Me revoilà! Les premiers chapitres seront assez courts, ça se rallongera après que l'intrigue soit bien mise en place. J'espère que pour vous la situation est bien claire:je me suis basée sur le film HP3 pour écrire tout ça, c'était assez compliqué, surtout au début, je pense qu'on peut sentir que c'est assez "saccadé" ou partiel, mais j'étais bien obligée d'encrer cette fic dans l'histoire. Pour ce qui est de la suite… je prends heureusement des libertés sur le canon! je tiens à préciser également que ce qui m'intéresse c'est de développer les personnages et leurs relations… ne me lancez donc pas des pierres si vous trouvez quelques incohérences par rapport au canon! (je risque de vous les relancer en retour xD)
Merci pour vos reviews, je suis très heureuse de retrouver quelques lecteurs de B(l)ack again! J'espère que ce chapitre vous plaira, je pourrais le clarifier avant le chapitre 3 (qui arrive bientôt) si ce qui se passe est trop obscur.
Je vous embrasse!
CH2
Polylunard
Deux jours plus tard, exactement six lettres s'entassaient sur le bureau de Severus. Les cinq dernières avaient été reçues toutes le jour même. Il posa ses coudes sur les enveloppes portant son nom et renvoya la chouette qu'il ne connaissait que trop bien. Ses doigts blancs vinrent masser ses paupières fatiguées, il soupira profondément, affalé dans une chaise de sa chambre. Ce n'est pas par mauvaise foi qu'il se refusait de prendre la plume pour répondre aux lettres angoissées de Narcissa : c'est parce qu'elle avait entièrement raison, que ses lettres portaient toutes des accusations agaçantes de vérité. Oui, l'issue du jugement de Black portait un lien très étroit avec lui, et oui, le fait qu'il reste au Château était en quelque sorte sa… volonté ? Mais l'avouer équivalait à se risquer à une interprétation biaisée de ses intentions. Oh, Severus savait ce que Narcissa allait dire : que ses actions étaient motivées par un besoin de revoir Black ! Mais le temps passe et atténue tout, hein ? Narcissa ignorait en réalité la subtilité des motifs du serpentard. Revoir Black, il s'en fichait comme de la première pluie. Alléger sa conscience, ça, par contre, il ne s'en fichait pas, parce que la culpabilité de ce qu'était devenu Black le touchait trop intimement pour accepter de le laisser seul contre son sort… c'était ainsi. La morale de Severus n'était pas ostentatoire, d'ailleurs c'est pourquoi il avait juré à Lupin de lui couper la tête –c'est-à-dire de révéler sa vraie nature aux élèves– s'il répétait à Black que le Peter Pettigrew avouant ses crimes devant Dumbledore et le Ministre de la Magie avec preuve à l'appui (soulèvement de manche) n'était autre que lui après avoir ingéré une quantité astronomique de « Polynectar amélioré » (et pire : pour cela il avait du volé un T-shirt crasseux à Ron Weasley, couvert de poils de rat…). L'aide de Lupin avait été malheureusement requise pour empêcher les jeunes imbéciles heureux Potter et Granger de ramener leur agressif bestiau volant pour foutre un bordel phénoménal au Château. Ce recours à un coup de main extérieur, comme pour réaliser le crime parfait, constituait sa seule erreur… compter sur Lupin. Il fallait à présent compter sur Lupin ! comme si les choses n'étaient pas déjà assez délicates.
Mais maintenant qu'il avait remis Black sur le droit chemin, il ne s'en préoccupait plus. Ce qui devait être fait était fait. Ses tords étaient diminués. Et si le sommeil revenait ?
Mais allez expliquer ça à Narcissa !
xx
Plus de quarante huit heures de sommeil ne suffirent pas à Sirius pour se remettre de l'émotion ressentie en voyant Péter témoigner puis s'enfuir lâchement pour éviter d'être capturé à nouveau. Perdu. Dans la nature, quelque part...
Sirius avait tellement dormi qu'il peinait maintenant à se convaincre que tout cela n'était pas juste un rêve plus réaliste qu'un autre... Pourtant il dormait dans un lit, pas dans une cellule, alors... Il essaya de s'asseoir sur ce matelas trop mou. Où était-il ? Pas dans la chambre de Remus, il ne sentait pas son odeur, ni aucune odeur connue de lui d'ailleurs à part cette odeur de propre, d'incantations ménagères, qui lui rappelait être la crasse incarnée. Eh bien... A qui qu'appartienne cette chambre, il n'allait pas se gêner pour utiliser la salle de bain et prendre la douche la plus coûteuse du siècle.
Une fois déshabillé, il se dirigea en titubant sous le jet d'eau et crispa la mâchoire en sentant le liquide gelé glisser le long de son corps... si désagréable... comme Rogue l'autre jour... Se faire fouiller ses souvenirs venait d'être érigé au rang de baromètre du casse-couille. Quoique la simple pensée de Rogue suffisait à le mettre dans un état pas possible ! Les battements de pouls frénétique lui donnaient envie de hurler de rage. Il lui en voulait trop pour se retenir de le tuer un jour... et maintenant que des a priori méfiants allaient lui coller à la peau pour le restant de sa vie, un petit assassinat ne surprendrait personne, si?...
Un coup de poing parti se loger contre la surface du mur carrelé ; sans qu'il s'en rende compte, une larme glissait sur son visage osseux, se confondant avec la caresse de l'eau devenant plus tiède.
La chaleur de l'eau coupa le fil de ses pensées. Il se figea et grogna de contentement. La chaleur détendait ses muscles endoloris par l'effort et ce sommeil assommant... Il aperçut en relevant les yeux la serviette pendue pour lui et les vêtements préparés. De vieux vêtements moldus : ceux de Remus certainement (qui avait travaillé dans des bars moldus, enchaînant les jobs « étudiants » là-bas pendant l'été, ou les contrats n'étaient que d'un ou deux mois de toutes façons). Des habits propres, c'était idiot mais cette idée aurait pu le faire mourir de bonheur à l'instant… jusqu'à ce que ses yeux remontent pour rencontrer le miroir.
Froncements de sourcils. Ses cheveux étaient beaucoup trop longs, sa barbe partait dans tous les sens… c'était encore pire que ce qu'il avait pu imaginer. Et c'est avec celle allure qu'il avait rencontré Harry, qu'il avait revu... Stop. Quelques coups de ciseaux, un rasage maladroit. Il s'habilla et sortit.
Vu le couloir dans lequel il se trouvait, on l'avait placé dans une chambre réservée au personnel de Poudlard, sûrement proche de celles des professeurs et donc de Remus. Mais ça ne lui donnait pas plus d'indication sur l'endroit où se trouvait en ce moment son ami. Ni sur l'heure qu'il était. Il semblait se déplacer hors du temps. Comme avant, à Azkaban, où l'épaisseur des murs empêchait la lumière du soleil de lui donner des repères naturels : cela l'avait conduit jusqu'à s'inventer des théories totalement rocambolesques, maintenant qu'il avait de quoi les réévaluer. L'une des plus insensées était sûrement celle selon laquelle la Terre avait cessé de tourner autour du Soleil, fâchée qu'il soit, lui, Sirius, enfermé dans cette cellule, baigné à longueur de journée dans les hurlements glaçants des fous. L'obscurité, d'abord oppressante, avait ensuite pris une autre signification : elle constituait la preuve irréfutable que la Terre faisait grève de lumière du jour rien que pour lui… et ça donnait l'impression qu'il y avait bien quelqu'un autre que lui se battant pour la vérité. En même temps, qu'il existe si peu de justice dans ce monde lui paraissait inimaginable : qu'il n'y ait personne, absolument personne pour se douter de la vérité… alors qu'il avait eu tellement d'amis, à Poudlard, dans l'Ordre, partout. Comment aurait-ce été possible ? ça servait à cela, de se bâtir une réputation honorable pendant des années, pour être abandonné au moment où les circonstances n'allaient plus dans le bon sens ? répugnant…
La porte qu'il dépassait venait de faire apparaître Rogue, en s'ouvrant. Une certitude : c'était lui. Il pressa le pas. L'adrénaline bouillant dans ces veines lui hurlait de fuir. Il venait de découvrir, en souffrant de l'électrocution brusque de son cœur et son sang brûlant qui courrait inonder son visage, qu'il avait honte de cette folie d'où il sortait à peine et de ce genre de pensées dont Rogue avait pris connaissance.
xx
-Dis Remus, pourquoi… il est encore au Château ? Est-ce que Dumbledore a perdu la boule ?
Le loup-garou lui lança un regard gêné.
-Juste… Dumbledore lui fait confiance, c'est tout. Et si Dumbledore lui fait confiance, moi aussi. Et puis il est vraiment excellent en potion, ce n'est plus à démontrer. C'est de lui que j'ai ma « potion mensuelle »
Remus s'en voulait : qui défendait-il devant son meilleur ami ? Rogue ! on nageait en plein… délire. L'homme qui l'avait littéralement brisé ! et trahi tous ceux de l'Ordre, alors qu'on avait eu l'intention de l'y faire rentrer, juste avant qu'il ne retourne sa veste de façon phénoménale… et qui avait juré de se racheter, avant la chute de Voldemort. Et qui… venait de sauver Sirius d'un nouvel aller simple vers Azkaban. Alors il se devait bien de faire quelques efforts pour respecter ses ordres… mais pour combien de temps ?
-C'est fou.
Sirius avait le regard vide.
-Il est complètement dingue. Quelle négligence de sa part, continua-t-il.
-Tu sais, tout est beaucoup plus sûr aujourd'hui.
xx
Entouré de tous ces morveux piaillant comme des pies et de Lupin toujours fidèle au poste, Sirius s'avançait dans la Grande Salle, essayant d'accorder à tous ces jeunes idiots un regard gratifiant leur gentillesse émerveillée. Depuis ce procès gagné qui avait fatigué Severus autant qu'un certain loup-garou après la pleine lune, et le discours de Dumbledore établissant Sirius au niveau d'invité de première importance, Black était considéré comme le héro local : « une victime de la Justice », comme le disait si bien le directeur. Seuls les serpentards se forçaient pour feindre une indifférence têtue, trop fiers pour accepter que l'attention ne se fixe sur eux. C'est avec beaucoup d'efforts que Severus s'associait à l'attitude générale de sa maison de cœur, dont il se devait pour couronner le tout d'être le digne représentant.
La concentration était maximale pour analyser la propreté de son verre d'eau intact, de cette miette traînant sur la nappe, ce couvert mal aligné par rapport à l'autre, la chute des plats qu'Hagrid venait de renverser en tentant de s'asseoir discrètement. Mais il y avait toujours un léger éclat de rire, à un moment du repas, provoqué généralement par Potter junior, qui le faisait tiquer violemment et lever les yeux. Le pain du jour, le vrai pain, qu'il buvait par les oreilles, les yeux, c'était bien évidemment ce spectacle : les traits tendus et figés de Black se déchirant en un sourire tendre, à l'adresse de son filleul, d'une anecdote de son filleul, ou d'une anecdote sur son filleul, que Weasley et Granger de concert ne cessaient de chanter. Les meilleurs jours étaient ceux où il capturait la scène sans que personne ne s'en aperçoive. Mais aujourd'hui, il frôla l'arrêt cardiaque quand les pupilles astrales de Sirius s'éteignirent subitement en rencontrant les siennes. Sa mauvaise humeur habituelle reprenait sa place d'habituée, comme de droit. Il fallait qu'il quitte ces instants de contemplations que ses yeux volaient malgré lui... Ils ressemblaient de moins à de la curiosité.
xx
-Mais qu'est-ce qu'il me veut à la fin, Remus?
La fourchette du loup-garou jouait avec la nourriture dans l'assiette qu'il n'avait pas encore touché. Il avait sentit que cette question ne tarderait pas à passer la bouche de Sirius.
-Écoute tu le connais, 'veut peut-être t'intimider, je sais pas. Tu te rendrais un grand service en continuant à l'ignorer... Je ne peux pas lire dans ses pensées, moi.
-Mais lui peut, marmonna pour lui même Sirius en jetant un regard noir au concerné, qui discutait à présent avec Minerva.
-Hein?
-Mais tu sais bien! Il est legilimens, chuchota Sirius à son oreille.
Remus soupira.
-Certes, certes, ce n'est pas la personne la plus inoffensive habitant entre ces murs. Mais il ne t'a rien fait encore, non ?" Sirius grimaça, il n'avait rien dit de cela à son ami. "Arrête de chercher absolument ce qu'il a derrière la tête, reprit Remus avec diplomatie. Pour le moment, il est calme... prions pour qu'il le reste... n'attisons pas son mauvais caractère... Et normalement, tout devrait-
-Sirius, tu veux finir mon assiette?
Harry avait décelé la faim qui tiraillait encore son parrain en observant les longs regards plus qu'explicites qu'il laissait traîner sur les assiettes des autres.
-Alors là, avec grand plaisir, mon cher filleul ! D'ailleurs... Tout le monde! fit-il en élevant la voix de manière à se faire entendre par toute la tablée. "Pour les restes, ça se passe ici ! Ne gaspillons pas la nourriture que les elfes s'appliquent à nous cuisiner avec amour, créativité, que dis-je ? ingéniosité ! Soyez responsables et donnez moi vos assiettes"
-Sirius ! » Remus était moyennement amusé. « Tu ne peux pas faire ça ! »
Mais c'était trop tard pour rectifier le tir, une vingtaine d'assiettes se retrouvèrent empilées devant lui, les gryffondors le défiant d'arriver à engloutir cette quantité, et Dumbledore, au bout de la salle, venait d'élever ses sourcils blancs jusqu'à l'extrémité supérieure de son front en une myriade de rides stupéfaites.
-Vous savez les enfants, dit solennellement Sirius, il faut vivre pour manger et non pas manger pour vivre. Vous le comprendrez un jour, tous : la sagesse vient avec l'âge (et les années de prison la font éclore plus vite encore !)... Qu'est-ce qu'il y a de drôle, Harry? s'indigna-t-il faussement en voyant son sourire incrédule. C'est vrai !
Hermione explosa de rire en voyant le niveau d'incompréhension de Ron, qui avait parfois du mal à saisir l'ironie à temps.
-Habituez vous, il est comme ça, avertit Remus. Par contre, je vais te laisser expliquer tout seul cet abus total à Dumbledore... lui murmura-t-il en se levant de table précipitamment, suivis de tous les élèves complices de la scène en voyant le directeur s'approcher d'un pas décidé.
-Traîtres ! s'exclama Sirius. HARRY, attends !
Son filleul se retourna pour lui adresser une moue désolée et fila rejoindre les autres.
-Sirius Black... siffla Dumbledore, désapprobateur.
Tous les visages étaient tournés vers eux, pleins d'amusement, d'admiration ou d'agacement. Black dérangeait le déroulement de la vie au Château depuis qu'il y avait mis les pieds, bousculait les mœurs, les arrangeait à sa sauce. Au fond, il ne faisait que reprendre ses bonnes habitudes, en se fichant toujours plus de l'avis général. C'est à l'instant où Dumbledore se pencha pour lui parler à l'oreille que Severus sentit le regard aiguisé de Minerva sur son visage, épiant sa réaction. Il maquilla aussitôt son sourire ironique en une légère toux. Ce n'était quand même pas sa faute si Black, trentenaire endurci, se faisait gronder par le directeur comme un enfant de dix ans. Il n'était pas stoïque à ce point.
