La nuit tomba rapidement et un brouillard humide s'installa. Merlin invoqua des couvertures et un feu pour ne pas mourir de froid pendant la nuit, et se confectionna un repas avec ce qu'il avait dans ses besaces. Tout en cuisinant, il discutait avec Arthur, s'imaginant les réponses du jeune Roi, et alors qu'il s'installait pour manger, une chouette hulula quelque part.
Merlin tendit l'oreille, mais le silence revint. Dehors, Kilgarrah devait s'être assoupi, quand bien même il était un esprit et n'en avait techniquement pas besoin. Merlin songea alors au Grand Dragon et à tous les conseils qu'il lui avait donnés. Sans lui, jamais le jeune garçon malingre qu'il était, débarqué de sa campagne, ne serait devenu ce qu'il est aujourd'hui, le plus puissant sorcier de tous les temps...
Bien sûr, le Dragon n'était pas tout seul dans l'histoire, Gaius, le vieux médecin royal, y était pour une grande part, ainsi que Genièvre, et les Chevaliers, et puis aussi, les méchants comme Morgana et Mordred... Tous étaient morts depuis des siècles maintenant et il les avait tous enterrés, les uns après les autres, ses amis comprenant sa condition de Sorcier au fur et à mesure des années qui s'écoulaient... Mais sa blessure la plus profonde restait la mort d'Arthur, si violente, si imprévisible...
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L'aube trouva Merlin enroulé dans ses couvertures, roulé en boule près du feu magique qui avait chassé l'humidité et le froid de la nuit. Le jeune sorcier se redressa en bâillant et regarda autour de lui. Le brouillard s'était dissipé et le soleil inondait le tombeau. Se levant, Merlin s'étira et fit un tour sur lui-même. Baignée par le soleil, l'Île d'Avalon était magnifique et cela lui donna envie d'aller se promener. Il sortit donc du tombeau et sourit en voyant Kilgarrah assis devant l'édifice en ruine. Le Dragon inclina la tête et apprécia la caresse de son dernier Dragonnier.
— As-tu reçu la réponse à ta question, jeune sorcier ?
— Hélas non, pas encore, mais je ne partirais qu'au coucher du soleil, il reste encore du temps. D'ici-là, je vais aller marcher un peu et profiter de ma jeunesse retrouvée. Tous les dix ans, j'en profite un peu avant de redevenir un vieillard perclus de douleurs diverses et variées.
Le Dragon inclina de nouveau la tête et Merlin s'éloigna, les mains dans les poches de sa veste de cuir fatiguée. Il se rendit jusqu'à la berge et constata que la barque était toujours là. Il s'éloigna ensuite vers le nord et s'amusa à noter ce qui avait changé depuis sa dernière visite.
Non habitée, on pourrait croire que l'Île était laissée à l'abandon, mais non, les vastes étendues herbeuses étaient toujours entretenues, comme si des moutons invisibles broutaient inlassablement l'herbe. Les arbres poussaient, par contre, et prenaient de l'ampleur ou bien mourraient et s'écroulaient sur le côté en emportant parfois un congénère ou deux.
S'asseyant sur un rocher près d'une rivière qui se jetait dans le lac, Merlin remonta une jambe contre sa poitrine et posa son menton sur son genou. Il avait longuement réfléchi à ce qu'il ferait quand Arthur lui serait rendu, mais aujourd'hui, étrangement, il avait peur.
Ce sentiment étrange qui l'avait suivi depuis le monde des Humains, il le ressentait encore. Quelque chose se passait dans les mondes invisibles, quelque chose qu'il espérait être l'avènement d'un nouveau Roi et, surpassant cet étrange sentiment, un sentiment de peur l'avait envahi.
— J'ai peur de retrouver Arthur...
— C'est normal.
Merlin eut un sursaut et regarda Kilgarrah en fronçant les sourcils. L'esprit-dragon était allongé sur le ventre en face de lui, de l'autre côté de la rivière, chauffant ses écailles immatérielles au soleil du matin.
— Pourquoi dites-vous cela ? demanda alors le jeune homme.
— C'est normal d'avoir peur de revoir la personne à laquelle tu tiens le plus, surtout après tant d'années de séparation, répondit Kilgarrah en relevant son imposante tête. Arthur a été pour toi ce qui se rapproche le plus d'un frère, Merlin, ainsi que ton meilleur ami. Vous vous aimiez d'une façon pure et sincère et votre amitié en a rendu jaloux plus d'un, dont Guenièvre en premier.
Merlin passa sa langue sur ses lèvres. Il avait raison. Même si Gwen ne l'avait jamais montré, il était clair qu'elle avait été jalouse de l'amitié entre son époux et le jeune sorcier. Ils passaient beaucoup de temps ensemble, tous les deux, et même si Arthur passait aussi du temps avec sa Reine, celle-ci avait toujours trouvé que ce n'était pas assez. Mais elle avait trop de fierté pour le dire et ainsi risquer de se faire rabrouer par son mari et perdre l'amitié de Merlin dans la foulée.
Merlin eut un sourire et Kilgarrah haussa un sourcil écailleux en sa direction. Le jeune sorcier secoua la tête.
— Non, je repensais simplement à toutes ces années passées auprès d'Arthur, dit-il. Depuis sa mort, je m'occupe comme je peux, je loue mes services à qui en a besoin, j'erre ici et là, sans but...
— Ce n'est pas vrai, dit alors le Dragon. Tu as un but, Merlin, celui d'être aux côtés du Roi Arthur.
Merlin eut un rire dédaigneux.
— Kilgarrah, plus le temps passe et plus mon espoir s'affaibli... Je suis certes immortel, mais il arrivera un jour où je cesserai de venir ici, où j'abandonnerai mon Destin, peu importe ce qu'il se passera. Cela fait plus de mille cinq cents ans que je traîne ma vieille carcasse sur cette planète, j'en ai fait le tour des dizaines de fois, j'ai vu des guerres, des moments de paix, de joie, de tristesse ultime plus que tout un chacun voudrait en voir, cela suffit à présent. Si les Dieux voulaient me renvoyer Arthur, ils l'auraient fait bien plus tôt au lieu de me punir d'une faute que je n'ai pas commise. Tu ne crois pas ?
Le Dragon pencha la tête sur le côté.
— De quelle faute parles-tu ? résonna-t-il, étonné.
Merlin serra les mâchoires et lâcha un bon vieux juron de cette époque. Il déplia ensuite sa jambe et frotta ses mains sur ses cuisses en inspirant.
— Jeune Sorcier... insista Kilgarrah. Sais-tu pourquoi les Dieux n'ont pas encore renvoyé Arthur ? Cacherais-tu quelque chose à ton vieux Dragon, Dragonnier ?
Merlin se mordit la lèvre. Il eut alors un bref soupir et se leva.
— J'ai peur que oui, dit-il. J'ai peur de savoir pourquoi les Dieux n'ont pas encore renvoyé Arthur...
— Pourquoi ?
— À cause de mon amour pour lui, répondit Merlin après quelques secondes de silence.
— Amour ? répéta le Dragon. Je veux dire, tout le monde sait quels profonds sentiments te liaient à Arthur, à quel point son amitié t'était précieuse, à...
— Non, le coupa Merlin en secouant la tête. Il n'était plus question d'amitié, depuis longtemps, Kilgarrah...
Les yeux jaunes du Dragon clignotèrent un instant et soudain, un ronronnement profond monta de la large cage thoracique, comme un soupir.
— Merlin... dit-il en avançant sa tête vers son ancien Dragonnier, par-dessus l'eau paisible de la rivière. Oserais-je avancer que tu étais... épris de ton Roi ?
Merlin hocha la tête.
— Cela fait plusieurs siècles que je l'ai accepté maintenant, mais à l'époque, il m'était inconcevable de ressentir de tels sentiments pour mon Roi, pour mon meilleur ami, pour l'époux de ma meilleure amie... Aujourd'hui, les choses ont changé, les amoureux d'un même genre peuvent vivre au grand jour et avoir leur propre famille, mais il y a mille cinq cents ans, imaginez donc... J'aurais sans doute encore plus souffert que s'ils avaient découvert que j'étais un Sorcier...
Kilgarrah pencha la tête sur le côté, perplexe.
— Par les Ancêtres... dit-il doucement. Alors c'est de ta faute tout cela ?
— Entièrement, mais vous l'avez dit vous-même, Grand Dragon, Arthur et moi nous nous aimions d'un amour pur et sincère et il n'y a jamais rien eut de répréhensible entre nous sinon quelques accolades de réconfort. Les Dieux me punissent d'une chose dont je ne suis pas responsable. Nous ne pouvons savoir à l'avance de qui notre cœur va s'éprendre, et encore moins l'en empêcher.
— Je suis d'accord avec cela, Merlin, mais... tes sentiments étaient-ils partagés ?
Merlin haussa les épaules.
— Je l'ignore, je n'ai pas eu le temps de dire cela à Arthur, il est mort avant... Tout juste ais-je eu le temps de lui dire que j'étais un sorcier, alors parler d'une chose aussi taboue était inconcevable. D'autant plus qu'il n'aurait pas compris...
Le Dragon resta silencieux un long moment tandis que Merlin remettait de l'ordre dans ses pensées. Le soleil grimpait inlassablement dans le ciel bleu et la journée allait être magnifique. Soudain, Merlin se leva de son rocher et se mit à marcher pour dérouiller ses jambes. Le Grand Dragon lui emboîta silencieusement le pas, ses larges pattes passant au travers des herbes humides de rosée.
Sans échanger un mot, ils parvinrent à un petit promontoire où une petite chapelle se trouvait. Du moins à l'époque car à présent, il n'y avait plus que le socle de pierre, usé par le temps.
— Ô Dieux, parlez-moi, dit alors Merlin en s'agenouillant devant le bloc de granit recouvert de mousse et de lichens. Parlez-moi et rendez-moi Arthur. Cela fait plus de mille ans que je purge une peine que je ne mérite pas. Ne pensez-vous pas que cela est suffisant ? Mon fardeau est immense et je suis las de le porter. Rendez-moi Arthur aujourd'hui et ma peine sera amoindrie. Sans cela, Avalon sera exclue de mes visites et je n'y reviendrai plus jamais, abandonnant ici le Grand Dragon qui m'a tant aidé et soutenu quand je n'étais qu'un enfant ignorant de la capacité de ses pouvoirs.
Kilgarrah laissa échapper un gémissement de peine. Même s'il était mort et qu'il retournerait un jour auprès des siens dans son propre monde des esprits, il n'avait pas envie d'être coincé ici éternellement si Merlin décidait de ne plus invoquer Avalon tous les dix ans. Il avait juré protéger la tombe du Roi Arthur jusqu'à son retour, mais c'était sans savoir que c'était Merlin lui-même qui empêchait le retour du Roi ! À présent, Kilgarrah craignait pour sa vie immortelle. Passer les années à arpenter cette île n'était pas terrible quand on savait qu'un ami précieux vous rendait visite toutes les décennies... mais si cet ami ne venait plus, et que le Roi n'était pas renvoyé... ?
— Dieux du Ciel des Humains, écoutez la prière d'Emrys, intervint alors le vieux Dragon.
Merlin regarda la grande bête au-dessus de lui. Kilgarrah se tenait dans son dos, debout sur ses quatre pattes, le cou tendu au-dessus de la stèle.
— Écoutez la prière d'Emrys et rendez-lui le Roi Arthur. Sa peine est purgée maintenant, et seul le chagrin reste. Et la solitude.
Merlin avala sa salive difficilement et se releva. Kilgarrah recula alors et courba le cou pour appuyer son front contre la poitrine du jeune sorcier. Soudain, un grondement se fit entendre et Kilgarrah releva la tête si brutalement qu'elle passa au travers du corps de Merlin qui en tomba à la renverse de surprise.
— Kilgarrah ! s'exclama alors le jeune sorcier en voyant les graviers sursauter comme des puces près de lui. Que se passe-t-il ?
— Le sol bouge, jeune sorcier ! répondit le Dragon en reculant lentement, comme terrifié. Les Dieux sont en colère !
Il tourna la tête dans la direction du tombeau d'Arthur et soudain, de gros nuages noirs se formèrent dans le ciel, se roulant les uns sur les autres. Le vent se leva et une pluie drue se mit à tomber. Merlin fut trempé en quelques secondes et quand la foudre frappa violemment le sol en direction du tombeau, le jeune homme poussa un cri avant de se mettre à courir aussi vite que possible, dérapant sur l'herbe ruisselante.
Il tomba à plusieurs reprises, s'écorcha le menton et se blessa au coude droit, mais il parvint néanmoins au sommet d'une petite colline à une centaine de mètres du tombeau.
— Non... Arthur ! haleta-t-il en voyant l'épaisse fumée noire et les débris de pierres projetés à plusieurs dizaines de mètres à la ronde.
Le grand chêne était en flammes et Merlin lui sauva la vie d'un geste désespéré du bras tout en dévalant la colline. À mi-pente, il glissa et tomba la tête première en avant. Il débaroula jusqu'en bas et s'arrêta durement contre un bloc de pierre.
Quand il reprit ses esprits, il se releva en prenant appui sur le bloc et, baissant les yeux, il vit avec horreur qu'il avait posé sa main sur un morceau de la statue d'Arthur qui ornait son sarcophage depuis plus d'un millénaire.
— Non... Non, non, non ! s'exclama alors Merlin. Non, Arthur, non ! Pourquoi ! Pourquoi ?!
Il s'effondra sur les genoux et posa son front sur le bloc avec la main de pierre d'Arthur. La pluie et les larmes se mêlaient sur son visage, et de violents hoquets le secouaient. Soudain, le vent tomba et la pluie cessa. Merlin releva alors la tête et cligna des yeux. Son cœur se serra violemment quand il prit conscience du tombeau réduit en poussière.
— Arthur... Pardon...
Se remettant sur ses jambes, Merlin tituba jusqu'à Kilgarrah. L'esprit-dragon se tenait à l'emplacement du sarcophage et regardait quelque chose qui semblait posé sur le sol. Intrigué, Merlin s'approcha.
— Kilgarrah... ?
— Merlin...
Le Dragon tourna la tête vers lui une seconde puis reporta son attention sur ce qui se trouvait entre ses pattes avant, avant de reculer et de s'asseoir sur son postérieur.
Déglutissant, Merlin s'approcha un peu plus et tomba sur les genoux près d'un grand cratère encore fumant. À travers les volutes grises, il distingua quelque chose de clair au fond du trou d'environ deux à trois mètres de profondeur.
— Un peu d'aide ? demanda alors le jeune sorcier.
Kilgarrah ouvrit une aile et l'abaissa. La fumée fut aussitôt repoussée et là, un hoquet de stupeur fit bondir Merlin sur ses pieds.
— Non... Non, c'est impossible ! s'exclama-t-il. C'est... c'est impossible, c'est...
La forme claire au fond du trou n'était rien de moins qu'un corps humain, entièrement nu, mais sans aucune blessure visible. N'en croyant pas ses yeux, sous le choc, Merlin chercha des yeux un moyen de descendre dans le trou sans briser les derniers de ses os encore entiers suite à son retour précipité au tombeau. D'ailleurs, il avait mal à des endroits dont il ignorait qu'on pouvait avoir mal...
Soudain, un second éclair tomba près du jeune sorcier et une créature humanoïde femelle, à en croire ses longs cheveux blancs, apparut. Kilgarrah baissa aussitôt la tête jusqu'au sol en gémissant et Merlin, se reprenant après avoir bondit de côté, regarda son Dragon avec étonnement.
— Emrys...
Merlin pivota et regarda la nouvelle venue. Il observa ses longues oreilles pointues ornée des perles, et ses yeux si clairs qu'ils en paraissaient vides, le subjuguèrent.
— Qui es-tu ? demanda-t-il en s'ébrouant.
— Mon nom t'importe peu, Emrys, car tu ne me reverras plus jamais, répondit la femme d'une voix éthérée. Nous avons entendu ta prière, Emrys, et nous avons décidé que tu avais suffisamment payé le prix de ton insolence envers ton Roi. Mille années à errer sur la Terre est suffisant, même si ton âme ne semble pas prête à guérir. Cependant, nous avons lu en toi et ta lassitude est réelle. Tôt ou tard, tu nous aurais abandonnés, nous, tes Dieux, ainsi que ton Roi. Le temps est venu pour nous de ne plus avoir de lien avec les Humains. À dire vrai, tu es le dernier à croire encore en nous. Plus personne dans ce monde moderne ne croit aux Dieux de l'Ancienne Religion... Nous ne sommes plus beaucoup à présent, et dès que tu aurais cessé de croire en nous, nous nous serions éteints. Nous ne sommes pas prêts à disparaître...
La femme se tut et Merlin la regarda, un peu perdu.
— Tu as de nombreuses questions mais ce n'est pas à moi d'y répondre, reprit alors la femme. Nous avons longuement discuté de ton cas, Emrys, et même si nous te respectons en tant que sorcier, ton cœur a fait des choix que nous ne comprenons pas.
— Je n'ai pas été en mesure d'empêcher cela ! répondit Merlin en fronçant les sourcils. Et vous le savez aussi bien que moi !
— Oui, oui... Mais saches que si nous te rendons Arthur, ce n'est pas pour en faire un nouveau Roi. Cette époque est révolue, trop de temps a passé...
— La faute à qui ? grogna Merlin.
La femme serra les lèvres, mais ne répondit rien. Elle leva alors une main au ciel, redevenu bleu, et ferma les yeux un instant.
— Tâches de faire bon usage de la nouvelle vie que nous t'offrons, dit-elle en regardant de nouveau Merlin. Ton Roi sera exactement comme tu l'as laissé il y a mille cinq cent ans, avant de mourir. Il aura tous ses souvenirs, jusqu'au moindre, et s'adapter à ce nouveau monde lui sera difficile, mais pas insurmontable si tu es à ses côtés.
Merlin avala sa salive. La femme se tourna alors vers Kilgarrah.
— Grand Dragon, tu es libre de retourner auprès des tiens si tu le désires.
— Je vous remercie, Grande Déesse.
L'esprit-dragon inclina la tête et soudain, un éclair s'abattit sur la femme et quand Merlin rouvrit les yeux, elle n'était plus là. Il regarda autour de lui et ses yeux se posèrent sur le fond du cratère.
— Arthur ! s'exclama-t-il alors.
Remis du choc, il décida de sauter dans le cratère, mais alors qu'il s'élançait, on le saisit par le col de sa veste et on l'enleva du sol. Le souffle chaud de Kilgarrah brûla la nuque de Merlin, mais celui-ci le remercia d'un large sourire quand il le déposa sur le sol près d'Arthur.
— Arthur... Arthur !
Tombant sur les genoux, Merlin hésita. Le jeune Roi était entièrement nu et parcouru de frissons. Le jeune sorcier retira alors sa veste de cuir et la déposa sur Arthur qui gémit.
— Arthur... C'est moi, c'est Merlin, ouvrez les yeux... Vous m'entendez ?
— Mer... Merlin ?
— Oui... Oui, Arthur, c'est moi...
Merlin fut incapable de retenir un flot de larmes qui dévala ses joues quand Arthur ouvrit les yeux et tourna la tête en gémissant. Le soleil fit plisser les yeux du jeune Roi qui porta une main à son front.
— Où sommes-nous... ? demanda-t-il alors. Merlin, tu pleures ?
Merlin eut un rire.
— Si vous saviez ! hoqueta-t-il en se passant les mains sur ses joues. Arthur...
Le jeune Roi regarda son meilleur ami et leva une main. Il la posa sur la joue pâle et Merlin eut un hoquet en prenant la main dans les siennes.
— Vous pouvez vous lever ? demanda-t-il alors.
— Je crois... Mais... j'ai un peu froid...
Merlin eut un sourire. Il regarda alors son ancien maître dans les yeux et ses pupilles brillèrent. Quelques secondes plus tard, Arthur était vêtu d'un jean et d'un t-shirt et pu s'asseoir.
— Quels vêtements étranges ! dit-il en tâtant son torse. Quelle matière est-ce donc ?
— De la toile de jean, répondit Merlin. Ça a été inventé par les Américains il y a plusieurs siècles maintenant...
— De la quoi ? Par qui ? Quand ? Merlin, de quoi parles-tu ? Que s'est-il passé, où est Morgana ? Et Mordred ?
Arthur regarda alors Merlin de haut en bas et grimaça. Il accrocha de son index l'une des épaisses côtes du pull de laine que portait le jeune sorcier puis regarda celui-ci, perplexe.
— Je vais tout vous expliquer, mais sortons d'ici et allons au chaud... Kilgarrah ?
Arthur regarda autour de lui et soudain, il sentit quelque chose se glisser sous lui et les soulever tous les deux pour les déposer sur un sol de dalles, hors du cratère.
— Merci, Grand Dragon, répondit Merlin.
— Mais de rien, jeune sorcier...
— Qui... Qui a parlé ? demanda alors Arthur en s'agitant. Merlin qui... qui es là ?!
— N'ayez pas peur, c'est Kilgarrah, le Grand Dragon. Vous vous souvenez de lui ? Votre père l'a gardé enfermé sous Camelot pendant près de trente ans...
— Que... ? Oui... Oui, je m'en souviens mais... Où est-il ?
— Il est mort, Arthur, depuis plus de mille ans maintenant.
Arthur ouvrit de grands yeux puis secoua la tête.
— Je... Je n'y comprends rien ! Où sommes-nous ? demanda-t-il. Merlin, réponds-moi !
Merlin leva les yeux vers Kilgarrah qui inclina la tête. Le Grand Dragon s'éloigna alors de quelques pas et s'allongea au soleil. Merlin pivota ensuite vers Arthur et se mit en tête de lui raconter tout ce qui s'était passé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu en vie, mille cinq cent ans plus tôt, environ. Bien sûr, le jeune sorcier épargna les petits détails à son meilleur ami et resta dans les grandes lignes, mais il vit dans les yeux du Roi Arthur que l'idée faisait son chemin dans son esprit.
