Voici le deuxième chapitre de mon histoire qui est courte, pas d'affolement ! Il y a cinq chapitres en tout, j'en publierais un par jour. Joyeux Noël !
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Une mystérieuse disparition.
Le vingt décembre 1872, la neige avait envahi le parc aux abords du domaine et les traces que les jeunes garçons laissaient faisaient des guirlandes boueuses sur le sol de la cour. Quelques stalactites pendaient aux croisés des fenêtres. Les pierres de la bâtisse semblaient noires dans la lumière de l'hiver. La pension avait pris son visage le plus sinistre. La cloche de la chapelle résonna et l'on vit le pensionnat s'animer de bruits de pas, de voix juvéniles et de portes claquées.
Après la prière du matin, pendant laquelle Holmes chuchota quelques plaisanteries à l'oreille de son ami, qui étouffait avec peine son fou rire, il se passa une chose étrange que seul notre héros releva, quoi qu'il n'en dise rien sur l'instant. Au réfectoire, avalant avec peine des cuillères d'un porridge qui aurait pu aider à la restauration de l'antique demeure comme mortier, il regarda Watson pour enfin lui demander :
- Vous n'avez rien remarqué d'inhabituel après l'office ?
John leva ses yeux pervenche remplis de perplexité vers son ami.
-Qu'y aurait-il donc à voir ? C'est toujours le même rituel dénué de toute fantaisie.
-Non mon cher ! Aujourd'hui il s'est passé quelque chose de différent. Ne me dites pas que vous n'avez rien remarqué ?
-Ma foi, non, rien !
Puis il attendit patiemment l'explication qui suivait généralement ce genre de remarque mystérieuse.
-Ah bon, c'est étonnant, fut la seule phrase qui suivit et Holmes ne lui en dit pas plus ce jour là.
Le lendemain, il eut le droit cependant à la même interrogation. Il ne sut que répondre car comme la veille il ne s'était aperçu de rien.
-Voyons Watson, faites un effort, c'est pourtant plus vous que moi que cela concerne.
Interjection qui plongea un peu plus John dans la perplexité.
Ce ne fut pourtant que le jour suivant qu'il eut enfin un début d'explication, entendant durant l'office du matin, en lieu et place des blagues habituelles un :
-Watson êtes-vous donc sourd ?
Il comprit qu'il lui fallait tendre l'oreille. Il prêta alors la plus grande attention à chaque mot du sermon du révérend. Les prières étant les mêmes chaque matin, chaque dimanche et chaque jour férié. Il lui sembla bien que rien n'y sortait de l'ordinaire, et il attendit avec une impatience grandissante l'explication de l'énigme proposée par Holmes.
-Tous les jours depuis que vous êtes arrivé a lieu un rituel immuable... Commença celui-ci, l'air supérieur, petit sourire en coin et regard ironique.
-... L'appel du matin. Hors, depuis trois jours, une chose y manque. Avez-vous deviné maintenant ? C'est simple... l'appel... une chose manquante...
-J'avoue que je ne vois pas trop.
-Réfléchissez mieux Watson ! C'est pourtant d'une grande simplicité mon jeune ami.
Il avait dit ces mots avec une telle morgue, teintée d'un horrible et improbable accent de la haute société que Watson, au lieu d'en être vexé, éclata de rire. Il s'avoua que sous le regard chaud et inquisiteur de son sauveur, il se sentait vide de toutes pensées intelligibles. Il savait que, sorti de la zone d'influence de ce grand cerveau, il pourrait de nouveau arriver à organiser ses idées plus logiquement. Cependant, en attendant, il se sentait surtout stupide. Il avait du prendre un air si désespéré que Holmes eut pitié de lui et, dans un éclat de rire :
-Les noms Watson ! Les noms !
-Ah les noms de familles ? L'appel ! Oui mais pourquoi me dites vous cela ?
-Le vingt décembre, un nom manquait à l'appel, et depuis il n'est toujours pas revenu. Quid de ce nom et surtout de la personne auquel il est rattaché ? J'ai fait mes petites recherches. Ce nom, et c'est pour cela que cela vous concerne, est celui d'un Weels qui vient toujours après vous à l'appel. Dès la première fois je me suis alarmé. Si un nom manque c'est qu'il manque une personne ? Hors nous n'avons pas eu vent du moindre départ. Donc, fort de ce nom, j'ai décidé de savoir à qui nous avions à faire. Weels, Erald de son prénom est un élève de première année, timide, d'après ses voisins de dortoir, et effacé. Il a même réussi à se faire oublier de ces groupes de brutes qui gouvernent le collège. Il semble avoir ses parents, contrairement à vous, car il quitte la pension à chaque vacances.
C'est à ce moment que d'un geste brusque de la main, John arrêta la diarrhée verbale.
-Calmez-vous ! Et d'abord que vous importe ce Weels ? On a du oublier de nous prévenir de son départ, c'est tout, finit-il par dire avec beaucoup de logique.
-Ah Watson que j'aime ça chez vous. Vous choisissez la solution la plus proche de vous, celle qui vous arrange. Je veux bien que l'on oublie une fois, mais trois ? Et un départ nécessite une organisation préalable, ce qui occasionne un certain remue ménage. Toutefois je vous pardonne cette erreur puisque vous n'avez jamais pu y assister.
-Merci beaucoup. Je vous en sais gré, lui répondit son ami, reprenant la carte de l'ironie. Puis ils éclatèrent de rire ensemble, ce qu'il leur valut un regard noir du surveillant. Les discussions étaient permises dans le réfectoire mais à voix basse seulement.
