Note des auteurs : Les paroles en italique sont supposées être prononcées en français, le reste en anglais.

EDIT de Julie : On me signale que j'ai uploadé une version tronquée du chapitre 1... Mea culpa ! Je modifie ça tout de suite !

Note des auteurs : Les paroles en italique sont supposées être prononcées en français, le reste en anglais.

Chapitre 1 : New Moon.

DRING

J'ouvris péniblement les yeux en entendant la sonnerie stridente de mon réveil-matin et regardai l'heure sur le cadran. 8 heures. Je ne commençais la fac qu'à 12H, mais j'avais accepté d'aider mes propriétaires dans leur drugstore afin de faire baisser mon loyer.

Je fis le tour du petit appartement qui me servirait de foyer pendant les douze mois que j'avais à passer aux Etats-Unis. C'était loin d'un palace – d'ailleurs si c'en avait été un je n'aurais pas pu me le payer – mais ça ferait l'affaire. Je me levai et préparai un simple bol de céréales que j'avalai en guise de petit déjeuner. Je n'avais jamais très faim le matin, et encore moins maintenant, en ce premier d'une longue série que je passerais seule. La table débarrassée et la vaisselle faite, je sautai dans la douche, essayant de réprimer toute pensée concernant ma famille. L'eau brûlante me fit du bien et me remonta le moral – temporairement. En effet, lorsque j'attrapai mon flacon de gel douche et l'ouvris, une odeur de pomme se répandit dans la salle de bains. L'odeur préférée de ma soeur, le fruit préféré de ma meilleure amie.

Cette seule idée imprima leurs visages devant mes yeux, et je laissai couler mes larmes. J'étais ici depuis à peine trois jours, et elles me manquaient déjà énormément. Elles, mais aussi mon neveu Edwin, qui n'avait que quelques mois et que j'adorais. Alors qu'à l'origine, moi et les bébés ça fait dix mille. Mais que je ne pourrais pas voir grandir pendant les douze mois à venir. Quand je reviendrai ça serait un grand garçon, en train de gambader. Il ne se souviendrait pas de moi. Je le voyais déjà, courant dans tous les sens, rendant ma sœur et mon beau-frère complètement fous. Ils allaient tous continuer à vivre, à aimer, à rire. Sans moi. Jamais je n'avais été éloignée d'eux. Papa et maman avaient beau m'appeler tous les soirs depuis mon arrivée, ça n'était plus pareil. Quelque chose avait changé. Se brisait. Peut être que c'était ça, finalement, devenir adulte. Grandir. Et c'était terriblement angoissant. J'allais aussi rester longtemps sans voir Raphael, mon petit ami. Comment savoir s'il serait capable de m'attendre ? Comment ne me languirais-je pas de lui ? Raph' était le genre de beau gosse qu'on est fière d'avoir avec soi. Gentil, tendre, prévenant, galant. Il avait de nombreuses qualités. Celles qui me convenaient. Notre relation était encore si récente... Même si on avait tout vécu à fond pour ne pas avoir de regrets. Je ne croyais pas aux relations à distance. Mais pour lui, j'étais capable de faire mentir l'adage qui disait loin des yeux, loin du cœur. Je l'aimais. Profondément. Différemment de tous les autres avant lui. Mais sincèrement. Peut-être avais-je fait une erreur en décidant de venir passer l'année scolaire aux Etats-Unis. Comment allais-je pouvoir tenir un an sans faire de dépression nerveuse ? Ajoutez à ça, que j'étais dans un pays que je ne connaissais pas, avec des gens que je ne connaissais pas davantage, où personne ne parlait ma langue maternelle, paumée dans un trou, avec en plus une mauvaise couverture réseau et vous aurez une assez bonne idée du niveau de mon moral.

Pleurer me soulagea pourtant, ne serait-ce qu'un peu. Après avoir pris ma douche, je fouillai ma garde-robe pour trouver des vêtements assortis mais pratiques aussi bien pour la fac que pour le travail. Après un tri drastique, il restait trois tenues sur le canapé-lit : jean et chemisier, pantalon noir et chemise blanche, et une petite robe toute simple. Je rangeai la deuxième qui me paraissait trop formelle, ainsi que la robe – je garderais celle-là pour d'éventuelles sorties avec d'éventuels amis. J'enfilai l'ensemble restant, puis coiffai rapidement mes cheveux en queue de cheval et descendis au drugstore.

Me voyant arriver, Johanna – ma propriétaire - me salua chaleureusement, faisant l'effort de tenter quelques mots de français.

Bonne matinée, Eléa. Tu dors bien cette nuit ?

Je la repris en souriant.

« Bonjour, tu as bien dormi. Et oui, j'ai très bien dormi, merci.

- Bon, si tu es prête, je vais te faire faire le tour du magasin et tu pourras t'installer à la caisse pour servir les premiers clients. »

Je ne tardai pas à mémoriser l'emplacement de chaque chose. J'avais toujours eu une bonne mémoire visuelle. Surtout visuelle. Enfin de toute façon je suis TRES visuelle. Ca m'avait souvent joué des tours d'ailleurs… Enfin, là n'est pas le propos, hein ?

« Les aliments sur la gauche, à droite près de l'entrée, les boissons, et au fond du magasin, la parapharmacie, récitai-je à toute vitesse.

- Parfait, je te libère donc dans une heure et demie ; ça te permettra d'aller à la fac et d'arriver à temps. »

A rester toute seule derrière ma caisse, l'ennui ne tarda pas à me gagner, m'obligeant à sortir un livre pour passer le temps. Oui, ça n'est pas très professionnel, mais après tout, personne ne pouvait m'en blâmer. Essayez d'attendre des plombes debout à ne rien faire, vous aurez vite envie de faire comme moi. Sinon, avec le décalage horaire dont je n'arrivais pas à me remettre, j'allais tomber raide ! Fouillant mon sac, je tombai sur Eclipse – je m'étais acheté le livre en version originale à la boutique de l'aéroport, afin de m'habituer à la langue. Et aussi parce que la traduction française est nulle. Et puis parce qu'il n'y avait pas vraiment de raison. Ca c'était pour les autres. En fait, j'avais seulement voulu ce livre. Alors, j'avais succombé à la tentation, vile pécheresse que je suis ! J'éclatais de rire face à mes élucubrations schizophréniques ! Dix minutes. Une demi-heure. Trois quarts d'heure. Dieu que c'est LONG !

Au bout d'une heure, je commençai à me demander si j'allais servir à quelque chose dans ce magasin, à part donner du temps libre aux propriétaires.

Comme pour me faire mentir, le carillon de l'entrée retentit à ce moment-là, me faisant redresser la tête. Je plaquai un sourire niais et apprêté sur mon visage pour accueillir les premiers clients de la journée - un groupe de jeunes, si j'en jugeais par leurs éclats de rire. Ah, il y a des jeunes dans ce trou ? Les pauvres. Enfin en même temps c'était une bonne nouvelle pour moi. Je pourrais sortir dans les bars sans avoir à regarder en chien de faïence des quadragénaires pervers. Mais tout de même… Passer ma jeunesse ici, ça aurait été un bagne. Définitivement, Paris et ses folies me manquaient cruellement.

« Bon, on va se répartir les tâches, ordonna une voix. »

Vous connaissez ce sentiment de connaître quelqu'un ou quelque chose, mais sans réussir à vous souvenir comment vous le connaissez ? C'est désagréable hein. Et troublant. C'est exactement l'effet que cette voix produit sur moi. Je l'avais déjà entendue, j'en étais sûre ; mais où ?

« Quil et Embry, vous vous chargez de la nourriture ; Seth, tu t'occupes des boissons avec Paul. »

Les noms me firent sursauter. Non, impossible. C'était une coïncidence, n'est-ce pas ? Ou sinon j'avais mal entendu. Oui y'avait pas d'autre option. J'entendais des voix. Mon dieu, finalement la camisole de force c'était pour moi ! Youohhh revenez les mecs ! Bon sang, mais il fallait que j'arrête les nuits blanches pour me faire au jetlag, ça ne me réussissait définitivement pas. En plus de la fatigue j'avais de illusions auditives. Misère… Je m'en serais donné des claques. Ces gens n'existaient pas dans la réalité. C'était probablement ma lecture qui me montait à la tête... A force de rêver de rencontrer un jour un certain loup-garou, - et oui, TEAM JACOB dear !- je croyais entendre sa voix dès qu'un garçon ouvrait la bouche...

N'est-ce pas ?

Pourtant, le sentiment de connaître cette voix, les noms... ça faisait beaucoup de coïncidences... Et jamais je n'en avais été très… fan. Je me secouai. Allons, les loups-garous n'existaient pas, pas plus que les vampires, sorcières et autres créatures de légende. Je devrais arrêter de lire ce genre de livres, moi... Enfin si je faisais ça je jetais une grande partie de ma bibliothèque ici. Plus de Vampire Diaries, plus de Dracula, plus de Entretien avec un vampire et j'en passe. Non, option rejetée. Mes élucubrations n'avaient pas duré plus de quelques secondes, et j'entendis une voix moqueuse demander :

« Et toi, tu fais quoi, Ô Grand Chef ?

- Moi je rassemble la trousse de premiers secours. »

J'aperçus alors une tignasse noire et désordonnée, une stature imposante –une sorte de géant, genre Hercules, mais sans les muscles surbodybuildés- une démarche souple des félins. Et ce petit côté gauche, craquant. Et des prunelles sombres qui brulaient d'un feu qui ne m'était pas inconnu : la folie. La passion de vivre à 100 à l'heure. Ce garçon que j'identifiai aussitôt. C'était lui. Mais pourquoi... Enfin, comment... ? Je me pinçai fortement afin de m'assurer que je ne dormais pas. Il n'y avait que dans les rêves et les fanfictions qu'on rencontrait des personnages appartenant à un livre. C'était probablement juste une ressemblance frappante – après tout, si les sosies de célébrités existent, pourquoi pas ceux des protagonistes d'une saga à succès ? Ou peut être que c'était un bizutage de la part de mes patrons ? Oui. Sans doute. J'étais nouvelle. Un bizutage. Au moins, c'était drôle ici. Je tentais de sourire cette fois ci plus naturellement. Okay, j'étais une bleue mais bon. J'allais jouer le jeu. S'approchant de la caisse, l'apparition me demanda :

« Bonjour, mademoiselle. Pourriez-vous m'indiquer où se trouve la parapharmacie, s'il vous plaît ? »

Il me décrocha un sourire… OH MY GOD. Oui. C'était exactement comme ça que je m'imaginais le « sourire solaire » de Jacob. Okay okay, pause, retour rapide. Mais mon cerveau marchait au ralenti.

« Au fond du magasin, répondis-je d'un ton absent, avant de réaliser que dans mon émotion, j'avais parlé en français. Désolée, je viens d'arriver ici, m'excusai-je poliment en haussant les épaules et tordant mes poings. La parapharmacie est là-bas, au fond du magasin. Mais certains produits sont sous clé, pour des raisons évidentes.

- Et vous n'avez pas cette clé, je suppose, avança-t-il avec une moue.

- Mes propriétaires ne me connaissent pas encore assez pour me la confier, répliquai-je avec un sourire désabusé. En même temps je ne pouvais pas leur en vouloir. La morphine pouvait faire de vilains dégâts sur les drogués. Même si je présentais bien, on ne savait jamais. Vous allez devoir aller à la pharmacie du coin s'il vous manque des choses.

- Merci, mais je vais quand même regarder; »

Je remarquai qu'il souriait, mais pas le genre de sourire qui veut charmer. Plutôt le genre de sourire qui veut être aimable avec la vendeuse. Un sourire qui mettait en confiance, aussi. Peut-être est-ce à cause de ce sourire que j'eus l'impulsion de lancer quelque chose du genre je sais ce que vous êtes... avant de me rappeler que ce n'était sans doute pas une bonne idée. Entre ma petite personne et ce monstre tout en muscle, je ne faisais pas le poids. Alors mieux valait me la jouer… subtile ? Non… Plutôt… nuancée… À la place, je remarquai :

« Vos amis passent beaucoup de temps dans les rayons ; vous n'avez pas fait de liste ?

- Si, mais on est tous de gros mangeurs et comme on va camper loin dans les bois, on préfère prendre beaucoup de provisions, expliqua-t-il en fronçant les sourcils. Aie. Ca commençait mal, il devait penser que je les prenais pour des resquilleurs. Mince. Pourquoi moi qui d'habitude sait bien manier les mots, les peser pour ne froisser personne, je fonçais avec cet homme tête baissée ? Il précisa : D'où le fait qu'ils s'y mettent à deux. »

J'acquiesçai, tout en creusant la cervelle pour trouver un moyen simple -ou pas - d'aborder le sujet sans être immédiatement cataloguée dans la catégorie « ennemis ». Déjà que j'étais mal partie. Au mieux, en sortant d'ici, il me détesterait cordialement. Ouais… Faudrait que je revoie mon ordre des priorités moi. Remarquant mon livre ouvert, il demanda :

« Amoureuse de littérature ? Ma meilleure amie, Bella, est comme vous... Elle lit rarement deux fois le même ouvrage, à part quelques rares exceptions.

- J'adore les livres, admis-je, mais il m'arrive souvent de les relire. Celui-là ça doit bien faire au moins cinq fois que je le reprends... Dis-je ne souriant. Mes livres préférés étaient comme mes meilleurs amis. Ils me faisaient rire. Pleurer. Aimer. Détester. Ils m'avaient construite. Chacun formait une pièce du puzzle qu'était mon être tout entier. Un bout de Stendhal pour le romanesque, La Fontaine et Molière pour l'effronterie et l'humour, Racine pour le tragique, Hugo et Sartre pour l'engagement. Oui, ils étaient des pans de ma vie. Chacun faisait référence à un souvenir. Ils étaient moi. Et moi j'étais eux.

- Mon amie est toujours à la recherche de nouveaux livres... Vous lui conseilleriez celui-là ?

- Eh bien, en général je préfère connaître quelqu'un avant de lui suggérer telle ou telle lecture, répondis-je simplement. Cela dit, en ce moment, il y a une saga qui plaît à beaucoup de jeunes femmes dans mon pays, ainsi que dans le vôtre, ajoutai-je, trouvant là l'occasion d'aborder la question qui m'intéressait… subtilement. Justement, c'est le troisième tome que vous voyez là. C'est mon préféré. Parce qu'il y a un triangle amoureux. Parce que c'est amusant et triste. Parce que la fin est douce amère. Parce que mon personnage préféré touche du doigt le bonheur et qu'il lui est irrémédiablement et définitivement enlevé. Avant qu'on ne comprenne que cette fille n'était pas celle qu'il lui fallait.

-Ah… Et ça parle de quoi, ce bouquin ? Bell a des gouts qui ressemblent aux vôtres. Ca devrait lui plaire. Et ça m'éviterait de me creuser la tête pour son anniversaire. En gros vous me rendez service.

-C'est un peu mon job non ? Je ne suis pas payée pour faire la discussion à mes clients alors…

-Oh, promis, je serais muet comme une tombe. » Il s'amusa de son bon mot et je poursuivis la métaphore mortelle, aussi amusée que lui.

-« C'est bien connus, les morts ne racontent pas d'histoire ! Enfin, revenons au fait… C'est une quadralogie sur des vampires qui ne brûlent pas au soleil et des loups-garous qui se transforment à volonté et une humaine qui est éperdument amoureuse d'un macchabé donc mais aussi de son meilleur ami, le loup garou. Et moi je suis pour le loup évidemment... » dis-je à toute vitesse, mes prunelles ancrées dans les siennes.

Je le vis tressaillir et me regarder soudainement avec des yeux d'animal pris au piège.

*o*o*o*o*o*o*

POV Jacob

Qu'est-ce que... Soit cette fille se foutait de moi, et dans ce cas elle était extrêmement bien renseignée, soit ces livres existaient vraiment et là on allait tous avoir des problèmes. Ou sinon elle était complètement stupide. Ou les 3 à la fois. Mais qu'est ce qui se passait ? Est-ce qu'ils étaient là ? Revenaient-ils nous enquiquiner malgré tout ? Nessie. Je devais veiller sur elle. Ma protégée. Mon imprégnée. Toute fragile et petite (enfin, petite…. Elle semblait avoir 8 années humaines alors qu'elle en avait seulement deux.) En tout cas l'humaine avait un accent charmant. L'accent ! BINGO ! Elle s'est trahie elle-même, l'imbécile fan des vampires ! Peut-être était-ce une nouvelle méthode des Volturi pour nous éliminer ; envoyer une fille raconter que notre histoire était parue dans des livres, pour ensuite prétendre que c'était notre faute et qu'on devait payer pour avoir exposé le monde surnaturel. Ouais, Aro était assez tordu pour faire ça. En même temps, qu'est-ce qu'une vampire italienne ferait à tenir la caisse d'un magasin de Port Angeles ? Surtout qu'elle devait s'ennuyer à mourir. A la regarder, elle n'était pas de la catégorie « fille des champs » mais plus de la ville. Naturelle mais tout de même sophistiquée. Un peu nonchalante mais on devinait qu'une petite pile électrique sommeillait dans ce corps athlétique. Et puis personne ne portait des Jimmy Choo dans ce coin des US à part Alice. Donc cette fille ne venait pas d'ici. C'était un accent chantant en plus. L'Italie oui, ça devait être comme ça qu'on y parlait. Je n'en savais foutrement rien parce que je n'étais jamais sorti des Etats-Unis, mais je me fiais aux films sur la mafia italienne que j'avais vu. On a la culture qu'on a. Elle se balançait d'un pied sur l'autre, mordillant ses ongles. Elle remit prestement une mèche de cheveux auburn derrière ses oreilles. Son cœur battait la chamade. Pourquoi ? Parce qu'elle savait que j'avais des doutes ? Parce que lesdits doutes étaient fondés ? Ou parce que simplement je lui faisais peur, elle qui ignorait tout, elle qui avait dit ça pour être aimable ? Elle tremblait comme une feuille mais restait droite et déterminée à ne rien me montrer. Sauf que mes instincts animaux ne me trompaient pas. Les chiens comme les loups sentent la peur. Je décidais me de concentrer sur elle, plus attentivement. Petite, l'air intelligent. Simple. Des yeux… Je voulais voir ses yeux… Je croisai son regard, ce qui me permit de voir qu'elle avait les prunelles brunes, et non dorées ou rouges. De plus elle avait l'air bien vivante, et à force de côtoyer des vampires tous les jours, je peux vous dire que je connais la différence. Déjà son cœur battait tellement fort qu'on aurait cru qu'elle faisait partie à part entière d'un mix de David Guetta. Et puis ces couleurs qui affluaient dans son visage avant de l'en quitter. Cette respiration saccadée. Ces mains qui collaient. Oui, ça, on ne le voyait pas chez les Cullen. C'était donc une humaine ; ce qui n'excluait pas l'hypothèse des Volturis. Je demandai, en essayant d'avoir l'air détaché :

« Votre pays, dites-vous. Vous n'êtes donc pas d'ici ?

- Non, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, je viens d'arriver aux Etats-Unis, répliqua-t-elle d'un ton léger. »

Elle semblait aimer cet endroit. Vraiment. Elle souriait de toutes ses dents, les yeux perdus dans le vague, comme si elle essayait de revivre des souvenirs lointains. Les capturer une nouvelle fois.

Si elle venait d'arriver, ça expliquait son accent. Mais ça ne me disait pas d'où elle venait exactement.

« Et... par curiosité, de quel pays venez-vous ? L'Italie, peut-être ? l'interrogeai-je en tentant de garder une voix détendue.

- La France, Paris précisément.

-Ah, la Tour Eiffel, Le Louvre, Champs Elysées… dis-je en français… pitoyable. Jasper ne serait pas fier de moi, lui qui adorait ce pays et sa culture. Bien forcé, puisqu'Alice raffolait des couturiers de cette nationalité. Et qu'elle faisait des pieds et des mains pour assister à leurs défilés chaque année durant la Fashion Week de New York.

Elle souriait toujours et devant mes efforts pour parler sa langue, elle pouffa doucement. Je poursuivis pas la seule phrase que je savais dire convenablement :

-« Voulez vous cou…

-Coucher avec moi, ce soir ! » S'écria t'elle, au comble du fou rire. « Ma foi, si on ne me l'a pas fait 50 fois depuis que je suis ici, on ne me l'a jamais dite ! Pourquoi est ce que les françaises ont si mauvaise réputation ?

-A vous de me le dire… Ou de me montrer my dear ! » Ricanais-je. Elle ne se départit pas de son sourire et répliqua simplement.

-« Vous ne doutez de rien.

-Non. C'est mon petit côté indien.

-Vous m'en direz tant, Chef Jacob se moqua t'elle.

-Vous ne devriez pas prendre mes paroles à la légère.

-Oh, je suis une grande fille. J'ai passé l'âge d'avoir peur du grand méchant loup. Répondit-elle à mi-voix. Je tressaillis. Une nouvelle fois, cette humaine me mettait en boule. Elle jouait avec mes nerfs, je vais me la…

-« Hey, je ne suis pas votre ennemie... Si vous êtes ce que je pense… Je… Je ne dirais rien. Je vous le promets. Muette comme une tombe. D'accord ?» Compléta t'elle. Sans doute avais-je du sembler l'attaquer pour qu'elle réagisse ainsi.

ça, ça reste à prouver, petite française, songeai-je brièvement.

« Je vous assure que ces livres existent, insista-t-elle, je vous ai reconnu grâce aux noms de vos amis... ca n'est pas si courant. Même par ici.»

C'était plausible, si effectivement les livres existaient, Embry, Quil et les autres membres de la meute – ou plutôt des deux meutes, puisque nous étions toujours séparés – en faisaient probablement partie. Je commençai à me détendre et à envisager la possibilité qu'effectivement, cette française ait entendu parler de nous en lisant une série de bouquins. Mais qui pouvait être assez débile pour écrire tout ça. Et comment avait on pu savoir autant de choses… Il faudrait en parler avec Edward *chouetteeee* et Jasper *mouais*. Et Sam aussi. Qu'est ce que j'allais m'éclater moi ! Et sortir les vers du nez à cette petite humaine insignifiante.

« Je sais ce que vous devez penser, mais je ne suis pas envoyée par des vampires italiens. Même si je trouve Aro fun. Et Jane complètement barje mais… vampirique quoi ! Je ne suis pas « pro Volturi ». Je suis ici pour apprendre à parler couramment l'anglais... Enfin, plus pour me perfectionner. Enfin… Je sais pas trop quoi dire, alors… Surtout ne me tuez pas. Ca serait salissant. Mon sang tâcherait les murs blancs. Faudrait les repeindre. Mais je vous jure… je ne dirais absolument rien.»

Je m'aperçus qu'elle avait une voix suppliante, comme si elle tenait désespérément à ce que je la croie. Elle parut s'en apercevoir également, car lorsqu'elle continua, son ton était plus ferme.

« Ecoutez, je ne compte révéler à personne ce que vous êtes, m'assura-t-elle. Jusqu'à ce que vous entriez dans cette boutique, j'étais certaine que vous étiez un personnage fictif... Je suis aussi surprise que vous... Je ne sais pas comment votre histoire a pu se retrouver ainsi publiée, je vous en donne ma parole... »

Mais je vous crois, petite française. J'aimerais juste que vous m'en disiez plus sur la personne qui a écrit ces livres... Et sur ce qu'ils contiennent... J'allais prendre la parole quand Paul nous interrompit :

« Jake, tu les prends ces médicaments ou tu flirtes avec la vendeuse ? »

*o*o*o*o*o*o*

POV Eléa.

La voix d'un de ses amis nous tira de notre échange. Ouf ! Parce que bon, j'étais entrain de m'enfoncer dans le pathétique. Ma foi que je pouvais être sotte moi. Si Jacob était bien… Jacob et bien j'étais dans la merde la plus internationale et noire qu'il puisse exister. Mettant un doigt sur ses lèvres, mon interlocuteur me fit comprendre que je devais garder le silence sur notre discussion et alla rapidement prendre ce dont il avait besoin. Ca ne prit pas plus d'une minute. En l'attendant, les autres chahutaient devant la caisse. Le plus jeune, que j'identifiais comme Seth me dit :

-« Nouvelle ici ?

-Ca se voit tant que ça ?

-Tu es bronzée pour une visage pâle. Ici, c'est tous ces cachets d'aspirine.

Je ris de bon cœur tandis qu'un grand au corps élancé mais noueux lui frottait le crâne.

-« Hey, Embry, arrête ! J'me vengerai ! »

L'autre ne semblait pas du tout dérangé ni effrayé par la menace. Pendant qu'il martyrisait le pauvre adolescent, il me lança :

-« Pas trop perdue ici ?

-Non. Ca va aller je pense. Surtout si tous les habitants sont dans votre genre.

-Oh, y'en a qui ont du mal à perdre leur sang froid » Lâcha le plus âgé de la bande. Paul sans aucune hésitation. Les compères éclatèrent de rire, pensant que je ne pouvais pas saisir le double sens. Repensant au geste de Jacob, je crus bon de faire « comme si ». Ce dernier arriva sur ces entre faits avec des bandes, de la gaze, du mercurochrome, des dolipranes et j'en passe et des meilleures. Quand je passais un quit de suture je commentais :

-« Sois vous êtes des grands maladroits les garçons, soit vous êtes très prévenants. Ou sinon vous êtes hémophiles. Ou hémophobes. »

Ils me toisèrent tous comme si j'étais folle. Okay, ils devaient pas connaitre les mots en fait. Pas grave. Mieux valait passer pour une cruche (et dieu sait que je déteste ça) que de souligner à Jacob que je ne suis pas fille à suivre au pied de la lettre les conseils qu'on me donne. Je piquais donc du fard et continuais à passer mes articles, dans le silence le plus total, seulement troublé par les « bip » lugubres des codes barres. J'étais terriblement nerveuse. Jacob s'écarta du tapis de caisse pour laisser la place à ses amis qui y déversèrent un flot incroyable de nourriture.

Quand chacun eut déposé ses articles, j'enregistrai le tout et annonçai le prix, sans quitter Jacob des yeux. C'était impossible. J'étais comme un aimant face à lui. Il bougeait, je bougeais. Me rendant un regard mi-méfiant mi-intrigué, il remplit un chèque qu'il me tendit et le groupe quitta la boutique. Je le rattrapais. La bande se retourna et quelques uns s'exclaffèrent. Jacob revint sur ses pas. Je lui remis le livre. Eclipse. Il me dévisagea, ne comprenant pas.

-« Lisez. Bon, normalement pour tout comprendre il faut avoir lu les deux premiers mais… vous verrez que je ne mens pas. Et que je ne vous veux aucun mal. Prenez. Au revoir Jacob. »

Avant qu'il ne puisse prononcer un mot à mon endroit, j'avais trouvé refuge dans la boutique.

Jetant un oeil à l'horloge, je m'aperçus que j'avais passé vingt-cinq minutes à discuter avec Jacob et qu'il était temps que je range mes affaires si je voulais partir pour la fac et arriver en avance. Au moment de verrouiller la caisse, je m'aperçus qu'il y avait un mot griffonné au dos du chèque. Rendez-vous dans trois jours pour que vous me parliez de ces bouquins. Je souris légèrement, il semblait donc croire ce que je lui avais affirmé... Et je savais qu'il ne tenterait pas de me draguer : s'étant imprégné de Nessie, il n'était certainement pas intéressé par une histoire avec qui que ce soit... encore moins une humaine aussi ordinaire que moi. Mon sourire ne s'effaça pas de la journée. J'avais hâte d'être à jeudi...