Et voici le deuxième chapitre ! Merci à tous/toutes pour vos commentaires ! Bonne lecture ! :)


Chapitre 2

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Passer une semaine dans les bois, dans la maison de la famille Mellark fait partie de mes traditions pendant les vacances d'été. Ce voyage se déroule en principe à la fin juillet. Bien que je rentre en terminale à la rentrée, cette année n'a pas été une exception.

Toute la famille y va, y compris Ryan, le plus âgé de la fratrie qui est déjà à l'université. Il vient toujours avec sa petite amie, Johanna, qui à la langue bien pendue et qui n'est pas forcément très sympathique, mais Ryan semble l'aimer.

Et puis il y a Madge et moi, qui passons le plus clair de notre temps à prendre le soleil au bord de la piscine et qui essayons de décider avec qui Madge devrait sortir. Peeta est là lui aussi, mais cette année, personne n'est venu avec lui. Il nous a plutôt ignorés cette semaine, il a passé le plus clair de son temps à lire ou à travailler sur son ordinateur, affirmant vouloir rattraper son retard sur ses devoirs d'anglais.

Pour être honnête, j'ai l'impression qu'il nous évite tous. Il n'a jamais été très social avec tout le monde, mais j'ai le sentiment que ma présence ainsi que les railleries constantes de Madge sont les raisons pour lesquelles il garde ses distances. Même quand au milieu de la nuit, on se retrouvait pour jouer aux cartes autour d'un feu de camp, ou que l'on se faufilait dans la maison pour prendre quelques bières quand Mr et Mme Mellark étaient au lit, Peeta ne participait pas alors qu'il était le bienvenu. Je me sens un peu mal pour lui, c'est ses vacances aussi, et je pense qu'il ne peut faire ce qu'il veut. Même Johanna, pas forcément très sympa jusqu'ici, commence à poser des questions sur lui.

_Sérieusement, c'est quoi son problème?, demande Johanna, sirotant au moins sa quatrième bouteille de bière. La question de Johanna fait écho à Madge, qui venait juste de faire remarquer à Peeta combien il était ennuyeux à préférer regarder un film seul dans la tanière plutôt que de boire ici, avec nous. Il est plutôt mignon, pourquoi est-ce qu'il reste dans son coin ?

Madge se gratte le nez.

_S'il te plait, ne dit pas qu'il est mignon. C'est déjà assez pénible quand tu dis que Ryan l'est.

Johanna l'ignore, et se tourne vers Ryan, qui boit sa bière sans commentaire.

_Il a déjà embrassé une fille ? Il a quel âge ? Il ne devrait pas être en train de peloter une fille ? De sortir avec quelqu'un ? Ou alors, il est gay ? J'ai rien contre hein, mais, tu sais ?

Ryan regarde sa petite amie avec un air las, et même dans la pénombre de l'incendie, je le surprends à froncer les sourcils. Je ne sais pas si c'est parce qu'elle est un peu ivre ou si c'est pour ce qu'elle vient d'insinuer. C'est peut-être un peu des deux. Il soupire, se forçant à rire :

_Il a seize ans. Il va bien. Tout le monde ne perd pas sa virginité au lycée tu sais.

Johanna ne semble pas gênée par son commentaire qui la vise très clairement. En fait, je ne suis pas entièrement sûr qu'elle l'ai entendu, parce que son attention est focalisée sur moi.

_Toi, dit-elle, plissant les yeux. Tu devrais l'embrasser.

Mes yeux s'écarquillent, et je recrache ma bière, raclant ma gorge en même que Madge laisse éclater son mécontentement.

_Quoi ?! Non mais arrête Jo. T'es crade.

_Allez, tu es censée être courageuse. Si tu es capable d'attraper une souris, tu peux bien embrasser un mec. Fais lui voir ce qu'il rate.

Soudain, je regrette de mettre portée volontaire il y a deux nuits, pour piéger une souris dans une tasse après que tout le monde ait hurlé autour de la table, quand nous jouions au rami. Si j'avais su que mon héroïsme m'aurait désigné comme volontaire pour coller mes lèvres à celles de Peeta, j'aurais laissé tout ce petit monde pleurer à la vue de cette inoffensive souris.

Mais Ryan, la voix de la raison, vient à mon secours.

_D'accord, tout d'abord, je pense que vous êtes complétement bourrées, dit-il en prenant la bière de la main de sa petite amie. Deuxièmement, arrêter d'essayer de caser mon petit frère. Et Katniss. C'est bizarre.

Il secoue la tête et sirote sa propre bière avant de murmurer quelque chose :

_D'ailleurs, ce n'est pas courageux. C'est juste nul.

Je tourne la tête en direction de Ryan, et je plisse le front. Qu'est-ce que ça veut dire? Même si je sais un peu ce qu'il veut dire. Tout le monde sait ce qu'il veut dire, surtout grâce à Madge, qui aime narguer Peeta sur les sentiments qu'elle pense qu'il a pour moi. Il pourrait en avoir réellement, si j'en juge par la façon dont je le surprends parfois à me regarder fixement, avant qu'il ne fasse virevolter ses cils blonds et ses yeux bleus plus loin, comme si il se sentait coupable de quelque chose. Mais je l'ai toujours repoussé, le considérant comme quelque chose d'inoffensif, comme si toutes les grandes sœurs avaient pour habitudes de taquiner leurs petits frères de la sorte. Ryan me regarde quand il comprend que je sais ce qu'il veut dire, et mes joues se colorent. Je suis heureuse de me trouver dans la pénombre pour que personne ne puisse me voir. Et puis, plutôt que d'alimenter la discussion, je reste polie et finie le reste de ma bière, prête à me sauver.

Après un moment calme, Johanna reprend la parole, faisant rouler ses yeux sur nous tous.

_Très bien. Eh bien on peut au moins aller lui dire de rejoindre la civilisation. Quoi qu'il fasse ça peut bien attendre. J'aimerai bien lui poser des questions.

Même si le plan de Johanna pour faire venir Peeta m'inquiète, lui demander de venir nous rejoindre à l'extérieur est une chose que je peux réellement faire. Et cela pourrait me permettre de leur fausser compagnie, la situation actuelle me mettant mal à l'aise.

_Ok, dis-je, comme si cela n'était pas important. Et parce que cela ne l'est pas. Même si je sens trois paires d'yeux me suivre tout au long du chemin du retour pour aller vers la maison.

Quand je me rapproche, je vois une lueur bleuâtre à travers la fenêtre, ce qui me confirme que Peeta regarde bien la télévision. J'entre par la porte arrière, tranquillement, et si Peeta me remarque de là où il est installé, il ne dit rien. Je peux le voir de là où je me tiens, près du comptoir de la cuisine, où je me verse un verre d'eau. Ses pieds sont posés sur la table basse en face de lui, et je reconnais immédiatement le film qu'il regarde « Il faut sauver le soldat Ryan ». La maison semble vide depuis que M. et Mme Mellark sont allés se coucher il y a plus d'une heure. C'est calme, on entend que le bruit du film, qu'il regarde avec un volume plutôt faible, probablement par respect pour ses parents.

Je sirote mon verre d'eau avant de faire quelques pas dans sa direction.

_Tu devrais venir dehors, je lui dis. Te joindre à la soirée.

_Ouais, mais non merci, dit Peeta qui ne prend pas la peine de quitter l'écran de télévision du regard, alors que je m'approche du canapé.

Sans me décourager, je m'affale à côté de lui.

_Quoi, tu es trop bien pour venir avec nous c'est ça?

Il me regarde, l'air beaucoup moins intéressé par ma présence que ce que j'aurais pu penser. Il se redresse un peu en retirant ses jambes de la table basse, pivotant un peu sur lui-même pour se tourner légèrement vers moi. Il hausse les épaules, inexpressif.

_J'ai pas envie, c'est tout.

Je soupire, et m'affale un peu plus en arrière dans les coussins, et place mes jambes sous moi.

_Ouais, bah, je te blâme pas, je lui dis avec un petit sourire. Mais tu nous manques beaucoup.

Cette phrase pique alors son intérêt.

_Qu'est-ce que vous faites là-bas alors ?

_On boit, dis-je en haussant les épaules. Je prends une gorgée de mon verre d'eau, elle est particulièrement fraiche après mes deux bières, et je repose le verre sur la table en face de moi.

Peeta tourne la tête en direction de la télévision.

-Donc, t'es bourrée.

_Non, dis-je en me moquant, et lui poussant légèrement le bras.

Et je ne peux pas être ivre, mais apparemment j'étais peut être un peu légère quand j'ai pensé que bousculer un peu Peeta serait une bonne idée. Il me regarde, et je peux lire la surprise sur son visage. Je laisse tomber ma main de son bras avec un air penaud, alors que je sens mes joues me brûler.

_Désolée.

Mes excuses le font sourire, ce qui me soulage.

_Attention, prévient-il. Tu vas renverser le pop-corn.

Je jette un coup d'œil au bol sur ses genoux, à moitié rempli de petits grains blancs, qui n'avait aucune chance de se renverser suite à ma légère poussée. Je lui tire la langue et plonge ma main pour lui voler une poignée de pop-corn et commence à manger. Peeta me regarde alors avec curiosité. Ses cheveux blonds sont doux contre son front, et ses taches de rousseur sur le bout de son nez sont plus nombreuses que jamais, révélées par cette semaine de soleil.

_Donc, si la fête se trouve dehors, qu'est-ce que tu fais là, avec moi ?

A part lui demander de nous rejoindre, je ne sais pas. Et il m'a déjà dit qu'il ne viendrait pas alors sa question est valable. Mais pour une raison que j'ignore, je ne suis pas pressée de le quitter.

_J'ai faim, dis-je, atteignant le bol et prenant une nouvelle poignée de pop-corn, plus grande.

Il m'observe, dubitatif et amusé.

_Quand est-ce que tu n'as pas faim ?

Je ris en fronçant le nez et enfourne délibérément tout le pop-corn dans ma bouche. Peeta rit, en secouant la tête.

_Tu veux que je te laisse ?, je lui demande en mâchant, un petit sourire en coin. Je fais semblant de ne pas remarquer que ses joues se colorent, et la façon dont il pince ses lèvres quand il me regarde. Il exhale, en haussant les épaules.

_Tu peux rester, dit-il simplement. Mais je regarde un film alors mâche en silence.

_Oui, monsieur, je hoche la tête, avalant ma nourriture en reprenant une poignée de pop-corn, et feignant de ne pas remarquer quand il sursaute quand mon bras frôle son corps. Je jette un peu plus de grains dans ma bouche, et les mâche lentement. Comme ça ?

Peeta roule des yeux, mais son sourire me dit qu'il est plus amusé qu'agacé. Et tout le reste – comme le fait qu'il essuie ses paumes contre son short de sport deux fois, et la façon dont ses yeux continuent à se précipiter dans les miens - me montre qu'il n'est pas ennuyé du tout.

_C'est parfait !, me dit-il avant de prendre une poignée de pop-corn.

Je souris et me détend dans mon siège, et cette fois, quand mes épaules touchent les siennes, il ne bronche pas.

Nous regardons le film tranquillement mais je n'y prête pas vraiment attention parce que je ne peux pas m'enlever les mots de Johanna de ma tête. Je me sens tellement stupide. Je n'ai jamais pensé à Peeta comme quelqu'un d'autre que le petit frère de Madge qui nous ennuyait toujours.

Mais maintenant, avec Johanna qui le trouve mignon et qui met en tête de l'embrasser, c'est différent. Il n'est plus le petit frère impopulaire de Madge. C'est Peeta, qui est âgé de seize ans et qui a seulement onze mois de moins que moi. Et il est assis à côté de moi sur le canapé, et je me sens nerveuse.

Et le regard que m'a lancé Ryan qui m'a confirmé que Peeta était amoureux de moi ne m'aide pas, parce que je commence à penser que j'aime bien cette idée, bien que ce n'en soit pas une bonne. Je suis amie avec sa sœur. Je suis amie avec sa grande sœur. Qui me tuerait probablement et lui aussi, si quelque chose se passait entre nous. Mais je ne peux pas m'empêcher de le regarder -les traits de son visage- en me demandant comment je n'avais pas pu le remarquer avant.

_Qu'est-ce qu'il y a ?, me demande-t-il, me prenant sur le fait, à compter les taches de rousseur sur son nez.

Onze. Ma poitrine se resserre, et je me fige. Je n'ai pas de réponse pour lui.

Mais ses yeux se verrouillent aux miens, et rien de tout cela ne semble avoir de l'importance.

Peut-être que je suis folle, et peut-être même c'est du suicide, mais je me penche et embrasse Peeta à pleine bouche. Je sens sa surprise lorsque je presse mes lèvres contre les siennes, et que je pose maladroitement mes mains contre son torse, caressant doucement le coton de son t-shirt, pensant peut-être inconsciemment qu'il pourrait brusquement se sauver si je ne le retenais pas. Mais sa bouche commence à se déplacer contre la mienne, douce et souple. Ce n'est pas un long baiser. Mais c'est un baiser agréable. Assez bien, et cela me fait réaliser que je n'avais jamais embrassé un garçon ou ressenti de telles choses auparavant, parce que je ne reconnais pas la chaleur que je ressens dans le creux de mon estomac ou dans le bout de mes doigts et de mes orteils.

Peeta recule, ses yeux bleus capturant les miens, plein de surprise, de confusion, et d'émerveillement.

_Qu'est-ce que... c'était quoi ça?

Je regarde en arrière, ignorant quoi répondre. Je n'ai aucune idée de ce que c'était.

_Je... je... je...

_Tu sais quoi ? Je m'en fiche.

Et puis les mains de Peeta encerclent mon visage, et ses lèvres capturent à nouveau les miennes...

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