Les mots du silence

Parti II

Une fois de plus il se retrouvait là, les aller venu qu'il faisait le ramener toujours à un angle de couloir fatidique. Il s'arrêtait alors, regardait la lumière filtrer au travers des carreaux des fenêtres, plongé dans un silence de glace, inerte mais virulent. Les bruits extérieurs n'étaient plus perceptibles à force de répétition, seul l'inattendu et le neuf le touchaient encore.

Deux jours. Le fantôme de Pansy c'était frayer un chemin dans la faille qui menait à ce qu'il était pour de vrai, loin derrière le masque du bon époux, du bon sorcier, du grand Harry Potter des livres d'histoire. Elle lui rappelait le chaos intérieur qui l'assiégeait depuis la fin de Lord Voldemort, cette absence de vie, cette sacralisation, tout ces mensonges qui entouraient toujours son passé. Les restes évoquaient ce qu'il y avait eu jadis, et comme ils n'étaient plus utiles, comme ils gâchaient ce paysage artificiel, si ridiculement propre et net, on s'en débarrassait et chacun faisait semblant de ne rien voir, par lâcheté ou ignorance.

L'étrange sentiment de mal être qui l'habitait c'était réveillé brusquement au contact de la brutale vérité. Il n'était pas le seul, ce qu'il l'avait changé n'était peut être pas imaginaire en fin de compte. C'était dérangeant et étrangement rassurant. Il était fou, mais le monde qu'il s'était forcé à grand peine à reconnaître comme vrai laissait voir les limites de cette vision préfabriquée des choses.

Il ne pouvait s'empêcher de regarder dans cette direction là et même s'il s'agissait de l'enfer l'envie d'ouvrir les yeux le tiraillait perpétuellement. Pourtant, Harry avait peur de franchir la barrière qui le menait à lui et qui le séparerait de celui qu'il était devenu à force de faux-semblant. Parce qu'il n'était pas vraiment si différant des autres et qu'il tentait lui aussi de faire front malgré tout. Harry Potter était devenu lâche, hypocrite mais surtout pathétique, et s'il en l'était pas au regard des autres, de son point de vu il n'y avait aucun doute.

Etait ce du désespoir ou une forme de courage, mais cette fois il ne rebroussa pas chemin. C'était bien plus fort que lui-même, mieux c'était lui qui parlait pour une fois depuis des années. Il se décidait finalement, sans vraiment chercher à comprendre l'attraction que son ancienne ennemie exerçait sur lui. Sans doute n'avait elle pas besoin de lui, mais il ne pouvait malgré tout la laissez ici et oublier. Il ne le pouvait plus, simplement parce qu'il n'était qu'un humain à bout de souffle.

La lumière se fit claire, moins blanche, à mesure qu'il quittait l'univers des gens que l'on disait censé pour celui que l'on disait être celui des fous. Il se retrouva devant les panneaux d'indications, dans ce fameux couloir mal éclairé, à l'aspect aussi décrépis que ses occupants, dont les vêtements s'accordaient au teint blafard de leurs visages, dans une harmonie proche de la couleur jaunâtre des sols. Il évitait leurs regards, cherchant ce pourquoi, celle pour qui il était là glissant un coup d'œil furtif dans chaque pièce qui n'était pas fermé.

Lorsqu'il pénétra dans sa chambre aucun mouvement n'indiqua qu'elle eu remarqué cette soudaine intrusion. Son corps resta tout aussi immobile quand il fût devant elle. Ce qu'il allait faire maintenant il n'en savait rien, mais en l'observant pour la seconde fois il se rendit compte que pour une fois il n'avait pas honte de lui.

Pansy n'avait pas parlé ce jour là, et c'est à peine si elle l'avait aperçu. Pourtant il n'y avait rien de pesant dans ce silence, dans cette présence absente dont le regard dénué de toute expression fixait quelque chose que personne ne pouvait voir. Le temps lui était passé, les laissant indifférant tout deux, car ici les heures, les jours, et même les années n'avaient plus l'importances qui leurs étaient attribués hors de ces murs.