¤¤ CHAPTER 1 The end of him ¤¤

- En route, s'exclama soudainement Patrick Jane en se levant de son canapé, surprenant par là même ses trois collègues, sagement occupés à remplir leurs rapports.

Alors que Rygsby allait lui demander si tout allait bien et s'il avait un problème pour décider aussi soudainement de bouger, leur chef d'équipe sortit de son bureau, manteau de cuir sur le dos et clés de voiture dans la main.

- Cho, Rigsby, prenez une voiture. Van Pelt, tu nous conduis Jane et moi. On a une affaire.

Tous se levèrent, regardant Jane avec cette même expression de surprise qu'ils affichaient à chaque nouveau tour du mentaliste. Celui-ci souriait de toutes ses dents en suivant le pas de sa boss. Grace Van Pelt le regarda avec un œil suspicieux, décrochant un clin d'œil amusé du consultant. Teresa Lisbon, elle, était complètement hermétique au trouble de son équipe et ne prévoyait même pas de s'en soucier à un quelconque moment. Elle avait vu Jane debout lorsqu'elle était sortie du bureau, ainsi que l'air surpris de son équipe et avait décidé d'en faire abstraction tant que ce ne serait pas absolument nécessaire. A tous les coups, Jane avait encore fait un de ses tours abracadabrants.

- On va où ?, demanda finalement Cho alors qu'ils sortaient de l'ascenseur et se dirigeaient vers le parking de l'immeuble abritant les locaux du CBI.

- A la sortie de la ville, répondit Lisbon en montant dans la voiture de fonction. Un carambolage a dévasté une partie de l'autoroute et a révélé un cadavre sous la coulée récente de béton. Ils penchent pour un meurtre. Vous nous suivez.

- Okay boss, répondit l'Asiatique en prenant le volant de la seconde voiture.

Jane s'installa à l'arrière et mit immédiatement sa ceinture, vérifiant d'un coup d'œil rapide que les filles en avaient fait de même. On n'était jamais trop prudent et il savait que Lisbon, si elle avait d'autres soucis en tête, pouvait facilement oublier de s'attacher. Heureusement, aujourd'hui, il n'eut pas à jouer les papas poules.

Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux, Jane sortit de la voiture et s'étira comme un chat. Lisbon fut immédiatement accostée par un des policiers déjà présents.

- Vous êtes Teresa Lisbon ?

- Oui !

- Enchanté, je suis l'inspecteur Colman. C'est une des accidentées qui a trouvé le corps. Il est impossible à identifier pour le moment. La victime, une jeune femme, n'avait aucun papier sur elle.

- Vous nous y conduisez ?, demanda Lisbon, bien que ce ne fut pas vraiment une question dans le ton.

Le policier les conduisit alors sur les lieux du sinistre. A vue d'œil, Jane pouvait compter une demi-douzaine de voitures, sans compter le fait que certaines reposaient étrangement sur les deux roues avant ou arrière, signe qu'il y en avait très probablement d'autres en dessous. Il pouvait même apercevoir les vitres d'un bus.

- Combien de gens sont impliqués dans l'accident, ne parvint-il à s'empêcher de demander.

- On en a dénombré une trentaine pour le moment. Le bus avait quinze passagers. On a pu atteindre et désincarcérer ceux présents dans sept voitures. Il nous en reste encore trois dont une encore impossible à atteindre. On ne sait pas combien de personnes sont coincés à l'intérieur.

Bien qu'habituée à la brutalité et aux morts de par son métier, l'agent Grace Van Pelt ne put s'empêcher de frissonner. Ce genre de fait divers lui faisait toujours froid dans le dos lorsqu'elle les voyait à la télévision alors y assister en direct... Sentant le regard de son équipe se perdre sur les conséquences de l'accident, l'agent Lisbon reprit rapidement l'attention des siens en commençant les habituelles questions et répartition des tâches.

- Où est la femme qui a trouvé le corps ? Nous aurions besoin de l'interroger. Vous n'avez touché à rien à proximité du cadavre ?, demanda-t-elle d'une traite en observant autour d'elle.

- Non, répondit immédiatement l'agent. On nous a bien stipulé qu'en général, vous vouliez qu'on ne touche à rien alors on a tout laissé comme c'était, autant que possible. La jeune femme est en train de se faire soigner dans un des camions de pompiers.

- Bien ! Van Pelt, Rigsby, vous vous occupez de la jeune femme. Nous on va voir la scène.

Et l'équipe se dispersa, deux partants vers les victimes, les trois autres suivant l'inspecteur Colman à travers les décombres pour trouver leur victime. Pendant le trajet les séparant de cette dernière, Jane tenta par tous les moyens d'auto-suggestion possible de ne pas s'attarder sur les véhicules défigurés, les gerbes de sang sur les vitres et les lamentations qu'on entendait au loin. Il n'était pas à l'aise dans ce genre d'environnement, emplie de souffrance et de violence. Comme-ci elle l'avait sentit, Lisbon ralentit momentanément le pas le temps qu'il la rattrape et resta à son niveau afin de garder un œil sur lui. Elle savait combien il avait la violence en horreur. Il avait beau être le plus morbide de tous et le plus excité par les différentes affaires qui tombaient entre leurs mains, dès qu'il était question de souffrance pour des innocents, il se sentait mal. C'était parfois même pire que de l'obliger à tenir une arme.

- Comment ça s'est passé ?, demanda finalement Jane, brisant le silence qui s'était instauré. Le carambolage je veux dire.

- Le bus a perdu le contrôle. On pense qu'il roulait trop vitre. Il a dévié sur les deux voies, entrainant une première voiture avec lui. Les autres ont eu beau freiner, ça n'a pas servi à grand chose.

Jane eut un rictus de dégoût rien qu'en imaginant le déroulement des évènements. Il n'eut cependant pas le temps de dire quoique ce soit, car ils arrivaient enfin près de leur affaire. Comme à son habitude, le consultant commença par observer soigneusement chaque détail. C'était une femme, certainement un mannequin au vu de ses mensurations. Elle devait être blonde lorsqu'elle était encore vivante, mais c'était une couleur artificielle qui avait été modifié par la nature depuis. Le corps était bien sous le béton, mais le sable qui recouvrait sa peau montrait qu'elle avait été enterrée avant que les travaux de coulée du goudron ne soient faits. Impossible pour ceux qui avaient réparé la route de savoir que le corps était là. Le policier poursuivit l'inspection que Jane faisait en silence.

- Quand les pompiers sont arrivés, ils ont d'abord pensé que c'était une victime de plus alors ils ont bougé la grosse plaque de béton qui la recouvrait. Et puis ils ont compris que ce n'était pas ça au vu de la décomposition du corps.

Celui-ci n'était en effet plus très frais. La peau avait une couleur assez désagréable et une sérieuse odeur de putréfaction rendait l'air difficilement respirable à proximité. Des insectes avaient attaqué les extrémités et le visage de la jeune femme, même si l'on en distinguait encore les principaux traits.

- Dès qu'ils se sont rendus compte de ça, ils nous ont appelés et nous leur avons dit de ne toucher à rien, mais quand on a été devant, on a pas su trop quoi faire. On a immédiatement penché pour un meurtre parce qu'elle s'est pris une balle dans la tête. Alors on a appelé notre supérieur qui nous a dit d'en faire de même et d'attendre, qu'il allait appeler quelqu'un de plus compétent. Puis il nous a rappelé pour nous dire que vous arriviez...

- C'est fini, vous pouvez dire aux secours d'emmener le corps, s'exclama soudainement Jane en se redressant.

Pendant que l'agent expliquait à Lisbon ce qu'il savait, Jane s'était penché sur la victime pour voir ce qu'il pourrait sentir au travers de l'odeur de décomposition. Il avait ensuite pu déterminer toute l'histoire de cette pauvre fille et pensait ne plus rien avoir à faire pour elle.

- Quoi ?, s'exclama sa supérieur en se tournant vers lui surprise. Non, Jane ! Vous, ajouta-t-elle à l'attention du policier, ne l'écoutez surtout pas.

- Si ! Si, vous pouvez m'écouter, répondit le blondinet. Lisbon, je sais ce qu'il s'est passé, c'est inutile de rester là plus longtemps, en plus l'ambiance est pas terrible dans le coin.

- Mais allez-y, soyez pas timide Jane ! Partagez ! Dites-nous votre théorie.

- Elle..., dit-il en désignant le corps, est très probablement mannequin... peut-être même actrice à ces heures. Enfin, elle n'est pas très connue, peut-être même pas très talentueuse, mais c'est son boulot quand même et elle s'y donne à fond. Les traces de bleus sur ses talons durcis montrent qu'elle passe des heures perchée sur des talons inconfortables. Sa robe est très jolie et très courte, comme dans tout défilé et elle avait un maquillage important et recherché au moment de sa mort. Mais elle avait des traces de mascara sur les joues donc je suppose qu'elle a pleuré et à chaudes larmes.

- Abrégez !, gronda l'agent du CBI.

- Elle s'est suicidée !

- Et qu'est-ce qui vous fait dire ça ?, demanda Colman, jusque là silencieux.

- Et bien d'abord, on lui a tiré dessus à bout portant, ce que font peu de tueurs, sauf si c'était des gens pas très clair qui voulaient l'effrayer et ne la tuer qu'en cas de désobéissance, comme quelqu'un a qui elle devrait de l'argent. Mais l'angle d'inclinaison de l'arme serait vraiment bizarre. La balle est entrée par la tempe...

Pour appuyer visuellement sa théorie afin que le policier comprenne bien ce qu'il déduisait, il posa son index sur la tempe gauche de Lisbon qui se teint immobile, roulant seulement des yeux vers Jane pour suivre elle aussi son explication.

- Mais elle est ressortie par le haut du crâne...

Il fit glisser son doigt le long du crâne de Lisbon jusqu'à le poser à l'endroit exacte où le second petit trou était visible sur la tête de la victime. Il fit ensuite de nouveau glisser sa main vers la tempe de sa boss et mima un pistolet avec celle-ci. Il se rapprocha d'elle jusqu'à plaquer leur deux torses l'un à l'autre, passant un bras autour de la fine taille de la demoiselle. Lisbon se tendit encore plus, si c'était possible. Elle aurait aimé bouger, s'éloigner du mentaliste, mais elle savait que cela n'avait aucune connotation... ne devrait avoir aucune connotation. Il ne faisait que démontrer sa théorie de manière bizarre, comme il le faisait toujours. N'est-ce pas ?

- Donc le tireur devait soit être positionné à peu près de cette manière contre elle, soit il était vraiment, vraiment plus petit qu'elle...

Il se détacha de Lisbon, la regardant dans les yeux pendant un petit moment, avant de regarder de nouveau le policier et de positionner son arme improvisé contre sa tempe, accordant le geste à la parole :

- Soit c'est un suicide. Elle tenait l'arme bien droite contre sa tempe, mais au moment de tirer, le recul de celle-ci a fait qu'elle a incliné le bras, faute de force pour la maintenir en place. D'où la trajectoire de la balle !

- Pas bête, s'exclama Cho, regardant Jane droit dans les yeux.

Lisbon observa l'agent asiatique revenir vers eux. Elle ne s'était même pas rendue compte qu'il était parti à l'écart, trop occupée à s'inquiéter pour Jane, puis à tenter de maitriser ses membres alors qu'il avait joué son petit manège.

- Et qu'est-ce qui vous fait choisir cette option plutôt que les deux premières ?, demanda Colman, complètement imperturbable, malgré le retour de Cho et son échange silencieux avec Jane.

Lisbon, elle, était intriguée par le comportement des deux hommes, mais n'eut pas le temps de relever. En effet, Jane se reconcentra sur l'agent de police.

- Et bien, je suppose que si un nain avait un problème avec elle, il aurait engagé quelqu'un de plus costaud pour s'en occuper. Ça aurait eu l'air bien plus effrayant que s'il avait fait le travail lui-même. Donc...

- Et un amant ?, demanda tout de même Lisbon. Ça pourrait coller avec la première de vos théories non ?

- Ça pourrait en effet, avoua Jane, un sourire radieux sur le visage.

- Mais ?

- Parce qu'elle savait qu'il y avait un « mais ». Il y avait toujours un « mais » avec Patrick Jane.

- Mais c'est pas ce que je ressens ici !

- Ce que vous « ressentez », s'exclama l'agent Colman, surpris. Et depuis quand les agents ressentent ?

- Il est pas agent...

- J'suis pas agent, s'exclama Jane en même temps que sa patronne qui se tourna vers lui, un regard lançant des éclairs.

- C'est juste un consultant, poursuivit-elle. Il nous aide dans nos enquêtes. Jane, vous auriez une preuve de ce que vous avancez ?

- Elle a été enterrée avec précaution.

- Quoi ?

- C'est l'endroit idéal. S'il n'y avait pas eu cet accident, il est fort probable qu'elle n'aurait jamais été découverte. Idéal quand on ne veut pas qu'un corps soit retrouvé. Idéal quand on est responsable d'un meurtre, je vous l'accorde. Mais si ça avait été le cas, elle aurait été jetée dans un trou sans grande précaution. Or, elle avait les mains croisées sur son buste. Ses jambes sont encore droites. Elle a été soigneusement positionnée en position de repos éternel. Même pour un crime passionnel, le tueur aurait été rapide, de peur de se faire avoir. Là, celui qui l'a enterré semblait s'en ficher. Tout ce qu'il voulait, c'était qu'elle soit descente. Il l'a soigneusement positionnée avant de la recouvrir tout comme il a soigneusement choisi de l'enterrer ici, sachant que la route serait construite par dessus et qu'elle n'avait aucune chance d'être découverte. Elle porte une bague et un pendentif qui doivent valoir des milliers de dollars, elle était probablement issue d'une très bonne famille. Une famille qui tomberait de honte en découvrant que leur fille s'est suicidée. Je pense que c'est effectivement son amant qui l'a mise là. Mais il l'a fait pour lui éviter une honte à elle. Je suis sûr qu'il a convaincu les parents de notre demoiselle qu'elle a été enlevé par un fou et que depuis, ils recherchent toujours sa trace. Allez on s'en va.

Lisbon le regarda un moment, sans rien dire, puis soupira et hocha la tête.

- D'accord on s'en va ! Mais on vérifie que ce soit vrai. Je veux que Van Pelt trouve l'identité de la jeune femme, qu'on contacte sa famille et qu'on mène l'enquête jusqu'à ce qu'on ait des preuves tangibles. Et plus de conclusions hâtives Jane !

- Promis !

Ils retournèrent près des pompiers, blessés de l'accident et de leurs collègues quand Jane s'exclama soudainement :

- Ho ! J'ai oublié quelque-chose !

Lisbon se retourna, sourcils froncés et tête des mauvais jours, selon Jane.

- Jane !

- Je dois juste vérifier une dernière chose. Promis, je ne touche à rien !

Bien que peu ravis de le laisser faire, elle y concéda et indiqua à Cho, en silence, qu'ils devaient retourner près des autres. Alors qu'ils avançaient toujours dans les décombres, ils se retrouvèrent soudainement projetés vers l'avant, et atterrirent au sol sans avoir eu le temps de comprendre. Un bruit sourd avait accompagné le souffle qui les avait poussés au sol et tout ce que Lisbon entendit une fois par terre, c'était un bourdonnement désagréable dans ses oreilles. Ses yeux la brûlaient alors que de la poussière et de la fumée envahirent rapidement son champ de vision. Malgré la douleur lancinante dans son dos, elle se releva en serrant les dents. Au sol, elle ne voyait rien et il fallait qu'elle comprenne ce qu'il se passait. Elle ne réalisa que sa tête lui tournait que lorsque Cho la rattrapa, lui demandant une chose que le bourdonnement dans ses oreilles ne lui permit pas d'entendre. Elle fronça les sourcils en observant son agent, alors que celui-ci parlait de nouveau. Se concentrant sur les lèvres de l'Asiatique, elle identifia un « Boss, ça va ? ». Elle demanda ce qu'il s'était passé, sa propre voix ne traversant même pas le bourdonnement agaçant.

Regardant autour d'elle, elle identifia le véhicule devant où ils venaient juste de passer et appréhenda un incendie, à l'endroit même où le corps de leur victime devait se trouver. A l'endroit même où le consultant devait se trouver. Alors que le bourdonnement dans ses oreilles diminuait, elle réalisait ce qui venait de se passer et qu'une explosion avait pris lieu sous les pieds du mentaliste. S'arrachant des bras de son agent, elle fit quelques pas incertains vers l'endroit où Patrick Jane aurait dû se trouver. Elle le chercha, s'appuyant sur les décombres des voitures, alors qu'elle entendait plus loin les cris d'appels de Van Pelt et Rigsby, les hurlements des sirènes des pompiers et le brouhaha des gens qui s'approchent pour vous porter secours.

Mais ça, Teresa Lisbon s'en fichait. Tout ce qu'elle avait en tête, c'était que Jane avait été au cœur de l'explosion et qu'il était peut-être blessé. Probablement blessé. Certainement blessé. Jane était blessé et il fallait qu'elle le retrouve parmi les flammes. Peu importe l'arrivée des secours. Peu importe les appels de Cho, Rigsby et Van Pelt lui demandant d'être prudente, lui intimant que c'était dangereux. Peu importait l'affreux mal de crâne qui prenait naissance et lui donnait encore plus le vertige et la nausée. Il fallait qu'elle retrouve son consultant. Il fallait qu'elle le trouve et qu'elle le voie en train de respirer.

Mais elle ne le vit pas. Elle ne vit pas Jane, ni souriant, ni respirant, ni les yeux clos. Elle ne vit rien d'autre qu'un corps en flamme, avant de sombrer dans le noir...


Voilà, j'espère que vous avez appréciez ce premier chapitre malgré la fin un peu sadique, je l'avoue ^^ N'oubliez pas de lâchez des coms pour me dire ce que vous en avez pensez ^^