Première des deux fins que j'ai imaginées à cette histoire.
C'est Peter qui se réveille le premier.
Aux premières heures du matin, Peter fut le premier à se réveiller. Avant même d'ouvrir les yeux, il sut que quelque chose n'était pas comme d'habitude. C'était mieux. Beaucoup mieux. La première sensation qu'il ressentit fut un intense bien-être. Il se sentait détendu, en paix. A sa place.
La deuxième sensation fut qu'il n'avait pas dormi aussi bien depuis longtemps. Il se sentait reposé, alors qu'il n'avait dormi que quelques heures. Mais ça avait été un sommeil réparateur. Juste ce qu'il lui fallait pour repartir du bon pied.
Une fois qu'il eut analysé ces impressions, il comprit enfin leur raison. Tout lui revint. Il était chez Olivia. Dans son lit. Et c'est elle qu'il tenait serrée contre lui comme une peluche. Il se remémora les évènements qui les avaient amenés à cette situation. Bon sang. Avait-il vraiment craqué comme un enfant dans ses bras ? Mais il chassa ce souvenir, se concentrant sur l'instant présent. Il prit de grandes inspirations par le nez et respira avec bonheur les effluves floraux des cheveux d'Olivia dont les pointes lui chatouillaient le visage. Il écouta sa respiration lente et régulière, indiquant qu'elle dormait profondément et paisiblement. Il apprécia la chaleur agréable de son corps souple blotti contre le sien. Il prit plaisir à la sentir totalement en confiance, abandonnée entre ses bras. Sa longue silhouette fine était incurvée de sorte qu'elle s'adaptait à la perfection à sa propre position. S'étaient-ils vraiment endormis ainsi ? Etait-ce Olivia qui s'était rapprochée de lui ou lui qui l'avait amenée plus près ? Peut-être les deux. Et honnêtement, peu lui importait la réponse.
Il se résigna alors à ouvrir les yeux, prenant le risque de voir disparaître tout le bénéfice de ce réveil. La première chose qu'il vit, fut une cascade de cheveux blonds sur l'oreiller. Il ne put résister à la tentation d'y plonger son nez, tout en prenant garde de ne pas trop remuer. Il ne voulait pas la réveiller. Le soleil se levait à peine. Les premiers rayons diffusaient une douce lumière à travers les rideaux de la fenêtre. La pièce était encore plongée dans une semi-pénombre, mais il pouvait aisément distinguer ce qui l'entourait.
D'un geste lent, il leva la tête pour mieux observer le profil d'Olivia. Malgré l'angle sous lequel il la voyait, il put constater comme ses traits semblaient détendus. Sans ces petits plis qui crispaient habituellement son visage quand ils enquêtaient sur des affaires impliquant des victimes. L'image était surfaite, mais elle ressemblait à un ange. La comparaison lui amena le souvenir de leur presque baiser de la soirée précédente. Il soupira doucement. Ce n'était visiblement pas le moment pour eux. Et il ne put s'empêcher de penser que ce n'était pas le fruit du hasard qu'il se réveille le premier.
Retenant un nouveau soupir de frustration, il laissa enfin la voix de la raison parler librement dans sa tête, jusque là bridée par lui depuis l'instant où il avait compris où il était.
Alors, tous les moments clés de cette soirée envahirent sa tête. L'évocation de la naissance de Rachel et l'instinct de protection développé par Olivia. Sa propre confidence sur sa mère. Le baiser manqué par le retour du courant. Son cauchemar et la peur panique de la blesser. La façon admirable dont elle l'avait réconforté. Leur discussion avant de s'endormir.
Cette dernière partie était la plus floue. Il se rappelait lui avoir dit qu'il faisait des cauchemars toutes les nuits et qu'elle lui avait répondu qu'elle avait confiance en lui. Il se remémorait l'intense soulagement de l'entendre dire ces mots. Ensuite, elle avait dit quelque chose. Il ne se souvenait plus vraiment, mais il avait le sentiment que c'était important. Il plissa les yeux, tâchant de faire revenir les souvenirs. Il lui sembla vaguement qu'elle avait parlé du fait qu'elle n'avait pas pu résoudre à tirer sur lui.
Peter, ce que j'essaie de te dire, c'est que je n'ai pas pu tirer parce que c'était toi.
Les mots résonnèrent soudain dans sa tête. Avait-elle vraiment prononcé ces mots ? Il n'arrivait pas à en être sûr. Mais ce n'était qu'une raison de plus de s'esquiver rapidement.
Il savait que le mieux pour tous les deux, était qu'il s'éclipse maintenant. Avant qu'elle ne se réveille et qu'ils ne soient face à une situation gênante. Telle qu'il la connaissait, elle regrettait certainement les confidences qu'elle lui avait faites et serait embarrassée de se réveiller dans le même lit que lui. Cela même si ç'avait été en tout bien tout honneur. Quant à lui, il se sentait contrarié qu'elle ait assisté à sa crise de panique nocturne, consécutive aux cauchemars qui le hantaient depuis l'incident. La meilleure solution était de partir dès maintenant, évitant à l'un comme à l'autre d'avoir à se justifier sur la tournure des évènements de la veille. Et pour échapper à une conversation des plus gênantes qui, il le pensait, ne pouvait pas aboutir sur quelque chose de positif. Et lundi, quand ils se verraient, le quotidien reprendrait le dessus. Comme si cette soirée n'avait jamais eue lieu. C'était l'aparté dont ils avaient besoin pour repartir sur de bonnes bases, après l'histoire du virus. Un instant de sincérité et d'échange, qui sonnait comme un rêve éveillé, et dont ils ne parleraient plus. Retour à la normale.
Résigné, il resta pourtant immobile quelques secondes supplémentaires. Enregistrant toutes les sensations qu'il ressentait durant cet instant volé. Imprimant les sentiments de bien-être et de paix dans sa tête. Enfouissant précieusement les souvenirs de ce réveil qu'il craignait de ne plus jamais connaître.
Enfin, il esquissa un mouvement pour libérer son bras bloqué sous l'oreiller d'Olivia. C'est seulement à ce moment qu'il réalisa qu'il était engourdi. Et pourtant, il aurait supporté cette désagréable sensation pendant des heures, rien que pour avoir le plaisir de la sentir contre lui quelques secondes de plus. Centimètre par centimètre, avec une infinie précaution, il récupéra son bras. Lentement, avec regrets, il ôta l'autre de la taille d'Olivia et délaça ses jambes des siennes. Elle remua légèrement mais ne sembla pas se réveiller. Il souleva délicatement les couvertures pour ne pas faire d'appel d'air et s'extirpa enfin des draps qu'il replaça autour de son corps. Un frisson désagréable l'envahit quand il posa ses pieds sur le sol. De froid ? De manque d'elle ?
Il ne se permit pas de la regarder dormir, sachant qu'il serait incapable de résister à la tentation de la rejoindre à nouveau, envoyant valser toutes ses bonnes résolutions. Au risque de rester jusqu'à son réveil et de devoir avoir cette conversation dont il craignait qu'elle altère leurs relations actuelles. Avant de changer d'avis, il sortit de la chambre et alla récupérer le reste de ses vêtements dans la chambre de Rachel. Il s'habilla rapidement. Mais au lieu d'aller au salon enfiler son manteau, ses pas le ramenèrent directement vers la silhouette endormie qu'il brûlait de serrer de nouveau contre lui. Il fit le tour du lit, incapable cette fois, de résister à la tentation de graver dans sa mémoire, le souvenir de cet ange abandonné dans son sommeil.
Elle respirait calmement, sa poitrine se soulevant lentement au rythme de ses inspirations, dessinant un mouvement doux et régulier sur les couvertures qui la recouvraient. Il constata qu'elle avait remué le temps qu'il s'habille. Elle se tenait désormais en chien de fusil, comme pour compenser l'absence de son étreinte. Il sourit devant cette image. Il reporta son attention sur ses mains délicates qui dépassaient des draps. Il se remémora le sentiment de bien-être qui l'avait gagné quand elle les avait posées sur ses joues pour l'aider à se calmer.
Ses yeux remontèrent le long de son cou gracieux. Il se retint d'y poser le bout des doigts pour y sentir la douceur de sa peau. Il suivit le contour de sa joue, brûla d'envie quand son regard se posa sur ses lèvres délicates et dut se forcer à lever les yeux vers ses paupières closes. Elle semblait si paisible et détendue. Il enregistra son visage serein dans les moindres détails.
Il ne put faire autrement que se pencher vers elle et de passer une main dans ses cheveux. Incapable de résister, il déposa un léger baiser sur sa tempe. Il s'attarda une seconde de plus que nécessaire, avant d'approcher ses lèvres de l'oreille de la jeune femme.
« Merci, Olivia », murmura-t-il de façon à peine audible, avant de quitter rapidement la pièce à pas feutrés.
Elle ouvrit les yeux à l'instant même où il disparaissait dans le couloir. Malgré tous les efforts qu'il avait déployés pour se glisser hors du lit silencieusement, il l'avait réveillée. Ou plutôt le vif sentiment de manque qu'elle avait ressenti dès qu'il avait posé un pied à terre. Curieuse, elle avait attendu et écouté ce qu'il avait fait. Instinctivement, elle s'était mise en position fœtale, ramenant ses genoux contre sa poitrine pour réprimer les frissons que l'absence du corps de Peter contre le sien avait provoqués. Elle avait refermé ses yeux quand elle l'avait senti approcher d'elle, se demandant ce qu'il allait faire. Elle était parvenue à rester impassible quand elle avait senti son souffle chaud contre sa joue. Puis ses lèvres, à la base de ses cheveux. Elle avait senti l'attardement de sa bouche sur sa tempe. Mais c'est surtout le « merci » qui l'avait surprise. Alors qu'il repartait, elle se demanda, si tout comme elle à l'instant, il n'avait pas feint le sommeil et capté les mots qu'elle lui avait dits.
C'est sur cette pensée qu'elle ouvrit à nouveau les yeux et fixa les rayons de lumière qui filtraient par les rideaux de sa fenêtre. La luminosité transperça les fibres colorées du tissu, provoquant un effet lumineux presque irréel sur le plafond de sa chambre. Tel un arc-en-ciel. L'espace d'une seconde. Puis, la pénombre revint dans la chambre. A l'extérieur, elle entendit le vent souffler violemment, émettant des sifflements grinçants contre la fenêtre. Sans même la voir, elle comprit que la neige tombait à nouveau, s'abattant férocement à la lueur de l'aube naissante. La nature montrait l'une de ses facettes les plus farouches et pourtant un sourire paisible étira les lèvres d'Olivia. Un sourire pour une larme. Le sourire d'un ange.
Peter quitta l'appartement le cœur léger, avec la certitude qu'il ne serait plus hanté par ses démons dans les nuits à venir. Olivia avait su trouver les mots et les gestes pour le guérir de la peur qu'il avait développée à l'idée de lui faire du mal. Sa confiance, son abandon total dans ses bras, l'infinie douceur qu'elle lui avait témoignée, étaient les ingrédients du remède dont il avait eu désespérément besoin pour soulager ses maux. Elle avait pansé les blessures de son cœur. Mais après tout, n'était-ce pas normal ? Il le lui avait offert depuis longtemps et elle en connaissait les mécanismes comme personne. Elle seule, en avait trouvé la clé et il devait admettre que le hasard faisait bien les choses, car elle était certainement la seule à qui il le laissait volontiers.
Il descendit l'escalier de son immeuble d'un pas léger et se mit à marcher dans les premières lueurs de l'aurore qui pointait à peine. Il remonta le col de son manteau pour se protéger de la brise matinale qui fouettait son visage, avant de mettre ses mains dans ses poches. Malgré la température glaciale et les flocons de neige qui se posaient sur ses cheveux, fondant désagréablement au contact de sa chaleur, il ne sentit pas la morsure du froid sur sa peau. Alors qu'il marchait, une percée dans les nuages laissa passer les rayons lumineux du soleil levant. Un arc-en-ciel se dessina sous ses yeux, éclatant et majestueux. Le temps d'une seconde. L'avait-il rêvé ?
Les nuages reprirent leurs droits dans le ciel, interdisant subitement le passage des faisceaux de lumière. Ils disparurent aussi vite qu'ils étaient apparus. La neige redoubla d'intensité et des bourrasques de vent firent tournoyer virulemment les flocons cristallisés. Ils virevoltèrent rapidement, comme suspendus dans les airs, avant de venir finalement s'ajouter à la couche blanche déjà existante. La nature s'exprimait dans toute sa puissance et pourtant un sourire authentique se dessina sur les lèvres de Peter. Un sourire pour une larme. Le sourire d'un ange.
