Voilà le deuxième chapitre! Il était déjà écrit au moment où j'ai posté le précédent, mais j'attendais de prendre un peu d'avance, surtout qu'en progressant dans l'histoire je savais que je serais amenée à le modifier un peu. Je ne pensais pas le poster avant une semaine encore, mais finalement j'ai changé d'avis, exceptionnellement (Pour la suite je serais plus longue, car j'aime bien laisser du temps avant de retourner sur un chapitre et en réécrire certaines parties).

Pour l'instant, (j'écris le chapitre 5) je n'ai pas trop modifié mon résumé détaillé, ni mon découpage de chapitres prévu (je devrais tourner autour d'une petite quinzaine de chapitres) mais je pourrais être amenée à changer quelques parties.

Comme vous pourrez le voir, j'ai mis dans ma fanfic quelque chose qui n'existe pas en jeu, mais qu'on rêverait d'avoir (n'est-ce pas?): des bâtiments de guilde. Les villes étant plus grandes en vrai que ce que l'on voit, ce n'est pas la place qui manque après tout.

WARNING: dans ce chapitre il y aura un peu de sang et de violence, mais je ne pense pas avoir besoin de changer le rating (ça reste assez soft). Et sur ce, je vous laisse!


Ma'wande s'était réveillée alors que l'aube commençait tout juste à poindre, que le ciel s'ornait de couleurs pastels et que paraissaient les premiers rayons de soleils qui s'étalaient sur les façades, les recouvrant d'un or profond. Au loin, dans la forêt, les oiseaux lançaient des pépiements joyeux et un vent léger en provenance de la mer faisait bruisser les feuilles des arbres. C'était un spectacle des plus charmants, mais pour le moment, la trollesse avait d'autres préoccupations.

Ma'wande brûlait d'impatience à l'idée d'avoir bientôt sa propre monture, et n'avait désormais qu'une hâte, c'était de repartir pour Orgrimmar. Ce matin elle s'était levée d'un bond de son lit avec le même sentiment d'excitation que celui qui l'avait tenue réveillée une partie de la nuit. Elle s'était habillée rapidement, avait pris son arc et son carquois, et sans plus de cérémonie, était allée frapper à la porte de Raethalos.

- Hey, Thalos, murmura-t-elle en entrouvrant la porte sans même attendre de réponse, tu dors encore?

Elle fut accueillie par un grognement, alors que l'elfe se retournait dans son lit, lui présentant son dos, et remontait ses couvertures par-dessus sa tête. L'elfe n'avait jamais été du matin et adorait paresser au lit, contrairement à elle. Cela ne manquait pas de l'agacer, aussi pour se venger elle prenait un certain plaisir à perturber son sommeil ) l'occasion. À son réveil, Raethalos s'en rappelait rarement, ce qui l'incitait à continuer.

- Laisse-moi quelques minutes encore, bougonna-t-il, il fait à peine jour…

- À peine, c'est déjà une nouvelle journée! Debout, espèce de flemmard, on a plein de chose à faire aujourd'hui!

Pour toute réponse, Raethalos se saisit de son oreiller, avant de le jeter mollement vers Ma'wande. Cette dernière, qui avait eu largement le temps de voir venir le projectile fit un pas de côté et rattrapa l'oreiller avec un petit rire.

- Raté!

Cette fois, elle évita de peu la chaussure qui fusa sur elle, et jugea qu'il était plus prudent de laisser Raethalos tout seul.

Elle dévala les escaliers avec bruit, sans penser ni à Raethalos, ni à l'orc chaman qui dormait peut-être encore. Duras, l'aubergiste, était déjà levée elle aussi, et elle s'affairait sur sa marmite, tournant le dos à Ma'wande. Elle releva la tête alors que cette dernière s'installait au comptoir.

- Bonjour ma petite, bien dormi ?

- Petite? répondit Ma'wande en plissant des yeux. Elle n'aimait pas vraiment qu'on l'appelle de la sorte.

- Eh bien quoi, tu me sembles bien jeune, à moi, expliqua l'orque.

- Je ne suis pas SI jeune, tempéra Ma'wande, et j'ai largement l'âge de…

- C'est ça, la coupa la tenancière en levant les yeux au ciel alors qu'elle lui servait une pleine louche de ragoût, et les murlocs peuvent voler.

Ma'wande fut sur le point d'objecter, mais préféra s'employer à vider le contenu de son écuelle en quelques coups de cuillère. Sans un merci, elle était ensuite sortie pour aller voir l'enclos des bêtes. Son raptor ouvrit un œil jaune et brillant lorsqu'elle s'en approcha, puis reposa paresseusement sa tête au sol dès qu'elle la reconnut.

- Toi aussi t'es qu'une flemmarde, grommela-t-elle en Zandali, en passant une main sur la tête de l'animal.

Ma'wande ignorait combien de temps encore Raethalos allait rester au lit avant qu'il ne daigne se réveiller, mais elle voulait mettre ce temps à profit pour explorer les alentours. Avec le paladin, ils ne s'étaient pas encore approchés du rivage depuis qu'ils avaient mis les pieds en Orneval. Elle n'avait fait que voir des arbres, quelques cours d'eau, encore des arbres, et des clairières là où les bûcherons et les machines gobelines avaient tout coupé. L'avant-poste de Zoram'gar offrait un tout nouveau genre de paysage, avec ses plages sablonneuse, sa mer aux eaux limpides et ses ruines de calcaire blanc qui se dessinaient nettement sur l'horizon et qu'elle apercevait au loin.

Son arc à la main, Ma'wande se dirigea vers la côte. Le ciel passait lentement de l'orange au bleu alors que le soleil restait encore invisible, masqué par la dense forêt qui s'étendait à l'est, et seul quelques pépiements d'oiseaux et le bruit des vagues parvenaient à ses oreilles. Elle savait cependant que malgré l'apparente quiétude qui semblait régner à cette heure matinale, le danger pouvait être partout, et qu'elle ne devait en aucun cas relâcher son attention.

La mer vint lécher ses orteils, et elle regarda l'eau fraîche et écumeuse lui monter jusqu'aux chevilles avant de se retirer, alors qu'elle sentait le sable filer sous ses pieds avec le reflux. Quel dommage qu'ils ne soient pas venus plus tôt ici, elle aurait bien aimé y passer plus de temps et pouvoir en explorer tous les recoins.

Elle promena son regard le long du rivage lorsqu'elle capta un mouvement du coin de l'œil. D'ici, elle ne pouvait savoir de quoi il s'agissait, mais la chose semblait briller sous la lumière du soleil levant, la rendant blanche et scintillante, comme si elle était recouverte d'une matière qui réfléchissait la lumière, à la façon d'une armure… Ou d'un corps recouvert d'écailles.

La chose était bien trop grande pour être un murloc. Ma'wande se dépêcha de fixer la corde de son arc, et pris une flèche dans son carquois. Elle n'en avait encore jamais vu, mais elle devinait qu'il s'agissait d'un naga, comme on en trouvait – parait-il- en Azshara... Ou à Strangleronce.

En plissant des yeux, et en l'observant encore quelques minutes, Ma'wande eut l'impression étrange que le naga montait la garde, ou surveillait quelque chose. Il restait pratiquement immobile, toujours au même endroit, tourné vers la même direction, celle qu'elle avait prise en sens inverse pour arriver jusqu'ici. L'avait-il remarquée? Était-il déjà ici lorsqu'elle était partie s'aventurer sur la plage?

Elle se retourna vers l'avant-poste de Zoram'gar, où tout était calme, et d'où elle ne repéra aucun signe de vie. Seules les fumées qui s'élevaient en volutes grises depuis la cheminée de l'auberge et la forge attestaient encore que des gens s'y trouvaient, même s'ils étaient encore presque tous endormis. Raethalos lui-même, elle en était certaine, ne se réveillerait pas avant un petit moment.

Ce qui, et la pensée la fit sourire lorsqu'elle se dessina dans son esprit, lui laissait le temps de tester enfin ses capacités, sans quelqu'un pour toujours la surveiller et l'empêcher d'aller où elle voulait.

Ma'wande commença alors par s'approcher du naga, en décrivant un large détour par la forêt afin d'éviter qu'il ne la repère, pour arriver dans son dos. Elle marcha ainsi pendant quelques minutes avant d'atteindre l'orée des bois, d'où elle obliqua vers le nord sur quelques pieds, puis elle se dirigea lentement vers le rivage, progressant silencieusement, se cachant derrière les dunes, avançant furtivement avec la discrétion d'une ombre.

Devant elle se dressaient des ruines à moitié immergées qui laissait entrevoir leur antique gloire passée, avec leurs blocs de calcaires blancs autrefois parfaitement taillés et assemblés avec une maîtrise saisissante. Désormais ravinées par les flots, abîmées, dégradées par les éléments et recouvertes par des algues brunes et des grappes de coquillages, elles offraient un perchoir à quelques albatros criards aux larges ailes blanches. Autrefois pourtant, elles avaient peut-être été le foyer d'une riche famille Bien-Née, ou même quelque temple d'où s'élevaient des voix éthérées qui chantaient des louanges à Elune.

L'ensemble produisait un effet plutôt plaisant à voir, et d'autres à sa place auraient pu y voir le témoin de la supériorité des éléments et de la nature sur l'ingéniosité des races qui se disent supérieures, ainsi qu'une triste démonstration du côté éphémère de chaque création. Ma'wande, elle, s'était simplement demandée s'il y avait eu des bâtiments elfes ici avant le Cataclysme, ou s'ils avaient été détruits il y a bien plus longtemps encore.

Pour Ma'wande, cependant, une seule chose occupait ses pensées pour le moment. Sa proie, qui pour le moment lui tournait le dos. La créature était dotée d'une peau couverte d'écailles, d'une longue queue en place de jambes, de tentacules à chaque coin de la gueule, de nageoires dont la peau transparente laissait passer le soleil au travers et d'une horrible face serpentine. Nul doute n'était permis. Il s'agissait bien d'un naga.

La main sûre, d'un geste qu'elle avait accompli trop de fois pour pouvoir être compté, Ma'wande banda son arc, visa le milieu du dos du naga, et tira. La flèche fila dans un léger sifflement pratiquement inaudible, et se planta avec un petit bruit sec, traversant la peau écailleuse avec facilité, sans que celle-ci ne lui oppose la moindre résistance. Quelques secondes à peine s'écoulèrent, avant que le naga ne lâche l'épée qui lui servait d'arme, et ne s'écroule sur le sol dans un dernier tressaillement qui lui rappela celui d'un serpent.

Ma'wande se rapprocha de lui et se pencha pour récupérer sa flèche, profondément fichée dans le corps. Alors qu'elle commençait à tirer dessus, elle sentit quelque chose de froid s'agripper à sa cheville.

- Ssssssale... trollesssse ! cingla le naga de sa voix sifflante.

La créature tira alors sur sa jambe d'un coup sec et Ma'wande tomba brusquement en arrière. Ses dents s'entrechoquèrent violemment lorsque sa tête toucha le sol, elle sentait le sable se glisser entre ses vêtements et les doigts du naga, palmés et glacés comme la mort, s'imprimer dans sa chair. Pendant quelques instants, elle n'eut rien d'autre que le bleu des cieux et de pâles nuages blancs devant ses yeux alors qu'elle essayait de reprendre ses esprits au plus vite.

- À l'aide! s'égosilla le naga, sa voix se répercutant sur les ruines alentours, un ssssang tiède!

Lorsqu'elle releva la tête, elle se rendit rapidement compte que d'autres nagas approchaient déjà, alertés par le cri d'alarme de leur infortuné compagnon. Ils étaient encore loin, et elle pouvait encore arriver à temps au campement, ou même s'enfuir dans les bois et se cacher dans les fourrés, pour peu qu'elle déguerpisse rapidement.

Ma'wande tenta vainement de se dégager, et ne put s'empêcher de s'exclamer sous la douleur alors que la poigne puissante du naga se refermait de plus en plus fort sur sa cheville. Bien qu'agonisant, il semblait se nourrir de l'énergie du désespoir, ainsi que du désir d'emporter avec lui la trollesse dans la tombe, et ne relâchait pas sa proie.

Déterminée à se débarrasser de lui une bonne fois pour toutes, elle se saisit d'une flèche et la planta avec force dans le bras qui la retenait toujours. Le naga relâcha enfin son emprise, et, dans un ultime râle, il agonisa enfin. Elle ne voulut plus s'attarder plus longtemps, mais lorsque qu'elle essaya de se relever, elle se rendit compte avec affolement que sa jambe ne la portait plus.

Alarmée, elle vit les nagas se rapprocher d'elle. Un court instant, elle fut prête à céder au désespoir et accueillir à bras ouverts la mort qui venait à elle, mais elle se ressaisit. Elle ne pouvait pas mourir maintenant, pas avant d'avoir accompli ce pour quoi elle avait tant voulu prendre la route.

Accroupie sur le sable, prenant appui sur sa jambe valide, Ma'wande tira toutes les flèches de son carquois, en planta la majorité au sol, et visa un des nagas avec l'une d'entre elle. Ses bras tremblaient, et elle le manqua de peu. Elle inspira profondément, tentant d'oublier la douleur lancinante qui lui vrillait la cheville, oubliant même qu'elle risquait sa vie à cet instant. Elle devait écarter tout cela, passer outre ces informations que son esprit s'évertuait à lui rappeler.

Ses bras ne tremblaient plus. Elle ne pensa plus qu'elle pouvait mourir bientôt, et son esprit était entièrement focalisé en deux pensées très simples: viser, tirer. Elle prit quelques secondes pour ajuster son tir selon la distance, et la flèche fila à toute vitesse vers sa cible, qu'elle stoppa net dans sa course. Le naga s'écroula alors, un trait fiché en plein dans l'œil.

Comme si elle était totalement détachée de son corps, comme si la douleur qu'elle ressentait était celle d'un autre et qu'elle n'était qu'une simple spectatrice, Ma'wande continua à leur tirer dessus, sans se soucier d'autre chose, sans s'inquiéter du fait qu'ils étaient de plus en plus proches. Elle en tua trois autres, arrêtés net en plein dans leur élan, tombant au sol comme de grotesques pantins dont on venait brusquement de couper les fils, et en blessa deux. Mais alors que sa main cherchait une nouvelle flèche, elle se rendit compte avec effroi qu'elle n'en avait plus. Elle eut un instant de réalisation qui la glaça d'horreur. Elle se rappela avoir laissé ses nouvelles flèches à côté du carquois, et ne pas avoir pris la peine ce matin de les y ranger.

Ma'wande poussa un juron, avant de se souvenir qu'il lui restait encore deux flèches, juste à côté d'elle. Elle se jeta sur le corps du premier naga qu'elle avait tué et tenta de retirer la flèche fichée dans son dos, mais celle-ci était si profondément ancrée en lui qu'elle ne parvint pas à la récupérer. Heureusement elle eut moins de mal avec celle qu'elle avait plantée dans son bras, mais à peine l'avait-elle prise que déjà deux nagas étaient sur elle.

Avec un sang-froid qui la surprit elle-même, Ma'wande tira sa dernière flèches sur le naga qui la chargeait, alors qu'il n'était plus qu'à trois pas d'elle. Il tomba raide mort, la flèche enfoncée en plein milieu du crâne. Elle eut à peine le temps de s'en réjouir que déjà un second naga abattait sur elle sa grande épée. Elle évita le coup mortel en roulant sur le côté, et une masse de sable s'éleva de l'endroit où elle se tenait quelques secondes auparavant. D'un même mouvement, elle lâcha son arc, devenu inutile, et ses doigts tirèrent une petite dague qu'elle conservait à la ceinture.

Ma'wande ne s'en était encore jamais réellement servie. Elle l'avait reçue d'Erzula, une trollesse du clan, avant de quitter Orgrimmar avec Raethalos, avec la recommandation de toujours la garder sur elle. À présent, c'était tout ce qui lui restait. Il y avait bien les armes de ses adversaires tombés au sol, mais les grandes lames nagas auraient été plus efficaces dans d'autres mains que les siennes, qui n'avaient pas l'habitude de manier ce genre d'armes.

Un des nagas lui asséna un puissant coup d'épée, qu'elle parvint à bloquer de sa petite dague dans un jaillissement d'étincelles et un gémissement de métal. Le choc se répercuta jusqu'à son épaule, et elle eut l'impression que tout son corps tremblait. Elle crut un instant que son arme allait se briser, mais elle était correctement enchantée, et elle tint bon. Elle n'était pas certaine cependant de pouvoir parer un second coup de la même puissance sans que la lame ne cède.

À la seconde même où le naga voulu reculer son bras pour la frapper de nouveau, Ma'wande frappa rapidement de sa lame acérée la main qui tenait l'épée. Du sang, poisseux et glacial s'écoula de la plaie. Dans un grognement, le naga lâcha son arme, et alors qu'il allait la ramasser avec sa main valide, elle voulut en profiter pour lui planter sa dague dans le cou.

Alors qu'elle assurait sa prise, un éclat de lumière attira son regard et elle eut tout juste le temps de se pencher pour éviter un coup mortel. À présent, elle était encerclée par quatre nagas, dont deux qu'elle avait déjà blessés de ses flèches. Sa jambe, grâce à ses facultés régénératrices, était déjà en train de se soigner, mais elle savait qu'elle ne pouvait pas encore la porter avant un petit moment.

Elle jeta un rapide coup d'œil à ses adversaires pour évaluer la situation. L'un des nagas était blessé à l'épaule droite, du côté de sa main d'épée, ses réflexes devaient en être ralentis. Il y avait moyen d'en tirer parti. Elle était déterminée à lutter jusqu'au bout, et bien décidée à en tuer le plus possible, et dans sa tête elle forma rapidement un plan d'attaque. Si Raethalos avait été là, il l'aurait conjuré de ne pas essayer, que c'était bien trop risqué. Mais elle était seule, et le risque était le seul chemin qui pouvait l'amener au succès.

Elle changea sa prise sur sa dague, et la lança en plein dans la tête du naga qui se trouvait à côté de celui qu'elle avait blessé à l'épaule. Le sifflement de l'arme qui fendait les cieux fut suivi par un bruit sourd quand il se planta dans le crâne de la créature. Alors que le naga s'écroulait en arrière, sans vie, elle se jeta sur lui en une roulade, évitant un coup d'épée. Dans un même mouvement elle récupéra son arme, se redressa, et la planta dans le cou du naga blessé, alors qu'il s'apprêtait à abattre son sabre sur sa tête. Malheureusement, elle ne put totalement esquiver le coup d'un autre de ses adversaires, destiné à lui ouvrir le ventre, et qui lui entailla profondément le bras gauche.

Ma'wande saignait abondamment, et le liquide s'écoulait le long de son le bras jusqu'à ses doigts avant de se répandre sur le sable, formant au sol une tache écarlate. Elle avait trop sollicité sa jambe alors qu'elle n'était pas encore rétablie, et celle-ci se rappela douloureusement à elle. Elle avait l'impression de sentir sa cheville pulser comment jamais, la douleur irradiant dans toute sa jambe au point de lui faire tourner de l'œil, et elle sentit la bile lui monter à la bouche.

Plus que deux, se répétait-elle. Elle se prépara à repasser à l'attaque, mais brusquement l'un des nagas encore valide la chargea. En voulant l'esquiva sa cheville blessée lâcha, et elle retomba sur le sol. Sa main gauche se referma sur le sable, et elle en jeta une pleine poignée mêlée de son sang au visage d'un de ses adversaires. Alors qu'elle évitait de peu un nouveau coup destiné à la tuer, elle planta sa dague dans la poitrine du naga qu'elle avait aveuglé.

Sa main subitement recouverte du sang glacée de sa victime glissa sur le manche lorsqu'elle voulu récupérer sa dague, et elle fut trop longue à sortir sa lame du corps de la créature. Elle perdit quelques précieuses secondes, quelques secondes que le dernier des nagas survivant mis à son profit. Interdite, le souffle coupée, elle le vit abattre sa lame étincelante sur elle. Il était trop tard pour éviter. Par réflexe elle ferma les yeux, pour ne pas voir le coup qui devait lui trancher la gorge. Mais alors qu'elle s'attendait à ressentir le froid et macabre baiser de la lame d'acier sur son cou, rien ne se produisit.

Elle ouvrit les yeux.

Une sphère protectrice l'entourait, semblable à un fin halo de lumière pâle et tiède. Derrière le naga, se tenait Raethalos, son épée à la main. À peine le naga tourna-t-il la tête, aussi surpris qu'elle, qu'il le décapita en un mouvement fluide et gracieux. La tête vola et retomba au sol en un arc de cercle, dans un son mat qui fut amorti par le sable, alors que le corps qui la soutenait encore quelques secondes plus tôt s'affaissait brusquement.

Les oreilles frémissantes, l'air terrible, Raethalos semblait irradier de colère. Jamais, depuis la première fois qu'elle l'avait vu, elle ne l'avait vu aussi furieux. Alors que ses yeux gangrenés semblaient lancer des éclairs, elle songea furtivement qu'elle aurait préféré à cet instant se retrouver de nouveau face à une bande de nagas.

Raethalos éclata, et sa rage était-elle qu'il en oublia de parler en Orc. Si le Thalassien était considéré comme une langue douce et fluide, la dureté avec laquelle il prononça chacun de ses mots n'avait rien de mélodieux. Elle avait beau ne rien comprendre elle ne pouvait s'empêcher de se sentir misérable, et elle se ratatina. Jamais la langue des Elfes de sang ne paru aussi rude et brutale à ses oreilles qu'à cet instant précis.

Au bout d'un moment qui lui parut bien trop court, il sembla se rendre compte qu'il n'employait pas la bonne langue.

- Espèce de sotte! Imbécile! Sombre crétine, petite gourde, tu aurais pu crever ici si je n'étais pas arrivé à temps! Est-ce que tu es fière de toi?! Est-ce que tu es complètement stupide ou juste stupidement inconsciente?! Je passe mon temps à te prévenir du danger, tout ça pour que toi, tu ailles te jeter dedans dès que j'ai le dos tourné?! Est-ce que tu cherches à mourir? Parce que si c'est le cas, petite idiote, tu n'as pas besoin d'aller jusqu'en Orneval pour ça! Est-ce que tu as pensé à moi? Est-ce que tu t'es demandé si je pouvais m'inquiéter pour toi, et comment j'aurais réagi si j'étais arrivé trop tard? Est-ce que tu crois que ça m'aurait fait plaisir de tomber sur ton cadavre?!

Il poursuivit ainsi, pendant ce qu'il lui sembla une éternité, jusqu'à ce que sa voix ne se casse. Par chance, ou par malchance, il ne semblait plus rester de naga dans le coin, auquel cas il les aurait rameuté depuis des lieux à la ronde, ce qui aurait été pour Ma'wande une distraction des plus opportunes. Les oiseaux, en revanche, s'étaient tous enfuit.

Lorsque Raethalos fut incapable de crier encore, il changea alors de registre, et chercha à la place à la faire culpabiliser.

- Tu m'as tout simplement déçu. Je te faisais confiance, Ma'wande, je pensais que tu avais compris, et c'est ainsi que tu me récompenses? En agissant de la sorte? Tout ça pour te voir filer dès que je ne suis plus là pour te surveiller... Tu en as assez de m'avoir toujours sur tes talons? Tu ne veux plus de moi pour t'accompagner?

Le cœur de Ma'wande se serra à la crainte qu'il ne l'abandonne sitôt arrivés à Orgrimmar. Pire encore, qu'il raconte au chef Drogash ce qu'elle avait fait, et qu'elle ne se voit forcée de retourner à l'orphelinat, alors qu'elle pensait qu'elle était enfin parvenue à s'en échapper définitivement. Piteusement, elle releva les yeux qu'elle avait gardés baissés alors qu'il la grondait, préférant jusqu'alors observer un scarabée se frayant un chemin dans le sable, laissant derrière lui la marque éphémère de ses pattes sur le sol, plutôt que de soutenir un instant de plus le regard dur et sévère de l'elfe.

- Je suis désolée, dit-elle de son meilleur ton d'excuse et en s'efforçant d'afficher un air empreint de contrition, je te promets que je ne le referais pas, alors me laisse pas, s'il te plaît.

Si elle se concentrait suffisamment, elle arriverait peut-être à verser une larme ou deux. Elle n'eut pas à aller si loin, cependant. Raethalos ouvrit la bouche, mais ce qu'il voulut lui dire à cet instant se perdit, et il poussa un long soupir, se calmant tout à fait.

- Je ne vais pas t'abandonner, nigaude. Allez, ramasse ton arc, on nous attend.

D'un petit mouvement de doigts, Raethalos fit apparaître un éclair de lumière, et elle sentit ses blessures, au bras et à la cheville, se guérir complètement. Elle revint vers lui en courant, son arc à la main, sa dague à sa ceinture, et le suivit jusqu'à Zoram'gar.


Les pupilles jaunes d'Helena Baxton s'attardèrent un instant sur Raethalos, avant de se poser sur la petite trollesse qui se tenait derrière lui, l'air penaud.

- Bonjour, Raethalos, lança-t-elle de sa voix éraillée.

- Bonjour Helena, merci d'être venue.

- Bonjour à toi aussi, ajouta-t-elle en se tournant vers la trollesse. Je te trouve bien discrète, c'est plutôt rare venant de ta part.

Ma'wande marmonna un vague "b'jour", croisa le regard de Raethalos, et baissa la tête, piteuse, préférant subitement regarder le sol. On aurait dit une enfant qui craignait de se faire gronder.

- En voilà un accueil, croassa Helena de sa voix rocailleuse. Et dire que je suis venue toute exprès pour toi, ma petite.

Helena Baxton aimait répéter à qui voulait l'entendre que de son vivant, elle était la plus jolie fille des terres du Nord. C'était peut-être vrai, ou peut-être était-ce largement exagéré, mais quoi qu'il en fut, la non mort avait prélevé son dû de façon cruelle et n'avait rien voulu lui laisser en échange du don empoisonné qu'était cette parodie de vie à laquelle elle avait droit désormais.

Sa peau, auparavant douce et laiteuse, tombait désormais en lambeaux de chairs purulentes. Ses joues, autrefois roses et fraîches étaient à présent émaciées et trouées, laissant apparaître par endroit sa mâchoire, où ses dents, jadis blanches et parfaites, étaient maintenant jaunies et à moitié déchaussées. Elle était loin, l'époque à présent oubliée où elle faisait tourner les têtes avec un simple sourire ou un battement de cils.

Ce dont elle ne se vantait pas, en revanche, c'est que de son vivant, Helena Baxton était une douce et gentille fille, agréable envers tout le monde, incapable de faire du mal à qui que ce soit, affable et serviable. Jamais elle n'avait eu le moindre ressentiment pour qui que ce soit, et personne ne l'avait jamais vue se mettre en colère. La non mort laissait rarement des gens dotés de telles qualités les conserver, et le désespoir et l'amertume les transformaient complètement.

Méfiante, cynique, égoïste, intéressée, parfois mauvaise, voici ce qu'était à présent Helena Baxton. Elle ne se montrait serviable qu'envers bien peu de personnes, surtout si c'était sans contrepartie en retour, mais il se trouvait que Raethalos était l'un d'entre eux, et ce dernier l'avait compris il y a bien longtemps.

Lorsqu'elle était encore une jeune fille, que son cœur battait encore, que son sang rouge et chaud irriguait ses veines et qu'elle possédait encore des sentiments autres que la rage et la colère, Helena avait un faible marqué pour les beaux garçons. Surtout lorsque lesdits garçons étaient de charmants Haut elfes. Habitant à la limite du royaume de Quel'Thalas, elle avait eu l'occasion d'en croiser plus d'un, pour son plus grand bonheur... Et le plus grand malheur de ses parents, qui craignaient de la voir faire un jour une bêtise.

Désormais, même si elle ne pouvait plus aimer comme jadis, elle n'avait jamais pu totalement se défaire de cette faiblesse, et se montrait toujours un peu plus serviable envers les Elfes de sang. Raethalos était pour elle un spécimen particulièrement séduisant et attrayant, un véritable ravissement pour les yeux. Il y avait si peu d'elfes, dans leur guilde, et lorsque Raethalos lui demandait un service, elle acceptait, en règle générale... Cette Ma'wande, elle, en revanche…

Helena n'avait jamais pu comprendre cette espèce d'attachement ridicule envers cette gamine attardée que nombre de membres de la guilde avaient pour elle. À ses yeux elle n'était que nuisance, et si ça n'avait tenu qu'à elle, il y a bien longtemps qu'elle aurait renvoyé à coups de pieds au derrière cette petite qui ne faisait que traîner dans leurs pattes. Si au moins elle avait pu montrer un quelconque intérêt pour les arts magiques ou l'alchimie, mais non! Cette stupide gamine avait préféré l'arc au bâton, alors qu'elle n'était pas totalement dénuée de tout potentiel magique. Un véritable gâchis.

Lorsqu'elle était arrivée ce matin à l'auberge –et à l'heure, je vous prie- c'était pour apprendre que Raethalos s'était absenté pour partir à sa recherche. Alors qu'il aurait dû l'attendre, elle, ne serait-ce que par politesse. Elle avait dû se lever plus tôt qu'à l'accoutumée (non pas qu'elle ne dorme réellement, mais ce n'est pas parce que l'on est presque mort que l'on a pas droit à un peu de repos) et avait dû prendre un vol pour l'avant poste de Zoram'gar alors que le soleil venait tout juste de se lever. Ah ça, si elle pouvait faire payer la gamine…

Elle eut un sourire mauvais alors qu'elle imaginait plusieurs façons de se venger, toutes hélas irréalisables. Avec un peu de chance, la petite tomberait un jour sur quelqu'un qui aurait la gentillesse de s'en charger pour elle, peut-être même définitivement, et ainsi les Haches Sanglantes en seraient enfin débarrassés. Oh, certains en seraient bien attristés, et Raethalos, avec cette vilaine habitude qu'il avait de se sentir responsable pour tout et n'importe quoi, en aurait eu le cœur brisé, mais ho, il fallait bien qu'il existe des inconvénients à avoir encore des émotions.

- Attends-moi quelques secondes Helena, je reviens avec nos affaires.

Elle voulut se plaindre, faire remarquer qu'ils avaient eu tout leur temps pour le faire et qu'ils savaient qu'elle allait arriver, mais Raethalos lui servit son plus beau sourire d'excuse, et elle passa outre. Pour cette fois ci.

Ma'wande resta planté là, à côté d'elle, à la fixer stupidement. Quelle pitié qu'elle n'ait jamais manifesté d'intérêt pour la magie. Peut-être que dans ces conditions elle aurait pu supporter sa présence. Par contre, elle avait toujours su se faufiler partout, comme le petit rat qu'elle était, avec la discrétion et l'agilité d'un vulgaire tire-laine. Nombreux étaient ceux qui, elle y comprit, pensaient qu'elle choisirait les dagues comme arme de prédilection. Il s'avéra qu'elle était plus douée encore avec un arc entre ses mains.

Elle se souvenait fort bien le jour où cette imbécile d'Erzula l'avait ramenée au quartier général du clan des Haches Sanglantes, avant de la conduire à l'orphelinat. À cette époque d'ailleurs le clan avait un autre nom, et la sœur d'Erzula en était encore le chef. C'était probablement la raison pour laquelle ils n'avaient pas tout de suite jeté à la porte cette gamine crasseuse, apeurée et muette. Quand la majorité des autres se montrait sympathique envers elle, lui donnant quelques babioles sans valeurs ou des poignées de bonbons, Helena n'avait ressenti qu'un profond mépris pour cette petite chose incapable. À la voir si petite, si vulnérable, si faible et pitoyable, elle avait eu l'impression de se revoir, avec quelques décennies de moins.

Raethalos n'était toujours pas réapparu, et Ma'wande était toujours aussi silencieuse, tournant le dos à l'entrée de l'auberge où l'elfe avait disparu. Helena n'avait pas spécialement envie de discuter avec elle, mais la curiosité fut plus forte.

- Qu'as-tu donc fais de si terrible pour que tu te fasses si discrète?

Ma'wande plissa les yeux et adopta un air faussement désinvolte.

- Oh rien, j'ai juste tué quelques nagas. Le souci c'est que j'avais oublié de prendre mes flèches, alors quand ils sont arrivés en nombre, j'ai dû faire sans.

- Il n'y a pas de quoi se vanter, coupa Raethalos, qui venait tout juste de reparaître, avec un ton glacial qu'Helena l'avait rarement entendu utiliser.

Ma'wande n'osa pas objecter, et Helena reconnu qu'elle n'était finalement pas totalement dénuée d'un minimum de bon sens, pour la gamine insupportable d'à peine quinze ans qu'elle était.

Parce qu'elle avait beau nier, tous savaient que c'était à peu de choses près l'âge qu'elle avait. Helena se souvenait quand elle-même était une jeune adolescente de cet âge. Ah, elle menait tous les garçons par le bout du nez, à cette époque, et son père en était fou de rage. Elle n'était qu'une simple aide de ferme, et son travail consistait à conduire les vaches aux champs, et à les traire. Lorsqu'elles n'avaient plus de lait, elle aidait aux travaux des champs jusqu'à la période des vêlages. Une vie simple, paisible et tranquille, qui lui avait été arrachée par Arthas, son propre prince, avant de la priver de son droit au repos éternel. Oh, elle ne la regrettait pas, maintenant qu'elle avait conscience d'à quel point elle était ennuyante, mais tout de même. Au moins, elle était vivante. Mais l'heure n'était pas à la nostalgie. Après tout, Raethalos et elle étaient attendus à Orgrimmar.

- Reculez-vous, tous les deux.

Ses doigts osseux s'agitèrent dans les airs alors qu'elle se concentrait, et elle commença à conjurer un sort, distordant la réalité à l'aide de la puissance des arcanes.

- Bien, et un portail pour Orgrimmar, coassa-t-elle.


Emily avait embarqué dès la première heure, à l'instant qui précède tout juste l'aube, celui où le soleil ne paraît pas encore, mais où le ciel devenait moins sombre. C'était l'heure où les pêcheurs partaient au travail, et celles où les putains rentraient du leur, celles où la majorité des gens dormaient encore, mais que se faisaient entendre les premiers échos d'un frémissement qui préfigurait le bourdonnement constant de la journée.

En sortant de l'auberge, Emily avait croisé quelques prostituées. L'une d'entre elle l'avait longuement regardée, avant de se pencher vers sa voisine pour lui chuchoter quelques paroles à l'oreille et toutes deux avaient ri à gorge déployée. Leur rire avait eu quelque chose d'irréel, à la façon d'un éclat absurde qui résonna dans la ville silencieuse et paraissait se répercuter encore et encore sur les bâtisses de bois vermoulus et les eaux calmes et tranquilles.

Emily avait fait de son mieux pour les ignorer toutes les deux, et avait marché en direction du quai, le regard fixé droit devant elle. Quelques pêcheurs l'avaient raillée en chemin, lui faisant des propositions si indécentes qu'elle sentit ses joues s'empourprer, et elle regretta tout le soin qu'elle avait mis à sa tenue et à sa coiffure au réveil. Elle ignora cependant les quolibets, faisant mine de ne pas les entendre, et se rassura en se disant que d'ici la fin de la journée, elle aura mis fin à toute cette mascarade, et tout cela ne serait plus qu'un affreux souvenir qu'elle se pressera d'oublier.

Elle savait que la traversée jusqu'au continent de Kalimdor prendrait de longues heures pour l'avoir déjà effectuée auparavant. Elle se souvenait de façon assez claire des vagues qui faisaient tanguer le bateau comme si elles voulaient le bercer, et des immenses étendues d'eau qui s'offraient à elle où que se portait son regard, bleues et, semblait-il, infinies.

Ça avait été autrefois un moment plutôt agréable, mais à cet instant précis, elle n'avait qu'une hâte, mais également qu'une seule crainte, c'était d'arriver à destination. Un court instant, elle envia ceux de la Horde, qui avec leurs zeppelins pouvaient voyager plus vite qu'eux avec leurs bateau, avant de changer d'avis. Qui, de toute façon, pouvait faire entièrement confiance à l'ingénierie gobeline pour ne pas craindre de voir leurs créations exploser au moment où l'on s'y attendait le moins? Pas elle, en tout cas.

Pour l'heure, elle se promenait sur le pont du bateau, alors que les marins s'affairaient autour d'elle, qui de défaire ce nœud, qui de grimper au mat, qui de remonter l'ancre. Elle avait toujours aimé l'eau, d'aussi loin qu'elle se souvienne. Dans les rivières, elle avait l'aisance d'un poisson, et malgré toutes ces rumeurs stupides à propos de crocilisques qu'on y aurait aperçu, et qu'elle n'avait jamais vus, elle avait passé de nombreuses heures à se baigner dans les canaux de Hurlevent avec d'autres enfants de l'orphelinat.

Elle avait l'impression que l'eau la lavait de tout, que lorsqu'elle plongeait elle n'était plus rien. Elle cessait d'être Emily, la petite orpheline, et avait le sentiment de faire désormais parti d'un grand tout, et que sa vraie place était ici. Tous ses soucis restaient à la surface, et alors que tous ses sens étaient brouillés, que sa vue se faisait moins bonne, que les sons ne lui parvenaient plus que de façon déformée, elle se sentait bien. Mais il fallait toujours remonter pour reprendre de l'air, et tous les problèmes qu'elle avait essayé de noyer lui revenaient aussitôt à la figure, alors que la soudaine netteté du monde qui l'entourait la frappait avec la violence d'un coup de poing.

Cet amour qu'elle avait pour l'eau expliquait très certainement ses préférences en matière de magie. Elle maniait le feu de façon très médiocre, faisait une arcaniste tout juste passable, (ses transformations échouaient généralement, ses portails étaient souvent ratés et elle évitait de se téléporter) mais elle était plutôt confiante envers ses sorts de givre. Du moins, lorsqu'elle pratiquait encore.

Un sourire fugace lui vint aux lèvres alors qu'elle se remémorait sa précédente traversée. Elle était accompagnée par une camarade, rencontrée peu de temps auparavant. Comment s'appelait-elle déjà? Nora? Nelly? Probablement Nelly.

C'était une guerrière qui n'avait pas froid aux yeux, du moins sur la terre ferme. La pauvre avait été malade tout le temps qu'avait duré la traversée, et avait rendu à plusieurs reprises le contenu de son estomac. Son repas, tout d'abord, puis de la bile. Estimant qu'il serait moins douloureux pour elle d'avoir quelque chose à rendre, elle s'était mise à boire. De l'eau, en premier lieu, puis de l'alcool, dans le vain espoir qu'elle pourrait s'endormir si elle se trouvait suffisamment saoule. Hélas pour elle, elle ne conserva jamais suffisamment longtemps assez d'alcool dans son estomac (ou ailleurs) pour que cela lui arrive.

Arrivée à destination, la pauvre Nelly était plus livide qu'un mort, et il lui fallut deux bonnes heures pour se remettre complètement. Elles en avaient ri toutes les deux après, même si Nelly avait juré sur la Lumière que plus jamais elle ne poserait un pied sur le pont d'un bateau.

Cela remontait à des années à présent. Elle ignorait ce qu'était devenue Nelly depuis, ni même si elle était encore en vivante. Il lui sembla que tout ça appartenait à une autre vie, qui remontait à bien longtemps. Cette vie n'avait pas été tous les jours faciles, mais dans l'ensemble les bons côtés l'avaient emporté sur les mauvais. Elle savait également que la nostalgie avait tendance à gommer les aspects les moins enviables et que la mémoire était une chose partiale, mais elle avait tout de même envie de reprendre cette vie d'aventurière. Qu'est-ce qui l'en empêchait après tout? Elle n'avait plus personne pour l'attendre désormais, et pouvait courir les routes autant qu'elle le souhaitait.

Alors qu'elle songeait à cela, le bateau croisa une vague plus forte et plus haute que les précédentes, qui s'écrasa avec fracas contre sa proue. Des gouttelettes s'élevèrent haut dans le ciel, et sous la lumière du soleil levant, elles se muèrent pour prendre une teinte blanche et brillante, à la manière d'une multitude de minuscules diamants qui constellaient les cieux. C'était une façon plutôt agréable de commencer sa journée.


Orgrimmar était telle qu'ils l'avaient laissée en partant quelques mois plus tôt: chaude, poussiéreuse, et grouillante. À l'exception de la Faille de l'Ombre, où le portail d'Helena s'était ouvert, toute la ville fourmillait de monde. On eut dit une masse informe avec une seule volonté propre, bien que chacun puisse avoir une destination différente. Celle-ci se rendait à un point d'eau, un panier de linge sale sous le bras. Celui-ci rentrait chez lui, avec sa récolte de fruits de cactus, qui poussaient comme de la mauvaise herbe dans la ville. Là-bas, deux personnes s'échangeaient des marchandises, non sans forces clameurs. Parmi toute cette foule dépareillée, bigarrée, des gamins allaient pieds nus. Ils courraient entre les gens, sans se soucier de les bousculer, presque dévêtus, tout en criant et riant.

Toutes les races que composait la Horde se retrouvaient ici, et les bribes des conversations qu'il pouvait percevoir se faisaient dans de nombreuses langues. En Orc, évidemment, en grande majorité, mais également dans le solennel Taurahe, le rauque et guttural Bas-Parler, l'élégant Thalassien, le lent Zandali, l'agaçant babil Gobelin, et l'exotique Pandaren.

Multiple, sauvage, d'aspect terrible et redoutable, Orgrimmar était à l'image de la Horde.

Ses pas l'avaient conduit à la Vallée de la Force, où se dressait le local qui servait de siège à leur guilde. Il avait rendu son argent à Ma'wande, et l'avait laissée se rendre seule à Sen'jin pour se choisir une monture. Les routes étaient plutôt sûres, et lui était trop attendu, elle trop impatiente.

Comme prévu, seul le chef et quelques officiers étaient présents, et tous siégeaient assis, directement sur le sol, autour de la plus grande table basse du local.

- Throm'ka, lança Drogash, un imposant guerrier orc.

À sa droite était assise Erzula, une trollesse voleuse qui affichait presque continuellement un air méfiant, d'aussi loin qu'il se souvienne. Ses bras étaient recouverts de tatouages, et son visage arborait de nombreuses peintures de guerre. Ses cheveux sombres étaient coupés courts, et elle y avait accroché quelques perles en bois peint pour tout ornement. Devant elle, sur la table, étaient posées ses fidèles dagues dont elle ne se séparait jamais. D'un doigt, elle en faisait tourner une sur elle-même, sans quitter du regard les membres de la salle. Au salut que qu'Helena et Raethalos lui lancèrent, elle répondit par un mouvement de tête.

Erzula était l'un des membres les plus anciens de la guilde, et avait été présente lors de sa fondation. Elle aurait pu en devenir le chef, lorsque sa sœur était partie, mais la position ne l'intéressait pas, et elle préféra laisser la place à Drogash. Drogash plaçait en elle une confiance absolue. Elle, de son côté, ne semblait pas faire confiance à beaucoup de monde à l'exception de Drogash.

À la gauche de l'orc était assis un tauren répondant au nom d'Hatawe. La fourrure d'un brun profond, des yeux sombres et pétillants d'intelligence, tout en lui respirait la bonté et la gentillesse, et Raethalos savait que le druide possédait réellement en abondance ces qualités.

Avec lui et Helena, ils étaient à présent au complet. Tous deux prirent place à leur tour autour de la table. Drogash agita sa main pour chasser une mouche qui voletait autour de la table et se racla la gorge avant de prendre la parole.

- Bien, comme d'habitude, nous allons commencer avec les questions d'ordre matériel.

Raethalos présenta les comptes, puis ils discutèrent longuement de la façon dont l'argent devait être dépensé. Comme à l'accoutumée, Helena et Erzula voulaient que l'on aide davantage les membres à financer en partie leur armement et leur équipement. De son côté, Hatawe souhaitait que la pension que l'on versait au compagnon survivant ou aux enfants des membres décédés en mission soit revue à la hausse. Lui était contre tout cela, et estimait que les caisses avaient besoin d'être renflouées, surtout s'ils devaient s'attendre à une vague de départ. Chacun tentait par tous les moyens d'attirer quelques pièces d'or supplémentaires à sa cause, et la discussion s'éternisa. Après d'âpres tractations, ils se mirent finalement d'accord, chacun ayant malgré tout l'impression de s'être fait avoir. Helena transcrivit dans un épais grimoire la décision finale, avec un pincement sur les lèvres qui montrait bien son mécontentement.

- Bien, reprit Drogash une fois que le débat fut définitivement clôt. Il y a un autre sujet que j'aimerais aborder.

- C'est au sujet des agressions, j'imagine? lança Helena en se penchant en avant. Raethalos, assis près d'elle, remarqua qu'elle n'avait même pas attendu la confirmation de Drogash pour commencer à le noter sur le grimoire.

- En effet, répondit l'orc. Nous faisons notre possible pour que les choses ne s'ébruitent pas, mais dans l'ensemble, nos efforts sont plutôt vains.

- Ce mois-ci, nous avons eu une autre victime, poursuivi Erzula. Un elfe de sang, de nouveau. C'est la quatrième fois en moins de trois mois.

Son regard fit le tour de la table, avant de s'attarder sur Raethalos l'espace d'une seconde.

- Comme vous le savez, ajouta Drogash, les rumeurs vont bon train. Depuis le début de cette affaire, nous n'avons eu aucune demande d'inscription, et à l'inverse, de nombreux membres ont exprimé l'envie de nous quitter si les choses n'étaient pas rapidement réglées. Cependant, le problème est ailleurs. Ces agressions ternissent notre réputation, et sapent la confiance que les gens placent en nos aventuriers et nos mercenaires. L'honneur de notre clan doit être rétabli, car il en va de notre propre honneur.

Hatawe pris une grande inspiration.

- J'ai émis… L'hypothèse que cela pourrait être le fait d'un clan rival, jaloux de notre succès, mais j'ai cru comprendre qu'Erzula pensait que les attaques provenaient en fait de l'intérieur.

Au ton qu'il adopta, Raethalos devina le peu de crédit qu'Hatawe accordait à la théorie d'Erzula. Cela ne le surprit pas: il devait être impensable pour l'honnête tauren qu'un membre de la guilde puisse être capable d'autant de perfidie.

- J'ai commencé à enquêter, reprit Erzula, ignorant délibérément le scepticisme dont Hatawe faisait preuve à l'égard de son hypothèse. Bien évidemment, j'ai commencé par ceux nous ayant rejoint peu de temps avant la période où les agressions ont commencé, mais je suis persuadée que les auteurs sont parmi nous depuis longtemps.

Helena eu un hochement de tête.

- Oui, je suppose qu'il faudrait être stupide pour se lancer dans ce genre de… projet juste après avoir rejoint une guil… un clan, se reprit-elle. Cela ne manquerait pas d'attirer l'attention, et les coupables seraient facilement démasqués. Il serait plus prudent d'attendre.

Drogash acquiesçât.

- Tout à fait. En attendant qu'Erzula ne démasque le ou les coupables, je vous demande à tous la plus grande discrétion sur cette affaire auprès des gens extérieurs au clan. Sachez également rester vigilant, et ne manquez pas de faire remonter toute information que l'on pourrait vous confier.

- Et laissez entendre que je m'occuperais personnellement des coupables, ajouta Erzula. Rien ne m'échappe indéfiniment.

D'un mouvement fluide, trop rapide pour que l'œil puisse le suivre correctement, elle se saisit d'une de ses dagues, et la lança derrière elle. La dague se ficha dans le mur, tuant au passage la mouche qui jusqu'à présent voletait dans la pièce.

- Rien, reprit-elle avec un sourire mauvais, découvrant largement ses fines défenses.

Par la suite, la conversation dériva sur de nombreux autres sujets, bien moins sensibles, puis il fut enfin temps de mettre fin à la réunion. Raethalos allait se lever lorsque Drogash l'arrêta d'un geste.

- Non, reste mon ami. J'ai encore à te parler.

Helena et Hatawe étaient partis sans demander leur reste, non sans les saluer au passage, mais Erzula n'avait pas quitté sa place.

- C'est à propos de la petiote? demanda-t-elle à Drogash.

L'orc acquiesçât d'un mouvement de tête.

- Ça m'intéresse également, alors.

Raethalos se souvint que c'était elle qui avait trouvé Ma'wande, à une époque où les elfes de sangs n'avaient pas encore tout à fait rejoint la Horde.

- Comment ça se passe avec elle? commença Drogash.

- Plutôt-bien, concéda-t-il. Elle est vive, et elle sait se débrouiller. Cependant… Elle se montre parfois bien trop téméraire, et j'ai peur que cela ne la desserve un jour. Pas plus tard que ce matin, elle est allée combattre seule une petite dizaine de naga, avec seulement quelques flèches et un poignard.

Erzula afficha un large sourire.

- C'est encore une enfant, tempéra-t-elle. En grandissant, elle apprendra à se montrer plus prudente.

- Sauf si elle croise la mort avant.

Drogash croisa les bras.

- L'excès de prudence n'est pas forcément une bonne chose non plus.

Raethalos savait que l'orc s'adressait tout particulièrement à lui.

- Ça aurait pu très mal tourner, expliqua alors Raethalos. Elle était blessée et…

- Et elle a survécu, coupa Drogash. Cesse donc de te tourmenter avec ces histoires. Tu ne peux pas empêcher tout le monde de se blesser ou de mourir, Raethalos. Je te demande juste de faire de ton mieux, pas de faire l'impossible. Il faut qu'elle apprenne. Si elle se blesse, elle fera en sorte de ne pas se blesser la fois suivante. Si elle se trouve en danger de mort, elle veillera à ce que cela ne lui arrive plus. Même si tu n'étais pas spécialement proche d'elle, tu la connaissais suffisamment pour savoir qu'elle aurait fini par partir toute seule, alors avec toi elle est plus en sécurité que si elle s'était un jour enfuit de l'orphelinat pour aller courir les routes.

- Vous étiez à Orneval, il me semble? poursuivi Erzula. Où est-ce que tu comptes l'amener, par la suite?

- Je ne sais pas. Elle aimerait aller à Strangleronce.

- Strangleronce? C'est parfait, reprit Drogash. Nous avons reçu une demande pour là-bas, et comme tu le sais, à la saison des pluies, personne ne s'y presse, et il faut bien que quelqu'un le fasse. Les affaires habituelles, précisa l'orc, rien d'insurmontable.

- Je n'ai pas spécialement envie non plus d'aller là-bas pendant la saison des pluies. C'est terriblement désagréable, et beaucoup trop humide. Et je viens tout juste de quitter Orneval où le temps n'était pas forcément plus agréable.

Il faillit faire remarquer, à moitié en plaisantant, à quel point il était compliqué de conserver une chevelure correcte avec un temps humide, mais se retient à temps. Ce n'était pas le genre d'argument qui risquait de faire mouche avec ces deux-là.

- De toute façon, intervint Erzula, puisque personne n'avait envie de se présenter là-bas, nous comptions vous demander de vous y rendre. Vous pourriez embarquer aujourd'hui, suggéra-t-elle. Il y a plusieurs zeppelins en partance pour la journée.

Raethalos poussa un long soupir et se massa le front de sa main gauche.

- Bien, je suppose que je n'ai pas le choix, lâcha-t-il. Je pense cependant que nous prendrons un bateau à Cabestan. Ma'wande a le mal de l'air.

- Très bien, dans ce cas, tout est réglé. Je me charge de prévenir immédiatement la cliente par courrier.

Lorsque Raethalos quitta enfin le local, le soleil était haut dans le ciel, et la chaleur était suffocante. Les rues s'étaient vidées, mais de nombreuses personnes circulaient encore. Leurs pas s'étaient faits plus lents, et leur chemin longeait les murs, à la recherche désespérée d'un peu d'ombre fraîche.

Malgré toutes ces années passées dans la capitale, il n'avait jamais pu s'accoutumer à la chaleur sèche et torride de l'après-midi. Les hautes palissades et les canyons qui protégeaient la ville des envahisseurs les protégeait malheureusement aussi du vent, et à l'exception des hauteurs, la seule brise qui risquait un jour de souffler ici devra être invoquée par des chamans.

Il y avait bien quelques coins où la température restait supportable lorsque le soleil, implacable, émettait une insoutenable chaleur, à commencer par la vallée des esprit, ou l'intérieur des bâtiments en torchis, mais dans l'ensemble l'air était irrespirable.

Comme tous les autres, Raethalos se déplaçait dans l'ombre des grands bâtiments. Il était temps pour lui de récupérer sa jument, qu'il avait laissée il y a un moment déjà dans une écurie, et de rejoindre Ma'wande.


- Alors ma petite, tu as fait ton choix?

Ma'wande posa un pied sur la clôture, et désigna du doigt l'une des bêtes. Depuis qu'elle était arrivée il avait attiré son regard, avec ses yeux perçants et intelligents, ses écailles azur et ses griffes acérées.

- Lui! C'est lui qu'je veux!

- C'est une brave bête, tu fais une bonne affaire, ça oui, répondit Zjolnir, le dresseur de raptors, en se frottant les mains.

D'un geste rapide, il passa un harnais au raptor, et le sorti de son enclos. L'animal le suivit docilement, et poussa un petit rugissement d'aise lorsqu'il comprit qu'il allait pouvoir se dégourdir les pattes. Il se laissa sagement seller, sa queue s'agitant paresseusement avec un long mouvement de balancier.

- Fait donc un tour avec, pour te faire une idée, proposa Zjolnir.

Ma'wande grimpa lestement sur le dos de l'animal. Elle s'était déjà entraînée à monter le raptor d'Erzula, mais la monture de la voleuse, contrairement à ce raptor, n'était ni docile, ni facile à guider. Lui réagissait immédiatement à la moindre pression de ses jambes sur ses flancs, et elle n'avait même pas besoin de le guider avec ses rênes. Elle fit un premier autour du village, en lui faisant adopter une allure tranquille, puis elle se dirigea vers la route, en direction de Tranchecolline. Lorsque Sen'jin fut à peine visible, elle donna un petit coup sur les rênes, et l'animal parti aussitôt au galop.

Ses griffes robustes s'enfonçaient dans le sol, soulevant des nuages de poussières à chacune de ses enjambées. Elle sentait ses puissants muscles rouler sous elle, laissant présager de ses bonnes capacités à la course. Elle apprécia tout simplement cet instant, savourant la fraîcheur de l'air sur son visage et l'odeur des embruns qu'une brise marine lui avait apportée, alors que ses longues tresses argentées volaient derrière elle, à la manière d'une bannière qui flottait au vent. Un sentiment d'exultation l'envahissait tout entière alors qu'elle s'extasiait de la rapidité du raptor, de ses mouvements souples, ses bonds fluides, et de la façon dont il obéissait instantanément à la moindre de ses indications.

Lorsqu'elle arriva de nouveau devant l'enclos, elle le fit se stopper devant Zjolnir, et démonta prestement.

- Je le prends, dit-elle avec enthousiasme.

Ils discutèrent du prix quelques instants, et se mirent rapidement d'accord. La bourse pleine que Ma'wande avait à sa taille passa de main en main, et son nouveau propriétaire en vérifia le contenu avec attention.

- Il a un nom? demanda Ma'wande en flattant l'encolure de l'animal.

- Ouais, Lenghiwo qu'il s'appelle.

En reconnaissant son nom, le raptor plissa un instant ses yeux jaunes et perçants.

En attendant que Raethalos ne la rejoigne –elle supposa que c'était ce qu'il comptait faire, puisqu'il ne lui avait rien précisé-elle présenta Lenghiwo à Kondwani. Cette dernière avait tout d'abord eu un mouvement de recul, devant ce nouveau venu, plus grand et visiblement plus fort qu'elle, avant de se détendre. Lenghiwo ne lui accordant qu'un coup d'œil curieux, avant de s'en désintéresser, elle le jugea inoffensif.

Par la suite, elle fit un tour dans Sen'jin, dans l'idée d'acheter quelques spécialités culinaires trolles, le genre dont Raethalos n'irait jamais dépenser une seule pièce de cuivre pour cela. Il lui restait tout juste quelques piécettes désormais. Elle trouvait ridicule de les garder, alors qu'elle n'avait plus rien d'autre, et elle les dépensa en bracelets et ornements pour cheveux. Si elle devait vraiment avoir besoin de quelque chose par la suite, elle n'aura qu'à demander à Raethalos, qui était mauvais lorsqu'il s'agissait de bien dépenser son argent, et qui avait toujours besoin de son aide pour le faire correctement. Par exemple, comme la fois où elle l'avait poussé à acheter un petit yéti mécanique à un ingénieur gobelin malgré ses protestation. S'il prenait désormais la poussière au fond de son sac, elle s'était beaucoup amusée avec lui.

Comme Raethalos tardait à arriver, elle commença à se demander si elle n'aurait pas mieux fait de retourner à Orgrimmar et d'attendre au local du clan, mais à cet instant elle aperçut au loin quelqu'un qui approchait à dos de cheval. Malgré la distance, il était impossible de se tromper. Elle reconnut au loin ses longs cheveux noirs, attachés lâchement et posés sur son épaule, et cette façon ridicule qu'il avait de toujours se tenir fièrement, le plus droit possible, un trait qu'il partageait avec tous ceux de sa race.

Son cheval avançait d'un pas tranquille, et elle entendit ses sabots cliqueter sur les pierres de la route bien avant de pouvoir discerner les traits du visage de Raethalos. Elle constata qu'il semblait de bonne humeur, ce qui était une très bonne amélioration comparée à l'attitude sèche qu'il avait encore envers elle lorsqu'ils étaient arrivés à Orgrimmar.

- Alors, tu t'es choisie ta monture à ce que je constate, lança-t-il en observant son raptor des griffes à la tête. Je n'ai jamais pu comprendre comment les trolls font pour monter des bêtes pareilles. Ça semble tellement inconfortable...

- Pas pire que vos poulets.

- Nos poulets, comme tu dis, courent avec élégance, et leurs mouvements gracieux ne sauraient être confondus avec la démarche pataude et gauche de vos raptors.

Ma'wande leva les yeux au ciel, et elle jura qu'elle avait senti Lenghiwo frémir légèrement sous l'injure. Elle ne parvenait pas à savoir si Raethalos était sérieux, ou s'il se moquait d'elle. Elle préféra ignorer sa remarque.

- Où est-ce qu'on va maintenant? demanda-t-elle. J'aimerais bien voir les Mille Pointes. Parait qu'il y a de l'eau partout, et qu'on peut traverser en bateau. C'est vrai?

- Oui, c'est vrai, mais tu ne préférerais pas aller à Strangleronce?

Ma'wande resta interdite quelques secondes.

- C'est pas une blague? On y va vraiment?

- Ce n'est pas une blague. Et j'espère que tu n'es pas malade non plus en bateau, parce que c'est comme ça que nous y allons.

Ma'wande découvrit dents et défenses en un large sourire. Depuis tant d'années qu'elle en avait rêvé, elle allait pouvoir de nouveau fouler les terres que ses parents voulaient lui montrer, et dont ils lui avaient tant et tant parlé, et qu'elle avait oubliées avec le temps.