Deuxième style parodié : les shôjos, les mangas réputés pour filles, des histoires d'amour où tout le monde à une tête kawaii.
Si Harry Potter était un shôjo…
Le soleil mourant teintait l'azur de l'horizon de rose et de mauve. Hermione regardait en direction de la forêt, un air mélancolique empreint dans ses yeux immenses et scintillants qui constituaient facilement la moitié de son visage. Le vent jouait distraitement avec ses belles boucles brunes qui n'en finissaient pas, nouées par de charmants rubans bleus ciel.
Elle se retenait de pleurer.
« Ron. »
Cela faisait des semaines que Ron était parti, maintenant, des semaines qu'il avait quitté la tente. Hermione frissonna dans sa robe légère. Elle ne pouvait pas concevoir son existence sans Ron, sans sa silhouette longiligne et son visage imberbe à la perfection de magazine de mode.
Sa petite main aux ongles parfaitement manucurés se resserra sur la cuillère à café.
« Ron. »
Car Ron avait toujours eu la capacité émotionnelle de cet objet, c'était dès lors tout ce qui lui restait de lui.
Elle se remémora leur première rencontre. Ils ne s'étaient pas vraiment appréciés immédiatement, c'était le moins qu'on puisse dire. Mais ils étaient peu à peu devenus amis, et avaient appris à s'apprivoiser.
Hermione passa en revue tous les souvenirs en commun qu'elle avait avec Ron, sa mémoire défila dans son esprit comme des pages délavées à l'aquarelle, des images du passé flottant dans un nuage de fleurs de cerisiers semant leurs pétales aux quatre vents, tandis que retentissaient de douces notes de piano. Le piano sur lequel ils avaient joué ensemble dans la maison de Sirius Black.
« Ron.
« Pourquoi es-tu parti ?
« Pourquoi m'as-tu laissée ?
« Ron... »
Des larmes roulèrent sur ses joues et vinrent frapper doucement la cuillère à café. Le piano résonna dans sa tête.
Une larme blanche chut dans un étang noir.
La cuillère glissa hors de sa main.
Fleurs de cerisier.
Piano.
« Ron. »
La nuit tomba, la lune illumina la forêt d'un argenté fantomatique. Hermione se tenait assise devant la tente, recouverte d'une couverture lui tenant chaud. Elle touillait dans une tasse de chocolat à l'aide de la cuillère aux émotions de Ron.
Tous ces souvenirs...elle se rappelait. La tache qu'il avait sur le nez. Elle se rappelait quand il l'avait défendue contre Malfoy et que son sort s'était retourné contre lui. Pattenrond et Croûtard. Le Bal de Noël. Hermione se revit, vêtue de cette sublime robe, au bras de Viktor Krum. Les larmes qu'elle avait versées à cause de la jalousie de Ron, celle qu'elle avait versées à cause de Lavande Brown. Celles qu'elle versait maintenant.
Cuillère à café.
Toutes ces larmes brillaient sur ses yeux, et glissaient sur l'album photo de sa mémoire comme des gouttes de pluie, des perles nostalgiques.
« Ron. »
Harry n'était toujours pas rentré, mais elle ne s'en inquiétait pas.
« Ron.
« Ai-je commis une erreur ?
« Si c'est le cas, pardon.
« Pardon de ne pas avoir compris tes sentiments.
« Je ne savais pas que tu souffrais autant. Que ce médaillon t'avait tant hanté.
« Qu'il y avait autant de malaise en toi.
« Ai-je agi comme une égoïste ?
« Me pardonneras-tu ?
« Ron… »
Elle se sentait si seule. Sa famille avait même oublié qui elle était.
« Papa, maman... »
Une photo en noir et blanc. Une fillette et ses parents, tous trois souriants. Et la petite fille s'effaçait. L'enfance d'Hermione s'envolait.
« Tout ça c'est du passé. Je suis fragile comme une fleur de cerisier à la merci du vent. Oh, Ron...sans toi, je... »
Un buisson se froissa non loin d'elle. Hermione sursauta. A son grand soulagement, ce n'était que Harry. Accompagné de…
—Ron !
—Hermione, je suis revenu et…
—Baka ! Baka ! hurla-t-elle.
Elle se jeta sur lui et entreprit de le frapper de toutes ses forces.
—Je ne te pardonnerai jamais de nous avoir abandonnés, tu m'as fait trop de mal !
Et elle frappa, frappa, frappa. Jusqu'à ce que ça fasse mal. Ce qui ne tarda pas. Les poings d'Hermione étaient si endoloris qu'elle ne put plus les utiliser. Ses jambes fines comme des allumettes ployèrent sous son poids et elle se laisser tomber, accablée, en pleurs. Ron, qui avait à peine bougé d'un micromètre, la soutint alors qu'elle s'affaissait contre lui, le visage inondé de sanglots.
—Baka, hoqueta-t-elle.
Ron prit délicatement Hermione dans ses bras. Elle remarqua alors que lui aussi gardait une cuillère à café sur lui, il l'avait fait monter en pendentif et ce bijou improvisé ne le quittait jamais. Elle en fut émue, c'était comme un secret entre eux.
—Je suis désolé, murmura-t-il, oh Hermione, pardonne-moi ! Je tiens tant à toi ! Gomene !
Piano.
Fleur de cerisier.
Larmes.
« Oh, Hermione, si j'avais su... » songea-t-il.
« Oh, Hermione... Plus jamais je ne permettrai que tu ressentes cette douleur.
« Je te protégerai, je le jure de toute mon âme!
« Hermione... »
—Je te promets que tu ne seras plus jamais seule! souffla-t-il en lui caressant les cheveux, non Hermione, je ne te laisserai plus jamais tomber! J'ai compris, maintenant. J'ai compris ce que tu ressens ! Oh, Hermione, pardonne-moi, je ne savais pas…
Doucement, Ron releva la tête d'Hermione en plaçant son index sous le menton de la jeune-fille, pour qu'elle le voie en face. Harry observait la scène, mais ne servait franchement à rien. Ron et Hermione ne se préoccupaient pas de lui et se regardaient dans les yeux. Yeux qui scintillaient d'étoiles et de paillettes alors que le décor, pourtant nocturne, était devenu rose-orangé et que des pétales de cerisier flottaient dans le vent.
—Ronnie-kun…
—Hermy-san…
—Ronnie-kun…
—Hermy-san…
Harry, se sentant toujours aussi inutile, récupéra la tasse abandonnée par Hermione et la sirota tranquillement. La nuit était belle et étoilée, ils étaient de nouveaux ensemble tous les trois, tout allait bien.
Harry espérait vraiment que Ron et Hermione s'embrassent, car il était grand temps que ça arrive.
—Hermy-san…
—Ronnie-kun…
Cela risquait de prendre un certain temps. Harry alluma la radio, une douce mélodie jouée au piano se diffusa dans la forêt bleutée. Ron et Hermione dansèrent au milieu des pétales de cerisiers en se regardant droit dans les yeux, leurs mains jointes autour de la cuillère à café comme symbole de leur amour profond.
Eh ben, d'écrire ça, ça m'a vaccinée définitivement contre les herons.
