C'est dans une ambiance glaciale que les supérieurs accueillirent les membres de l'équipe. Pas un sourire, pas un mot, rien. C'était vraiment très peu engageant. Mais Lyly n'en fit pas un cas et avança de son pas énergique vers sa chaise. Elle se jeta dans le fauteuil, prit le dossier et posa ses pieds sur la table. Alors que les regards se braquaient sur elle, un malaise bien différent s'installa lors de l'entrée des trois hommes. Kanda surtout dégageait une froideur, proche de la haine ou de la colère, envers les autres. Adam, lui, semblait déranger les gens par son attitude provocatrice, mauvais genre et désinvolte. Pas un mot durant les 5 minutes qu'il fallut à Lyly pour lire le dossier. Elle ferma la pochette et regarda le nom.
« Sérieux ?! Et vous l'avez mis en garde à vue ! Bande de crétins. »
Une petite crispation du commissaire. Il faut dire que dans cette organisation quasi militaire, l'équipe bariolée et caractérielle de la jeune femme faisait tâche. Ils étaient irrespectueux de leurs positions, mais le statut très particulier de ces énergumènes leur donnait le droit d'oublier qu'ils étaient soumis à une administration. Elle se leva.
« Où est il ? »
On lui désigna un bloc dans la zone de détention et elle partit en trombe. Il y avait ici un haut représentant du monde magique, un noble parmi les nobles. La première idée qu'ils avaient eu, c'était de l'arrêter. C'était pour son bien, mais elle ne pouvait s'empêcher de trouver ça super con. Décidément les fédéraux étaient vraiment incapables de réfléchir.
Ce matin, il s'était levé de son lit, avait posé ses pieds sur la fourrure douce au pied du lit. Il avait frotté son visage deux fois, puis avait redressé son dos meurtri et s'était mis debout. Il avait ensuite noué sa robe de chambre, ouvert la porte et était descendu en caressant la rampe de l'escalier qui descendait dans le salon. Le contact du carrelage froid sur ses pieds nus l'avait ramené quelques temps à la réalité, puis il s'était de nouveau perdu dans les méandres de ses pensées. Déambulant, haute silhouette pâle des temps anciens, il marchait sans but dans les couloirs mornes de sa demeure. Il revoyait tout, sa chute, son divorce forcé, la colère et le dégoût dans les verbes de sa femme, le mépris et la pitié dans les yeux de son fils. Il avait toutes les richesses d'un Pur. Mais il n'avait littéralement rien. Plusieurs fois il avait voulu se donner la mort, mais il en était arrivé à la conclusion qu'il était trop lâche pour le faire. Il avait été, depuis bien longtemps, brisé de l'intérieur par des gens plus forts que lui.
Il avait enfilé sa robe et son costume noir et gris, prenant encore cette habitude de ne rien montrer. Puis il était sortit de chez lui, avec l'idée de changer à tout jamais de vie. Mais rien ne put expliquer comment il avait trouvé le portail, ni comment il s'était retrouvé nez à nez avec une moldue en petite tenue. Il ne se savait pas faible et c'est donc avec stupeur qu'il se sentit plier comme une brindille sous les coups des vigiles du magasin, persuadés d'avoir à faire avec un voyeur. S'était ensuivi une longue incarcération chez la police, durant laquelle il avait cru devenir fou avec ces Impurs qui ne comprenaient rien. Puis on l'avait amené à la BPPM et il avait attendu la chef de brigade. Elle avait une réputation chez les personnages magiques. Protection, sauvetage, courses, elle avait rendu tellement de services à la population de l'imaginaire que les studios Marvel eux mêmes se pliaient à ses quatre volontés. D'après ce qu'il avait entendu.
Alors quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'une jolie petite blondinette entra dans la pièce, d'un pas assuré et un sourire sur le visage. Il en oublia d'être froid et haussa les sourcils. Elle était du même âge que son fils et avait un profil altier. Mais elle était moldue ! Ce qui devait calmer un peu son imagination travaillée par la solitude. Il reprit son air froid et hautain.
Lorsqu'elle entra, il fit son fier, ce qui ne la démotiva pas du tout. Elle ne put s'empêcher de soupirer et s'assit, mettant ses pieds sur la table, comme une ado en crise.
« Evitez le jeu du 'je ne suis pas un mec facile' j'en ai trois des comme ça, ça me suffit. »
Elle lui donna à manger et mangea la même chose que lui, avant de le regarder dans les yeux.
« Bien monsieur Malfoy, que venez vous faire dans notre jolie prison ? »
