais quand il était retourné dans la Salle Commune et qu'il avait constaté que ses deux amis avaient disparus, il s'était renseigné auprès des quelques camarades qui étaient encore débout. Ceux-ci lui avaient expliqués qu'Etain avait quittée la Salle Commune troublée et que Marcus avait choisi de la suivre quelques minutes plus tard. Adrian avait donc décidé de les attendre de pied ferme pour avoir des explications, le pauvre fut réveiller par Marcus, qui avait saisit un coussin et le lui avait lancé à la figure avec force. Le pauvre première année tomba sous les rires étouffés de ses amis. Etain se pencha et lui tendit la main pour l'aider à se relever, en croisant le regard de la sorcière, il fut étonné de constater qu'elle semblait heureuse et en paix.

« Tu as l'air heureuse princesse.

La Serpentard grimaça, elle ne se faisait pas au surnom qu'Adrian lui avait donné, mais elle avait décidé de ne pas lui en vouloir ce soir là.

-Je n'ai pas eu une soirée facile mais elle se termine bien, j'ai décidé de faire des efforts. Je ne veux plus être un fardeau pour toi. »

Adrian souris et lui tapota la tête tendrement, alors qu'elle la baissait en rougissant. Etain n'était pas friande des effusions d'affection en public. Marcus, qui regardait la scène, les bras croisés, souriait aussi en levant les yeux au ciel. La jeune fille ne comprenait pas qu'elle n'était pas un fardeau pour Adrian, celui-ci rayonnait à ses côtés et le poursuiveur était un peu jaloux. Jamais il n'avait eu une telle relation avec quelqu'un, mais lui aussi allait faire des efforts.