2.

Aldéran adressa un clin d'œil complice à ses équipiers et amis.

- Et voilà, il était inutile de vous ronger les sangs, Wolpar est à des milliers de kilomètres d'ici et il doit repartir du Nord d'ici quelques jours !

- Fanfaronne tant que tu veux, Aldie, tu n'en menais pas large, rétorqua Soreyn dans un éclat de rire.

La traditionnelle soirée mensuelle avait réuni ceux de l'Unité Anaconda et Jarvyl chez leur Colonel.

- Kestin a eu beau clamer haut et fort ce qu'il était ainsi que son immunité, il aurait vraiment été le dernier de crétin s'il avait réellement tenté quelque chose contre moi.

- Et Wolpar n'est pas idiot, grommela Jarvyl. Il a trop manifestement exprimé ses désirs envers toi, Colonel. Il ne te lâchera pas ainsi !

- Mais que veux-tu donc qu'il fasse ? s'étonna sincèrement Aldéran. Il ne peut pas se téléporter ici pour me sauter dessus au détour d'une allée sombre ! C'est bien le désavantage d'être un personnage aussi haut placé que lui : il ne peut pas faire un pas de côté sans que des caméras ne le suivent ainsi que des journalistes et sa horde de gardes du corps ! Promis, s'il est de notoriété publique qu'il a fait le mur, j'irai me cacher dans un trou de souris !

- Ce n'est vraiment pas drôle, protesta Jelka.

- Quoi, déjà le dessert ? s'étonna Darys alors qu'Aldéran avait prestement débarrassé assiettes et couverts pour apporter un gâteau à la meringue et aux fruits confits.

- Désolé, mais Ayvi doit revenir passer la nuit ici. Elle a posé un jour de congé demain pour, au soir, reprendre le train pour passer dix jours chez son père.

- Bref, tu nous fiches dehors ? s'amusa Darys.

- Un peu, oui… Je me rattraperai la prochaine fois.

- Tu as intérêt, menaça Soreyn en se régalant de sa part de gâteau.

- Et la prochaine fois, c'est toi qui nous reçois, rappela Yélyne.

- Je crois que ma chérie et moi allons déjà nous préparer, vous êtes un tantinet assez comparable à une bande d'envahisseurs !

- Et moi, j'ai tout juste le temps de tout ranger avant d'accueillir Ayvi et de filer ensuite à La Bannière de la Liberté.

- Ces amis-là doivent également se faire du souci pour toi, Aldie, il n'est que temps que tu les rassures entièrement à leur tour.

- Merci à vous et désolé que la soirée tourne court… A moins que vous ne vouliez venir aussi à La Bannière ?

- Sans façon, ce quartier est bien trop mal famé ! Toi, tu t'y sens forcément comme un poisson dans l'eau depuis vingt ans que tu t'y promènes ! Nous, nous y ferions tâche.

- Comme vous voudrez. A demain donc, au boulot, et merci de m'avoir accordé votre dimanche soir !

Finissant par un café, ils quittèrent ensuite le duplex, croisant Ayvanère sur le pallier.

Et rassemblant ses affaires, Aldéran monta dans son tout-terrain immaculé pour se rendre au bar des anciens de l'Arcadia tenu par Doc Ban.


Effectivement plutôt ravis de revoir leur ami, les Marins s'étaient réjouis des bonnes nouvelles apportées.

- Wolpar va bien rester dans le Nord pour les jours qui restent ? insista Maji.

Aldéran opina positivement de la tête.

- On l'a encore vu au téléjournal de midi, se promenant dans le parc de sa résidence familiale. Il a deux visites à assurer et ensuite il repart bien loin, et sans nul doute pour les trois ans qui restent encore à son mandat. Je vais pouvoir souffler.

- Nous aussi, assura, Ban. On s'est inquiétés pour toi.

- Vous êtes trop gentils, tous. Il serait grand temps que je sache veiller sur moi.

- Ce que tu as très bien fait, approuva Ban en lui remplissant son verre. On craignait que tu ne craques, surtout après l'impromptue visite…

- C'était bien le but de cette venue, évidemment, grinça Aldéran en se rafraîchissant de sa bière. Il a dû penser que j'allais faire dans mon froc ou me réfugier derrière un rang de policiers, mon Unité en première ligne !

- Comme si c'était ton genre ! se récrièrent, outragés, les anciens pirates, comme s'ils avaient été personnellement insultés ! Ce n'est pas celui de ta famille et cela ne le sera jamais ! Ton père peut-être fier de toi.

- Il l'est, sourit Aldéran. Et moi, je l'adore ! Il aura fallu le temps, mais je sais depuis longtemps quel être exceptionnel il est – même s'il a fui pour ne pas me voir grandir, mais je comprends, et je ne lui en veux plus. Fonder une famille, presque à son corps défendant, ça a dû lui ficher une peur de tous les diables !

- C'est peu de le dire, s'amusa le vieux médecin. C'était un espoir qu'il n'espérait plus et il ne se sentait pas à la hauteur.

- Il avait tort !

Ban essuya le comptoir devant lui.

- Un petit creux, Aldie ? Tu as vu sur le tableau, ce soir, le menu c'était pâtes aux coquillages.

- Je me suis gavé avec mes amis de l'AL-99. Mais un petit bol de coquillages à la sauce tomate et bien épicés, je veux bien les picorer !

Le visage à la barbe blanche s'éclaira d'un immense sourire et Ban se retira quelques minutes en cuisine.

Ban marmonnant de plus en plus fort dans sa barbe, Aldéran releva la tête, le bar quasiment vide, hormis moins de dix clients habitués, tous les Marins repartis chez eux.

- Qu'y a-t-il ?

Le vieux médecin reposa son téléphone

- J'ai promis à une de mes clientes régulières de l'aider pour son accouchement, vu que son gynéco est en congé. Et le travail vient de commencer !

- Tu nous mets dehors et tu fermes ?

Ban fit la grimace.

- C'est surtout que j'avais autre chose de prévu ce soir !

- Tu as donné ta parole à cette femme. Et il n'y a rien de plus important que de pratiquer ton art. Vas-y !

- C'est que, c'était vraiment important… mon autre engagement.

Aldéran se leva.

- Je rentre chez moi ! Toi, vas auprès de ta patiente.

- Désolé, Aldie.

- Mais non, il n'y a vraiment pas de quoi, assura-t-il en quittant La Bannière de la Liberté.


Aldéran n'avait jamais aimé le quartier où Ban avait ouvert son bar, mais la mauvaise réputation de l'endroit et l'absence de patrouille de police qui n'osaient s'y aventurer avaient surtout été à l'époque les meilleures des protections pour les anciens Marins de l'Arcadia !

Il longeait la déchetterie chimique quand un van le doubla avant de freiner sèchement et qu'un autre derrière l'aveuglait de ses phares. Il n'avait peut-être encore jamais été confronté à cette situation, mais il comprit aussitôt parfaitement.

« Des pirates de la route… ».

Sans avoir pu avoir un geste vers son revolver ou la radio, la portière arrière s'ouvrit et un homme armé s'assit sur la banquette, le braquant.

- Suis le van, intima ce dernier.

La porte coulissante du van avait glissé et depuis l'intérieur, deux autres hommes le menaçaient de leurs fusils et il pouvait aisément deviner les comparses dans la voiture derrière lui eux aussi en armes !

- D'accord, céda-t-il.

Le van lui fit contourner la déchetterie et s'arrêter au bord d'un grand terrain vague isolé qui servait aux dépôts clandestins au vu des monceaux de déchets divers tout partout.

- Coupe le moteur !

Aldéran se demandait encore comment tenter quelque chose, quoique seul contre au minimum sept adversaires il avait peu de chance d'en avoir une, quand violemment frappé à la nuque, il s'effondra sur le volant.