Bonjour à tous! Voici le tant attendu (je blague) chapitre deux. Je voulais le poster plus tôt dans la journée mais j'ai oublié. Désolée.

Bonne lecture!


Chapitre II - "Ciel d'orage"

Allongé dans son lit, les jambes croisées, Kanda tenait entre ses mains le rapport de sa future mission avec Allen. Ils partaient demain en bateau pour l'Angleterre, un pays dans lequel il n'avait encore jamais mis les pieds. De toute façon, il s'en fichait. Pour le moment, il était trop occupé à râler intérieurement du fait que sa mission se déroule avec le nabot et pas en solo comme il l'avait espéré. Sérieusement, il était bien assez fort pour s'en charger tout seul. En plus, de ce qu'il lisait, ça n'avait pas l'air si terrible.

D'après ce qu'il avait sous les yeux, il y avait une concentration d'Akumas au niveau d'un bled assez reculé et perdu au Sud du pays, dans le comté du Dorset. Le village, Shaftesbury, semblait cependant lui aussi ne pas être tout à fait net. Sur le rapport, il pouvait lire que les habitants étaient plutôt sauvages et ne juraient que par l'église du village et son prêtre qui y donnait des sermons à longueur de journée, et même de nuit.

Le japonais passa une main sur son front, ébouriffant sa frange en poussant un soupir agacé. Des sermons même la nuit ? Il n'était pas un as en catholicisme, mais ça semblait un peu tiré par les cheveux. Les habitants de ce village devaient seulement être un peu perchés, rien de grave de toute façon. Ils n'avaient qu'à dézinguer les Akumas qui traînaient dans le coin, récupérer l'Innocence si Innocence il y avait et se barrer pour rentrer aussitôt. Rapide et efficace. Balançant la paperasse au bord de son lit, le jeune homme s'étira et s'allongea, croisant les bras derrière sa nuque, fixant le plafond. Demain, ils se rendraient au port pour prendre le bateau en direction de la péninsule anglophone. Perdu dans ses pensées, il tourna longtemps avant de pouvoir trouver le sommeil, ce qui le rendrait sûrement d'humeur massacrante au réveil, pour le plus grand bonheur de son camarade qui aurait à se le coltiner pendant une longue traversée de la Mer du Nord.

§

Tôt le lendemain matin, les deux exorcistes se tenaient prêt pour le départ, leurs vestes sur les épaules et leurs valises à la main. Embarquant dans le petit canot accompagnés du Traqueur qui irait avec eux jusqu'au port, ils s'installèrent face à face, s'ignorant royalement après s'être vivement engueulés, comme d'habitude, dès qu'ils s'étaient retrouvés. Le court trajet en barque se fit dans le plus grand des silences, seul le bruit de l'eau qui glissait le long des planches de bois berçait l'atmosphère sombre qui pesait sur eux.

Allen se tenait le visage dans les mains, les coudes sur les genoux et les yeux inconsciemment rivés sur son camarade de fortune. L'Angleterre… Sa terre natale. Depuis qu'il était arrivé à l'Ordre, il n'y avait pas remis les pieds. Il se sentait envahi par les nombreux souvenirs qu'il gardait de sa jeunesse, lui laissant souvent un arrière goût amer de regret et de mélancolie. Il poussa un long soupir, fermant les yeux, et lorsqu'il les ré-ouvrit, le japonais était tourné en face de lui. De son regard mauvais qui ne le quittait pas, il ouvrit la bouche d'un air peu avenant :

« Tu vas pas t'y mettre, Moyashi. T'as intérêt à prendre ton mal en patience, je veux pas t'entendre souffler pendant toute la traversée. »

Renfrogné, Allen, qui n'avait pas l'intention de se laisser faire par cette grande perche au caractère de cochon, lâcha avec une irritation non contenue :

« Je souffle si je veux. Tu vas quand même pas me dire que ça te pose un problème ? T'es vraiment grave, Kanda. »

Alors que l'asiatique s'apprêtait à lui répondre, ils sortirent du couloir sombre des dessous de la Congrégation, débouchant dans les sillons d'une ville de Scandinavie où le QG se situait.

L'embarcation fila rapidement entre les canaux sinueux, pendant que la leur du jour qui se levait à peine venait glisser sur les murs et les rues, les tintant d'une lumière orangée. Le ciel était vierge de tout nuage, et cette journée s'annonçait encore plus chaude que la précédente. Un enfer lorsque les exorcistes devaient garder sur eux leurs uniformes épais sous lesquels ils cuisaient littéralement. Mais pour le moment, la matinée était encore fraîche. Allen regardait autour de lui, attentif, ayant soudainement oublié son altercation avec l'autre garçon. Cela faisait certes près d'un an qu'il avait rejoint l'Ordre, mais il avait rarement l'occasion de descendre en ville, ne serait-ce que pour s'amuser. Après tout, à part faire la tournée des bars avec Lavi, il n'y avait pas grand-chose à voir. Et comme l'alcool n'était pas son fort…

De longues minutes plus tard, le Traqueur fit ralentir la barque, l'amarrant au bord de la rive. Ils étaient arrivés au port. Habituellement, lorsqu'ils partaient en mission, ils quittaient rarement le continent et se rendaient sur les lieux en train, mais il arrivait qu'il leur faille prendre le bateau lorsqu'il se rendait sur des îles inaccessibles autrement que par voie maritime. Posant un premier pied à terre, le jeune symbiotique observait les alentours avec toujours autant d'attention. Il ne s'était jamais aventuré près du port de la ville, bien qu'il lui soit arrivé de prendre le bateau quelques fois. Kanda lui, semblait tout à fait indifférent et descendit de la petite embarcation sans même saluer le Traqueur, se dirigeant vers un gros ferry amarré quelques mètres plus loin. Le voir agir de la sorte exaspérait au plus profond l'anglais qui poussa un deuxième soupir -heureusement, Kanda était trop loin pour l'entendre- et se tourna vers l'homme pour le remercier. Il empoigna sa valise, posa son deuxième pied sur le sol et emboîta le pas à l'asiatique qui montait déjà sur le navire.

C'était un bateau immense. À bord, des centaines de personnes embarquaient également, des familles pour la plupart. Sûrement prenaient-ils des vacances bien mérités maintenant que les journées devenaient plus clémentes. Allen se laissa encore une fois distraire, les yeux posés sur un couple et leurs deux enfants, qui semblaient si heureux qu'il aurait pu en oublier le mal du monde pendant un instant. Une famille aimante… Non, il ne devait plus y penser, ressasser tout ça n'avait aucun intérêt. Il se retourna et se dirigea vers son partenaire, accoudé sur le pont, fixant la mer. Le bateau n'avait pas encore démarré, quelques retardataires se pressant encore pour y embarquer. Le symbiotique se plaça aux côtés du japonais, s'accrochant aux balustrades. Sans un mot, il se mit à fixer les horizons, tentant de se changer les idées. L'asiatique tourna un œil vers lui mais ne fit aucun commentaire. Tant qu'il avait la paix, il pouvait tolérer la proximité avec un de ses coéquipiers… Seulement pour un moment, du moins.

Après quelques minutes, et alors qu'Allen se retrouvait maintenant les bras croisés sur les barres et la tête posée dessus, l'air rêveur, le bateau se mit soudain à bouger, parcouru par une forte secousse qui fit sursauter l'anglais alors qu'il s'agrippait de nouveau à ce qu'il pouvait trouver. Toujours à ses côtés, immobile, Kanda le toisa avec rictus sournois :

« J'espère que t'as pas le mal de mer, au moins, nabot.

-Je t'emmerde ! » Râla Allen, grossier, les sourcils froncés, honteux de s'être fait surprendre par un simple remous.

Kanda se retourna vers la mer, son sourire toujours aussi mauvais accroché aux lèvres. Décidément, il ne manquait pas une occasion pour se foutre de lui. Le fixant quelques secondes tout en le maudissant sur plusieurs générations, Allen finit par décrocher et s'en alla pour rentrer à l'intérieur. S'asseyant sur un des rares canapés libre, tous occupés par les voyageurs, il appuya son dos contre le dossier en soufflant. Il n'était pas très à l'aise. En effet, il supportait mal les trajets en bateau… Il espérait que la traversée se passerait quand même sans encombres, après tout, il avaient deux milles kilomètres à s'enquiller d'un coup, ce qui s'annonçait plutôt long. Le voyage durerait quatre jours, et honnêtement, le jeune homme avait hâte d'arriver. Il n'avait jamais pris le bateau pour un temps aussi long et appréhendait un peu. De plus, on ne pouvait pas dire qu'il pouvait compter sur le soutien de son partenaire.

§

Alors que la nuit commençait à tomber, le soleil s'étant évanoui à l'horizon depuis plusieurs minutes déjà, un vent froid empli d'effluves marines se mit à souffler sur le pont. Kanda, qui y avait passé un bon moment, les yeux rivés sur l'eau, sentait ses longues mèches de cheveux battre sur son visage. Il s'y trouvait maintenant seul, la plupart des passagers étant déjà rentrés pour dîner ou même se coucher, pour les plus épuisés d'entre eux. S'accoudant dos à la mer, il passa une main dans sa longue chevelure pour défaire sa queue de cheval. Il poussa un léger soupir de bien être, sentant la pression qui tirait sur son crâne se relâcher. Les alentours étaient calmes et silencieux, seul le bruit des vagues qui venaient mourir contre la coque du ferry se faisait entendre.

Kanda avait souvent pris le bateau pour partir en mission, il était à l'Ordre depuis si longtemps que c'était presque aussi courant pour lui que de prendre le train, et aussi étonnant que cela puisse paraître, il préférait voyager par voie maritime. Un espace plus grand qu'une ridicule cabine dans un wagon lui permettait de se sentir moins enfermé. Et la mer était apaisante. Une étendue d'eau immense, bercée par le flot des vagues, sombre et envoûtante. Il aurait pu rester sur le pont pendant de longues heures encore, mais le vent souffla de nouveau, plus persistant cette fois, et il devenait glacé. La chaleur de la journée avait définitivement disparue pour laisser place à une nuit trop fraîche pour rester plus longtemps à l'extérieur. Posant une dernière fois son regard sur l'eau qui s'étendait devant lui à perte de vue, il retourna à l'intérieur. Balayant la pièce du regard à la recherche de son nabot de coéquipier, il l'aperçut, allongé sur un des canapés, un bras replié couvrant son visage. De son autre main, il serrait le tissu rouge du sofa. Kanda haussa sourcil. Pourquoi se tenait-il dans cette position ? Plus par obligation qu'envie, il s'approcha de lui, lâchant sans douceur :

« Hé, Moyashi. Tu nous fais quoi, là ? »

Dans un gémissement à peine étouffé, Allen se redressa sur un coude, levant les yeux sur celui qui se trouvait en face de lui. Poussant un soupir, il s'assit et passa une main sur ses yeux.

« Rien. J'ai rien. Et c'est Allen. »

Kanda le fixait toujours. La peau d'Allen était bien plus pâle qu'à l'accoutumée, et il ne fallut pas longtemps à l'épéiste pour le remarquer.

« T'es bizarre. Me dis pas que tu te sens mal ? »

Touché. Allen se raidit, gardant le regard rivé sur ses pieds.

« J'ai rien, j'te dis. Et depuis quand ça te préoccupe, de savoir comment je vais ? »

Soudain, le bateau fut secoué par une vague plus forte que les autres. Retenant un haut le cœur, le jeune anglais posa une main sur sa bouche, le buste penché en avant. Kanda recula d'un pas, et lâcha, dans un soupir exaspéré :

« J'y crois pas. T'as vraiment le mal de mer... »

Allen restait muet. Il n'avait pas vraiment envie de se prendre la tête avec l'autre pour ça. Là, maintenant, il avait plutôt une furieuse envie de vomir. Voyant son manque de réaction, le japonais leva les yeux au ciel avant de lâcher, l'air contraint :

«Tu vas pas rester là, Moyashi. »

Et passant un bras autour de la taille d'Allen, il l'aida à se relever, à la plus grande surprise de ce dernier qui tituba alors que l'autre le soulevait, lâchant un hoquet de surprise :

« Kanda ? Tu fais quoi, là ? Lâche-moi !

-Je t'emmène dans notre cabine. J'fais pas ça pour toi, rentre toi bien ça dans la tête. J'ai juste pas envie que tu refasse le canapé avec tes restes. Accroches-toi. »

Mal à l'aise, Allen sentit ses oreilles chauffer. Il n'était pas un enfant, il était encore capable de se retenir, quand même. Et il avait sa fierté ! Mais les remous et les balancements du ferry le faisaient définitivement se sentir mal. Sans répondre, il s'appuya sur Kanda, marchant fébrilement jusqu'à la cabine qui leur était réservée.

§

Allen se laissa tomber sur le lit, épuisé. La nausée était encore bien présente, si bien qu'il respirait plus fort. Il avait chaud, et se sentait définitivement mal, le léger malaise de tout à l'heure était maintenant bien plus présent. Il allait passer une nuit d'enfer. Il n'avait même plus assez de forces pour retirer ses bottes, et enfonça son visage dans l'oreiller essayant tant bien que mal de camoufler son trouble auprès de son partenaire. Mais ce dernier n'était pas dupe, il s'assit sur le lit d'en face le fixant sans un mot. Sentant un regard peser sur lui, Allen se fit violence pour tourner la tête dans sa direction.

« Quoi ? Lâcha-t-il faiblement à l'encontre de son partenaire.

-Rien. Tu vas rester comme ça ? Questionna le japonais sans avoir vraiment l'air concerné.

-Je me sens top mal… Répondit quand même Allen bien qu'ennuyé par la flegme de l'autre. Je vais essayer de dormir. »

Il lui tourna le dos, rabattant difficilement la couverture sur lui. Toujours immobile, le japonais le regarda faire sans sourciller. De toute façon, qu'Allen ait le mal de mer ou non lui importait peu. Au moins, comme ça, il resterait calme et lui foutrait la paix.

La nuit était déjà bien avancée quand Kanda poussa la porte de leur cabine. Il n'allait sûrement pas rester au chevet d'Allen, il était donc parti dîner et faire un dernier tour sur le pont. Maintenant, il se sentait lui aussi fatigué. Il fallait avouer que les longs voyages avaient comme un effet soporifique, et il se laissa lourdement tomber sur son lit, fixant le plafond comme il avait pris l'habitude inconsciente de le faire. Alors qu'il entendit à sa gauche une faible respiration, il tourna la tête pour voir ce qu'il en était de son camarde. Ce dernier dormait, enroulé dans ses draps, et son sommeil n'avait pas l'air trop agité. Tant mieux, pensa Kanda, il n'avait sûrement pas envie de s'occuper d'un gamin malade. Se redressant pour se déshabiller, il retira d'abord ses bottes, puis sa veste, avant de se mettre sous les draps à son tour. Une petite fenêtre ronde du côté du lit d'Allen laissait entrevoir la faible lumière de la lune qui se reflétait sur la mer, baignant la pièce dans une lueur pâle. Alors qu'il commençait à sentir le sommeil prendre possession de son corps, Kanda se demanda comment il ferait pour son entraînement quotidien pendant ces quatre jours qu'ils allaient passer sur le bateau. Il espérait trouver sur le ferry une quelconque salle où il pourrait au moins méditer… Et sur ces pensées, il s'endormit jusqu'au lendemain matin, lorsque les rayons du soleil auraient remplacé ceux de l'astre de la nuit, et les réveillerait encore une fois aux aurores.

§

Allen était assis sur son lit. Les cheveux en bataille et la chemise froissée, il passa une main sur sa tempe pour la masser. Une douleur lancinante lui traversait le crâne, et même s'il avait passé une nuit peu agitée, il se sentait toujours nauséeux. En face de lui, Kanda lui faisait dos, toujours endormi. Il devait être assez tôt, Allen pouvait voir à travers le hublot le ciel clair du jour qui se levait à peine. Leur cabine comprenait une petite salle d'eau individuelle, aussi il se fit violence pour se lever, essayant de s'y rendre laborieusement. Une fois à l'intérieur, il déboutonna sa chemise avec lenteur dans l'optique de prendre une bonne douche. Il espérait que ça le revigorerait et n'avait aucune envie de passer les trois jours de traversée restant dans cet état-là. Peut-être qu'il pourrait prendre quelque chose, un cachet contre ses maux de tête, au moins… Entrant dans la cabine, il alluma l'eau qui se mit à couler sur son visage et son corps. La fraîcheur lui redonnait un peu de vivacité et le fit soupirer d'aise.

Ressortant quelques minutes plus tard, une serviette autour de la taille, il ouvrit sa valise pour y attraper des vêtements de rechange. L'asiatique était toujours aussi paisiblement endormi, Allen entreprit donc d'aller faire un tour du bateau avec l'intention de se remplir la panse. Il n'avait pas mangé depuis qu'il avait quitté le QG, et ce n'était sûrement pas une petite nausée qui aurait raison de son appétit.

Ouvrant discrètement la porte de leur cabine et la refermant sans un bruit, il observa les alentours. Le ferry était plutôt spacieux, les couloirs recouverts d'une tapisserie rouge et or, et le sol tapissé d'une épaisse moquette pourpre. Hésitant pendant quelques secondes, il décida de prendre à droite, écoutant son piètre sens de l'orientation. Il déboucha sur le salon où il avait passé l'après midi la veille, et qui était peu rempli à cette heure matinale. Il s'approcha d'un stewart pour lui demander où est ce qu'il pourrait trouver le réfectoire, son ventre commençant à émettre des cris de famine trop peu discrets à son goût. Et une dizaine de minutes plus tard, il se retrouvait attablé, un copieux petit déjeuner trônant en face de lui. « Copieux » aurait certes été le mot juste s'il s'agissait d'une personne ayant un appétit normal, mais pour Allen, c'était très raisonnable en comparaison des quantités qu'il avait l'habitude d'avaler. Il avait devant lui une tasse de thé accompagnée d'un grand bol de chocolat, une baguette entière qui attendait de se faire tartiner de beurre et des différentes confitures qu'il avait à sa disposition. Une assiette d'œufs pochés et de bacon accompagnés de deux toasts grillés attendait sagement à sa droite, alors qu'à sa gauche se trouvait un imposant pichet de jus d'orange pressée. Sans plus attendre, le jeune homme se mit à table avant que ses nausées et ses maux de têtes ne reprennent le dessus. Il espérait seulement qu'il pourrait garder ce petit déjeuner et non pas le rendre plus tard si une vague secouait un peu trop le bateau...

Une fois qu'il en fut venu à bout, sous les regards surpris de quelques passagers qui se trouvaient dans le restaurant au même moment que lui, il se leva, prêt à se rendre sur le pont pour y profiter de l'air marin. Si le remous des flots le rendait mal, les effluves d'iodes et d'eau salée lui faisaient le plus grand bien. Par chance, ce matin, les secousses étaient moins fortes que la veille, et Allen pu se rendre à destination sans être obligé de s'appuyer contre les murs dès qu'une vague le secouait un peu trop. Une fois sur le pont, il reconnu de dos une silhouette qui lui était un peu trop familière. Kanda était déjà là, tourné vers la mer, au même emplacement que la veille comme s'il ne l'avait jamais quitté. Il ne savait faire que ça, ou quoi ? Repensant à la veille, d'ailleurs, Allen se dit qu'il devrait peut-être le remercier, ne serait-ce que pour l'avoir accompagné jusqu'à son lit… Il s'approcha de lui et prit une inspiration.

« Kanda. »

Le japonais tendit l'oreille, et tourna légèrement la tête pour avoir son interlocuteur en vue. Il avait bien moins mauvaise mine qu'hier.

« Encore en vie, Moyashi ?

-Oh, ça va… Commença à râler Allen, puis il se reprit : merci pour hier. »

Kanda sembla interloqué, et le fixa avec un air interrogateur. À la vue de son expression, le symbiotique s'empressa d'ajouter :

« Pour m'avoir aidé à aller jusqu'à la cabine. »

L'épéiste le fixa, restant silencieux peut-être une seconde de trop. Il reprit :

« Te méprend pas nabot, j'te l'ai dit. C'était juste pour pas que t'en foute partout au cas où t'aurais vraiment la gerbe. Compte pas sur moi pour te porter tous les soirs jusqu'à ta piaule. »

Allen laissa échapper un soupir agacé, serrant entre ses doigts les barres auxquelles il se tenait fermement. Kanda, ou la bonté incarnée. Mais au fond de lui une petite voix lui chuchotait que, venant du brun, le seul fait de ne pas l'avoir laissé agoniser sur un canapé était déjà pas mal.

§

Pendant les jours qui suivirent, la traversée fut semblable à la journée que les deux exorcistes venaient de passer. Le deuxième soir, Allen s'était de nouveau senti mal et s'était réfugié dans son lit, le ventre retourné par ces nausées insupportables. Les deux derniers jours de voyage avaient été moins éprouvants, le jeune homme commençant doucement à s'habituer aux remous. Étrangement, Kanda et lui ne s'étaient pas trop pris la tête, contrairement à leurs habitudes. Sûrement parce qu'ils n'étaient pas sans cesse l'un sur l'autre, Allen traînant du côté des cantines et Kanda fixant l'horizon passant le plus clair de son temps libre sur le pont, n'ayant pas trouvé de moyen de s'entraîner ou de méditer pendant la croisière.

Au matin du quatrième jour, on pouvait apercevoir depuis le pont la berge de la péninsule anglophone qui se trouvait quelques centaines de mètres en face d'eux. Soulagé, Allen regardait le rivage se rapprocher de plus en plus, se disant qu'il poserait bientôt un pied sur le sol. L'embarcation s'engagea dans la Tamise avant d'accoster au port de Londres, où tous les passagers finissaient leur voyage.

Un fois le ferry amarré et les portes ouvertes, la foule se pressa pour descendre à l'extérieur. Les exorcistes sortirent avec les derniers voyageurs qui formaient une foule plus calme. Une fois les deux pieds sur la terre ferme, Allen ne put s'empêcher de s'étirer, heureux de retrouver enfin le plancher des vaches. Kanda, lui, semblait n'en avoir rien à faire, comme à son habitude.

Alors que le jeune symbiotique regardait autour de lui, déjà emporté par l'ivresse de l'agitation de la ville, il fut durement rappelé à la réalité par le japonais qui lui lança avec froideur :

« Hé, Moyashi. Je te signale qu'on a un train à prendre, reste pas planté là à rêvasser. »

Allen se retourna vers lui, les sourcils froncés :

« Ça va Bakanda, je suis au courant. Et c'est Allen !

-Tch. »

Ah, oui, la répartie légendaire du brun. Allen leva les yeux au ciel en soupirant d'exaspération alors qu'ils se dirigeaient vers la gare, qui se trouvait près du port. Une fois sur le quai, les deux garçons patientèrent car le train avait du retard. Quoi de mieux pour les mettre d'encore meilleure humeur ?

Assis sur un banc à l'intérieur de la gare, le brun les bras croisés sur le torse et le regard mauvais, le blandin les coudes posés sur les genoux et la tête au creux de ses paumes, un air fatigué sur les traits, ils patientaient en silence, s'ignorant alors qu'ils se trouvaient à quelques centimètres l'un de l'autre. Allen ferma les yeux, soufflant silencieusement par le nez. Il était épuisé de la longue traversée en bateau qu'ils venaient de vivre, et maintenant, il devait patienter pour un train qui n'arrivait pas… Et avec Kanda, en plus. Il avait hâte d'arriver et d'en avoir fini avec les trajets interminables.

§

C'est une heure plus tard que les wagons se firent enfin entendre, leurs roues crissant sur les rails usés alors que le train s'arrêtait à quai. La deuxième partie de leur voyage serait bien plus courte que la précédente : ils n'avaient que deux petites heures de plus à supporter et ils seraient arrivés à destination. Exténué, Allen n'avait pas tardé à s'endormir dès qu'il fut assis sur la banquette. Le japonais, en face de lui, avait le coude appuyé au rebord de la fenêtre et regardait le paysage défiler sans un mot.

Heureusement pour eux, le trajet fut sans encombres. Ils arrivèrent en début d'après midi à l'arrêt de Shaftesbury, qui se trouvait à la limite entre le village et le hameau voisin. L'auberge dans laquelle ils resteraient le temps de la mission se trouvait à l'entrée du bourg, juste en face de la gare.

Une fois leurs affaires déposées dans la chambre qu'ils partageraient, ils descendirent plus bas dans la ville sans s'accorder plus de repos. Leur voyage leur avait certes pompé beaucoup d'énergie, mais l'atmosphère pesante qui régnait sur les lieux ne les rassurait pas, et ils avaient comme un mauvais pressentiment.

Les rues étaient désertes. Alors que la journée avait été ensoleillée, le ciel au dessus d'eux était devenu sombre et un vent chaud s'était levé, laissant présumer un orage carabiné qui menaçait d'éclater plus tard dans la soirée. On aurait presque dit un village fantôme, les petites habitations de pierres aux toits de chaume semblaient froides et abandonnées comme si personne n'y avait vécu depuis des années. Au coin des rues, de la mousse et du lierre remontait le long des murs jusqu'aux toits, et le lavoir qui se trouvait en face d'une lignée de maisons était à sec, délaissé et négligé comme tout le reste aux alentours.

Soudain, Allen tendit l'oreille. Il lui semblait percevoir de plus loin des éclats de voix, résonnant en écho contre les murs étroits de la ruelle dans laquelle ils s'étaient engagés. Kanda sembla les percevoir à son tour, aussi, ils décidèrent de suivre les paroles pour remonter jusqu'à leur source. Il devait bien y avoir au moins quelques habitants dans ce village, sinon, qui aurait pu les prévenir de l'infection d'Akumas ? En parlant d'Akumas d'ailleurs, ils n'en avait encore aperçu aucun. L'œil gauche d'Allen ne s'était même pas manifesté, comme s'il n'y en avait pas à proximité.

Descendant encore plus bas, ils se rapprochaient de plus en plus du cœur du village. La voix qu'ils percevaient à peine était maintenant parfaitement distincte et claire. Un timbre grave, à la portance étonnamment lointaine, ininterrompue. Les deux garçons devinaient qu'il s'agissait d'un verset de la Bible, lu à haute voix. Kanda se rappela alors du rapport de mission qu'il avait lu quelques jours plus tôt. « Un prêtre qui donne des sermons du matin jusqu'au soir »... Ça ne pouvait être que ça. Méfiant, il posa sa main sur le manche de son sabre, prêt à le dégainer au moindre évènement suspect. Il se sentait tendu depuis qu'ils étaient arrivés ici, l'atmosphère dégageait quelque chose de préoccupant, comme si une menace s'apprêtait à leur tomber dessus d'une seconde à l'autre. La chaleur pesante malgré le ciel noir et le vent qui soufflait de plus en plus fort n'était pas pour arranger la dérangeante impression que ça clochait définitivement dans ce bled. Les deux exorcistes se sentaient comme observés et talonnés… Pourtant, Allen se retournait à chaque coin de rue lorsque la sensation devenait trop oppressante, mais il n'y avait rien derrière eux. Seul le vent qui s'engouffrait entre les murs, émettant un sifflement lugubre.

Quelques pas plus tard et alors que la voix était maintenant plus proche que jamais, les deux exorcistes débouchèrent sur la place du village. Une imposante église de pierres noires et aux vitraux sombres trônait fièrement au centre du bourg, sa croix pointant vers le ciel surplombant ses alentours. Une foule immense se trouvait devant la bâtisse, si bien qu'on ne pouvait pas distinguer visuellement le propriétaire de la voix qui les avait menés jusqu'ici. Dès que leurs pas résonnèrent sur le sol dallé du village, la voix se tut, et les habitants, jusqu'à lors comme envoûtés par les paroles qui étaient prononcées un peu plus tôt, se retournèrent tous dans leur direction, un regard acerbe et malveillant se découvrant sur leurs visages.

Les deux garçons s'immobilisèrent, impressionnées par la réaction plutôt surnaturelle de l'assistance. Allen sentit sa pomme d'Adam faire un aller-retour dans sa gorge, alors qu'un long frisson lui parcourut l'échine. De longues secondes passèrent dans le silence, l'attroupement fixant les exorcistes, l'air devenant soudainement encore plus lourd.

Allen et Kanda échangèrent un regard dubitatif. Avec toutes les missions qu'ils avaient à leur actif, ils en avaient vus, des habitants sauvages, mais à ce point là, c'en était franchement déconcertant. Ils se sentaient définitivement inquiets, mais pour une fois, ils étaient sur la même longueur d'onde.


Et voilà! Alors, qu'en avez vous pensé? Comme toujours n'hésitez pas à me donner votre avis ;)

Le prochain chapitre ne sortira que dans deux semaines sachant que je ne suis pas là le weekend prochain. Il va falloir prendre votre mal en patience. Je sais, ça va être dur. Rassurez-vous, il est carabiné, ça devrait compenser le retard.

A la prochaine :)