Coucou à tous ! Voici le deuxième chapitre de cette histoire Nextgen, j'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture!


Lorsque Callie entra dans la Grande Salle, elle sentit qu'elle allait passer une bonne matinée. C'était toujours le cas lorsqu'elle avait passé la nuit précédente au clair de lune, et le sourire qu'elle échangea avec Ethan, assis à la table des Gryffondors à boire son chocolat chaud comme chaque matin, lui indiqua qu'elle n'était pas la seule à avoir ce sentiment.

- Tu as parlé à Malefoy ? demanda Callie en s'installant face à son ami.

- Pas encore, répondit Ethan en lui tendant le café, j'attends ce midi pour m'assurer qu'il sera bien réveillé.

- Crois-moi, tes cernes parlent pour toi.

Ce n'était pas Callie qui avait parlé, mais elle ne put retenir un rire en se tournant vers la voix fluette mais ferme. A côté d'elle, une jeune fille aux cheveux blond cendré tenait une lettre dans ses mains et elle n'avait levé la tête que pour lancer un regard réprobateur à Ethan. Celui-ci lui fit un immense sourire, habitué aux piques et réprimandes de la jeune fille.

- Pourquoi cette tête ma chère Abby, demanda Callie innocemment, tu as l'habitude !

- Cela ne veut pas dire que j'approuve, répliqua ladite Abby qui plia sa lettre pour la ranger dans son sac.

- Bonnes nouvelles ? demanda Callie.

- Ma mère qui me parle de mondanités, répondit Abby en balayant le sujet d'un mouvement de main, comme si j'en avais quelque chose à faire.

Ni Callie, ni Ethan n'insistèrent. Ils savaient tous les deux que leur amie entretenait des rapports particulièrement tendus avec sa famille et personne n'avait envie de discuter de choses désagréables au réveil.

- En tout cas, affirma Ethan, notre productivité nocturne devrait te permettre de passer un repas du midi plutôt distrayant ma chère.

- J'espère bien ! répliqua Abby sur un ton sévère. Ca compenserait un minimum l'inquiétude que je génère chaque soir en ne voyant pas Callie rentrer.

Cette dernière eut un sourire reconnaissant. Elle savait que son amie ne dormait jamais réellement tant qu'elle n'était pas dans son lit, et qu'elle se faisait un réel sang d'encre lorsque Callie n'était toujours pas rentrée à l'heure qu'elle avait estimé être celle de son retour. Mais surtout, elle savait qu'il y aurait eu longtemps que les autres élèves de Poudlard auraient soupçonné quelque chose si Abby n'avait pas été là pour reprendre ou compléter les mensonges de Callie lorsque celle-ci s'emmêlait les pinceaux.

De son côté, Abby retourna à son thé. Elle avait conscience de sa dureté envers ses amis, et elle savait que ni Callie ni Ethan ne lui en tenaient rigueur. Ils la connaissaient, et ils savaient qu'elle ferait tout pour les protéger. C'était juste qu'elle manquait de tact et que ses mots ne sortaient juste pas de la bonne manière. C'était son éducation à la « sang-pur traditionnelle », comme ils aimaient l'appeler, qui faisait ça. Et chaque jour, Abby remerciait Callie d'être une personne si aimante et Ethan d'être une personne si simple.

- Bon, s'exclama Callie en terminant son café, on commence par quoi aujourd'hui ? Défenses ?

- Absolument pas, se moqua Ethan. Ce matin, c'est Histoire de la Magie !

Le visage de Callie se décomposa. Il était temps qu'elle commence à apprendre son emploi du temps, ça lui éviterait des montées de joie qui retombaient d'un coup. Callie soupira. Le cours d'Histoire de la magie ne la passionnait pas. A vrai dire, elle le détestait. Elle n'avait jamais trouvé aucun intérêt à apprendre l'histoire juste pour l'apprendre. L'apprendre à des fins stratégiques, pour ne pas reproduire les erreurs du passé ou s'en inspirer, c'était aux yeux de Callie la seule utilité à apprendre l'histoire. Et ce n'était pas le but de ce cours. Enfin, il semblait qu'en septième année étaient enseignées les Grandes Guerres du XXème siècle alors peut-être que ce cours serait moins ennuyeux qu'à l'ordinaire.

Mais tout de même, Callie pouvait être capricieuse. Alors elle soupira.


Et elle avait eu raison, Callie s'ennuyait. Elle se réjouissait que ce cours fût le seul de la matinée alors qu'elle écoutait le professeur Binns, professeur d'Histoire de la Magie depuis presque aussi longtemps que la création de l'école, Callie n'en doutait pas. Il avait choisi de consacrer la première partie du semestre aux grandes ruptures du XIXème siècle et du XXème siècle, et parlait à l'instant de la Grande Famine qui avait eu lieu en Irlande au milieu du XIXème siècle à cause des cultures de pommes de terre qui avaient été anéanties par un parasite, et de quelle façon moldus et sorciers avaient collaboré ensemble pour vaincre la famine qui dura six années. Callie s'affligea à l'idée que le sujet aurait pu être réellement intéressant s'il n'avait pas été enseigné par le Professeur Binns.

A côté d'elle, Abby dessinait dans son cahier de cours, n'écoutant pas une miette de ce qu'il se passait autour d'elle et Callie savait mieux que quiconque qu'elle ferait mieux de ne pas déranger son amie. Alors elle se retourna, observant son entourage. Le premier regard qu'elle croisa fut celui de Rose Weasley qui hocha la tête en sa direction, la saluant par ce geste. Callie savait qu'elle non plus n'écoutait rien au cours, concentrée sur autre chose de bien plus sérieux et plus important aux yeux de la jeune Weasley. C'était pour cela que lorsqu'elle reçut un parchemin volant plié en soucoupe volante, elle fusilla son destinataire du regard pour ce dérangement.

La curiosité fit que Callie suivit le regard de la sorcière, alors que celle-ci choisissait de ne pas ouvrir le parchemin et se concentrait à nouveau sur le livre qu'elle avait ouvert devant elle. Callie fut peu surprise de voir Albus Potter sourire de toutes ses dents à sa cousine. Assis au premier rang aux côtés de sa collègue de maison, Jeanne Kodler, qui suivait sérieusement le cours, le sorcier n'en avait rien à faire de tourner le dos au professeur. Probablement parce que la seule raison pour laquelle il se trouvait au premier rang avait été son retard, l'ayant forcé à s'asseoir à la seule place restante dans cette petite salle du château. Ce n'était pas une découverte que le jeune Potter ne portait pas un grand intérêt aux cours du Professeur Binns. Mais qui pouvait l'en blâmer, Callie avait déjà oublié le sujet du cours.

Au bout de quelques secondes, Albus Potter comprit que sa cousine ne lui prêterait aucune attention, et il chercha une nouvelle source d'occupation. Il prévoyait de lancer un sort à Scorpius pour attirer son attention, mais son regard croisa celui de Callie et il l'arrêta sur la jeune fille. Il sembla surpris de constater qu'elle l'observait. Et en effet, Callie se demanda pourquoi son regard s'était arrêté sur le sorcier. Elle n'aurait pas su expliquer comment cela se faisait, mais Callie avait rarement, durant ses six années à Poudlard, croisé le regard d'Albus Potter. Ils ne se fréquentaient simplement pas, principalement au travers de Scorpius Malefoy, et encore cela était rare.

L'échange fut court, et Albus Potter finit par lui faire un sourire amusé, comme si cet échange platonique venait de l'amuser. Ou comme s'il venait de se faire la réflexion qu'il découvrait une sorcière qu'il n'avait jamais vue en sept ans de cours communs. C'était fort possible considérant le fait que le sorcier voyait difficilement plus loin que le bout de son nez, enfermé dans son monde. Ce n'était pas Callie qui l'en blâmerait, tout ce qui lui importait à elle était ses amis.

Finalement, Callie détourna le regard. Ce fut quand elle croisa celui intense de Scorpius Malefoy qu'elle sut qu'elle n'était pas la seule à s'être réfugiée dans l'observation des autres pour faire passer le temps. Sauf que Callie connaissait Malefoy et leur relation n'avait jamais été cordiale, alors les deux sorciers eurent la même réaction lorsque leurs regards se croisèrent. Ils se défièrent du regard, attendant que l'autre détourne les yeux.

Ils savaient tous les deux que ça pouvait durer longtemps, tout le cours s'il le fallait. Mais Callie pensa à ses escapades de la nuit précédente, et eut un sourire qu'elle communiqua à Malefoy avant de choisir de détourner le regard et de reporter son attention sur le cours alors que Binns amorçait la partie sur les relations sorciers-moldus durant les Grandes Guerres du XXème siècle. Callie aurait bien l'occasion d'échanger avec Malefoy durant le repas du midi.


Et le midi arriva plus vite qu'attendu. A vrai dire, Callie savait qu'elle se mentait légèrement, elle s'était tellement ennuyée durant le cours qu'elle avait eu l'impression de prier pour qu'il finisse.

- Tu fais une tête Callie, ce cours n'était pas si horrible.

- Qu'en sais-tu ? rigola Callie en répondant à Abby qui souriait sournoisement en s'asseyant à la table des Gryffondors. Tu n'as absolument rien suivi du cours.

- Tu devrais te trouver des occupations en journée, répliqua Abby en servant de l'eau à Callie et Ethan assis face à elles, ça t'éviterait de tant t'ennuyer. Et tu dormirais plus la nuit !

Callie était persuadée d'une chose en voyant le sourire espiègle de son amie, personne dans cette école ne maîtrisait mieux la pique qu'Abby Anderson. Face à elles, Ethan ne disait pas un mot, mangeant silencieusement alors que son regard ne quittait pas les portes d'entrée de la grande salle. Callie savait qu'il attendait Potter et Malefoy, et qu'il se demandait pourquoi ils mettaient tant de temps à descendre manger alors que tout le monde était déjà en train de manger.

- Ça t'importe tant d'emmerder Malefoy ? demanda Abby qui avait également compris le jeu du sorcier.

- Bien sûr ! s'exclama Ethan qui était même surpris qu'elles posent la question. On va lui clouer le bec !

Abby regarda son ami d'un air ahuri mais également légèrement méprisant, regard qu'elle maîtrisait à la perfection, tandis que Callie éclatait de rire en balayant la conversation d'un revers de main.

- Truc de mec, Abby !

- Tu peux parler, répliqua Ethan, si c'est à toi que le défi avait été lancé, on t'aurait vue voler de toit en toit.

C'était la stricte vérité, et Callie le savait, tout comme Ethan et Abby. Ce fut pour cela que les deux sorciers sourirent de façon moqueuse tandis que Callie choisissait de les ignorer avec la plus grande indifférence. Ce fût jusqu'à ce que son regard tombe sur deux sorciers portant les couleurs vertes du château pénétrer la Grande Salle d'un pas rapide. La plupart des élèves avaient fini de manger, la Grande Salle se vidait petit à petit, et lorsque Scorpius Malefoy et Albus Potter passèrent à leur niveau, Ethan les arrêta d'un ton espiègle.

- Malefoy ! l'apostropha Ethan de l'autre côté de la table des Gryffondors. Je crois que notre discussion de la veille était restée en suspens.

Les deux Serpentards ne retournèrent d'un même homme, et Callie pouvait voir dans ces moments la complicité qui existait entre eux. Ils échangèrent un regard interrogatif avant que quelque chose ne semble passer dans les yeux du jeune blond, et un sourire se forma sur ses lèvres.

- Aster, sourit Malefoy, je suis flatté que nos conversations te tiennent tant à cœur, je n'aurais pas pensé avec aussi joli à tes côtés.

Le sourire charmeur du sorcier était dirigé vers Abby, mais celle-ci sembla s'en indigner lorsqu'elle le comprit alors qu'elle balayait le sorcier d'un revers de main, le geste étant plus pour elle que les autres. D'ailleurs, Scorpius ne s'en formalisa pas, connaissant très bien le caractère difficile de la jeune sorcière. Quant à Ethan, il reprit vite contenance, qu'il avait perdue quelques secondes en voyant le Serpentard draguer son amie. Il ne dit rien, utilisant sa baguette pour faire voler une serviette jusqu'au visage du jeune blond, et d'un tour de sa baguette, il fit apparaître une image sur cette serviette. Et Ethan sut que le sorcier avait compris ce qu'il lui montrait en voyant son visage pâlir. Or, contrairement à ce qu'ils attendaient, Malefoy ne semblait pas perdre ses moyens. Il semblait plutôt énervé.

- Bien joué, Aster, réagit Scorpius d'une voix tendue. Tu as plus de ressources que je ne le pensais.

Mais le sorcier ne semblait pas surpris, et Ethan comme Callie le remarquèrent. Il ne ressemblait pas à un sorcier qui venait de se faire battre, ni à un sorcier embarrassé de devoir annoncer à son meilleur ami qu'il avait perdu un pari qui les impactait tous les deux. Callie était observatrice, on lui avait très vite appris à ne rien perdre du regard pour mieux comprendre le monde et ce qu'il se passait autour d'elle. Et à cet instant, elle voyait que Scorpius Malefoy ressemblait à quelqu'un qui venait d'avoir l'information qui lui manquait pour comprendre quelque chose. Et cette information venait d'eux. Le temps d'un instant, Callie se demanda si le défi que le sorcier avait lancé était si opportun que ça.

- Tu as l'air d'avoir vu un fantôme Malefoy, déclara Callie d'un ton neutre, guettant la réaction du sorcier.

À côté du jeune blond, Albus Potter s'était installé et avait commencé à manger sans accorder d'importance à la discussion qui se déroulait juste à côté de lui. Il ne prenait que rarement part aux échanges qui ne concernaient que son ami, et il y avait de grandes chances qu'il n'ait même pas fait attention de savoir à qui Scorpius parlait. Mais lorsqu'il entendit la phrase de Callie, il releva la tête vers elle et la dévisagea quelques secondes. Il semblait la découvrir à l'instant, comme à chaque fois qu'il posait les yeux sur elle. Mais il détourna rapidement son regard pour le poser sur son ami alors qu'il se levait.

- Ça va frérot ? Demanda-t-il en mordant dans une brioche. C'est vrai que t'es un peu pâle.

Callie observa Malefoy tendre silencieusement la photo imprimée sur le mouchoir pour que Potter puisse la voir.

- Le dortoir de Ternier hier soir, se contenta-t-il de dire.

Quelque chose passa dans les yeux d'Albus Potter. Quelque chose qui, sans savoir pourquoi, ne plut pas à Callie. Le jeune sorcier se reprit cependant très vite, un sourire amusé fendant son visage, et Callie sut à cet instant que le jeune Potter devait faire de ce sourire sa façade.

- Et à qui doit-on cette douce information ?

Il le savait déjà. Le regard qu'il posa sur Ethan puis Callie disait tout. Cette dernière savait que les informations tournaient à mille à l'heure dans le cerveau de son meilleur ami pour essayer de recomposer l'histoire entière. Après tout, c'était le cas dans le sien également.

- Information utile il semblerait, répondit Ethan.

- Plutôt, rigola Albus d'un rire faux. Mais son regard n'avait pas quitté celui de Callie depuis qu'il l'avait posé sur elle. Un regard qui dérangeait Callie. Peut-être parce qu'il la regardait comme s'il savait des choses sur elle qu'elle ne pouvait imaginer. Comme si ses secrets étaient à nu face à lui. Et elle n'aimait pas ce sentiment.

A côté d'eux, Abby soupira bruyamment. D'ennui de premier abord, mais Callie savait que c'était le signal qu'il était temps de mettre fin à la discussion et de retourner en cours. Aucune des deux ne fit de commentaire sur le fait que l'échange n'avait pas été aussi drôle qu'elles l'auraient pensé. Le regard qui passa entre elles, néanmoins, disait la même chose. Qu'elles allaient découvrir pourquoi Malefoy s'était servi d'eux pour obtenir l'information qu'Alexandre Ternier n'avait pas dormi dans son dortoir la veille.

Sur cet échange muet, les Gryffondors attrapèrent leurs affaires pour filer en cours.

- Hendell !

Callie devait le reconnaître, c'était bien la première fois qu'Albus Potter l'appelait par son nom. C'était déjà assez rare qu'il participe à une conversation qu'elle et Ethan pouvaient avoir avec Malefoy. Il n'avait que rarement accordé d'importance aux enfantillages qui avait lieu à côté de lui lorsqu'il y avait des confrontations entre le Serpentard et les Gryffondors. Mais lorsque Callie se retourna, le sourire d'Albus Potter la perturba.

- C'était sympa cet échange de regard durant un moment de profond ennui, à réitérer !

Le sourire du sorcier s'était agrandi, et Callie le fixa d'un air abasourdi. Le temps d'un instant, elle chercha le loup. Se moquait-il d'elle ? Mais elle ne décela aucune ironie. Juste un sourire qu'elle aurait juré être sincère. Cherchait-il à la perturber ? Probablement, mais elle ne comprenait pas dans quel intérêt. Et elle ne savait comme réagir. Mais si sa mère lui avait appris quelque chose, c'était que quand on ne savait pas comment réagir, il valait mieux ne pas réagir. Alors Callie eut un sourire neutre envers le jeune sorcier avant de tourner les talons, n'attendant pas ses amis pour aller en cours. Ce fut Ethan qui finit par combler le silence, veillant à s'assurer que ce soit eux qui aient le dernier mot dans cet échange.

- Au fait Malefoy, le défi est relevé et réussi. Merci de nous céder le terrain de Quidditch.

Il n'en fallait pas plus pour éveiller l'intérêt de Potter dont le sourire disparut aussitôt en se tournant vers son ami. Ce dernier pâlit, cette fois-ci de la façon qu'ils avaient imaginée depuis le début, en réfléchissant à son explication.

- Tu sais Alb', tu peux difficilement motiver quelqu'un sans lui mettre une petite récompense à la clé et je…

- Qu'est-ce que tu as mis en jeu, Scorp ! demanda Albus avec un ton autoritaire qui surprit les Gryffondors.

- Le terrain de Quidditch les trois prochains samedis…

- QUOI ! explosa Albus. Mais quel capitaine tu fais, tu te rends compte de l'avantage que tu leur donnes en faisant ça ! J'arrive pas à croire que…

Ethan et Abby n'en entendirent pas plus alors qu'ils sortaient de la Grande Salle. Le Gryffondor souriait de toutes ses dents, ravi d'avoir eu le spectacle qu'il avait tant attendu. Tant attendu qu'il ne le regarda même pas. Et Albus Potter continuait de pester contre son meilleur ami qui ne savait plus où se mettre tandis que les élèves présents dans la Grande Salle rigolaient au spectacle qu'on leur offrait. Quant à Ethan, il se fit la réflexion qu'il pouvait parfois se comporter comme un enfant, mais qu'est-ce que ça pouvait l'amuser.


- Cette tour finira par se décrocher par ton simple regard, Hendell, à force de ne jamais la quitter des yeux.

Callie n'eut pas besoin de détourner le regard pour reconnaître la voix de la sorcière. À côté d'elle, Rose Weasley s'affalait sur l'herbe à ses côtés pour suivre le regard de Callie, soupirant à quelconque pensée qui sembla traverser son esprit en observant les sorciers dans le parc.

Assise dans le parc de Poudlard depuis bien une heure, Callie n'avait pas quitté son objet d'observation tout ce temps. Ethan était parti s'entraîner après la fin des cours et Abby était partie à la bibliothèque. Et elle, elle s'était isolée à l'extérieur du château, entourée de dizaines d'élèves qui avaient choisi de faire comme elle et de profiter de l'été indien que leur donnait l'Angleterre. Elle avait passé près d'une heure à observer la tour Sud, quelque peu en retrait du château mais dont la hauteur faisait qu'on la voyait de partout. Depuis que Callie avait mis les pieds dans ce château pour la première fois, cette tour avait été déclarée inaccessible. Et au vu de la couleur sombre de ses pierres, qui n'avaient pas été nettoyée depuis longtemps par rapport au reste du château, Callie ne doutait pas qu'on avait intentionnellement incité les élèves à en rester loin. Jusqu'à maintenant, Callie n'avait jamais osé réellement s'en approcher.

- J'aurai décelé son secret avant que ça n'arrive, répondit Callie avec un sourire.

- Tu sais ce que ma mère m'a toujours dit ? sourit Rose. Si le château garde un secret, c'est qu'il a de bonnes raisons de le faire.

- Et c'est bien pour ça que cette tour m'obsède, Weasley. Il y a quelque chose dans ce château qu'on souhaite être à l'abri des regards, et il se trouve dans cette tour devenue inaccessible.

- Tu es Préfète-en-Chef maintenant Hendell, répondit Rose. Mais son sourire n'était plus là, et son ton n'était plus amusé. Au contraire, elle était contrariée.

- Grâce à toi, sourit amèrement Callie qui sentait la tempête exploser.

- Dans ce cas pourquoi n'agis-tu pas plus comme tel ? Tu enfreins en une nuit quinze fois plus de règles que les étudiants à qui tu retires des points !

- Je ne retire pas de point, s'offusqua Callie à qui l'idée semblait absurde.

Et elle savait dans ces moments-là qu'elle n'était absolument pas légitime au poste de Préfète-en-Chef. Comme le disait Rose, Callie enfreignait chaque nuit près de dix règles du château. Huit, pour être exact. Callie avait appris le règlement intérieur par cœur durant sa première année à l'école pour savoir mieux ce qu'elle enfreignait et dans quoi elle se lançait. Et elle avait toujours encouragé les nouveaux élèves à faire des conneries, à mieux connaître le château, mieux tester les limites des professeurs. Callie le savait, elle n'avait pas été placée à Gryffondor pour son courage, c'était le cas d'Ethan. Elle n'avait pas été placée à Gryffondor pour sa vertu, c'était le cas d'Abby. Non Callie avait été placée à Gryffondor pour sa témérité et sa prise de risque. Et ça lui retomberait probablement dessus un jour.

En face d'elle, Rose soupira.

- Je ne comprends pas pourquoi tu as accepté d'être Préfète-en-Chef.

- Parce que tu me l'as demandé, Weasley !

Callie avait haussé le ton et elle le regretta en voyant l'air surpris de Rose. Les deux jeunes filles n'étaient pas amies, mais elles avaient énormément de respect l'une pour l'autre. Alors Callie choisit d'adoucir son ton.

- Tu me l'as demandé, et je te devais bien ça.

À nouveau, Rose soupira. En effet, elle l'avait demandé à Callie comme un service lorsque McGonagall l'avait désignée comme Préfète-en-Chef. Sauf que Rose préparait les concours d'entrée au Ministère, et qu'elle comptait les passer sans faire les prépas que tous les sorciers faisaient. Non, Rose voulait passer par l'élite. Et c'était incompatible avec le rôle de Préfète-en-Chef. Sauf que qu'on ne refusait pas ce rôle si on n'avait personne de pertinent à présenter aux yeux de McGonagall.

C'était pour cela qu'elle avait demandé à la seule personne qui accepterait de lui rendre ce service -ce fardeau, tous les élèves le savaient- et que McGonagall ne balaierait pas d'un revers de main. Aux yeux des professeurs, Callie Hendell était une bonne élève. Bonne élève qui ne faisait rien d'illégal le soir. Et ça, Callie le devait en grande partie à Rose Weasley qui l'avait couverte plusieurs fois. Après tout, Callie était très bonne sans ce qu'elle faisait. Mais pas suffisamment excellente pour ne jamais se retrouver en difficulté dans une école de magie comme Poudlard.

- Pourquoi t'inquiètes-tu tant pour moi ? S'enquit Callie qui avait parfois du mal à comprendre les intentions de la jeune sorcière.

- C'est moi qui t'ai conseillée comme Préfète-en-Chef, Hendell, répondit assez froidement Rose qui avait perdu son regard sur un couple qui discutait à l'ombre d'un arbre. S'il s'avérait qu'un professeur apprenait toutes tes escapades, c'est ma crédibilité qui serait remise en question. Et je n'ai pas besoin de ça quelques mois avant les concours du ministère.

Et sur ces mots, les deux sorcières échangèrent un regard neutre, sans affection mais également sans animosité. Un regard d'entente qui rappelait à chacune le compromis qu'elles avaient passé. Et Rose tourna les talons, s'éloignant silencieusement. C'était avec ce même silence que Callie la regardait partir, se demandant à quel moment la génération d'après-Guerre avait développé un égoïsme rejetant toutes les valeurs créées durant la Guerre. Pourtant, elle savait que Rose Weasley n'était pas méchante. C'était même une sorcière prête à aider les autres sans qu'ils n'aient à le demander. Mais ses objectifs professionnels l'avaient enfermée dans une mentalité qui n'était pas peu commune au sein de Poudlard.

Callia haussa des épaules pour elle-même. Elle n'avait pas le temps de s'attarder sur les préoccupations des autres. Notamment parce que son regard fut attiré par autre chose. Les deux sorciers que Weasley observait un peu plus tôt avaient profité d'un nuage qui avait assombri le parc pour se prendre la main et échanger un regard complice. Ce n'était pas tant ce qu'ils faisaient qui avait attiré le regard de Callie, mais plutôt qui ils étaient. Elle connaissait les deux sorciers. Si les cheveux roux de la cadette Potter étaient reconnaissables entre mille, Callie avait mis plus de temps à reconnaître Alexandre Ternier. Et en voyant les deux sorciers se lâcher la main et regarder autour d'eux pour s'assurer que personne ne les avait vus, Callie eut un déclic. Déclic qui fut confirmé par la présence d'Albus Potter, adossé aux portes du château, les bras croisés, observant d'un œil sévère sa petite sœur.

Il dut sentir un regard sur lui, car il tourna la tête en direction de Callie. La jeune fille s'était d'ailleurs déjà levée de son spot, fonçant d'un pas rapide vers le sorcier qu'elle rejoignit rapidement.

- Il y avait bien une raison derrière le défi de Malefoy ! s'exclama Callie.

- Si ça peut te rassurer, répondit Albus qui ne semblait pas surpris de la colère de la jeune fille, je n'étais pas au courant de cette histoire de défi avant que vous n'en parliez à Scorpius ce midi.

- On en avait déjà parlé hier. A côté de TOI !

- Et tu crois que j'écoute toutes les conneries racontées autour de moi, Hendell ?

Callie fusilla le sorcier du regard. Elle n'allait certainement pas argumenter que les échanges avec Malefoy avaient une quelconque pertinence. Toutefois, elle avait le sentiment d'avoir été utilisée par les deux Serpentards, d'autant plus que ce n'était pas dans le but d'une blague ou quoi que ce soit comme elle avait pu le croire. Non c'était de l'intrusion de vie privée.

- Qu'est-ce que ça t'apporte de savoir que ta sœur passe du temps avec Ternier ? demanda méchamment Callie.

- C'est ma sœur, Hendell. Si ça ne te suffit pas comme raison, moi je n'ai pas besoin de plus.

Le regard que Callie jeta au jeune Potter était méprisant et le sorcier aurait pu en être affecté, mais à vrai dire l'avis de la sorcière ne lui importait que très peu. Après tout, il n'avait pas le souvenir d'avoir eu un échange aussi long avec elle durant ces six années. Pourtant, sans pouvoir l'expliquer, il ressentit le besoin de se justifier.

- Je ne fouille pas dans la vie privée de ma petite sœur, Hendell. Je la laisse vivre ses expériences comme on l'a tous fait mais je cherche à la protéger. Tout comme Scorpius qui la considère comme sa sœur. Il voulait simplement confirmer nos doutes. Il ne pensait même pas que vous relèveriez le défi. Et le regard du sorcier se durcit. Sinon je t'assure qu'il n'aurait pas parié le terrain de Quidditch.

Callie soupira. Elle avait été convaincue par la bonne foi du sorcier. Qui plus est, elle avait bien conscience que cette histoire ne la concernait pas. Ce sentiment d'avoir été utilisée et bernée était parti. Cependant, un sentiment persistait. Un sentiment qui la dérangeait. Et ce fut le sourire du sorcier qui lui indiqua de quoi il s'agissait. Il n'avait à aucun moment demandé comment ils avaient fait pour obtenir la photo. Comme s'il ne s'était jamais posé la question. Tout comme Malefoy. Comme s'ils savaient. Et ça inquiéta Callie. Ça l'inquiéta au plus haut point, car plus de monde savait et plus ils avaient des chances de se faire prendre. Notamment qu'elle ne faisait absolument pas confiance aux deux sorciers.

- Ternier est un gars bien, dit Callie.

- Il a intérêt, répondit Albus d'un ton dur qui n'était dirigé vers elle. Sinon je vais lui apprendre à bien se tenir.

Le temps d'un instant, le ton du sorcier inquiéta Callie. Puis elle se rappela qu'il n'était pas le fils de n'importe qui. Elle devait également reconnaître qu'elle fût un instant touchée de la protection dont le sorcier faisait preuve envers sa petite sœur.

Callie jeta un œil à l'horloge de l'école, qu'on apercevait au loin, et elle se rendit compte qu'il était temps pour elle de retourner voir ses amis. D'autant plus qu'Abby l'attendait pour réviser et Callie savait qu'elle n'avait pas intérêt à être en retard.

- Bon. Bonne soirée, Potter.

- Bonne soirée, Hendell, répondit Albus en laissant la jeune fille partir. Celle-ci se retourna tout de même, une question lui trottant la tête.

- Potter. Qu'est-ce que tu voulais dire tout à l'heure ? Sur les regards.

- Ce que je t'ai dit, sourit Albus. Rien d'autre.

Callie ne dit rien, regardant le sorcier d'un air dubitatif. Et il dut sentir son questionnement et il choisit d'être sincère avec la sorcière.

- J'ai réalisé cet été qu'on vivait de façon très isolée. Nous, cette génération. On est tous focalisé sur nous-mêmes et on se connait tous très peu. On ne se connaît même pas du tout. Je te côtoie au quotidien, toi comme quelqu'un d'autre hein, et on ne se parle pas, on ne s'ouvre pas. Je suis sûr pourtant que j'aurais beaucoup à apprendre sur les gens qui m'entourent. Toi, tu as un regard qui en dit long. C'est tout, Hendell.

Callie ressentit un certain malaise. Elle était d'accord avec ce qu'il disait, et étrangement elle avait le sentiment qu'il savait déjà beaucoup trop de choses sur elle. Non, ce sentiment ne la quittait pas. Et la présence du sorcier la dérangea. Malgré la sincérité du sorcier, Callie se sentait totalement en décalage avec lui.

- Peut-être que c'est pour le mieux, Potter.

- Je ne pense pas, répondit Albus avec fermeté. Étrangement, je nous pense encore plus isolés les uns des autres que ça ne devait être le cas en période de guerre.

- D'où cette prise de conscience, Potter ?

- Ah ça Hendell, rigola Albus, peut-être que tu le sauras un jour mais pour le moment, je te souhaite une bonne soirée.

Et sur ces mots, le Serpentard tourna les talons. Callie suivit son mouvement en direction de la tour des Gryffondors. Les résidents de Poudlard ne cesseraient jamais de la surprendre, même après six années passées dans ce château. Ce château. Lui non plus ne cesserait de l'étonner. Callie jeta un dernier regard la tour Sud, qui se distinguait des autres tours par sa noirceur. Callie sentait ses gênes se réveiller face à un tel mystère, et tout ce qu'elle voulait était de savoir ce qui s'y cachait. Et elle finirait par le savoir.


J'espère que ce chapitre vous aura plu ! On entre doucement dans l'univers des personnages encore. N'hésitez pas à me faire un retour sur ce que vous en avez pensé, et moi je m'attelle à écrire la suite. Bon week-end :)