Synopsis : La suite du chapitre précédent.

Disclaimer : Le Docteur Who appartient à la BBC. Je ne tire aucun profit de cette fic, alors pas de procès, SVP.

Régénération

Le directeur de l'orphelinat entendit qu'on frappait à sa porte. « Entrez ! » cria-t-il. La porte s'ouvrit et Sam White entra, l'air absent, comme d'habitude.

« Vous m'avez demandé ? » s'enquit Sam.

« Sam ! Assieds-toi. Je suppose que tu sais quel jour nous sommes, aujourd'hui. »

« Oui, c'est mon dix-huitième anniversaire. »

« Oui. J'ai l'impression que c'est hier que tu es venu ici. Tu avais quatre ans et demi, tu étais haut comme trois pommes… »

« Vous voulez me parler de ma mère ? » coupa le jeune homme.

Le directeur soupira. Sam était un brave garçon mais il avait parfois des réactions déroutantes. On aurait presque dit qu'il pouvait lire dans vos pensées. « Oui. Cette femme est venue avec toi dans ses bras. Elle nous a donné une enveloppe en nous demandant de te la remettre à ta majorité si elle n'était pas venue te reprendre. Tiens, la voici. »

Sam hocha la tête, prit l'enveloppe et l'ouvrit sans manifester la moindre émotion. « Vous voulez que je lise à voix haute ? » s'enquit-il.

« Je crois qu'il s'agit de quelque chose de très privé… »

« Mais vous vous êtes occupé de moi et tout ceci vous intrigue, non ? Et sans attendre la réponse, il se mit à lire. Mon garçon, je t'aime. Si tu lis ceci, cela veut dire que je n'ai pas pu m'occuper de toi comme je l'aurais aimé. Va à l'angle du Grand Chemin et entre dans la cabine bleue, tu y trouveras toutes les réponses. »

Sam hocha la tête et replia lentement la lettre. Le directeur eut le cœur serré. Il en était certain maintenant, la mère de ce garçon était morte avec l'esprit dérangé. Il y avait bien une « cabine bleue » à cet endroit mais elle était désaffectée, les portes bloquées ! « Sam, mon petit, je suis désolé », murmura-t-il. « Vois, le plus important, c'est que ta mère t'aimait très fort. »

« Ma mère était spéciale », concéda calmement le jeune homme.

« Tu as besoin de quelque chose ? Parler ? »

Sam secoua la tête. Il se comportait toujours de manière particulièrement sereine mais aujourd'hui, le directeur ne pouvait s'empêcher de trouver son calme anormal. « Non, Monsieur », dit-il. « Puis-je me retirer ? »

Le directeur hocha la tête et raccompagna le jeune homme jusqu'à la porte. Celle-ci une fois refermée, il s'adossa au mur et s'épongea le front.

oooOOOOooOo

Sam gagna le jardin et se mit à marcher sans but précis. La mention de cette cabine faisait remonter en lui des souvenirs qu'il croyait enfouis. Une grande salle sans fenêtres, des appareils étranges, un homme qu'il appelait « Tonton Diego »… Ou peut-être avait-il inventé ces souvenirs après avoir regardé un film de science-fiction, comme l'avaient suggéré tous ceux à qui il avait mentionné ces souvenirs. Tous les orphelins avaient l'imagination qui galopait quand ils se mettaient à penser à leurs origines. En même temps, il savait au plus profond de lui qu'il n'était pas comme les autres.

Peu après son arrivée à l'orphelinat, on l'avait soumis à un examen médical et le médecin (pourquoi hésitait-il à employer le terme « docteur » ?) s'était mis dans tous ses états. Il avait même appelé des confrères pour constater sa « malformation cardiaque unique », lesquels s'étaient mis d'accord pour lui faire passer une semaine à l'hôpital, où il avait, parait-il, posé des dizaines de questions extravagantes sur les appareils médicaux qui l'entouraient. Il avait réclamé sa maman à plusieurs reprises et on lui avait dit que sa maman était partie dans un lointain pays. Et il l'avait cru.

Sam se rendit soudain compte qu'Allie, sa meilleure amie, lui faisait signe de l'autre côté de la pelouse. Sam aimait bien Allie, qui était l'une des seules personnes à ne jamais s'étonner du côté un peu fou de son ami. Enfants, ils parlaient de construire ensemble un vaisseau spatial et de partir explorer des planètes lointaines. Cependant, Sam se sentit légèrement déçu en voyant son amie courir vers lui. Pour une fois, il aurait préféré être seul.

« Hé, Sam », s'écria-t-elle en lui sautant pratiquement au cou. « Bon anniversaire ! »

« Merci. » Il ne put s'empêcher de sourire. Allie avait vraiment le don de lui remonter le moral quand il se sentait d'humeur sombre.

« Je te prépare une surprise d'enfer pour ce soir. Tu vas voir, tu vas adorer ça ! »

« Je n'en doute pas un seul instant. »

« Tu sors du bureau du dirlo. Vous parliez de quoi ? »

Le jeune homme expliqua brièvement ce qui venait de se passer et lui tendit l'enveloppe. Allie lut et fronça les sourcils. « Ben dis donc, elle est zarbi, ta maman. »

« Je sais. Tu peux me laisser seul une heure ou deux ? »

Allie hocha la tête et lui fit promettre d'être rentré pour dix-huit heures au plus tard afin qu'il puisse profiter de sa surprise.

oooOOOOooOo

Plus tard, Sam se souvint vaguement avoir marché sans but jusqu'à ce se retrouver en face de la fameuse cabine. La rue était déserte. Sans réfléchir, il posa la paume de sa main sur la porte. Un déclic se fit entendre et la porte s'ouvrit.

Le jeune homme eut le frisson en pénétrant dans la pièce. Il se souvenait d'être déjà venu mais, chose étrange, dans son souvenir, la pièce était nettement plus grande. Pourtant, la pièce semblait plus vaste à l'intérieur qu'à l'extérieur, ce qui, normalement, aurait dû le surprendre. Lentement, il s'approcha de l'étrange machine qui occupait le centre de la pièce, ramassa un foulard qui trainait sur le sol, couvert de poussière. Il avait déjà vu ce foulard. Il y avait blotti sa tête, enfant. C'était celui de sa mère.

Comme pour répondre à ses pensées, l'hologramme d'une femme brune apparut devant lui. Sam n'était pas du genre à tressaillir mais il ne put s'empêcher de sursauter en la voyant : après presque quatorze ans, il la revoyait enfin. « Mon fils », dit-elle d'une voix chargée d'émotion, « si tu trouves ce message, cela voudra dire que je ne suis plus de ce monde. Je t'aime, n'en doute jamais. Mais les Daleks me menacent et s'ils te trouvent, ils te tueront toi aussi. Tout ce que je peux faire, c'est te mettre à l'abri et prier pour que tout se passe bien.

Mais peut-être que tu ne te souviendras pas de moi, ni de qui nous sommes. Laisse-moi te le rappeler. Nous sommes des Seigneurs du Temps. Je suis né sur la planète Gallifrey, qui a été détruite aujourd'hui et pendant mes treize vies, j'ai erré à travers le temps et l'espace à bord du Tardis. Toi aussi tu as treize vies. Tu changeras de corps et d'apparence à chacune de tes régénérations. Tu pourras voyager à bord de ce Tardis et aller où bon te semblera dans le temps et dans l'espace. Ou bien tu pourras choisir de rester là où tu te trouves aujourd'hui si cela te convient. La décision t'appartiendra.

J'ai laissé ici tout ce dont tu pourras avoir besoin : des papiers psychiques, des plans, des carnets de notes sur tout ce qui nous est arrivé jusqu'ici…Tu possèdes un héritage phénoménal, à toi d'en faire bon usage.

Les mauvaises nouvelles, maintenant : toi et moi sommes les derniers de notre race. Je vais peut-être bientôt mourir. Diego, l'humain que tu appelais ton tonton, est retourné dans son époque, ou plutôt, je l'y ai ramené de force. Mais peut-être qu'il appréciera que tu lui rendes une petite visite un jour : il t'aimait beaucoup. Tu vivras sans doute plus longtemps que tous les humains que tu croiseras et tu auras le chagrin de les voir mourir si tu t'attaches trop à eux. Il n'y a pas de remède à cela.

Une dernière chose : si je suis morte, n'essaie même pas de remonter dans le temps pour m'empêcher de mourir. Cela fait partie des événements. Si on pouvait ressusciter les morts de cette façon, Gallifrey n'aurait jamais été détruite. Je sais que cela peut sembler injuste mais les choses sont ainsi.

La voix du Docteur se brisa. « Mon fils, je… j'espère ardemment survivre aux Daleks dans les prochaines heures pour te voir grandir. En treize vies, tu es la plus belle chose qui me soit jamais arrivée. Je t'aime. Tu es le dernier Docteur. Sois-en digne. »

L'hologramme s'éteignit et Sam fixa stupidement la place où il se trouvait auparavant. Maintenant, il se souvenait. Il n'avait rien imaginé du tout. Il était un Seigneur du Temps. Il était pratiquement immortel.

Et seul. Sa mère lui manquait cruellement.

Comme dans un rêve, Sam fit le tour du Tardis. Tout ce qu'il voyait lui appartenait mais cela ne lui causait presque aucune joie. Il ramassa des objets étranges, les examina puis les reposa hâtivement : il lui semblait presque que sa mère (qui était aussi son père !) allait entrer à l'improviste et le gronder. Il manipula plusieurs leviers et constata qu'il connaissait l'usage de chacun d'entre eux. Il savait comment changer d'époque et se rendre là où il le voulait. Cela le laissait rêveur. Il pouvait voyager dans le temps mais il ne pouvait pas sauver la vie de sa mère.

Etrangement, Sam se sentait presque bien dans cet environnement étrange. Il se fit la réflexion qu'il ne s'était jamais senti vraiment chez lui à l'orphelinat. Sauf peut-être quand il jouait avec Allie, quand ils étaient enfants. Il se demanda comment elle réagirait en voyant l'intérieur du Tardis. Cela lui plairait, peut-être. Il fallait absolument qu'elle voit ça. Songeur, il revint à l'orphelinat.

oooOOOOooOo

Il trouva Allie dans la salle de jeu, très occupée à jouer au ping-pong. Elle lâcha sa raquette en le voyant et l'entraîna dehors. « J'avais dit dix-huit heures », grogna-t-elle. « La surprise n'est pas encore prête. »

« Moi aussi, j'ai une surprise pour toi. »

« Oh, non ! C'est ton anniversaire, qu'on fête aujourd'hui ! Le mien, c'est dans deux semaines, tu peux attendre deux semaines, non ? »

Il sourit. « Si. D'ailleurs, on aura besoin de deux semaines pour se préparer, tous les deux. »

Elle le dévisagea, intriguée. « Se préparer ? Mais pour quoi ? »

« Allie, tu te souviens du vaisseau spatial qu'on voulait construire quand on était petits ? »

« Oui, eh bien ? »

« Tu ne va peut-être pas me croire mais je l'ai trouvé et j'aimerais qu'on l'essaie ensemble. »

La fin.

Note de l'auteure : cette fic pas très utile représente en fait une réponse à une question que je me suis posée un jour où je m'ennuyais : qu'arriverait-il si la BBC voulait prolonger la série après que 13 acteurs aient joué le rôle du Docteur ? Serait-il possible de passer le flambeau ?

Pour la petite histoire, peu après avoir écrit le premier chapitre, j'ai appris que dans une parodie du Docteur Who, le treizième Docteur avait été interprété par Joanna Lumley. Imaginez la réaction de la compagne de voyage, qui assiste à la régénération et avait bien sûr le béguin pour le Docteur dans sa version masculine…