Octavia n'était qu'une garce avec des idées stupides. Quelle idée de partir camper alors que l'hiver approchait ? Et tout ça pour quoi ? Pour suivre un mec, bien sûr ! Clarke Griffin, dix-neuf ans et probablement bientôt morte, était furieuse et en mauvaise posture. Il ne devait pas faire plus de deux degrés, tout ce qui se trouvait hors de sa parka semblait fait de glace et son téléphone n'avait plus de batterie. Pour le dernier point, rien d'étonnant, il était déjà presque à sec lors de son arrivée dans l'après-midi parce qu'elle avait joué à des jeux stupides pendant tout le trajet en feignant d'écouter les délires d'Octavia sur le fameux Lincoln, celui-là même pour qui son amie voulait aller planter une tente au milieu des bois. Car bien sûr, elle était au milieu des bois. Il faisait nuit aussi, c'était important à signaler car tous les éléments pour mettre au point un film d'horreur étaient rassemblés. En plus, elle était blonde et les blondes avaient la fâcheuse manie d'être les premières à être découpées dans ce type de films. Octavia, par contre, avait tout de l'héroïne qui survivrait. Encore une bonne raison de la détester. Si jamais elle s'en sortait, elle la massacrerait, Clarke s'en fit la promesse. Mais encore fallait-il qu'elle s'en sorte et, ça, ce n'était pas gagné.

Après encore quelques minutes de marche et de fomentation du meurtre de sa meilleure amie, la jeune fille s'arrêta pour faire le point. C'était en fait une excuse, elle était épuisée. Elle n'était pas la plus sportive du groupe – loin de là – et cette marche nocturne mettait le feu à ses poumons. Si elle ne mourrait ni assassinée, ni de froid, ce serait ses difficultés respiratoires qui la tueraient. Au choix, elle préférait ça plutôt que de perdre son corps par petits bouts. Ce serait sûrement plus rapide et moins douloureux.

Concentre toi, Clarke. Tu es censée faire le point. Octavia ne peut pas être si loin. Je marche depuis quoi ? Une heure ? Non, sûrement trente minutes. Les conditions rendent tout plus difficiles alors j'ai l'impression de prendre deux fois plus de temps. C'est logique. En une demi-heure, elle n'a pas pu aller bien loin. Surtout qu'elle doit me chercher. Et si elle ne s'était rendue compte qu'elle m'avait perdue ? Et si elle était trop obnubilée par son Lincoln et qu'elle parlait dans le vide comme elle le faisait dans la voiture ? Non, quand même pas. Elle m'aime. Elle doit savoir que je ne suis pas là. Mais pourquoi elle n'a pas essayé de m'appeler ? Ça sent le feu. C'est bizarre, on est au milieu de nulle part. Peut-être que je suis proche du campement des garçons ? Je ne les connais pas, mais ils m'accueilleront sûrement si je leur dit que je suis perdue. En plus, je suis l'amie d'Octavia et Lincoln adore Octavia. Ça crève les yeux. Bon en route !

Rassemblant son courage, Clarke reprit sa marche. Elle ne savait pas exactement comment elle allait trouver le campement, mais au moins elle avait un but plus clair désormais. Trouver un feu devait être plus facile que trouver Octavia non ? Le nez en l'air, elle tenta de comprendre d'où l'odeur venait. Ensuite, elle scruta l'obscurité à la recherche d'une colonne de fumée.

Rien. Peut-être que c'est juste mon imagination ? Oh mon dieu, je suis en train de devenir folle. Encore une heure et on va me retrouver en train de manger ma main. Mais qu'est-ce que je raconte ? Stop à la parano.

La gifle qu'elle s'infligea pour reprendre son calme claqua fort dans le silence nocturne et son juron plus encore.

« BORDEL, CA FAIT UN MAL DE CHIEN ! »

Le froid avait comme amplifié la douloure et en plus de secouer sa main brûlante, elle tenait son visage meurtri avec l'autre. Et naturellement, comme si elle ne pouvait pas juste être ridicule avec elle-même, il fallut que ce soit le moment que choisit quelqu'un pour la balayer du rayon de sa torche. Clarke s'arrêta net, mi-terrorisée, mi-agacée par cette lumière qui lui agressait les yeux, et couina. Elle avait été plus que surprise. Elle n'avait pas entendu la venue de quelqu'un et le fait d'être de l'autre côté de la lampe l'empêchait de se faire une idée sur qui la tenait. Une part d'elle espérait qu'il s'agisse d'Octavia ou d'un des garçons, mais son esprit penchait plus pour un dangereux maniaque qui allait lui faire dieu seul savait quoi dans cette forêt. Bien des choses venaient s'ajouter à sa liste de morts probables et elle était tellement prise par ses pensées délirantes qu'elle ne se rendit pas compte que le porteur de la torche s'approchait. Elle ne le comprit que lorsque le faisceau éclaira le sol.

« Tout va bien ? Est-ce que vous êtes blessée ? »

Le fait d'entendre une voix féminine la surprit, mais la rassura aussi. C'était complètement stupide et sexiste en soi. Ce n'était pas parce qu'elle avait une femme en face d'elle qu'elle n'allait pas lui faire la même chose qu'un homme.

Mais pourquoi j'ai pensé ça moi ? Stupide cerveau, tu ne peux pas arrêter de me faire paniquer pour rien ?!

Son silence poussa l'autre fille à s'approcher un peu plus. Instinctivement, Clarke recula d'un pas.

« Mademoiselle ? »

« Clarke. »

Mais pourquoi je viens de lui dire comment je m'appelais ? Stupide Clarke !

Même l'autre fille ne semblait pas comprendre au vu de son froncement de sourcils. Maintenant qu'elle la voyait de plus près, la blonde pouvait se rendre compte que celle qui lui faisait face était plutôt jolie. Et jeune. Elle devait avoir son âge et n'avait vraiment rien d'une tueuse. Mais on ne jugeait pas sur l'apparence, sa mère le lui avait appris, et cette leçon semblait d'autant plus logique lorsqu'on l'appliquait à une possible serial-killeuse. Serial-killeuse qui était désormais étrangement silencieuse. Après un moment beaucoup trop long où elles se fixèrent, en proie au doute, la brune reprit.

« Mademoiselle Clarke... »

« Clarke tout court. »

Cette discussion n'avait vraiment aucun sens. Cette fois, l'autre fille réagit directement néanmoins.

« Est-ce que tu pourrais répondre à la première question ? Attends, Clarke comme prénom ? C'est plutôt étrange. »

« Je sais, mais c'est mon prénom. On peut passer à autre chose ? »

« J'essaye, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. »

« Ne sois pas désagréable. »

« Je commence à comprendre le point de vue d'Anya... »

L'autre avait marmonné entre ses dents, mais Clarke avait les oreilles fines.

« Qui est Anya ? »

« C'est sans importance. »

« Laisse-moi deviner. Elle a un préjugé sur les blondes ? Je t'énerve, alors tu te dis qu'elle n'a pas tort ? »

« Elle est blonde. »

L'inconnue se pinça l'arrête du nez en poussant un lourd soupir.

« Est-ce qu'on pourrait revenir au sujet principal ? »

« Mais quel sujet ?! »

Clarke avait explosé. Tout ce stress, puis maintenant cette discussion sans queue, ni tête, c'était trop pour elle. La fille la fixa avec des yeux de poisson mort avant de prendre une expression plus neutre. Son agacement était malgré tout palpable et s'entendait dans sa voix.

« Depuis tout à l'heure, je te demande si tu es blessée, mais tu ne daignes pas répondre. »

« Oh. Non. Tout va bien. »

« Ok. Elle se fiche de moi. Ça valait bien la peine que je quitte mon feu. »

En la voyant se parler à elle-même en faisant de grands gestes, Clarke pensa qu'elle ne devait pas être la seule à avoir perdu la tête. Peut-être que dans d'autres circonstances elle serait partie, mais la mention du feu lui semblait terriblement attirante. Elle rêvait de chaleur. Et puis, Octavia la trouverait peut-être plus facilement grâce à ça.

Sauf qu'elle s'en va. Hé, mais pourquoi elle se casse ?!

La brune l'avait plantée là. Littéralement. Elle partait et s'il n'y avait pas eu la lampe de poche, Clarke n'aurait même pas été capable de la suivre car elle ne voyait pas à deux mètres et que cette nana était un véritable ninja qui marchait sans faire de bruit. Clarke de son côté n'avait pas le pied si léger et faisait autant de boucan qu'un sanglier. Impossible donc que l'inconnue ne l'ait pas entendue, pourtant elle ne s'intéressa pas à sa présence et ne prit même pas la peine de ralentir l'allure. L'odeur de feu se rapprochait et bientôt Clarke pu contempler sa douce lumière orangée. Quand elle pénétra dans la petite clairière, l'autre fille était déjà assise sur une souche, les mains tendues vers les flammes pour se réchauffer. Il n'y avait ni tente, ni paillasse dans les parages. Ni même un sac. A vrai dire, à part la lampe de poche posée à côté d'elle, la brune ne semblait rien posséder d'autre.

« Un peu spartiate ton campement. »

Clarke ne reçu aucune réponse. La fille leva juste la tête vers elle et la fusilla des yeux.

Attends un peu... Pas d'équipement, juste un feu, de mauvaise humeur ? Non !

« Tu serais pas un peu perdue, par hasard ? »

Un sourire moqueur aux lèvres, Clarke s'assit à même le sol devant le feu et profita avec bonheur de la chaleur. C'était un peu culotté de sa part puisqu'elle était tout aussi perdue, mais elle n'avait pas pu s'empêcher de faire un commentaire. A nouveau, il n'y eut aucune réponse, mais les yeux de la fille restèrent obstinément tournés vers le brasier.

C'est pas toi qui aurait pu démarrer un feu comme ça. Si elle est perdue, elle a plus de chance de survie que moi. Mais si je reste avec elle, peut-être que ça s'appliquera aussi à moi ? A deux, on sera plus à même de s'en sortir.

« Boude pas, c'était juste pour rire. Je suis aussi perdue que toi et en fait ça me rassure. J'ai cru que tu étais une sorte de tueuse. J'ai eu pas mal de temps pour gamberger pendant que je marchais. »

« Et ça ne t'es pas venu à l'esprit qu'un tueur pouvait aussi se perdre ? Et qu'accessoirement, je pourrais développer des pulsions de meurtre à cause de toi. »

« Je sais, mes amis pensent que je suis insupportable parfois. »

« Juste parfois ? »

L'inconnue grogna un rire moqueur qui se transforma en grognement de douleur quand une branche lui heurta la tête.

« Ouille. Sérieusement ?! »

« Tu n'avais qu'à être moins désagréable. »

« Je devrais t'éjecter de mon feu. »

« Essaye pour voir. »

Le défi dans sa voix était clair et le regard que lui lança la brune lui fit penser durant un instant qu'elle allait y répondre. Seulement, elle baissa finalement la tête et passa la main sur son front, à l'endroit même où la branche avait frappé. Quand ses doigts furent à nouveau éclairés par le feu, un peu de sang luisait dessus, mais elle ne sembla pas y prêter plus attention que ça. Clarke par ailleurs se dégonfla et approcha un peu.

« Pardon, je me suis comportée comme une garce. Mais toi aussi. D'ailleurs, tu as un nom autre que garce ? »

« Lexa. »

« Ok, Lexa. Je peux jeter un œil à ton front ? »

Cette question reçut en réponse un regard suspicieux, mais Lexa finit par hocher la tête. Clarke continua donc à se déplacer et s'agenouilla à côté d'elle. Elle attrapa sa tête pour la pencher et observa minutieusement son œuvre. La peau avait été déchirée par le bois, mais ce n'était rien de grave. D'ailleurs, ça ne saignait presque plus. Malgré tout, la blonde sortit un mouchoir de la poche de sa veste et le passa doucement sur la blessure pour chasser la saleté. Tout le sang était essuyé quand elle se rendit compte que Lexa ne lui était en fait pas inconnue.

« Attends, Lexa comme Lexa Woods qui traîne toujours avec Lincoln ? »

« Euh oui. »

« Oh ben ça. »

« Quoi ? Comment est-ce que tu me connais ? »

« Ma meilleure amie, Octavia, m'a traînée ici en espérant croiser Lincoln et lui montrer qu'ils avaient des passe-temps en commun. Et elle m'a parlé de toi pendant le trajet. Enfin, un tout petit peu. Elle a surtout parlé de Lincoln. »

« La Octavia Blake sur laquelle Lincoln bave depuis deux mois ? »

« Celle-là même. »

« C'est creepy, mais mignon, je suppose. Surtout creepy en fait. »

« Je suis d'accord. Surtout quand tu penses que je me suis perdue parce qu' Octavia voulait trouver votre campement. »

Ce n'est que lorsque ses genoux commencèrent à être douloureux que Clarke se rendu compte qu'elle était encore tout proche de Lexa et que peut-être ce n'était pas forcément nécessaire. Elle avait pourtant trouvé sa proximité agréable et au final elle ne fit pas plus que s'asseoir jusque à côté de la souche. Pour une question de chaleur bien sûr.

« Et toi, comment tu t'es perdue ? »

« En allant vers la voiture pour chercher un truc qu'on avait oublié. La nuit est tombée plus vite que prévu. J'ai tourné un moment, puis j'ai décidé de m'arrêter et de faire un feu pour attendre le matin. »

« Démarche plus intelligente que la mienne. Je marchais juste en espérant qu' Octavia me trouve. »

Cette fois-ci, Lexa lui sourit avant de hausser les épaules.

« Je suppose qu'ils nous trouveront toutes les deux demain matin. »

Et, en effet, le lendemain, c'est un Lincoln et une Octavia paniqués qui les retrouvèrent appuyées l'une contre l'autre devant un feu mourant. Elles s'étaient perdues, mais elles avaient en quelque sorte trouvé quelque chose de nouveau au passage.